Juin 2016


 
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Ouaga, juin 2016
Juste un mot
des Solo du Faso
 
 
 
 
 
En attendant la pluie

Nous voici donc de retour à Ouagadougou depuis le 16 mai ; c'est bon de se retrouver ici, réintégrer notre équipe SIL BF et nous remettre à nos projets... 
Les collègues que nous avions abandonnés en mars sont tous d'accord pour dire que la saison chaude a été particulièrement rude cette année. Et là, après quelques hésitations, les pluies semblent venir petit à petit. Nous prions chaque jour pour la bénédiction du ciel sur ce pays. 

Deux semaines chaudes en perspective

Demain mardi, je me retrouve aux manettes d'une formation toute nouvelle pour moi ; 11 participants de 4 communautés linguistiques différentes du Mali et du Burkina Faso viennent se perfectionner dans leurs capacités d'écriture. Une collègue spécialiste en alphabétisation m'avait préparé l'an dernier un canevas de formation pour écrivains ; elle a fait un excellent travail que je n'ai plus qu'à partager maintenant avec ces locuteurs de 4 langues minoritaires qui veulent se perfectionner dans la création littéraire dans leurs langues ; je suis à peu près prêt... merci quand même pour vos prières pour ces deux prochaines semaines. Les deux collègues sur lesquels j'avais compté pour m'aider ont finalement d'autres plans... 

Martine pour sa part met la dernière touche à ses préparatifs pour l'atelier qu'elle animera avec deux autres collègues la semaine suivante ; 15 traducteurs de l'Ancien Testament de 6 communautés linguistiques du Burkina Faso, du Mali, du Togo et du Bénin viennent pendant 5 jours se pencher sur l'exégèse du livre de Daniel. 

Avec notre shalom,

Paul Solomiac
 

 
Wycliffe France, 
25 rue de l’Isle 
26000 VALENCE 
www.wycliffe.fr,
www.facebook.com/ATB.Wycliffe
  
  

 
 
  

 

Sacrée famille !

Entre la famille biologique et l’église comme famille, quels apports et quels rapports possibles ? Et si chacune bénéficiait de l’autre au lieu d’être en concurrence ? Réflexions.

« La famille, c’est sacré !  »  Qui n’a jamais entendu cette expression ? On sacrifierait tout pour la famille ! C’est dire que l’on parle ici d’une réalité du sacré, de l’intouchable, dans notre société. Les débats récents autour du mariage dit « pour tous » ne viennent qu’illustrer ce propos, même si chaque bord en a sa propre définition. Dans les Églises aussi, la famille a une grande importance. On peine parfois à s’engager de peur de devoir « sacrifier sa famille ». Par le passé, la tendance a souvent été de négliger la famille au profit de l’Église. Aujourd’hui, la tendance est plutôt inversée. Pour réduire la pression, certains ont décidé de fusionner le tout et de considérer leur propre famille comme une Église. Cette manière de voir est réductrice et les enseignements de la Bible nous aident à mettre la famille et l’Église à leur juste place pour qu’elles occupent une place de choix : ni idole, ni laissée pour compte.

FAMILLE BIOLOGIQUE ET PEUPLE DE DIEU

Dès la création, Dieu crée un couple et lui demande de fonder une famille qui grandit et se multiplie sur la terre. Parmi cette descendance, Dieu choisit Abram (Gn 12-13) pour créer son peuple et il lui promet une descendance plus nombreuse que les grains de poussière sur le sol. En faisant alliance avec Abraham, Dieu adopte un peuple. Le prophète Jérémie y fait écho : « Vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu. » (Jé 30.22). Le lien entre la famille biologique et le peuple de Dieu est évident dans l’Ancien Testament où les lignées jouent une place de taille. Cependant, le but de cette famille n’était pas simplement d’être choisie, mais de « bénir toutes les familles de la terre » (Gn 12.3). Ce peuple n’était pas un but en soi, mais un moyen que Dieu voulait utiliser pour répandre la bénédiction de manière plus large !
Cette portée retrouve un nouveau souffle avec l’arrivée de Jésus. Pour lui aussi, l’appel du peuple de Dieu est clairement de répandre la bénédiction dans le monde (Mt 28.19). Dans la continuité de l’Ancien Testament, Jésus insiste et renforce l’importance du mariage comme lien exclusif entre un homme et une femme. Aux yeux des disciples, il place même la barre plus haut qu’auparavant. Pourtant, Jésus, tout comme Paul, était célibataire. Ils n’ont donc pas perpétué la lignée biologique de la famille d’Abraham dont ils étaient issus. Force est de constater qu’ils ont perpétué celle de Dieu ! Marie, Jésus et Paul ouvrent chacun à leur manière de nouvelles formes de paternité et de maternité.

FAMILLE ÉLARGIE

Jésus a marqué un tournant important en définissant la famille d’une nouvelle manière. Lorsque quelqu’un vient le trouver pour lui dire que sa mère et ses frères veulent lui parler, il lui répond : « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? Et il a montré de la main ses disciples en disant : Voici ma mère et mes frères. Oui, si quelqu’un fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, cette personne est mon frère, ma sœur, ma mère. » (Mt 12.50, Lc 8.21). Jésus adopte, intègre, crée une nouvelle famille à partir de ceux qui entendent et mettent la volonté de Dieu en pratique. Cela se manifeste très clairement lorsqu’il est cloué sur la croix et que, voyant sa mère et le disciple qu’il aime, il confie à la fois le soin de son disciple à sa mère et le soin de sa mère à son disciple : « Mère, voici ton fils. Fils, voici ta mère. » (Jn 19.25-26). Dans le peuple de Dieu, la famille prend une nouvelle signification et devient une famille élargie à ceux qui en ont besoin.

À CHACUN SA FAMILLE

La beauté de cette vision de la famille permet à chacun d’avoir une famille : ceux qui en ont une de manière provisoire ou durable, mais aussi ceux et celles qui n’en ont pas. La famille a besoin de temps pour elle-même, pour se retrouver et vivre des aventures ensemble, mais elle a tout autant besoin de s’ouvrir aux autres pour vivre l’appel qui lui a été adressé. La famille a besoin de relations extérieures pour être renouvelée, enrichie et trouver un sens à son existence et à sa mission. Les personnes seules ont besoin d’être entourées, intégrées lors des fêtes « de famille » qu’elles viennent enrichir avec leur expérience de vie et leur présence. Quelle belle complémentarité dans les besoins !
Qu’à notre tour nous puissions tous être des mères, des pères, des frères et des sœurs les uns pour les autres. Que nos enfants adoptent des frères et sœurs, des oncles et tantes, des cousins et cousines. Nous et nos familles formerons alors un peuple selon le cœur de Dieu et nous serons une bénédiction pour le monde, par la grâce de Dieu.

Joie des uns et des autres Photo :  © Albert Huber

Joie des uns et des autres
Photo : © Albert Huber

La famille biologique, le célibat et l’Eglise comme famille, selon la Confession de foi dans une perspective mennonite
« Dieu veut bénir la vie humaine dans le cadre familial, tout particulièrement dans la famille de la foi. Tous les chrétiens doivent s’intégrer à la famille de Dieu où les membres se reconnaissent comme frères et soeurs. C’est notre conviction que dans l’église le mariage et le célibat doivent être considérés avec respect. Nous encourageons l’église à une bonne intégration des célibataires dans sa vie et ses activités. Une telle communauté de foi est source de bénédiction pour toutes les familles de la terre. »

 

 
Confession de foi dans une perspective mennonite, article 19 « La famille, le célibat et le mariage », Editions Mennonites, Montbéliard, 2015, extraits.

 

 

Garder la foi face à la maladie

Face à la maladie grave, on entend parfois le témoignage de personnes ayant vécu une guérison. Il est plus rare d’entendre une personne gravement malade parler de son combat contre la maladie et du combat de la foi. Michel Kempf ose décrire son cheminement au coeur de la maladie. Témoignage.

Quand la maladie grave s’invite dans mon univers bien ordonné, quand l’horizon de mes projets d’avenir se réduit brusquement, toutes mes certitudes sont ébranlées, une foule de questions se bousculent dans mon esprit…
D’abord, c’est la stupeur et l’incompréhension : on a du mal à réaliser ce qui est en train de se passer ; on s’enferme, on écoute, on cherche désespérément à retrouver ses marques. Puis viennent la révolte et un grand sentiment d’injustice : pourquoi Dieu m’impose-t-il cela à moi ?

PEURS

Mes peurs sont aussi très présentes : peur face à la dureté des traitements à venir, peur du silence de ma chambre, peur de flancher dans ma foi face à cette mort soudain si proche ; peur aussi du regard des autres, de n’être plus considéré comme une personne, mais d’être réduit à ma maladie dans l’esprit de l’autre ; peur enfin de ne plus me sentir utile pour ma famille et mon entourage.
Mon cri s’élève vers Dieu, plus vrai et plus profond qu’il ne l’a jamais été auparavant. En communion avec de nombreuses personnes, je prie pour ma guérison.
Puis vient le temps des réponses.

LE COURAGE COMME LA MANNE, AU JOUR LE JOUR

Je découvre que vaincre la maladie, guérir, ce n’est pas uniquement retrouver ma santé. Pour avoir la foi, il me faut d’abord gagner sur le terrain de mes pensées et de mes sentiments. Il me faut me rappeler que la souffrance, la maladie et la mort sont l’héritage du péché pour tous les hommes. Pourquoi y ferais-je exception ? Je dois aussi me rappeler que le Patron de ma vie tient celle-ci bien en main, malgré les apparences présentes. Dieu connaît notre souffrance, car, par la personne de Jésus-Christ qui a goûté la souffrance la plus cruelle, il sait par où nous passons (Hé 4.15). Cette épreuve qui perdure me fait découvrir que Dieu me donnera finalement le courage nécessaire au jour le jour, comme une manne dans le désert (Ex 16). Cette épreuve me permet d’accepter que Dieu est Dieu et que je dois m’incliner devant sa souveraineté. Pour moi, c’est un réel combat de foi de garder confiance, quelle que soit la réponse qu’il donnera, à la vie ou à la mort. Mais c’est un défi que je veux relever ! On a toujours le choix de la foi. Dieu m’amène à comprendre que, si Jésus a appris l’obéissance ultime par ses souffrances (Hé 5.8), moi aussi je dois me plier à cette discipline.

ESPÉRANCE DE LA RÉSURRECTION

Discipline de la prière aussi, où je découvre que l’espérance de la résurrection tient une place bien plus importante qu’auparavant dans ma vie. Progressivement, même au fond du trou, dans mes douleurs, je fais l’expérience de cette paix que Dieu seul peut donner (Ph 4.7), où mes peurs s’estompent peu à peu. Quelle beauté aussi de lire ou d’écouter, lus par mon épouse, les psaumes, témoignages des temps de crise du juste !
Dieu m’accorde des sursis. Et la vie doit continuer…

POURQUOI ? POUR QUOI ?

Face à ma peur de la solitude et d’être enfermé dans ma maladie, malgré ma réticence aux visites et aux appels téléphoniques à cause des fatigues engendrées, je fais le choix d’une correspondance intensive par Internet. Pour dire ma souffrance, pour partager mon parcours, j’ai fait d’office le choix d’oser exprimer ce que je vis comme je le vis. Et que de réponses ! Même si certains m’imposent leurs consolations faciles, leurs solutions prêtes à l’emploi, leurs sentiments et leurs convictions, j’ai vécu avec beaucoup d’autres, avec le personnel soignant aussi, des moments de relation vraie, empreints de ce respect et de cette écoute inconditionnels dont j’avais besoin pour survivre.
Dieu m’a appris à transformer tous mes « pourquoi » (warum ?), en « pour quoi » (wozu ?). Tout cela a un sens : l’épreuve a enrichi ma vie ; elle m’aide dans mon témoignage ; elle transforme ma relation avec Dieu et avec les autres.

CHOIX

Malgré une deuxième rechute de la leucémie qui me laisse partiellement paraplégique depuis quelques mois, Dieu me laisse assez de forces pour me garder combatif, ne pas trop dépendre de mon épouse et avoir encore quelque chose à donner à ma communauté. C’est un nouveau défi ! Dieu sait que j’aurais trop de mal à me dépouiller complètement de mon faire pour ne plus qu’être. Il sait que mon bonheur s’appuie encore bien trop sur mes activités, et il respecte cela. Je veux le suivre dans la paix et la louange de ce qu’il est resté dans ma vie. Même au plus profond de la souffrance, comme le pauvre Job, on a toujours le choix de regarder à Dieu ou à soi-même, d’être heureux ou malheureux, au lieu de se plaindre. C’est ce choix qui constitue la foi.

 

Crédit photo : www.unsplash.com - Caleb Ekeroth

Crédit photo : www.unsplash.com – Caleb Ekeroth

Présentation en bref

Père de quatre enfants de 22 à 27 ans, Michel Kempf, entouré de son épouse Esther, est ancien de l’église de la Ruche à Saint-Louis. Depuis Noël 2013, à l’âge de 52 ans, il se bat contre une leucémie aiguë monocytaire (LAM). Les Noëls suivants, il subira encore deux rechutes. Mais la lutte continue…

Une famille Irakienne s’intègre progressivement en France

Un collectif issu des Eglises catholique, protestante, adventiste et mennonite accompagne des réfugiés irakiens accueillis à Bellegarde-sur-Valserine en septembre 2015. Bel exemple d’une Eglise accueillante et mobilisée. Parcours et leçons.

En ce début septembre 2015, le corps inanimé du petit Aylan échoué sur une plage de Turquie secoue la bonne conscience européenne. Mon portable ne cesse de sonner avec au bout du fil plusieurs médias régionaux, nationaux, puis internationaux qui demandent à nous rencontrer. Nous, c’est un collectif d’une vingtaine de membres des trois communautés chrétiennes de la petite ville où nous habitons. émus par la situation provoquée par l’avance de Daesh à la fin 2014, les participants de l’étude biblique œcuménique locale se décident finalement à accueillir une famille de réfugiés d’Irak. Après un processus de neuf mois d’attente, la famille Mikho, riche de ses deux grand-mères, deux parents et trois garçons, est annoncée en gare TGV le samedi 5 septembre au soir. Nous n’avons pas fait grande publicité, juste reçu deux journalistes, ce qui nous a valu des articles dans la presse locale.

Sur la voie de l’intégration

Mais les médias ont hâte de montrer une histoire plus positive que celle du repli sur ses avantages d’une Europe frileuse. Le soir même, photographe et journaliste couvrent l’arrivée de la famille et les émotions fusent. Les photos de la rencontre au Centre Mennonite de Bellegarde connaissent une diffusion mondiale grâce à Internet. Les jours et semaines suivants, le défilé des médias se poursuit et l’écho donné à notre modeste accueil se révèle disproportionné. Cela nous vaut néanmoins une attention particulière des services administratifs : un mois après son arrivée, la famille perçoit un revenu minimum et les allocations logement permettent de défrayer le logeur. Neuf mois après, la famille s’intègre bien ; les traducteurs arabe-français ne sont plus nécessaires ; le mari et l’épouse commencent à occuper un emploi ; les communautés chrétiennes sont pour eux une nouvelle famille qui soulage l’arrachement à leur patrie séculaire.

Dans cet échange, les membres du collectif sont rejoints par d’autres aux compétences variées. Cette richesse est précieuse pour donner des idées, saluer nos amis dans la rue, leur faire savoir qu’ils sont chez eux. Last but not least, les communautés catholique, protestante, mennonite, rejointes par les adventistes, apprennent à mieux se connaître et à s’apprécier. Des arabisants maghrébins, musulmans, tiennent à apporter leur aide et à se démarquer des radicaux.

Le collectif accompagne la famille dans l’obtention du statut de réfugiés, de la carte de séjour, des papiers permettant la prise en charge médicale, etc. Il faut également soutenir les parents dans le suivi de la scolarité, les activités des enfants, l’accès à l’emploi.

Accueillants apprenants

Mais nous nous retrouvons souvent dans la situation de l’apprenant : les quelques notions d’arabe que j’exhume des années de lycée me font ressentir tout le chemin à parcourir pour que je puisse m’exprimer dans leur langue… et je réalise le chemin qu’ils doivent parcourir en sens inverse pour nous rejoindre. Savoir que leur langue de communication familière se rapproche de l’araméen que parlait Jésus me donne aussi une leçon de modestie. Afficher lors de nos cultes les chants et les lectures bibliques en français et en arabe est une pratique qui se généralise. Nous sommes heureux de partager ainsi avec eux notre compréhension de la foi chrétienne.

Les deux grand-mamans passent beaucoup de temps à broder des fresques aux couleurs vives évoquant des scènes bibliques ou religieuses. Nos amis irakiens viennent de ce qu’on a appelé le « berceau de la civilisation », la Mésopotamie, de la province de Ninive. Que de noms familiers aux lecteurs de la Bible ! L’étude de leur histoire m’impressionne et donne un relief particulier à leur fuite. à l’époque romaine, les Assyriens ont été évangélisés par le disciple Thomas. Depuis, ils n’ont cessé de résister aux influences venues de l’Est (la Perse avec ses religions à mystères) ou de l’Ouest : Rome, l’orthodoxie byzantine, les Ottomans, les missionnaires chrétiens catholiques, puis protestants qui tous tenaient à les convertir. L’islam tolérait les disciples du Nazaréen moyennant un impôt, mais des périodes de persécutions ont parsemé ces 1500 ans d’histoire commune, culminant par le génocide de 1915 qui ne concernait pas que les Arméniens. L’intervention du grand gendarme américain en ce 20e siècle finissant a provoqué la réaction du radicalisme sunnite importé du royaume saoudien voisin, avec les conséquences catastrophiques que l’on sait.

C’est tout un parcours que nous faisons avec nos amis, par la langue, l’histoire, la culture. Ce ne sont pas des accueillants et des accueillis, mais des frères et sœurs en humanité qui se rencontrent au-delà des frontières.

 

Quel avenir ?

Prévoir l’avenir est une chimère. À côté des charlatans qui « se font du blé » en s’y essayant, des chrétiens croient pouvoir affirmer un avenir glorieux pour le chrétien individuel guéri de tous les maux, pour l’Église conquérant les coeurs et exerçant un leadership sur les nations… « Osons voir grand ! » est leur refrain. D’autres chrétiens croient pouvoir affirmer une inexorable décrépitude des moeurs et des coeurs, de mal en pis, atteignant l’Église apostate, jusqu’à la dislocation de l’univers entier. « C’est pire qu’avant ! » est leur antienne. Pour tous, l’avenir est tracé d’avance et les événements qui surviennent confortent les certitudes.

Sans prétendre prévoir l’avenir, on peut chercher à discerner les signes des temps, ce qui implique alors un tâtonnement, une prise en compte du passé, une ouverture à l’imprévu et surtout une vision du monde imprégnée d’Évangile, la bonne nouvelle du Royaume qui appartient aux pauvres et aux doux. Peut-être est-ce moins exaltant ou moins déprimant – donc moins tranché et moins « vendeur »…

Cette manière de scruter les signes des temps implique de chercher à comprendre tout ce qui fait la réalité des hommes et des femmes, leurs aspirations et leurs errements, leurs joies et leurs souffrances. Chercher à comprendre les quêtes d’identité ou les causes des fanatismes. Comprendre et prier. Si, pour les chrétiens, l’issue finale du Royaume de paix et de justice est comme une ancre sûre (Hé 6.19), le parcours qui y conduit est largement incertain et appartient à la providence et à la souveraineté de Dieu.

En attendant, la mission de l’Église et des chrétiens, dans leur vie commune et dispersée, est d’être comme du sel empêchant le pourrissement des idées, des relations, des fonctionnements et, par leurs belles oeuvres, d’être comme une lumière qui apporte du neuf et de l’espérance (Mt 5.14-16). Que les prochaines années soient glo- rieuses ou catastrophiques, voilà notre vocation ! Comme une anticipation de ce qui sera un jour en plénitude.

La découverte de Victor, le Hollandais

11A_8389En 2013, mettant à profit un compte épargne-temps, j’ai pu marcher pendant trois mois depuis chez moi, en région parisienne, jusqu’à l’extrémité ouest de l’Espagne à Saint-Jacques de Compostelle. En France j’ai emprunté, pendant un long moment, la voie dite de Vézelay qui est, en fait, très peu fréquentée. J’ai passé des journées entières sans rencontrer d’autre pèlerin. Mais, alors que je traversais le Sud-Ouest de la France, j’ai rencontré un Hollandais avec qui j’ai cheminé quelques jours. Victor (c’est son nom) effectuait sa deuxième marche vers Compostelle. Du coup, la conversation a naturellement roulé vers la question de savoir ce qu’il avait retenu de la première fois.

Victor, tout en s’intéressant aux questions religieuses, disait ne pas avoir la foi. Il s’était lancé dans une première marche 5 ou 6 ans auparavant, en voyant la retraite approcher et en se demandant ce qu’il allait faire lorsqu’il n’aurait plus de travail salarié. Mais, à ses propres dires, il n’a pas spécialement médité sur cette question en marchant. Il s’est rapidement retrouvé en compagnie d’une personne présentant un léger handicap physique qu’il a accompagnée jusqu’au bout. Et puis, une fois rentré chez lui, la découverte qui lui est restée est « qu’il avait assez ». J’aurais pu, me dit-il, prolonger ma carrière professionnelle pour accumuler plus d’argent. J’aurais pu essayer d’avoir une maison plus confortable. Mon épouse, elle aussi, aurait pu continuer à travailler pour augmenter les revenus du ménage. Mais j’avais assez, nous avions assez.

Victor avait pris sa retraite quand je l’ai rencontré. Il fait, entre autres choses, des travaux photographiques assez originaux. Il a, par exemple, photographié des sœurs religieuses d’une congrégation proche de chez lui, pendant leur vie monastique. Il m’a montré l’appareil photographique, relativement simple (sans être non plus du bas de gamme), qu’il utilisait. Je pourrais, m’a-t-il dit, avoir un appareil plus perfectionné, mais j’ai assez.

Cette découverte me semble assez récurrente lorsque l’on marche sur le Chemin de Saint-Jacques. Pour mes trois mois, j’ai emporté, en tout et pour tout, un sac de 8 kilos (plus, quand même, une carte bancaire !). Et, alors que l’on vit dans une simplicité inhabituelle, la vérité est que l’on se sent incroyablement allégé.

Il y aurait beaucoup à dire sur nos modes de vie malades de la surcharge. Mais pour les considérer avec un autre regard il faut quelque chose de l’ordre de la conversion. Combien de chrétiens oseraient proclamer, aujourd’hui, qu’ils ont assez ?

En 2013, mettant à profit un compte épargne-temps, j’ai pu marcher pendant trois mois depuis chez moi, en région parisienne, jusqu’à l’extrémité ouest de l’Espagne à Saint-Jacques de Compostelle. En France j’ai emprunté, pendant un long moment, la voie dite de Vézelay qui est, en fait, très peu fréquentée. J’ai passé des journées entières sans rencontrer d’autre pèlerin. Mais, alors que je traversais le Sud-Ouest de la France, j’ai rencontré un Hollandais avec qui j’ai cheminé quelques jours. Victor (c’est son nom) effectuait sa deuxième marche vers Compostelle. Du coup, la conversation a naturellement roulé vers la question de savoir ce qu’il avait retenu de la première fois.

Victor, tout en s’intéressant aux questions religieuses, disait ne pas avoir la foi. Il s’était lancé dans une première marche 5 ou 6 ans auparavant, en voyant la retraite approcher et en se demandant ce qu’il allait faire lorsqu’il n’aurait plus de travail salarié. Mais, à ses propres dires, il n’a pas spécialement médité sur cette question en marchant. Il s’est rapidement retrouvé en compagnie d’une personne présentant un léger handicap physique qu’il a accompagnée jusqu’au bout. Et puis, une fois rentré chez lui, la découverte qui lui est restée est « qu’il avait assez ». J’aurais pu, me dit-il, prolonger ma carrière professionnelle pour accumuler plus d’argent. J’aurais pu essayer d’avoir une maison plus confortable. Mon épouse, elle aussi, aurait pu continuer à travailler pour augmenter les revenus du ménage. Mais j’avais assez, nous avions assez.

Victor avait pris sa retraite quand je l’ai rencontré. Il fait, entre autres choses, des travaux photographiques assez originaux. Il a, par exemple, photographié des sœurs religieuses d’une congrégation proche de chez lui, pendant leur vie monastique. Il m’a montré l’appareil photographique, relativement simple (sans être non plus du bas de gamme), qu’il utilisait. Je pourrais, m’a-t-il dit, avoir un appareil plus perfectionné, mais j’ai assez.

Cette découverte me semble assez récurrente lorsque l’on marche sur le Chemin de Saint-Jacques. Pour mes trois mois, j’ai emporté, en tout et pour tout, un sac de 8 kilos (plus, quand même, une carte bancaire !). Et, alors que l’on vit dans une simplicité inhabituelle, la vérité est que l’on se sent incroyablement allégé.

Il y aurait beaucoup à dire sur nos modes de vie malades de la surcharge. Mais pour les considérer avec un autre regard il faut quelque chose de l’ordre de la conversion. Combien de chrétiens oseraient proclamer, aujourd’hui, qu’ils ont assez ?

Article écrit par Frédéric de Coninck

Prédication du 12 juin 2016 | KT | Lazare et le riche

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