Prédication du 29 Janvier 2017 | Michael H. | La peur

 

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Prédication du 15 Janvier 2017 | Marc K. | Néhémie 8

 

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Prédication du 08 Janvier 2017 | Eric B. | L’Enfer : une réalité

 

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Prédication du 25 Décembre 2016 | Michael H. | Message de Noël

 

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Prédication du 11 Décembre 2016 | Eric B. | Le Saint-Esprit agit encore aujourd’hui

 

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Prédication du 04 Décembre 2016 | Olivier B. | Le temps de l’Avent

 

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Prédication du 20 Novembre 2016 | Fritz G. | Les relations intergénérationnelles

 

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Être témoin aujourd’hui?

Le Dieu de la Bible est un Dieu missionnaire qui ne reste pas indifférent face à la rupture entre Lui et sa création, et notamment l’humanité. Depuis Éden où il cherche l’homme et la femme qui se cachent, jusqu’à l’Église qu’Il envoie en mission tout au long des siècles, Dieu est à l’œuvre, habité par le désir de guérir et de se réconcilier avec les humains.

L’Église missionnaire est d’abord celle qui entre dans le désir et le projet de Dieu pour l’humanité. Nous avons besoin de méditer et d’entrer dans la profondeur de l’amour et de la compassion de Dieu pour toute l’humanité y compris pour ses ennemis. Si nous ne sommes pas nourris et interpellés par cet amour, notre détermination et notre ouverture restent faibles, face au défi que représente la mission.

Être nourris par l’amour de Dieu consiste à accueillir toujours à nouveau sa bonté d’abord pour nous ! Être remplis de l’amour de Dieu renouvelle notre motivation, comme l’apôtre Paul en témoigne pour lui en 2Co 5,14-15. Recevoir et transmettre l’amour de Dieu va au-delà de nos sentiments naturels, de nos sympathies, de nos affinités. Cela demande un travail de l’Esprit qui ne se fait pas sans notre assentiment, et même notre désir.

Car ce n’est pas toujours si facile d’aller à la rencontre de ceux qui nous entourent et de leur témoigner de notre foi. Même engagés à la suite de Jésus, nous faisons l’expérience de résistances en nous. Nous n’avons pas tous les mêmes et nous ne les vivons pas tous de la même manière.

Il y a la peur, bien sûr. Peur de l’autre, de l’inconnu, du différent. Une des tendances de notre époque est au repli sur soi, sur sa famille, ses amis, voire son Église. Les médias nous dépeignent un monde dangereux. On observe des crispations identitaires et une méfiance grandissante envers ceux qui sont différents de nous, notamment les immigrés. La peur de l’étranger, qu’il vienne chez nous ou que nous soyons chez lui n’est pas une réalité nouvelle : à deux reprises, le livre de la Genèse (ch. 12 et 20) nous montre Abraham, craintif dans les territoires étrangers, qui fait passer sa femme pour sa sœur, car il a peur qu’on le tue pour la lui prendre. En Genèse 20, Abraham est obligé d’avouer ses préjugés face à Abimélek.

Le livre des Actes se fait l’écho de la profonde résistance de l’Église de Jérusalem à témoigner de l’Évangile de Jésus-Christ à des non-juifs. L’évangélisation des Samaritains commence avec le ministère de Philippe, lui-même loin de Jérusalem non de son propre choix, mais chassé par la persécution qui suivit la mort d’Étienne.

L’évangélisation des païens se fait par l’intermédiaire de Pierre, mais avant que Pierre accepte d’envisager la possibilité d’entrer chez un païen, Corneille, il en a fallu des miracles : visions, voix du ciel, Saint-Esprit qui parle à l’apôtre. Progressivement, Pierre évolue : « Dieu m’a montré qu’il ne fallait dire d’aucun homme qu’il est souillé ou impur » (Act 10,28) ; « En vérité, je comprends que Dieu n’est pas partial, mais qu’en toute nation celui qui le craint et pratique la justice est agréé de lui (10,34).

Parallèlement, et toujours suite à la persécution suite à la mort d’Étienne, des croyants en fuite arrivent à Antioche en ne disant « la Parole à personne qu’aux juifs ». Mais quelques-uns parlent aussi à des païens et beaucoup de convertissent.

Dieu, dans son désir que l’Évangile se propage partout, a contourné l’Église institutionnelle pour que l’Évangile aille aussi vers les non-juifs. Il a obligé L’Église à s’ouvrir, à dépasser les préjugés culturels, raciaux, etc.

Être témoin aujourd’hui nous demande aussi d’élargir nos cœurs et notre manière de penser pour aller vers les autres. Laisserons-nous l’amour de Dieu nous travailler, laisserons-nous le Saint-Esprit faire son œuvre en nous ? Qui sait jusqu’où cela nous conduira ?

Pascal Keller

Le module « Pour des Églises en mission » de la formation décentralisée pour responsables d’Église (Alsace-Nord) commence ce 30 janvier 2017! Le thème de la première soirée sera: « La mission de l’Église et des chrétiens – aspects bibliques et théologiques ».

500 ans des Réformes : quelle(s) réforme(s) aujourd’hui ?

Premier article de la série d’articles publiés sur ce blog pendant toute l’année 2017, par différents auteurs.

J’ai découvert le courant anabaptiste lors de mes études de théologie. Je connaissais les Eglises mennonites de Suisse et de France. Certains aspects de leurs pratiques me semblaient intéressants, d’autres m’apparaissaient comme exotiques mais sans grande portée. L’impression d’Eglises un peu molles… si j’ose dire.

Ma vision a gagné en profondeur lorsque j’ai eu l’occasion d’approfondir les convictions assumées par les anabaptistes pacifiques du 16e siècle faisant partie de la « Réforme radicale ». J’ai découvert qu’à l’arrière-plan d’Eglises mennonites un peu installées se trouvait, pour qui fait l’effort de s’y pencher, des convictions remarquables. Et surtout, des convictions qui expriment une lecture de la Bible et une compréhension de l’Evangile cohérentes, des convictions pertinentes pour aujourd’hui.

Stuart Murray, théologien anabaptiste britannique, est l’auteur du livre Radicalement chrétien – Eléments essentiels de la démarche anabaptiste (références ci-dessous). Il y présente sept convictions portées par le Réseau anabaptiste en Grande-Bretagne, une manière d’actualiser les accents de l’héritage anabaptiste pour notre temps.

Face à la question proposée « quelle(s) réforme(s) aujourd’hui », je voudrais reprendre ces sept convictions et les commenter. Elles forment un ensemble qui, selon moi, indiquent des voies de réformes à explorer, encore et toujours, par les Eglises mennonites d’abord, par les Eglises évangéliques ensuite, par toute Eglise enfin…

 

Conviction n° 1

« Jésus est notre exemple, notre enseignant, notre ami, notre rédempteur et notre Seigneur. Il est la source de notre vie, le point de référence central de notre foi et de notre style de vie, de notre compréhension de l’Eglise et de notre engagement dans la société. Nous nous engageons à suivre Jésus et à l’adorer. »

 

L’homme Jésus dont la vie et les manières sont décrites dans les évangiles, l’homme Jésus dont l’enseignement y est consigné, est paradoxalement négligé par les chrétiens et les Eglises ! Un peu comme si le Fils de Dieu dans sa toute-puissance avait éclipsé le modèle de vie. Lors de visites de 30 célébrations chrétiennes de toutes confessions et dénominations en 2014, cette absence m’a frappé à de multiples reprises. La pente est forte, encouragée par une sorte de religiosité estampillée chrétienne, de faire de Jésus l’objet d’un culte certes, mais déconnecté de Jésus comme exemple concret inspirant les choix de vie.

C’est parce que l’homme de Nazareth est reconnu comme Seigneur, comme Fils de Dieu, comme Dieu, que son enseignement et sa vie font autorité. Si Dieu s’est vraiment incarné dans cet homme particulier, alors la moindre de ses parole, le moindre de ses gestes, prennent une portée énorme !

Pour que nos contemporains associent « Eglise » à « Jésus », et non à autre chose…, les Eglises doivent se pencher à nouveaux frais, et continuellement, sur l’homme qu’il a été. Développer une passion pour l’homme Jésus – avec ses traits de génie et  ses côtés dérangeants – parce qu’il est Dieu.

Cela peut se traduire par exemple dans la prédication et la priorité à accorder aux évangiles, sans négliger pour autant le reste de la Bible.

 

Conviction n° 2

« Jésus est le point de convergence de la révélation de Dieu. Nous défendons une approche de la Bible centrée sur Jésus. De même, notre approche de la communauté des croyants est, elle aussi, centrée sur Jésus. Nous considérons cette communauté comme le contexte privilégié dans lequel nous lisons la Bible, discernons ses implications pour la vie de disciple, et les mettons en pratique. »

 

Il n’y a pas d’autres voies de réformes que de passer par la Bible, toujours à nouveau. « L’expérience » a le vent en poupe aujourd’hui, avec le risque de la mettre au même niveau d’importance que la Bible. Au 16e siècle, le Sola Scriptura [l’Ecriture seule] a fonctionné comme une critique de la combinaison « Bible et Tradition ». Dans le contexte postmoderne (où tout n’est pas mauvais), le Sola Scriptura est l’instrument critique de la combinaison  « Bible et Expérience ». L’expérience doit être passée au crible de l’Ecriture, interprétée en fonction de l’homme-Dieu Jésus.

Les Ecritures sont le moyen que l’Eglise s’est donnée pour se laisser critiquer, pour se laisser réformer. La Bible est certes porteuse d’une parole de consolation et d’espérance, pour tant de personnes qui souffrent et de tant de manières. Mais elle a une fonction critique également, surtout pour les chrétiens bien installés que nous sommes majoritairement en Occident, souvent silencieux face aux injustices et aux guerres, ouvertes ou soigneusement cachées par les pouvoirs en place. Acceptons-nous que la Bible nous critique ?

Dans le passé, des chrétiens ont légitimé en toute bonne conscience l’esclavage par la Bible. Avec le recul, leur manière de lire la Bible semble impossible, inimaginable, inacceptable. Et si nous aussi nous risquions de ne pas voir ce que la Bible dénonce, gros comme une poutre devant nos yeux, aveuglés que nous sommes par le confort et le conformisme ambiants ?

En matière de prédication, cela peut se traduire par le fait de prêcher sur les textes dérangeants et décapants, chez les prophètes ou chez Jésus par exemple.

 

Conviction n° 3

« La culture occidentale émerge lentement de l’ère de la chrétienté où l’Eglise et l’Etat gouvernaient ensemble une société dans laquelle on partait du principe que presque tout le monde était chrétien. Quelles que soient ses contributions positives aux valeurs et aux institutions, la chrétienté a sérieusement déformé l’Evangile, marginalisé Jésus, et a laissé les Eglises mal équipées pour la mission dans une culture post-chrétienne. En réfléchissant à ce sujet, nous nous engageons à apprendre de l’expérience et des points de vue de mouvement tels que l’anabaptisme qui ont rejeté les présupposés usuels de la chrétienté et ont recherché d’autres manières de penser et de se comporter. »

 

La défense de « l’héritage chrétien » pour fermer les frontières de l’Europe ou d’un pays est l’un des vestiges de la chrétienté, même dans un pays se revendiquant de la laïcité comme la France. C’est encore plus vrai ailleurs, lorsque des chrétiens affirment une « destinée manifeste » pour telle nation soi-disant chrétienne ou dont on rêve qu’elle soit chrétienne. Imaginez : des réfugiés, à bout économiquement ou fuyant la guerre, frappent à la porte de l’Europe. Ils entendent de la part de chrétiens : « Non, nous ne pouvons vous ouvrir, car nous voulons garder notre identité chrétienne dans notre pays. » Et eux de penser : « Ah c’est ça, les chrétiens ! »

Heureusement, des communautés chrétiennes se mobilisent pour accueillir et accompagner. Les difficultés d’intégration ne doivent pas être un prétexte pour renoncer. Comment voudrions-nous être traités si nous nous retrouvions avec une maison détruite, un demi-repas par jour, un avenir bouché et que nous prenions la décision de migrer ?

La réforme dans ce domaine passe par un changement de mentalité, mentalité accordant la priorité l’appartenance nationale ou à la défense de pays plus ou moins « chrétiens ». Chrétiens, nous sommes les citoyens d’autre chose d’abord que de notre pays : le Royaume de Dieu, transnational. L’appartenance nationale et tout ce qui la protège est seconde, car les valeurs du Royaume de Dieu ont priorité pour les chrétiens et l’Eglise. L’enjeu est le témoignage crédible de l’Eglise, en actes.

Choisir de rencontrer des réfugiés, apprendre à les connaître, par le biais de telle association, peut être l’occasion de s’exposer à une autre réalité, à un autre point de vue.

 

Conviction n° 4

« L’association fréquente de l’Eglise avec un statut privilégié, la richesse et la force n’est pas appropriée pour les disciples de Jésus et nuit à leur témoignage. Nous nous engageons à explorer les façons d’être une bonne nouvelle pour les pauvres, les démunis et ceux qui sont persécutés, conscients qu’une telle vie de disciple peut susciter l’opposition, inclure de la souffrance et parfois, en dernier recours, mener au martyre. »

 

Nos Eglises ne semblent ni particulièrement riches ni privilégiées. Elles sont parfois petites en nombres et faibles en ressources. Si les finances le permettaient, elles feraient plus et mieux, dans bien des domaines. On peut se demander si cette conviction n’a pas grand-chose à nous dire dans le contexte des Eglises évangéliques minoritaires en France.

Pourtant, il y a peut-être malgré tout matière à réflexion. Sans être riches et privilégiées, nos Eglises réunissent essentiellement des personnes de classe moyenne et elles peinent parfois à accueillir, à rejoindre et à accompagner des personnes de milieux sociaux défavorisés. Pourquoi ? Comment y travailler ?

« Etre une bonne nouvelle pour les pauvres » : il ne s’agit pas de proposer l’évangile de la prospérité ni l’opium de la consolation de la vie éternelle, sans impact dans le présent. Mais de faire des pas en direction de communautés chrétiennes où l’on met en œuvre des manières de partager économiquement, au niveau local ou mondial. Je pense au Fonds de partage de la Conférence Mennonite Mondiale. Les Eglises plus riches (du Nord) donnent en faveur des Eglises plus pauvres (du Sud). Le Fond transmet des sommes, et les Eglises qui les reçoivent sont libres de décider de l’usage de l’argent reçu. Voilà l’exemple, au niveau mondial et au sein d’une dénomination, d’une pratique qui s’inscrit dans l’esprit du Jubilé (Lv 25), de manière adaptée à notre temps.

La réforme dépend ici de la volonté de prendre au sérieux la vocation de l’Eglise à être une communauté où « celui qui avait beaucoup n’avait rien de trop et celui qui avait peu ne manquait de rien » (2Co 8.15). Le chantier est vaste… Peut-on imaginer des manières concrètes d’aller dans ce sens localement ?

 

Conviction n° 5

« Les Eglises sont appelées à être des communautés engagées, orientées vers la vie de disciple et la mission, des lieux empreints d’amitié, de redevabilité mutuelle et où le culte permet l’expression d’une pluralité de voix. En mangeant ensemble, partageant le pain et le vin, nous entretenons l’espérance en recherchant ensemble le royaume de Dieu. Nous nous engageons à développer et à entretenir de telles Eglises, dans lesquelles jeunes et vieux sont mis en valeur, la direction est consultative, les rôles sont liés aux dons plutôt qu’au fait d’être homme ou femme, et le baptême est réservé aux croyants. »

 

Considérer l’Eglise comme une communauté de personnes rassemblées et reliées a de nombreuses implications, telles qu’une large participation des uns et des autres, des ministères réellement au service de la communauté, une manière relationnelle et sociale de vivre l’Eglise, les actes symboliques, la prédication, les prises de décision, etc. Tout cela inclut, il faut le dire, de vivre et de traverser des conflits, ce qui se travaille et s’apprend.

Mais le contexte d’individualisme, de consumérisme religieux ou de dispersion géographique, de même que la peur des conflits et la lassitude relationnelle, entraînent loin d’une telle vie communautaire.

Sans ignorer ces difficultés, l’enjeu est d’accorder une priorité à une telle vie communautaire, contexte et condition pour l’incarnation de l’Evangile dans une forme sociale qui s’appelle l’Eglise quand elle est signe du royaume de Dieu. Si on entre certes dans l’Eglise un à un, on s’y retrouve d’emblée avec des frères et des sœurs avec qui faire Eglise.

La voie de réforme passe par un nouvel engagement en faveur de la vie communautaire de l’Eglise, de manière réaliste mais claire. Elle passe aussi parfois par une seconde naïveté, qui a surmonté la déception inévitable, mais qui est prête à recommencer de manière plus lucide, sur soi, sur les autres, sur l’Eglise… Qui est d’accord de participer à nouveau ou encore à tel groupe de maison et d’y apporter sa contribution vers davantage de partage relationnel ?

 

Conviction n° 6

« La spiritualité et l’économie sont reliées entre elles. Dans une culture individualiste et consumériste, et dans un monde où sévit l’injustice, nous nous engageons à trouver des façons de vivre simplement, de partager généreusement, de prendre soin de la création et de travailler pour la justice. »

 

Cette conviction renvoie à l’importance d’une manière de vivre au quotidien qui soit l’expression d’une recherche de justice économique. Quelle place occupent les biens et les richesses dans nos esprits, dans notre mentalité, dans nos choix ? Dieu ou Mammon, c’est l’alternative radicale posée par Jésus… (Mt 6.24) et l’on comprend alors la puissance et la fascination de ce qui prend la place de Dieu…

La mentalité consumériste nous imprègne davantage que nous ne le pensons, en matière de déplacement, de vacances, d’achats, de confort, de facilités, etc. Explorer des styles de vie simples ou simplifiés, désacraliser l’argent par le don, adopter des comportements « création-responsable » ouvre des champs de réflexion et d’action passionnants et compliqués.

La voie de la réforme passe par la compréhension de la nécessité d’un témoignage incarné, qui concerne l’éthique chrétienne relative à l’argent et à l’économie. Est-ce prioritaire dans notre manière de concevoir la vie chrétienne ? Avons-nous vraiment besoin de plus et de mieux ?

 

Conviction n° 7

« La paix est au centre de l’Evangile. En tant que disciples de Jésus dans un monde divisé et violent, nous nous engageons à trouver des solutions non-violentes et à apprendre comment faire la paix entre individus, à l’intérieur des Eglises et entre elles, dans la société et entre les nations. »

 

La paix (shalom) est l’autre nom du « Royaume de Dieu ». Etre artisans de paix, c’est œuvrer pour ce Royaume. Les chrétiens devraient être connus pour leurs capacités à bâtir des ponts, à mettre du liant, à dénoncer les politiques de haine et de guerre qui divisent et causent tant de dommages dans une spirale sans fin… Leur action pour la paix fait écho à l’action de leur Maître qui, par le don de soi, a brisé la spirale et a fait la paix entre ceux qui étaient éloignés les uns des autres (Eph 2).

Tout cela s’apprend si on le veut bien, si on y accorde la priorité. La « modeste proposition pour la paix » du Mennonite Central Committee reste d’actualité dans ses implications directes et indirectes : « Que les chrétiens du monde entier s’accordent à ne pas s’entretuer. »

La réforme commence par la prise de conscience de la centralité de la paix et du Royaume de Dieu. Dire non à la guerre et à tout ce qui la prépare, dire oui à la paix et à tout ce qui la promeut. Elle continue par la nécessité, pour les disciples du Christ, de garder la paix bien chevillée au corps de  Celui qui lui a donné son vrai visage.

Qui s’inscrit à une formation à la non-violence évangélique et à la résolution des conflits ?

 

Michel Sommer, rédacteur de Christ Seul, animateur théologique au Centre de Formation du Bienenberg

 

 

Post-scriptum 1

En bref, ces convictions et ces voies de réformes reposent sur l’idée suivante : « Que l’Eglise soit l’Eglise ! »

 

Post-scriptum 2

Ce programme de réformes implique une prise de conscience et un engagement suscités par Dieu et son Esprit. Ce programme implique aussi la force de l’Esprit de Jésus rendant possible de le mettre en œuvre et de s’y tenir… Peut-être ce rôle du Saint-Esprit pourrait-il être davantage mentionné dans les sept convictions du livre ci-dessous.

 

 

Pour aller plus loin…

Stuart Murray, Radicalement chrétien – Eléments essentiels de la démarche anabaptiste, Excelsis et Talwogne, collection Perspectives anabaptistes, Charols et Les Ponts-de-Martel, 2013, 200 pages

La souffrance et la présence de Dieu

Dans le livre juste paru « La souffrance, un chemin de vie ? » (voir ci-dessous), Linda Oyer s’adresse à toute personne confrontée à la souffrance physique, psychologique, morale, au handicap, au deuil, comme à ceux et celles qui l’accompagnent. Interview sensible. (propos recueillis par Louise Nussbaumer)

Christ Seul : Dans ce livre, tu parles de l’épreuve et de la nécessité de maintenir ensemble deux réalités : la souffrance et la présence du Dieu qui donne vie et espérance. Dans quelles circonstances as-tu fait cette expérience paradoxale ?

Linda Oyer : En 2008, j’ai eu une toxoplasmose oculaire, puis un deuxième foyer en 2011. Le résultat était une vision de 0,5 sur 10 dans un œil et une baisse de vision dans l’autre. La lecture et les déplacements étaient devenus très problématiques.

C.S : Comment concilier la présence, parfois discrète, de Dieu au milieu de la souffrance avec les promesses de délivrance et d’exaucement qui elles aussi sont affirmées dans l’Écriture ?

Linda Oyer : Si « concilier » veut dire les rendre compatibles ou les mettre en accord, je n’essaie pas de le faire. Nous voyons ces deux réalités dans la Bible sans qu’elle nous explique de quelle manière les concilier. Le livre de Job, surtout le discours de Dieu à la fi n, aurait été un endroit idéal pour le faire. Il est difficile pour l’être humain de maintenir ensemble des positions paradoxales sans nier ni gommer la réalité de l’une au détriment de l’autre. Cela génère beaucoup d’incertitude et d’inconfort, car, dans cette vie, nous ne savons pas à quoi nous attendre : guérison ou non-guérison, amélioration de la situation ou détérioration.

C.S : Si nous ne pouvons pas changer nos circonstances, faudrait-il se résigner à la souffrance ?

Linda Oyer : La résignation est une attitude passive : « à quoi bon ? ». Je subis mes circonstances passivement, sans espoir. Je préfère parler de consentement, c’est-à-dire d’une manière d’accueillir ou d’« habiter » la situation. Il s’agit de chercher à vivre le « nouveau moi » dans des circonstances que je n’ai ni choisies ni ne peux changer. Cette acceptation de la réalité est active. Chercher à vivre, dans cette situation, la confiance, l’amour et l’espérance, des vertus éternelles, fait de nous des acteurs et plus des victimes.

C.S : Peux-tu donner un exemple ?

Linda Oyer : Je pense au Vietnamien Van Thuan qui était l’évêque de Saigon en 1975. Il a été emprisonné à cause de sa foi pendant 13 ans sans avoir été jugé ni condamné. Quand il a été emmené dans le Nord du Vietnam en bateau avec 1 500 autres prisonniers dans des conditions inhumaines, son attitude n’était pas la résignation. Il en est venu à considérer ces prisonniers comme sa nouvelle paroisse et a passé son temps à écouter leurs angoisses et leurs souffrances et à les réconforter.

Pour aller plus loin…

Ce livre propose une approche spirituelle de la souffrance, illustrée par des exemples bibliques et inspirée d’un tableau des pèlerins d’Emmaüs reproduit en couverture qui sert de fil conducteur.
Des questions d’appropriation permettent un chemin d’intériorité. Un livre qui met des mots sur les maux et exprime une foi solidement arrimée au Dieu de la vie.
Linda Oyer, La souffrance, un chemin de vie ?, Dossier de Christ Seul 3/2016, Editions Mennonites, Montbéliard, 80 pages, 9 €.
A commander sur www.editions-mennonites.fr