La Bible, l’histoire d’un groupe

population-mondialeOn lit souvent la Bible comme un guide pour la relation personnelle avec Dieu. C’est bien ! Découvrir qu’elle raconte de bout en bout l’histoire d’un groupe place nos vies personnelles dans une perspective plus large.

Après un début à la taille du cosmos, le livre de la Genèse (dès le chap. 12) décrit la formation d’un groupe, avec le récit de familles répandu sur plusieurs générations. Il est question d’un clan, ancêtre d’un groupe plus grand appelé Israël et dont l’histoire se déploie alors dans le reste du Pentateuque. L’alliance entre Dieu et ce groupe fonctionne comme une constitution, dont les modalités se trouvent dans la Torah, destinée avant tout à réguler la vie collective.

Une fois installé en terre promise et réparti en tribus (des sous-groupes), ce groupe souhaite un roi comme chef. L’histoire subséquente des rois d’Israël est une histoire politique voire politicienne, mais à nouveau l’enjeu tourne autour du destin d’un groupe.

Les prophètes s’adressent à ce groupe pour l’inviter au retour à Dieu, à la Torah, à la pratique d’une justice qui se soucie d’abord des plus faibles, au risque d’un jugement de Dieu qui se réalise entre autres lors de l’exil collectif à Babylone. Là, les prophètes annoncent un retour du groupe sur sa terre, ce que racontent les derniers livres de l’Ancien Testament.

Les livres de la sagesse (Job, Qohélet…) et les Psaumes (en partie) expriment le plus un point de vue personnel, sur la relation avec Dieu et sur l’existence. Mais même alors, on pourrait montrer que ce n’est pas sans rapport avec l’appartenance au groupe Israël.

Le Nouveau Testament poursuit dans la même ligne. Les évangiles présentent Jésus le Messie  rassemblant symboliquement 12 apôtres, début de la restauration d’Israël. Il invite quiconque à le rejoindre dans ce qui devient un sous-groupe d’Israël, porteur d’une alliance nouvelle. La Pentecôte élargit la perspective, mais toujours dans l’idée de former un groupe (de juifs et de païens cette fois) réuni par le Christ et autour de lui.

Pour l’essentiel, les autres écrits du Nouveau Testament et les épîtres de Paul s’adressent à des communautés chrétiennes, des groupes dispersés qui ensemble forment un grand Groupe appelé Église. Celle-ci s’inscrit dans la continuité et la discontinuité avec Israël, portée par une espérance commune de la résurrection et du monde nouveau lors de l’avènement du Fils de Dieu.

La Bible commence donc par une perspective globale, cosmique, et se termine de la même manière. A l’intérieur de cette grande perspective, les Écritures racontent l’histoire d’un groupe, son appel, ses réponses, ses défaillances, les interventions de Dieu en sa faveur, ses retours, sa mission collective dans le monde et pour le monde.

Si la Bible (Ancien et Nouveau Testament) fonctionne comme la mémoire du groupe Église, quelles implications en dégager ?

  1. Notre manière de lire et de comprendre la Bible correspond-elle à la manière dont le Bon Livre se présente ? L’enjeu est herméneutique, à savoir une juste compréhension, communautaire très souvent, des textes particuliers et leur insertion dans le grand récit biblique.
  2.  La vie chrétienne s’insère nécessairement dans la vie d’un groupe, car le salut et le shalom de Dieu prennent une forme sociale visible qui s’appelle l’Église. L’enjeu est ecclésiologique, à savoir une vision de l’Église comme société alternative.

Bien sûr, la réponse à l’appel de Dieu en Jésus-Christ est personnelle et fonde l’engagement au sein du groupe Église. Bien sûr, l’aide personnalisée pour la guérison intérieure et la croissance spirituelle est bienvenue. Bien sûr, et à l’inverse, l’instinct grégaire ou le collectivisme imposé constituent des dérives mortifères.

Mais peut-être les chrétiens du 21e siècle, marqués par des logiques individualistes, également en matière de foi, gagneraient-ils à redécouvrir le grand projet de Dieu pour le monde au travers du groupe Église.

Pour aller plus loin…

Bernhard Ott, Shalom : le projet de Dieu, Dossier de Christ 1-2/2013, Éditions Mennonites, Montbéliard, 128 pages