Le sens de Noël

Enfoui sous le folklore des traditions culturelles et sous le consumérisme ambiant, le sens profond de Noël est à déterrer et à redécouvrir chaque année comme le cadeau que Dieu a fait à l’humanité…

Quelque huit siècles avant que l’événement ne se produise, le prophète Ésaïe avait eu une
révélation : « Le Seigneur lui-même vous donnera un signe. Voici, la vierge sera enceinte ; elle enfantera un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui signifie ‘‘Dieu avec nous’’ ».
(Es 7.14)

le-sens-de-noelMathieu et Luc racontent cette histoire, s’appuyant sur les prophètes et les généalogies pour proclamer que la naissance de Jésus est bien le signe promis et attendu du salut pour Israël.
Jean, en guise d’introduction à la vie de Jésus, Fils de Dieu, commence son évangile par une méditation sur la Parole faite chair, et venue dans le monde.
La suite du Nouveau Testament est très sobre sur Noël. Paul écrit : « Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son fils, né d’une femme et sous la loi… » (Ga 4. 4). Pas question de fêter la naissance de Jésus, l’accent est mis sur sa passion, sa mort et sa résurrection.

L’Église naissante, formée de petits groupes dispersés et peu structurés, n’a du reste pas commencé dans les fêtes, mais les affrontements, les persécutions.

L’histoire de l’Église montre que la mise en place de cette fête au cinquième siècle correspond,
entre autres, à des motifs socio-politiques : choix de la fête païenne du solstice d’hiver pour célébrer
le « Soleil de Justice », création d’un événement donnant aux chrétiens un motif de se réjouir
en Église.

Au fil des années, l’Église a relu et médité les récits des évangélistes. Peintres et sculpteurs, compositeurs et musiciens ont essayé d’en déchiffrer le sens, des oeuvres magnifiques sont nées qui
nous ouvrent à d’autres perspectives encore.

DIEU, L’HOMME, L’ESPRIT SAINT

J’aimerais proposer trois axes pour nourrir nos pensées en attendant Noël.

• Dieu, sous la forme d’un nouveau-né, vient à la rencontre de l’homme avec les grands moyens :
étoile, lumière, anges, musiques célestes, apparitions et rêves.

• L’homme, aussi vulnérable et fragile qu’il y a 2000 ans, ne peut accueillir ce miracle que s’il accepte de se reconnaître pauvre comme Marie, exclu comme les bergers, païen comme les mages
d’Orient.

• Le rôle omniprésent de l’Esprit Saint, avant, pendant et après les spectaculaires événements
de la nuit de Noël, rappelle que Dieu continue son oeuvre parmi les hommes, toujours et encore.
Si Noël est une visitation de Dieu, les quatre semaines de l’Avent sont devant nous, un temps précieux pour s’y préparer.

llustration : SW
Légende photo : Peinture réalisée en novembre 2015, en réaction aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris.

De Trump à l’avent

L’élection de Donald Trump frappe les esprits. Les pouvoirs de ce monde (politiques, idéologiques, économiques…) ont une force d’attraction qui ne se dément pas. La poussée des populismes en
Europe y répond. Même si c’est le moins mauvais des systèmes, nous faisons face à une crise de la démocratie représentative. Et le mot de Francis Cabrel, dans son dernier album, fait froid dans le dos : « Ils ont voté le génocide, par précaution. »

POLITIQUE ET PROVIDENCE

Une prière écrite par John Howard Yoder, théologien mennonite nord-américain (1927-1997), inspirée de 1 Tm 2.1-8, m’aide à situer l’action des autorités par rapport à celle de Dieu, m’aide à localiser tout gouvernement humain, aussi puissant soit-il, au regard du gouvernement providentiel de Dieu – qui nous échappe. « Nous prions pour ceux qui occupent des postes élevés et pour ceux qui contribuent à leurs décisions et à l’application de celles-ci. Permets qu’à travers la mise en œuvre de l’égoïsme et de l’idéalisme, de la vision et de l’aveu- glement de ces personnes, ta volonté que tous puissent vivre ensemble en paix soit accomplie. Nous prions, non pour la réussite ou l’échec des projets de tout gouvernement, mais pour ta direction providentielle de toutes choses, en vue des buts que tu as xés. »

POLITIQUE ET AVENT

Dans le chaos d’un monde dont Dieu se préoccupe, une entreprise de guérison a commencé il y a longtemps. Dans le corps d’une femme du peuple, qui s’écrie alors : « Dieu a fait descendre les puissants de leurs trônes, élevé les humbles, rassasié de biens les affamés, renvoyé les riches les mains vides. » Un discours révolutionnaire aux tonalités personnelles et intérieures, politiques et économiques (Lc 2.46-55). Le Dieu de la Bible et de Jésus conduit sa propre « politique », unique dans ses valeurs (un Royaume à l’envers) et son mode opératoire (l’Église).
Pendant l’Avent (p. 8-12), préparons-nous à redécouvrir com- ment, à Noël, en Jésus-Christ, la guérison commence, dans l’Histoire, en nous et autour de nous.

Ministère au féminin

40-ansL’année prochaine, cela fera 40 ans que la première femme enseignante, Marie-Noëlle von der Recke, a été embauchée au Bienenberg. 40 ans de ministère féminin, c’est un drôle d’anniversaire. Pas tout à fait 50, pas 100 non plus. Alors pourquoi lui donner de l’importance ? Si l’on pense à nos vies humaines, 40 ans est un âge charnière où l’on se questionne sur son identité. En regardant en arrière, on se dit qu’on a tout de même 40 années d’expérience derrière soi et que l’on sait qui on est et ce que l’on veut. 40 ans ce n’est pas rien ! Mais en regardant en avant, on se rend compte de toutes les questions qui demeurent et du potentiel d’évolution qu’il reste encore.

Comme se souvient Marie-Noëlle von der Recke, cela a demandé du courage au Centre de Formation du Bienenberg d’embaucher –exceptionnellement !- une femme malgré les résistances de certaines Églises et certains étudiants. Les femmes, arguaient certains « doivent se taire dans les assemblées » (1 Tm 2.12). Progressivement, l’idée d’une présence féminine a fait son chemin, les textes ont été réexaminés, l’expérience s’est avérée fructueuse et la présence d’enseignantes féminines au Bienenberg est devenue une évidence. Au début, Jacqueline Thimm enseignait ponctuellement (1968-1976) puis Marie-Noëlle von der Recke (1977-1985) a été embauchée en remplacement de Pierre Widmer. Marthe Ropp (1985-1989) a apporté sa pierre, suivie de Madeleine Bähler (1991-1997), Heike Geist (1998-2015) et Marie-Noëlle Yoder (depuis 2011).

Le regard sur ces 40 années passées est rempli de reconnaissance pour la complémentarité hommes-femmes vécue et transmise au Bienenberg. Les quatre enseignantes du Bienenberg  expriment spontanément leur reconnaissance pour le soutien et le respect des collègues masculins. Ceux-ci n’ont jamais questionné leur place, ni ce qu’elles pouvaient apporter en tant que théologiennes. Malgré les imperfections inhérentes à tout service humain, le simple fait de servir ensemble sans discrimination de sexe et en fonction des dons est déjà un avant-goût du Royaume. C’est ce qu’annonce la Pentecôte ! Nous constatons que cette complémentarité a porté du fruit et enrichi  la vie de nombreux étudiants et étudiantes tout au long des années. Le double regard, masculin et féminin, permet de mieux saisir la pertinence des textes bibliques pour la vie quotidienne.

Le regard vers l’avenir nous met aussi face aux défis qui subsistent : 40 ans d’enseignantes au Bienenberg, c’est à la fois beaucoup et peu. La situation dans les Églises mennonites est inégale et il n’y a toujours qu’une enseignante au Bienenberg alors qu’il y a 7 enseignants! Certaines assemblées s’interrogent encore sur l’idée même de la présence d’une femme au sein d’un ministère de direction. D’autres ont accepté le principe depuis bien longtemps. Bien que le ministère féminin soit souvent accepté en théorie, il n’est pas rare que cela se traduise difficilement dans la pratique.

A l’occasion de ce 40ème anniversaire, le Centre de formation du Bienenberg organise une journée de réflexion ouverte aux hommes et aux femmes : « 40 ans après… bilan intermédiaire sur la présence de pasteures et de théologiennes dans nos Églises », le 28 janvier 2017. Après une base biblique posée par Linda Oyer, un bilan sera fait sur les expériences passées :

  • Avec le recul, qu’est-ce qui a été utile ou au contraire, difficile ?
  • En quoi les Églises se sont-elles modifiées à travers le service des femmes salariées ?
  • Quels ont été les changements dans les discours ?
  • Quels sont les défis qui restent à relever, et quels nouveaux défis sont apparus ?

Mais cette journée a aussi vocation de traiter de sujets d’avenir pour nourrir la réflexion :

  • En quoi les femmes ont-elles changé la vie des Églises ?
  • Le sujet du ministère féminin n’est-il pas d’un autre temps ?
  • Les Églises se féminisent-elles ?
  • Pourquoi les femmes sont-elles toujours absentes des directions d’Église ?

Cette journée vise à encourager les hommes et les femmes des Églises mennonites de Suisse, de France et d’Allemagne à persévérer dans le service et la reconnaissance des dons que le Seigneur a confiés tout en prenant en considération les défis qui sont encore à relever. A noter dans les agendas !

Tu ne tueras point : le film

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Histoire incroyable de Desmond Doss, infirmier refusant de porter une arme par conviction de foi chrétienne, qui a sauvé un à un, 75 hommes à Okinawa. Le titre américain est juste celui du lieu Hacksaw Ridge (la falaise du hachoir !), surnom de cette crête à conquérir qui a coûté de sanglants combats aux troupes américaines. Le titre français « Tu ne tueras point » donne d’emblée une clé de lecture biblique. Il est pleinement justifié tant cette clé de lecture est celle de tout le film, de l’enfance et de la jeunesse du héros développée pendant la première heure, à la partie consacrée à la guerre où Desmond ne tuera pas de Japonais, mais  en soignera et en évacuera même vers les lignes américaines ! La seconde heure, consacrée aux combats entre Américains et Japonais,  prend aux tripes, on reste scotché par la violence des combats. Pourtant, nous n’avons pas perçu de complaisance  dans ce rendu du chaos de la guerre qui hache les hommes. L’acteur, Andrew Garfield, est impressionnant de justesse, donnant corps à cette figure christique de Desmond Doss qui n’a rien d’éthérée. Oui, un grand film qui scotche et fait réfléchir sur la beauté d’une humanité maintenue au sein même de l’horreur, comme une lueur d’espoir.

Desmond Doss ne s’oppose pas à cette guerre puisqu’il s’y engage, mais il le fait pour sauver des vies et non en prendre. Pendant les classes, sa conviction personnelle de ne pas porter des armes le met dans une situation impossible vis-à-vis de la hiérarchie militaire et de ses camarades. La question qu’on se pose c’est : comment a-t-il pu résister à une telle  pression? La seule réponse, c’est sa foi. Une foi humble. Dans tout ce film Desmond n’apparaît pas comme un entêté, mais comme un coeur pur. C’est aussi vrai dans sa relation avec sa future femme, magnifique Love Story qui éclaire la première partie du film. Il y parfois aussi de l’humour comme lorsque Doss refuse de manger sa ration de viande, car il est adventiste !

Desmond Doss se définissait non comme un objecteur, mais un « coopérateur de conscience » ; il  semble vraiment incarner, et tenir, cette tension chrétienne d’être pleinement dans ce monde sans être de ce monde.

Une scène finale reste cependant ambiguë. On y voit toute son unité attendre que Doss ait fini de prier juste avant d’engager le combat final. Qu’attendent ses camarades de cette prière ? Une bénédiction divine ?  Une protection magique ? Pour quoi prie exactement le soldat Doss ? Pour la victoire sur l’ennemi ? C’est probable.  Est-ce illégitime ? Un pacifiste dirait « oui », mais Doss pensait que cette guerre était légitime.

En conclusion: si on pose la question : « Où était Dieu à Okinawa ? », ce film apporte non la réponse, mais une réponse : il était avec Desmond Doss.

Luc Olekhnovitch, pasteur, Eglise évangélique libre de Viry-Châtillon, président de la Commission d’éthique protestante évangélique

 

 

 

Prédication du 06 Novembre 2016 | Philip Serez | La mission

 

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Prédication du 30 Octobre 2016 | Michaël H.

 

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Prédication du 16 Octobre 2016 | Geneviève T.

 

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De la compassion de Dieu à la compassion pour le prochain

Le 1er octobre dernier à Diesen, les responsables des Eglises mennonites de Lorraine ont abordé le thème de la compassion, dans le cadre de leur pastorale régionale.

Pascal Keller, chargé de mission de la Commission des Ministères, était l’orateur du jour.

Ses exposés sont à écouter, en trois parties.

1. La compassion de Dieu

2. L’exhortation à la compassion pour le prochain

3. Vivre la compassion

 

Bonne écoute !

Les gars, les filles, la sexualité… et Dieu

« Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) ». C’est le titre quelque peu ironique d’un livre de Thérèse Hargot, philosophe et sexologue intervenant en milieu scolaire. Elle s’interroge sur ce qui est advenu de la « libération sexuelle » des années 1960-1970, à partir de son écoute des jeunes d’aujourd’hui à qui elle donne la parole dans le livre.

Si les jeunes se sentent sexuellement libérés, ils sont en réalité prisonniers de nombreux diktats. Ils sont libres de consommer de la pornographie, mais menés par leurs pulsions, elles-mêmes titillées par l’hypersexualisation ambiante. Ils sont libres d’avoir des rapports sexuels dès l’adolescence, mais soumis à l’angoisse de la performance. Ils sont libres de choisir une orientation sexuelle, mais enfermés dans un destin sexuel figé. Ils sont libres de prendre la pilule ou de mettre un préservatif, mais à la merci de rapports sexuels vus comme un danger et un jeu de hasard. Ils sont libres puisque « consentants », sans s’apercevoir que connaissance de soi et maturité sont nécessaires pour dire authentiquement « je ». Ils sont libres de se mettre en couple, mais en font un refuge fusionnel des sentiments, peu propice à l’altérité.

Au Bienenberg les 12-13 novembre prochains, il sera question de sexualité, avec des jeunes de 14 à 16 ans de Suisse et de France, venus avec leurs groupes de catéchisme. Dans le contexte de la place prédominante de la sexualité dans la société, nous essaierons de la situer de la bonne manière, selon l’enseignement des Écritures, et dans le cadre du développement des jeunes.

Un temps entre filles et entre gars permettra de parler librement de soi et de l’autre sexe. Des ateliers traiteront de : Bible et sexualité (Michel Sommer) ; Relations sexuelles avant le mariage (Marie-Noëlle Yoder) ; Pornographie et masturbation (Fritz Goldschmidt) ; L’homosexualité (Fritz Goldschmidt) ; Pourquoi faut-il que ce soit un chrétien ou une chrétienne ? (Michel Sommer). Les jeunes pourront poser des questions sur tout ce qu’ils ont toujours voulu savoir sur la sexualité, sans oser le demander… (Marie-Noëlle Yoder)

Pour vivre ce thème devant Dieu et dans une saine atmosphère, des célébrations avec chants, prière et « mini-prédic » sont prévues, de même qu’un questionnaire permettant de réfléchir à soi et de prendre du recul. Nous donnerons la parole à des accompagnant(e)s des groupes lors d’une table ronde qui permettra d’entendre des histoires d’amour durables. Et le groupe de catéchisme de l’Église du Geisberg (France) prépare des jeux de coopération comme moyen de s’amuser ensemble, gars et filles, hommes et femmes, de manière saine et constructive !

Alors que la pression en matière de sexualité est grande sur les jeunes (chrétiens) issus des Églises, alors que le culte de la sexualité s’impose, parlons de sexualité, avec respect et poésie, en vérité et avec sensibilité, pour nous aider à mener des vies qui honorent Dieu et le prochain par notre corps et de tout notre être.

Infos pratiques

Week-end catéchisme – 12-13 novembre 2016

« Les gars, les filles, la sexualité… et Dieu »

Avec Fritz Goldschmidt, Marie-Noëlle Yoder, Michel Sommer

Inscriptions en groupe de catéchisme, avec un(e) accompagnant(e) pour 7 jeunes

Infos : michel.sommer@bienenberg.ch

Inscriptions : reception@bienenberg.ch

 

Pour aller plus loin…

Thérèse Hargot, Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque), Albin Michel, 2016, 220 pages

UN MODÈLE POUR COMPRENDRE L’ÉVOLUTION DE LA FOI

Ne vous laissez pas impressionner par les mots compliqués du tableau ci-cessous ! En lisant la « description», ils s’éclaireront ! Voici une tentative parmi d’autres pour comprendre comment l’expérience de la foi personnelle évolue et change au fil du temps. Bon pour la santé spirituelle !

Pourquoi certains auteurs chrétiens retiennent-ils plus notre attention que d’autres ? Pourquoi certains livres chrétiens nous paraissent-ils comme débordants d’eau vive, tandis que d’autres nous laissent indifférents ? En m’interrogeant sur le dénominateur commun de mes auteurs « préférés », j’ai réalisé qu’ils avaient tous une manière dialectique d’appréhender l’existence et d’interpréter la Parole de Dieu ; ils intègrent les paradoxes de la vie dans leur raisonnement.

Pour le théologien et psychologue James Fowler, la capacité de gérer le paradoxe apparaît à une étape bien définie dans le développement de la foi d’un adulte, ce qui m’a permis de comprendre que les auteurs qui me « parlent » le plus, sont probablement ceux qui répondent le mieux aux interrogations propres à l’étape de foi à laquelle je me trouve en ce moment.

S’appuyant sur divers travaux¹ dans le domaine de la psychologie du développement, James Fowler affirme que le croyant traverse plusieurs phases de maturation spirituelle au cours de sa vie. à chaque étape correspond un ensemble de moyens et de capacités que le croyant possède sur le plan cognitif, émotionnel et moral pour « faire sens » des réalités spirituelles et ultimes de son existence. Lorsqu’avec le temps, tous ces moyens ne suffisent plus pour « expliquer le monde », le défi consiste à découvrir les limites de ce que l’on a toujours cru pour construire un nouveau système de sens, prenant mieux en compte la complexité et les réalités de l’existence, ce qui permettra au croyant de franchir une nouvelle étape de foi.

Les croyants cependant ne traversent pas tous les étapes à la même vitesse ; une personne dans la trentaine peut déjà se trouver à l’étape 5, tandis qu’une autre se trouvera encore à l’étape 4 jusque tard dans la quarantaine. On peut rester bloqué ou même s’arrêter définitivement à n’importe quelle étape.

UNE AIDE POUR COMPRENDRE UN AUTRE CHRÉTIEN

Fowler s’intéresse à la manière dont le croyant, au sein de sa communauté, devient un sujet devant Dieu et accroît sa capacité à être, en partenariat avec Dieu, conscient, critique et responsable. Il explique notamment les forces, les limites et les pathologies possibles du fonctionnement de la foi propre à chaque étape. Son modèle ouvre ainsi des perspectives intéressantes en relation d’aide, dans l’accompagnement pastoral, la catéchèse ou encore pour le leadership. La force principale de ce modèle, c’est d’améliorer notre capacité à entrer dans la perspective de l’autre et d’être « mieux dans la cible » avec notre empathie. Il nous permet encore d’avoir des exigences plus réalistes vis-à-vis de nos frères et sœurs dans la foi.

Fowler relève toutefois que l’application de son modèle pour l’enseignement ne devrait pas servir à précipiter ou à encourager le franchissement des étapes de foi ; elle permet au contraire de rendre l’enseignement plus pertinent. La progression à proprement parler, au travers des étapes de la foi, doit être comprise plutôt comme le produit dérivé d’un bon enseignement.

Janet Hagberg et Robert Guelich proposent un autre modèle² d’évolution de la foi par étapes, plus empirique que celui de Fowler, également répandu dans les églises. La plupart des ouvrages dans ce domaine n’existent qu’en anglais, mais Jacques Poujol a publié en français un petit livre³ très accessible, inspiré largement du modèle de Fowler.

Il faut rappeler pour terminer que tout modèle, même le plus parfait, s’il nous aide à orienter notre compréhension et notre action, ne prendra jamais en compte toute la richesse et la diversité de la nature humaine.

Notes
1. Notamment Jean Piaget pour le développement cognitif, Lawrence Kohlberg pour le développement moral, Erik Erikson pour le développement psychosocial, qui proposent chacun leur modèle d’étapes.
2. Hagberg Janet & Guelich Robert, The Critical Journey – Stages in the Life of Faith, Sheffield Publishing Company, 2004².
3. Poujol Jacques et Fébrissy Cosette, Les étapes du développement psychologique et spirituel, Editions Empreinte Temps présent, 2013.

Schéma « Un modèle pour comprendre… »

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