La guérison miraculeuse

Après un texte dénonçant la
théologie de la prospérité (2012), le
Conseil national des évangéliques
de France (CNEF) a publié en
2015 un texte de 14 pages sur
« La guérison miraculeuse ».
Particularité : 7 pages de « texte
commun » décrivent ce que les
évangéliques membres du CNEF
affirment ensemble sur la guérison
miraculeuse ; elles sont suivies par
des précisions de trois points de
vue : « pentecôtiste », « évangélique
classique » et « réformé
évangélique ».
Dans sa partie commune, le texte
affirme qu’« être évangélique, c’est
croire aux miracles : aux miracles
mentionnés par l’Écriture et au Dieu
capable de miracles aujourd’hui
encore » ; mais le texte précise que
cela ne garantit pas la guérison ni
que la guérison physique soit de
même importance que le message
du salut.

Avril 2016

avril 2016

Chers famille et amis,
Nous sommes en Avril, un mois comme les autres pour beaucoup d'entre nous... mais pas au Rwanda.
Une de mes amies a écrit qu'elle hait Avril et qu'elle souhaiterait que ce mois puisse être effacé du calendrier. Ci-dessus des exemples d'images qu'on peut voir sur Facebook ou WhatsApp. “Kwibuka” veut dire “se souvenir”. Oui, il n'y a que 22 années depuis le génocide qui a emporté tant de vies. Ce n'est pas “normal” ici d'avoir ses parents ou tous ses frères et soeurs. Merci de prier que Dieu réconforte ceux qui souffrent et souhaiteraient avoir leurs bien-aimés à leurs côtés; qu'Il guérisse ceux qui vivent avec des
traumatismes; qu'Il donne la force de pouvoir pardonner et de recevoir le pardon.

Lire la suite de la lettre de nouvelles3.47 Mopdf

Prédication du 24 avril 2016 | Jean-Paul H. | Compassion en action

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Prédication du 17 avril 2016 | Bertrand R. | I Jean 2.12-14

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Volontaires recherchés pour l’enseignement du français cet été en Egypte

Coptic cairo

Le Mennonite Central Committee, présent en Egypte, recherche des volontaires pour enseigner le français ou l’allemand en Egypte entre juin et septembre 2016, pendant la pause scolaire égyptienne.

Cet enseignement a lieu dans le cadre d’un programme de l’Eglise orthodoxe copte d’Egypte, partenaire du Mennonite Central Committee sur place.

Le voyage et l’hébergement sont couverts par une agence catholique.  Le MCC Egypte prend en charge sur place certains aspects (sécurité, visites, communion spirituelle…).

Les volontaires doivent être prêts à découvrir le christianisme orthodoxe copte, ainsi que le travail du MCC en Egypte. Les volontaires peuvent être des jeunes, des enseignant(e)s, des jeunes retraités…

Le MCC sert d’intermédiaire entre les différents partenaires.

Renseignements : MCC Europe de l’Ouest, Strasbourg, Menno (06 85 37 60 57) et Lydia (06 76 82 51 61) Plett, westeuroperep@mcc.org

Chanter avec le coeur et avec la tête

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La pastorale des anciens, pasteurs, prédicateurs et diacres des Eglises mennonites de France aura pour thème « Chanter avec le coeur et la tête », le samedi 30 avril 2016 à la Résidence Rosemontoise à Valdoie (90).

Le thème sera traité par Christophe Paya, professeur de théologie pratique à la Faculté de Vaux-sur-Seine, et par Janie Blough, du Centre Mennonite de Paris, chargée de l’enseignement sur le culte à l’assemblée de Châtenay-Malabry et auteur d’une thèse de doctorat sur la question du chant d’assemblée.

« Chanter ensemble pour louer le Seigneur, quoi de plus simple, pourrait-on se demander ? Pourtant, force est de constater que dans la pratique, nombre de questions se posent, dont les réponses sont loin d’être évidentes dès lors qu’on souhaite avancer ensemble. Qu’est-ce qui importe dans le chant ? Les paroles, la mélodie, l’accompagnement ? Comment situer les chants par rapport à la louange et à l’adoration ? Comment choisir des chants selon les différentes parties du culte ? Comment choisir les chants, en fonction du contenu, de la musique, des cultures, des spiritualités et des âges présents dans l’Eglise ? Les responsables d’une Eglise ont-il un rôle dans le choix des chants d’une assemblée, et si oui lequel ? etc. On le voit rapidement : les défis relatifs au chant dans la communauté existent bel et bien, et il vaut la peine d’y réfléchir pour y faire face de la meilleure manière possible. » (extraits de l’invitation)

L’invitation est faite aux responsables d’Eglises mennonites d’inviter à cette rencontre toutes les personnes qui sont concernées par la question du chant et de la louange dans les assemblées.

 

Décider en Eglise : casse-tête ou opportunité ?

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Le prochain Dossier de Christ Seul porte pour titre : « Décider en Eglise : casse-tête ou opportunité ? »

Ce petit livre collectif, sous la direction de Paul Hege, trait d’un sujet négligé: comment prenons-nous les décisions communautaires dans l’Eglise ? Nos assemblées générales sont-elles la réplique d’assemblées de copropriétaires ? Comment vivre un réel discernement communautaire qui soit autre chose que l’addition de préférences personnelles ?

Ce Dossier comporte une partie biblique et différentes pistes pratiques.

Les auteurs sont : Paul Hege, Pascal Keller, Claude Baecher, Silvie Hege, Max Wiedmer, Daniel Jacky, Matthieu Verneuil, Michel Sommer.

Disponible vers fin avril 2016.

Réfléchir sérieusement à l’éthique chrétienne

Un livre récent présente la pensée des églises évangéliques dans le domaine de l’éthique chrétienne. Un livre de référence qui fait suite à un volume similaire sur les questions de doctrine (« Pour une foi réfléchie »). Rédigé dans un style abordable par tous, avec des questions de jeunes, de courts excursus explicatifs, des dessins humoristiques… Interview avec deux des porteurs de l’ouvrage.

Christ Seul : Diriez-vous que la réflexion éthique est le parent pauvre chez les évangéliques ?

Luc Oleknovitch :

Je dirais qu’il y a des positions morales fragmentaires, surtout sur la morale sexuelle, qui reposent sur quelques versets, mais pas de vision globale et une absence de réflexion sur des pans importants qui nécessitent une réflexion éthique. Sur quoi repose mon choix d’un métier par exemple ? Est-ce que j’intègre son impact humain ? écologique ? Quel doit être le rôle de l’église dans la société, doit-elle se prononcer sur les options de certains partis politiques ? Ce livre envisage aussi des champs inexplorés par les évangéliques comme l’éthique animale. à un jeune qui avait été choqué par une vidéo sur les mauvaises conditions faites aux animaux dans un abattoir, j’ai pu montrer qu’il y avait un chapitre sur ce sujet dans ce livre et il était très content de trouver une réflexion chrétienne sur le sujet !

Louis Schweitzer :

De manière plus générale, je crois en effet que les évangéliques ont souvent mis l’accent sur la doctrine, sans toujours voir la place essentielle de l’éthique dans la vie de disciple. Ils se sont également surtout intéressés à certaines questions, tournant souvent autour de la sexualité. C’est sans doute un des apports de la tradition anabaptiste d’avoir fait de l’éthique une partie intégrante de la vie chrétienne ou, comme le dit Stanley Hauerwas, de rappeler que l’église est une éthique sociale.

En quoi l’éthique chrétienne est-elle importante et en quoi cet ouvrage peut-il être utile ?

Luc Oleknovitch :

Les chrétiens des années 1950 en Occident partageaient une morale commune avec le reste de la société. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : l’éthique sexuelle est un champ de bataille, cela trouble la société, mais aussi les églises ; il n’est de voir que la question de la bénédiction des couples homosexuels. Entre l’accueil ou le rejet inconditionnels, il faut réfléchir à ce qu’est véritablement l’amour chrétien et pouvoir l’argumenter.

Louis Schweitzer :

Et dans bien d’autres domaines, dans une société qui n’a effectivement plus guère de repères communs, il est capital que les chrétiens puissent réfléchir aux conséquences pratiques de leur foi pour toutes les questions qui concernent la vie.

Pouvez-vous donner un exemple de la démarche de réflexion éthique proposée par le livre ? Quelle est la « méthode » du livre qui pourra aider le lecteur dans sa propre réflexion éthique

Louis Schweitzer :

La première partie du livre s’intéresse en effet à la « méthode ». Elle veut permettre au lecteur de réfléchir par lui-même, aussi à des questions qui n’auront pas été traitées dans cet ouvrage. La thèse principale est que nous devons nous garder de prendre la Bible comme un recueil de recettes ou de « piquer » quelques versets par-ci par-là pour justifier notre position. Nous devons lire la Bible « en relief » et non comme un très gros livre dont toutes les pages nous concerneraient de la même manière. Certes, toute la Bible est inspirée et importante pour nous, mais nous devons la lire à partir de son centre qui est la révélation parfaite de Dieu en Jésus-Christ. L’Ancien Testament sera ainsi lu à la lumière du Christ.

Parmi les neuf chapitres du livre, le plus gros (une centaine de pages) est consacré au corps. Pourquoi une telle place, alors même que d’autres chapitres en parlent aussi (sexualité, naissance et mort) ?

Luc Oleknovitch :

Le corps est un énorme enjeu éthique aujourd’hui. Ce ne sont pas seulement les interventions sur le corps qui posent un problème éthique (du simple tatouage au changement de sexe), mais la conception même du corps comme une entreprise personnelle. En nous enjoignant d’être les entrepreneurs de notre corps, la publicité, les médias, créent un poids normatif énorme que certains ne supportent pas (anorexie) et une marginalisation des non conformes : handicapés, etc. Nous sommes une société des apparences où il n’y a plus de repères et où l’on se raccroche au corps physique comme seul repère, seule identité ; je pense que cela explique le succès étonnant du tatouage. Mais faire de notre corps notre seul horizon est désespérant (il va nous lâcher) et aliénant (on court après des normes qu’on n’arrive pas à atteindre). Je crois que c’est particulièrement vrai pour les jeunes qui sont très exposés à cette dictature de l’apparence. D’où l’importance d’une éthique chrétienne du corps qui écarte à la fois un culte et un mépris du corps pour tourner les regards vers un Dieu miséricordieux pour nos misères corporelles et spirituelles. Le Dieu chrétien nous apprend à être miséricordieux aussi pour notre corps ! Et puis, la formidable espérance de notre résurrection dans un corps non plus misérable mais glorieux nous annonce que ces misères sont provisoires ! La misère encore de notre corps sera abolie par la miséricorde finale du corps de résurrection, don du Christ.

L’auteur de la partie traitant de la peine de mort ne s’y oppose pas. Comment concilier cela avec l’affirmation selon laquelle il faut lire la Bible « en relief » et donc privilégier au final « ce qui nous vient de Jésus » (p. 78), lui qui ne condamne pas à mort la femme adultère ?

Louis Schweitzer :

On pourrait donner plusieurs réponses à cette question. La première, c’est que nous avons essayé de mentionner dans le texte même que, sur certains sujets, les évangéliques pouvaient avoir des positions différentes. La deuxième, c’est que les auteurs de cet ouvrage n’ont pas tous eux-mêmes les mêmes convictions. Si c’est moi qui ai écrit le chapitre concernant les principes, c’est Daniel Arnold qui a écrit celui qui aborde la peine de mort (même si le sujet est aussi abordé ailleurs, comme l’indiquent les tables, en fin de volume). Or, celui-ci a écrit un livre qui défend des principes assez différents de ceux que je propose. Je crois que c’est une bonne chose que notre livre soit ainsi pluriel. Cela rappelle que nous ne devons pas le lire comme « la » vérité sur les sujets traités. Il y a, dans le monde évangélique francophone (et ce serait encore plus vrai dans le monde anglophone), des positions différentes. Nous souhaitons donner au lecteur des instruments pour lui permettre de réfléchir par lui-même et de se faire ses propres convictions.

Y a-t-il un sujet précis que vous auriez aimé voir traiter et qui est absent du livre ? Le mennonite qui pose cette question note à regret l’absence (sauf erreur) du thème de l’armement…

Louis Schweitzer :

Bien sûr. Il suffit de relire pour trouver des choses que nous aurions aimé y mettre ou dire autrement. Et cela sera peut-être possible pour une autre édition. Mais, c’est sans doute inévitable pour un ouvrage qui veut parler d’éthique en abordant autant. C’est la vie entière qui est concernée. C’est bien pourquoi nous avons essayé de parler des principes, aussi dans la partie qui concerne l’éthique sociale. C’est au lecteur de continuer le travail commencé sur bien des sujets et je suis certain que chacun aura des regrets différents. Mais j’espère également que celui qui aura pris la peine de lire ce « petit » livre (petit au regard de la taille des sujets traités) aura en main des instruments pour réfléchir un peu plus loin.

Le protestantisme évangélique est influencé par les traditions venant de Luther, de Calvin et des anabaptistes. Qu’apporte chacun de ces courants à l’éthique chrétienne ?

Louis Schweitzer :

Pour le dire très vite, je crois que Luther nous rappelle le caractère absolument central de la grâce. Nous ne sommes pas sauvés par la qualité de notre éthique, mais par la grâce de Dieu. Et nous devons nous en souvenir toujours, car la tentation est grande de retomber dans le légalisme sous une forme ou une autre.
Louis Schweitzer : Pour le dire très vite, je crois que Luther nous rappelle le caractère absolument central de la grâce. Nous ne sommes pas sauvés par la qualité de notre éthique, mais par la grâce de Dieu. Et nous devons nous en souvenir toujours, car la tentation est grande de retomber dans le légalisme sous une forme ou une autre.
Calvin a insisté sur l’importance de l’enseignement biblique pour que nous menions une vie chrétienne cohérente. Certes, l’Esprit Saint nous conduit, mais nous avons besoin de la lumière qu’apporte la Parole de Dieu.
Enfin, l’éclairage anabaptiste insiste sur le fait que nous sommes avant tout disciples de Jésus et que c’est lui que nous sommes appelés à suivre. C’est ce qui explique le caractère central de la révélation en Jésus-Christ pour connaître la volonté de Dieu pour nous et comprendre l’ensemble des Ecritures.

Les auteurs du livre sont issus des Eglises évangéliques. Ils renvoient à des ouvrages écrits par des évangéliques, des protestants, des catholiques. Est-ce à dire qu’il y a accord de l’ensemble des chrétiens en matière d’éthique ?

Luc Oleknovitch :

Il y a effectivement une convergence de beaucoup d’éthiciens évangéliques sur des questions d’éthique familiale surtout avec des éthiciens catholiques qui mettent l’accent sur le respect de la création humaine, de son ordre comme respect d’une « écologie humaine ». En revanche, les éthiciens évangéliques s’éloignent d’une éthique exaltant la seule autonomie humaine, même s’ils sont attentifs à une éthique qui n’écrase pas les consciences de poids insurmontables.

Louis Schweitzer :

Comme nous l’avons déjà vu, s’il y a de grandes convergences entre chrétiens, il y a aussi de fortes différences, jusque chez les évangéliques. Cela varie avec leur conception de leur rapport avec la société : séparation ou coopération, conquête ou témoignage ! La conception de l’éthique sociale de l’Eglise, du rapport au politique, peut varier beaucoup entre des théonomistes qui veulent une christianisation de l’Etat, et des évangéliques qui insistent sur l’Eglise comme communauté de témoins et qui optent pour le pacifisme.

Il n’y pas ou plus de socle commun (religieux ou autre) pour fonder une éthique commune dans les sociétés post-chrétiennes. Comment réguler les divers discours éthiques en présence dans une société démocratique ?

Luc Oleknovitch :

S’il n’y a plus de convergences globales, il y a des points d’accord avec des personnes qui ne partagent pas notre foi sur l’éthique sociale : refus de mettre l’argent avant l’humain ou refus de l’instrumentalisation du corps (mères porteuses).

Louis Schweitzer :

C’est une des difficultés de nos sociétés. Les grandes questions ne pourront être réglées que par le débat entre des personnes ayant des éthiques différentes. Des commissions facilitent ces échanges depuis l’hôpital de la ville jusqu’au niveau national. Mais elles ne sont, le plus souvent, que consultatives et c’est le pouvoir législatif qui aura le dernier mot. Cela revient à dire que les équilibres trouvés sont toujours révisables et fragiles.

Propos recueillis par Michel Sommer

Louis schweitzer, professeur d’éthique et de spiritualité à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine

Luc olekhnovitch, pasteur, Eglise évangélique libre de Viry-Châtillon, président de la Commission d’éthique protestante évangélique

MB3617-couv.inddPrésentation
– Vivre en chrétien aujourd’hui – Repères éthiques pour tous, sous la direction d’Alain Nisus, Luc Olekhnovitch, Louis Schweitzer, La Maison de la Bible, 2015
– 798 pages !
– 9 chapitres : Les bases d’une éthique chrétienne – Les autres – Le corps – La vie et la mort – La famille et la sexualité – L’argent – Le travail et les loisirs – La société et l’état – La nature
– Parmi les auteurs, en plus des trois éditeurs : Henri Blocher, Frédéric de Coninck, Paul Hege…

Pas de salon de l’armement à Paris !

On se demande parfois ce que l’on peut faire pour soutenir la paix et exprimer son opposition au commerce des armes. Un collectif, auquel l’assemblée de Châtenay et la Commission de Réflexion pour la Paix sont associés, manifestera lors du prochain salon de l’armement à Paris. Invitation !

Du 13 au 17 juin 2016 se tiendra à Paris le « Salon international de défense et de sécurité » ou plus clairement le salon de l’armement Eurosatory. Réservé aux professionnels, la dernière édition a attiré 1 500 exposants, 172 délégations officielles de 88 pays et plus de 55 000 visiteurs. La version 2016 promet son lot de nouveautés et surfe sur les besoins croissants d’un monde en guerre : oui, sans nul doute, Paris devrait tenir son rang de capitale, ouvrant largement ses bras au commerce du plus grand salon d’armement mondial. Les enjeux économiques sont énormes et l’argent fait loi sans remise en cause.pas de salon de larmement

Et pourtant, n’y a-t-il pas aujourd’hui des arguments massifs pour remettre en cause cette logique du toujours plus d’armes et d’argent = toujours plus de sécurité ?

Il y a deux ans, un collectif, auquel s’associaient les mennonites de France, dénonçait ce cynique commerce d’armes et notamment l’accord de vente de deux navires de guerre de type Mistral à la Russie. Une pétition signée par 2 000 personnes était déposée à l’Elysée. L’invasion russe en Ukraine, la pression diplomatique des États-Unis et des autres états européens auront raison de cet accord de vente qui sera finalement cassé. Tiens, la France finit par reconnaître, avec embarras, que la Russie n’est pas cette grande démocratie avec laquelle il est maintenant temps de bâtir un espace de sécurité en Europe, comme l’annonçaient F. Fillon et N. Sarkozy en 2011 à la signature de la vente des Mistrals.

REGARD D’ENFANT

Et ce n’est là qu’un des multiples revers de ce commerce des armes. Lors de l’édition 2014, un journaliste posait cette question au ministre français de la défense : « Que répondriez-vous à un enfant demandant à quoi servent ces armes ? » « Ça sert à sécuriser, bredouille Jean-Yves le Drian, à se sentir en sécurité ». Pour un de ses conseillers, «  le ministre a été pris au dépourvu. Il aurait pu dire quelque chose comme : ‘‘On a besoin des armes pour ne pas avoir à s’en servir’’… »

Même mes enfants ne sont pas naïfs au point de penser qu’on construit quelque chose en vue de ne pas s’en servir. Et ils ne se sentent pas non plus en sécurité lorsqu’ils voient autour d’eux des gens armés, comme cela arrive maintenant régulièrement dans les lieux publics. Car, depuis 2015, ils vivent dans un pays qui a décrété l’état d’urgence suite aux bombes, kalachnikovs et autres ceintures d’explosifs à Charlie Hebdo, au Bataclan, au café d’à côté, ou tout récemment dans un aéroport de Bruxelles. Mon aîné, 8 ans, me demande de rester près de sa chambre au moment du coucher au cas où des terroristes armés voudraient le tuer. Il s’inquiète du sort de tous ces migrants déplacés de Syrie pour cause de guerre et me demande s’il devra partager sa chambre avec l’un d’eux et pour combien de temps, car il a entendu que la plupart d’entre eux ne repartiront pas.

Oui, voilà la France : ce grand pays, en guerre, dans lequel grandissent mes enfants et dans lequel l’équation politique du toujours plus d’armes et d’argent = toujours plus de sécurité n’est plus crédible pour personne. Voilà que notre Église se demande, à l’occasion d’un concert, si elle doit contrôler les sacs des participants. Voilà que mon ami pasteur de la ville voisine m’indique que la police municipale a décidé, pour le culte de Pâques, de faire stationner devant l’Église, une voiture avec policiers armés.

UN GESTE PROPHÉTIQUE

Alors, oui, la protestation 2016 contre la tenue de ce salon de l’armement a une valeur prophétique.

Elle dénonce :

• La fuite en avant vers toujours plus d’armes ne résout pas les besoins de sécurité et de paix des groupes sociaux, à l’échelle mondiale comme à l’échelle locale. Au contraire, elle fait peser sur l’humanité et sur l’individu isolé la potentialité de donner la mort. Martin Luther King déclarait : « La violence est aussi inefficace qu’immorale. Elle est inefficace parce qu’elle engendre un cycle infernal conduisant à l’anéantissement général. »

Elle annonce :

• Ouvrons un espace de dialogue, de débat local, national, mondial, sur l’utilisation de nos ressources. Peut-on réorienter les 1 800 milliards d’euros consacrés annuellement à l’armement vers des secteurs qui profitent aux populations ? Notre présence dérangeante, à l’entrée de ce salon, ouvre un espace pour penser autrement. Nous voilà traversés par des foules d’individus souvent enfermés dans des postures : « c’est le système » ; « on a toujours fait comme ça, on n’y peut rien… » ; mais leur besoin de se justifier, de parfois nous mépriser, dit quelque chose de leur mal-être, au cœur de cette industrie mortifère.

Vous pouvez participer à ce geste prophétique en signant la pétition (voir ci-contre) ou en venant tenir avec nous, le lundi 13 juin, une des bannières sur laquelle des milliers de personnes liront : « If weapons are the answer, we need a new question ! » [Si les armes sont la réponse, il nous faut une nouvelle question !] ».

Artisans de Paix

Travailler à la paix et à la justice est le mandat des disciples de Jésus » aff irme la Confession de foi dans une perspective mennonite (2014). Qui participe à la communion d’une Église mennonite sait généralement que la paix est une spécificité de ces Églises… Mais comme je le constate régulièrement, on ne sait pas bien quoi en faire dans la pratique, et on n’en parle pas si souvent…

Alors que le calendrier chrétien nous conduit vers la Pentecôte, rappelons-nous, avec la Confession de foi, que le Saint-Esprit et l’engagement de l’Église pour la paix vont main dans la main : « Nous comptons sur le Saint-Esprit pour suivre le Christ sur le chemin de la paix… » ; « Le même Esprit qui s’est saisi de Jésus s’empare aussi de nous afin que nous aimions nos ennemis… » ; « Conduits par l’Esprit, et d’abord au sein de l’Église, nous témoignons à tout être humain que Dieu ne veut pas la violence. » La paix a pris le visage de Jésus, et elle est cruciforme, au sens où elle se montre sur le chemin de la croix, par le don de soi. Pour emprunter ce même chemin de la paix et du don de soi, les premiers disciples et les disciples actuels ont besoin d’être remplis du Saint-Esprit, l’Esprit de Jésus. Qu’il souffle pour nous en convaincre, nous en donner la force et nous guider dans la mise en pratique !

Justement… Depuis la fin du service militaire obligatoire, on peut avoir l’impression que la question de la paix est rangée aux oubliettes : une caractéristique folklorique dépassée ! En pratique, comment dénoncer « tout forme de violence, y compris la guerre parmi les nations » ? Une piste : dire son opposition au commerce juteux, amoral et peu encadré des armes, lui qui n’empêche pas les actes terroristes… Le plus grand salon de l’armement a justement lieu en France, à Paris, au mois de juin… Un collectif s’est créé pour y manifester, avec le soutien de la Commission de Réflexion pour la Paix de nos Églises ; des mennonites de l’Église de Châtenay-Malabry y participeront aussi (p. 16-17). Et si on y allait en nombre ? Pour muscler et exercer nos convictions…

« Car le royaume de Dieu, c’est la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit.» (Rm 14.17)