Prédication du 26 Février 2017 | Anna N. | Les jeunes


 
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Le ministère féminin – textes bibliques

Le ministère féminin a assurément fait couler beaucoup d’encre et de salive. Comment comprendre des textes qui semblent comporter une certaine ambivalence? Linda Oyer, ancien professeur de Nouveau Testament à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, présente ici les différents textes bibliques qui parlent des femmes et explique comment les comprendre. Cette vidéo de 30 minutes a été montrée la première fois lors de la journée de réflexion au sujet du ministère féminin le 28 janvier 2017 (CeFoR Bienenberg). Elle est brillante de clarté!

Découvrez le chapitre de Linda Oyer: « Lire Paul à la lumière de Jésus » dans « de l’Écriture à la communauté de disciples« , Excelsis, 2016

Lisez le compte-rendu de cette journée de réflexion!

Si le sujet vous intéresse, ne manquez pas le blog « Qui nous roulera la pierre?« 

Portrait des réformes il y a 500 ans

Plutôt que de parler de « la » Réforme du 16e siècle, il est plus juste de dire « les » Réformes protestantes, que l’on peut classer en cinq catégories. Panorama historique en bref.

 

MARTIN LUTHER (1483-1546)

• Moine augustinien, docteur en théologie, professeur de l’écriture sainte à l’Université de Wittenberg.

• Devient conscient du problème des indulgences en écoutant les confessions des paroissiens.

• En réponse, il rédige 95 thèses pour provoquer un débat théologique dans le cadre de la faculté de théologie (1517).

• Les thèses font écho à des frustrations et des critiques répandues dans le pays allemand.

• Demande la convocation d’un concile général pour aborder la question (1520).

• Excommunié par l’Eglise (1521).

• En réponse, développe des thèmes « réformateurs » (justification par la foi, autorité de l’écriture, critique de la papauté).

• Il se met à traduire l’Ecriture en allemand.

• Grâce à l’imprimerie récemment inventée, ses nombreux écrits ont une influence très importante.

• L’accueil de ses idées en milieu rural suscite un véritable enthousiasme, qui aboutit à la révolte des paysans (1524-1525).

• Il sera le chef spirituel des Eglises de la Confession d’Augsbourg qui fonctionnent sous l’autorité des princes territoriaux.

 

ULRICH ZWINGLI (1484-1531)

• Prêtre catholique, aumônier des troupes suisses à Marignan, prédicateur à Einsiedeln, lieu de pèlerinage marial.

• Embauché comme prédicateur par la ville de Zurich (1519), mène une réforme en étant influencé par Erasme.

• La ville de Zurich se détache de l’Eglise romaine en 1523, adhérant aux doctrines réformatrices de la justification par la foi et de l’autorité de l’Ecriture.

• Sa critique des dîmes et de l’usure, ainsi que son insistance sur la justice sociale qui découle de l’Evangile, influencent le milieu paysan.

• Sa critique du baptême des nourrissons (abandonnée ultérieurement) contribue à la naissance de l’anabaptisme.

• Sa doctrine de la cène comme symbolique s’oppose à celle de Luther qui insiste sur une présence réelle et corporelle du Christ dans le pain et le vin.

• Meurt sur le champ de bataille dans une guerre entre cantons catholiques et protestants (1531).

 

L’ANABAPTISME SUISSE

• Ses adeptes (Conrad Grebel, Félix Mantz, Balthasar Hubmaier) sont d’abord des partisans de Zwingli à Zurich, ouverts aux idées de Luther et d’Erasme.

• La critique des sacrements par les réformateurs et la notion de l’autorité de l’Ecriture les poussent vers une critique du baptême des nourrissons, aboutissant aux premiers baptêmes d’adultes en janvier 1525.

• La naissance du mouvement se déroule en même temps que le soulèvement paysan, produisant de la confusion et l’accusation selon laquelle les paysans ayant eu recours à la violence sont des « anabaptistes », même si la non-violence est prônée dès le début du mouvement par certains des meneurs.

• Le débat sur la violence et la séparation entre l’Eglise et l’Etat est réglé avec l’aide de Michaël Sattler (ancien prieur bénédictin) et les articles de Schleitheim (1527).

• D’autres mouvements anabaptistes, néerlandais et morave, naissent et se développent pendant la même période. Les trois partagent une même théologie du baptême, un rejet de la violence selon le Sermon sur la montagne et insistent sur la séparation entre l’Eglise et l’Etat.

 

LA RÉFORME ANGLICANE

• Lecteur fervent d’Erasme, le roi Henri VIII souhaite séparer l’Eglise d’Angleterre de l’autorité papale.

• Suite au refus du pape d’accéder à son désir de divorcer de sa femme, Henri VIII proclame l’Eglise d’Angleterre indépendante de l’autorité romaine en 1534.

• Le roi devient le chef de l’Eglise d’Angleterre sur terre.

• De nombreuses vicissitudes et des changements théologiques font que l’identité théologique de l’Eglise (nationale) est plus ou moins protestante jusqu’à la restauration du catholicisme sous la reine Marie Tudor (1553-1558).

• Elisabeth I rétablit l’Eglise d’Angleterre avec les 39 Articles de foi, un mélange de luthéranisme et de calvinisme avec un fort accent sur la continuité avec le passé. Le courant calviniste (puritain) souhaite une Eglise synodale plutôt qu’épiscopale.

 

JEAN CALVIN (1509-1564) ET LA TRADITION RÉFORMÉE

• Originaire de Noyon en Picardie, fait des études dans la lignée humaniste et devient juriste.

• Chemine vers les idées réformatrices et se trouve obligé de quitter Paris en 1534.

• Rédige la première édition de son « catéchisme-théologique systématique », L’Institution de la religion chrétienne, à Bâle en 1536.

• En route pour ailleurs, il est prié de rester à Genève comme pasteur réformateur (1536) et y finira sa vie.

• Le séjour genevois est interrompu par un passage à Strasbourg comme pasteur de l’Eglise francophone (1538-1541) où il rencontre Martin Bucer, qui aura une influence importante sur sa pensée.

• Devient le chef de file des Eglises « réformées », qui sont dans la lignée de Zwingli et de Bucer. Ces Eglises sont étroitement liées aux structures politiques municipales de l’époque.

• En plus des accents typiquement protestants, sa théologie est marquée par une forte insistance sur la souveraineté de Dieu (aboutissant à la prédestination), une présence réelle mais spirituelle du Christ dans la cène, une structure ecclésiale synodale, un accent fort sur la discipline et la vie éthique des chrétiens.

 

Voter, un acte citoyen ?

En 2016, le vote dans deux grands pays démocratiques a abouti à des résultats inattendus ; le Brexit en Grande-Bretagne et l’élection de Donald Trump aux USA ont défié les prévisions et rebattu largement les cartes. Selon certains, la démocratie s’en retrouve grandie.

LIMITES DE LA DÉMOCRATIE

Je pense au contraire que cela illustre les limites de l’exercice. Dans nos pays occidentaux, la manipulation de l’opinion est une menace constante. Manipulation par les sondages, mais surtout par les médias aux mains d’intérêts financiers ou idéologiques. L’irruption récente des réseaux sociaux en politique et la communication électronique aggravent ce risque de manipulation, y compris par des puissances étrangères. La majorité de la population ne fait pas l’effort d’analyse que les journalistes proposent. Parodiant un mot célèbre, on peut dire que chaque citoyen est un journaliste son smartphone à la main. Dans cette cacophonie, la prime va à celui qui « crée le buzz », qui crie le plus fort, quitte à choquer. Face à ces difficultés, les dictateurs de tout poil ont beau jeu d’accuser la démocratie du risque d’instabilité et de rejeter en conséquence l’idée de soumettre leur mandat au vote populaire.

INCERTITUDES EN FRANCE

Crédit photo : www.pixabay.com

Á l’aube d’une présidentielle décisive, on se demande ce qui orientera le vote des Français. La frustration des laissés pour compte de la société aura-t-elle le dernier mot ? Le rejet des élites se traduira-t-il par un vote aux extrêmes ? La tentation de donner un coup de pied dans le système et d’amener aux plus hautes fonctions un « homme neuf » au profil improbable va-t-elle l’emporter ? Des « fuites » ou des « révélations » de dernière minute vont-elle faire pencher la balance d’un côté ou d’un autre ?

 

 

ÉTRANGERS DANS LA CITÉ

Dans nos églises, la question politique est largement taboue et les sujets clivants sont soigneusement évités. Il est difficile de trouver des lieux de débat apaisé et informé. Comme aux USA, certains thèmes prennent une valeur emblématique au détriment d’une vue d’ensemble : le fait de s’être prononcé contre l’avortement a suffi à Donald Trump pour se garantir le vote d’une majorité évangélique qui hésitait devant ses outrances. Les chrétiens évangéliques ou mennonites qui évitent ce travers et veulent rester honnêtes et équilibrés vivent une certaine schizophrénie entre leurs convictions et leur vote qui va vers « un moindre mal ». N’est-ce pas pourtant ce qu’implique notre position d’étrangers dans la cité ?

PRIER ET AGIR

Et puis, n’oublions pas de prier pour les autorités qui finalement seront élues. Car le vote n’est ni un blanc-seing que je leur donne ni une dispense à l’analyse de leurs programmes ou des lois qui sont prises. Du reste, pour réconcilier la main qui vote et l’esprit qui prie, ne faudrait-il pas assortir ce geste d’autres actes citoyens comme la participation à des manifestations (exemple : contre le mariage pour tous) et la désobéissance civile (exemple : la dénonciation de la vente d’armes) ?

Pour aller plus loin…

– « Désobéir ? », Dossier du Dimanche pour la paix 2014, disponible sur www.editions-mennonites.fr
– « Pas de salon de l’armement à Paris !», Christ Seul, mai 2016, p. 16-17

 

Solomiac Février 2017

fevrier 2017

Chers parents, chers amis,  Cela fait plus d’une année que nous n’avons pas envoyé de nos nouvelles pour nos amis qui ne sont pas connectés à internet. Veuillez accepter toutes nos excuses. L’année 2016 a été riche en bénédictions : Dieu est fidèle et il prend soin de nous. Elle a commencé avec la naissance de notre petite fille Ève le 12 janvier 2016.  Elle s’est achevée par une belle fête de Noël que nous avons pu vivre avec nos enfants en France. Nous sommes allés 2 fois en France en 2016 ! Mais il y a aussi eu des jours difficiles : le 16 janvier 2016, des djihadistes ont lancé une attaque contre un restaurant de la capitale et il y a eu plusieurs victimes dont un missionnaire américain. Notre vie quotidienne a ses hauts et ses bas comme pour chacun. À cause de la menace terroriste qui pèse sur le pays, nous ne pouvons plus passer du temps au village de Samogohiri. À cause de nos emplois du temps chargés, nous n’avons pas pu aller en France entourer Anne et Jean-Daniel, les jeunes parents, lors de la naissance d’Ève. Les versets d’Ecclésiaste nous rappellent que tout passe et que tout est dans la main de notre Créateur et Seigneur. C’est lui qui permet que nous soyons dans la joie et qui nous accompagne dans les moments difficiles.

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Février 2017

fevrier 2017

Chers parents, chers amis,  Cela fait plus d’une année que nous n’avons pas envoyé de nos nouvelles pour nos amis qui ne sont pas connectés à internet. Veuillez accepter toutes nos excuses. L’année 2016 a été riche en bénédictions : Dieu est fidèle et il prend soin de nous. Elle a commencé avec la naissance de notre petite fille Ève le 12 janvier 2016.  Elle s’est achevée par une belle fête de Noël que nous avons pu vivre avec nos enfants en France. Nous sommes allés 2 fois en France en 2016 ! Mais il y a aussi eu des jours difficiles : le 16 janvier 2016, des djihadistes ont lancé une attaque contre un restaurant de la capitale et il y a eu plusieurs victimes dont un missionnaire américain. Notre vie quotidienne a ses hauts et ses bas comme pour chacun. À cause de la menace terroriste qui pèse sur le pays, nous ne pouvons plus passer du temps au village de Samogohiri. À cause de nos emplois du temps chargés, nous n’avons pas pu aller en France entourer Anne et Jean-Daniel, les jeunes parents, lors de la naissance d’Ève. Les versets d’Ecclésiaste nous rappellent que tout passe et que tout est dans la main de notre Créateur et Seigneur. C’est lui qui permet que nous soyons dans la joie et qui nous accompagne dans les moments difficiles.

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K comme kénose

Kénose, un mot savant, qui exprime l’extrême abaissement de Dieu en Jésus-Christ, du ciel sur la terre, de la condition divine à celle d’un esclave, pour rejoindre l’humanité souffrante.

La « kénose » est un terme utilisé par les théologiens pour désigner l’humilité, l’abaissement, le dépouillement absolu du Fils de Dieu, selon Philippiens 2.7 : « Jésus s’est dépouillé »… Le mot grec employé par l’apôtre Paul, kenoô, signifie : vider, anéantir, évacuer, réduire à rien… Ce verbe exprime avec force l’humiliation du Christ qui, « de condition divine » (Ph 2.6), accepte volontairement de prendre celle de « serviteur » – littéralement d’esclave ! – jusqu’« à la mort sur une croix » (Ph 2.7-8).

VERTIGE DE L’ABAISSEMENT DE DIEU

La kénose était au cœur de la prédication du christianisme primitif. Elle exprimait le scandale que représentait la foi au Messie crucifié : Dieu fait homme, le Très-Haut devenu le Très-Bas, la Source de vie partageant notre mort, et la mort d’un criminel, « le dernier degré » (Karl Barth)… En Jésus, l’Éternel s’anéantit ! Cette expression ahurissante de la foi a donné lieu à bien des débats théologiques.

Pour Paul, la kénose du Christ culmine mais ne se limite pas à la croix. Toute la vie de Jésus exprime l’abaissement du Fils de Dieu : de la crèche au lavement des pieds et à sa passion. Le Christ s’est identifié à l’humanité la plus basse, la plus faible, la plus humble, la plus souffrante.

LA KÉNOSE DANS L’ÉGLISE

Photo : www.flickr.com – John Ragal

Mieux encore, sa kénose dépasse sa vie terrestre. La résurrection de Jésus et le don de son Esprit à l’Église lui donnent une nouvelle actualité. En Philippiens 2, le discours de Paul vise d’abord à l’édification d’une communauté chrétienne : « Avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous… Comportez-vous entre vous, comme on le fait en Jésus-Christ. » (Ph 2.3,5). La kénose de Jésus se retrouvera dans la vie de ses disciples.

LE CHRIST AMER

Pour les premiers anabaptistes, il s’agissait d’une question essentielle posée à l’Église. Le Royaume de Dieu n’avait rien de commun avec les royaumes de ce monde. Le Christ qu’ils suivaient était le « Christ amer » : le serviteur, le rejeté, le persécuté. Le chrétien doit passer par l’abaissement de Jésus (Tiefe Christi). Hans Schlaffer († 1528) écrivait : « Tous ceux qui aspirent à être sauvés en Christ doivent toucher le fond. » Et Pilgram Marpeck précisait en 1547 : « Aucune rédemption n’est possible en dehors de l’humilité profonde du Christ. »
La kénose apparaît de prime abord comme une notion savante. Elle exprime pourtant le cœur de l’existence chrétienne : l’humilité dans le service. Cette attitude permet de retrouver le visage de Jésus aujourd’hui.

« Il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur. » Philippiens 2.7

Interview de Martin Luther

Propos recueillis par Louise Nussbaumer

500 ans après, Christ Seul a rencontré Martin Luther pour une interview ! Pour savoir ce qu’il pense aujourd’hui… Interview fictive à laquelle un pasteur et professeur luthérien a bien voulu se prêter…

Christ Seul :

Martin, 500 ans plus tard, qu’est devenu le message de la Réforme dans les églises qui s’en réclament ? A-t-on trahi ton message ou a-t-il été entendu ?

Martin Luther :

La question que l’on trahisse mon message ne se pose pas. La seule donnée qui puisse être trahie est l’Evangile. Il m’a été donné de pouvoir retourner aux textes bibliques. L’imprimerie et l’ouverture humaniste de la Renaissance y ont beaucoup contribué. Il ne faut jamais oublier que j’ai été contemporain de Colomb et de Magellan, de Léonard de Vinci et de Michel Ange, d’Erasme et de Copernic et de beaucoup d’autres qui ont contribué à une véritable révolution culturelle en Occident.
Ayant eu accès aux textes bibliques dans leur langue originelle, j’ai rapidement constaté que l’essentiel de l’Evangile était à mon époque oublié. Qu’en est-il aujourd’hui ? La Bible est le livre le plus étudié. Il l’est cependant dans les sens les plus divers aussi au sein des Eglises.
Reprenant les textes, j’ai pu remettre en lumière la clé de lecture qui a été celle des apôtres et de la première église : Jésus-Christ mort et ressuscité pour nous. C’est à partir de ce centre que tout texte biblique prend sens et devient par l’Esprit Saint la Parole d’Evangile qui permet aux humains de vivre. Si nous vivons dans et par la foi, si nous laissons Christ seul vivre en nous, nous sommes les enfants de Dieu vivant de son amour indéfectible.
Mon époque était hantée par la peur du jugement dernier et l’Eglise entretenait cette peur. J’ai pu redire que la parole dernière de Dieu est déjà dite du moment que nous nous confions pleinement à lui. Cette parole est libératrice et donne sens à notre vie. Libres de la peur, nous pouvons nous engager en ce monde et le rendre plus conforme à la volonté de Dieu. Nous n’avons pas peur de nous perdre, car Il nous a déjà trouvés.

Christ Seul :

Aujourd’hui le temps est à l’écoute mutuelle, à la réconciliation plus qu’à la rupture entre les Eglises chrétiennes. Peux-tu te rallier à cela ?

Martin Luther :

Mon intention n’a jamais été de rompre l’unité de l’Eglise. Je demandais la réunion d’un Concile, afin de parvenir à une véritable réforme de l’Eglise. Je n’ai pas été entendu et je le regrette. L’affaire s’est même amplifiée et est devenue politique. Toute la société est entrée dans une phase révolutionnaire avec la Guerre de paysans et l’apparition de mouvements religieux comme les anabaptistes. J’ai eu le souci de maintenir l’ordre établi et j’ai participé à la répression d’abord organisée par les pouvoirs politiques. Ce fut probablement une erreur.
Que l’on œuvre aujourd’hui à une reconnaissance mutuelle des Eglises et à des moments de réconciliation est une très bonne chose. Ne confondons cependant pas unité et uniformité. L’Evangile s’incarne en divers lieux et à divers moments sous des formes ecclésiales différentes. L’unité est donnée par le fait que chacun dans sa langue proclame le salut en Christ. C’est la seule chose qui compte et qui fonde l’unité de l’Eglise du Christ.

Christ Seul :

Si tu devais afficher demain quelques nouvelles thèses sur le portail de l’église de Wittemberg, que dirais-tu aux chrétiens de 2017 ? Qu’y a-t-il selon toi à réformer dans l’église ?

Martin Luther :

L’Eglise a un constant besoin de réformes, à mon époque et aujourd’hui. Le plus grand danger est que l’Eglise se conforme à son temps et oublie la portée de son message. Je vois aujourd’hui des Eglises instituées dans lesquelles l’administratif prend le pouvoir. Mon but était de rendre la Parole de Dieu accessible à tous. J’ai à cet effet rédigé des catéchismes et des livres de prière, prôné l’éducation et le chant choral. Ma démarche a été largement reprise, mais je constate que la manière dont les Eglises actuelles proposent l’Evangile n’est plus guère efficace. Etant souvent muettes, les Eglises traditionnelles ouvrent un espace à toutes sortes de communautés dont la parole, par moments juste et à d’autres moments problématique, est entendue.
Vos contemporains recherchent la vie authentique, une vie qui fasse sens, une vie où l’être n’est pas la conséquence du faire, mais le faire la conséquence de l’être. Paul utilise pour le dire le terme de « justification ». Notre être nous est donné par Dieu et c’est cela qui provoque notre faire. C’est là le message qu’il faut redire et il faut tout faire pour que les Eglises ne perdent pas de vue ce centre qui est leur seule raison d’être.
La mondialisation et les nouvelles techniques de communication exigent un renouveau de la prédication de l’Eglise. Mes thèses ne disaient à leur époque pas autre chose. Je ne modifierai pas leur contenu dernier, mais je le redirai de telle manière qu’il puisse aujourd’hui être entendu.

 

Se taire ou parler

Se taire ou parler ? Traiter d’un sujet chaud et compliqué ou ne pas l’aborder ? Ces questions se posent dans toute relation, au sein de la vie d’une Église locale comme au niveau d’une union d’Églises.
Elles valent aussi pour la rédaction d’un magazine comme Christ Seul.

SE TAIRE

Il y a parfois de bonnes raisons de se taire, que l’on n’ait rien à dire ou qu’il soit temps d’écouter. La sagesse biblique recommande de limiter le nombre de paroles (Ec 5.1). L’expression d’une parole, orale ou mise par écrit, objective une pensée, lui donne de la consistance, ou relaie et diffuse une pratique. Répandre des rumeurs, des grossièretés (de vocabulaire ou idéologiques), des « faits alternatifs » crée un effet déformant sur le réel. Sans aller jusque-là, parler d’une souffrance peut lui donner plus de consistance que souhaitable. Cette dernière affirmation n’est probablement pas politiquement correcte…

PARLER

Mais mettre des mots sur les maux a aussi un eff et thérapeutique ! Lever un tabou est libérateur. Prendre la parole pour donner son avis est formateur. Transmettre de bonnes nouvelles ou dénoncer une injustice, oui, sans hésiter ! Partager une information, c’est partager le pouvoir. Faire connaître les manipulations avérées autour de l’exercice du pouvoir relève de la salubrité publique. Et nous chantons parfois lors de nos cultes : « J’irai parler pour ceux qui n’ont pas de voix… »

Il y a donc « un temps pour se taire et un temps pour parler » (Ec 3.7b).  Dans ce numéro, nous abordons brièvement quelques sujets chauds.
Un sujet plutôt ancien (quoique) : le ministère pastoral ou d’enseignement exercé par des femmes (p. 23) dans les Églises mennonites de Suisse, de France, d’Allemagne, avec des développement plus longs sur ce thème dans les pages « Grand angle » du prochain numéro de Christ Seul. Un sujet actuel (quoique) : le mariage de personnes de même sexe, question qui divise les Églises mennonites en Amérique du Nord (p. 24).

Sur ce thème, nous avons fait le choix d’informer simplement, sans commentaire, sur des débats en cours depuis un certain nombre d’années au sein de ces Églises soeurs. Des lecteurs trouveront qu’il vaudrait mieux se taire. D’autres souhaiteront un avis de la rédaction. D’autres demanderont que l’on aborde largement ce sujet dans Christ Seul.

La recommandation de l’apôtre (1Th 5.21) s’applique à ce numéro, comme à tout ce que nous ingurgitons sur Internet et dans la vraie vie : « Examinez tout, retenez ce qui est bien. »

40 ans après… le bilan!

Marie-Noëlle Yoder, Madeleine Bähler et Marie-Noëlle von der Recke

Marie-Noëlle Yoder, Madeleine Bähler et Marie-Noëlle von der Recke, trois enseignantes du Bienenberg.

-Par Joëlle Razanajohary-

Trois femmes vont parler, l’une après l’autre. Elles n’ont ni le même âge, ni la même situation de vie. Elles se sont succédé au poste d’enseignante au Bienenberg et participent à une journée bilan, 40 ans après la nomination de la première, Marie-Noëlle von der Recke. Leurs discours résonnent d’étranges points communs. L’une après l’autre, elles égrènent leurs joies, leurs profondes reconnaissances envers l’organisme de formation qui les a accueillies et leur a ainsi permis d’exercer librement leurs dons, alors que tant de femmes ailleurs sont empêchées d’exprimer leur potentiel au motif de leur sexe. Elles partagent leurs remerciements d’avoir été portées, voire protégées par leurs homologues masculins mais aussi leurs difficultés dont les souvenirs sont toujours présents, quoiqu’elles aient été assez  différentes pour chacune.

L’adage populaire parle de « moment d’éternité » lorsque dans une situation commune, de l’incongru s’immisce, transformant soudainement le normal en  transcendance. Ainsi lorsque Madeleine Bähler parle de ses propres difficultés  sans s’apercevoir que dans son dos, une biche, un faon, que sais-je, passant au loin sur la colline enneigée, s’arrête et lentement tourne sa tête délicate vers elle… La voix nouée par le souvenir des oppositions farouches qu’elle a endurées et dont elle ne nous livrera cependant rien d’autre qu’une rapide mention, elle ne voit pas la  biche qui à cet instant la regarde fixement. Moment d’éternité, de grâce inouïe et éphémère. Mon cœur se dilate. Puis, tranquillement, la biche détourne sa tête et reprend sa route vers le bois adjacent.

Pasteure à la fédération des églises évangéliques baptistes de France, je sais que j’aurais certainement pu tenir le même discours, avec les mêmes accents, en face d’un parterre de représentants de ma « maison ». La différence des sexes est un fossé bien plus large à combler que celui qui sépare nos familles d’églises ; la souffrance des femmes toujours et partout,  porte les mêmes fruits de tristesse. Mais si elle est insignifiante pour un grand nombre, elle ne passe cependant jamais inaperçue aux yeux de notre Dieu. A cet instant, il me plait de « voir » dans cette rencontre inaboutie entre une femme qui ouvre son cœur à d’autres et une biche insouciante, le signe de la présence et de la tranquille approbation de celui que, comme ces trois femmes, je sers jour après jour.  Comme elles, je ressens un écartèlement intérieur lorsque je  fais face à des positions opposées : d’un côté, les simples railleries qui, s’additionnant  aux  oppositions plus frontales, s’entremêlent violemment  avec les exhortations bienveillantes et l’accueil  encourageant des autres.  Cette image improbable et imprévue touche mon cœur en profondeur et ramène à la surface de ma conscience  le souvenir d’anciennes blessures cuisantes.

Cependant, l’heure n’est pas à la lamentation. Marie-Noëlle Yoder, enseignante actuellement en poste  (la seule des trois à être mariée et maman de deux jeunes enfants, partage son besoin de modèles et sa difficulté à trouver des repères puisque l’absence de collègues femmes dans la même situation qu’elle, l’amène à expérimenter un douloureux sentiment d’innovation permanente. Mais point d’oppositions farouches dans son trajet de vie… Lentement, la roue tourne, les mentalités changent.

Puis, Linda Oyer, par vidéo, apporte à l’assemblée un enseignement fort qui déstabilise un grand nombre par sa nouveauté, tout en ouvrant un nouvel espace de lecture et d’interprétation des Écritures. De nombreuses femmes en sortent encouragées, renouvelées.  Les yeux brillent et les langues commencent à se délier. Le temps de l’appropriation de la parole pour chacun est arrivé. Un « world café » atypique offre alors à tous les participants un espace pour faire connaissance et pour se dire, pour placer sa propre pierre dans l’édifice de la journée. Il était temps, plusieurs trépignaient du besoin de « dire » leur souffrance, leur ras-le-bol, et du besoin de les confier à ces cœurs ouverts et bienveillants. La grâce et l’accueil inconditionnel ouvrent des espaces de guérison dans le cœur de ces biches blessées.

(Pour ceux et celles qui souhaitent retrouver le contenu de cet enseignement – et je les y encourage fortement – il est possible de lire l’article « Lire Paul à la lumière de Jésus », sa contribution au livre De l’Écriture à la communauté des disciples, sous la direction de Neal Blough, qui contient la substantifique moelle du partage qu’elle nous a offert.)

Un chant en latin entonné a capella, du fond de la salle par un homme debout qui tient une assiette à la main et immédiatement repris à plusieurs voix – un chant qui vient de Taizé, me dit-on – et qui inaugure le repas, me ravit. Personne ne s’arrête, tous les mouvements commencés se prolongent, simplement portés par les harmonies qui enflent doucement. La douceur et la simplicité de ce chant spontané et connu de tous apparemment, me touche également. A nouveau la grâce, la dilatation du cœur… Décidément, cette journée chez les Mennonites est pleine de surprises !

Lors de ce repas partagé, les bruissements incessants des conversations témoignent de la joie d’innombrables retrouvailles, mais aussi des réflexions que suscitent en chacun, en chacune, ce qui vient d‘être reçu.

Les ateliers de l’après-midi tombent alors à point nommé pour ouvrir un nouvel espace, dédié cette fois à la réflexion communautaire. Ces ateliers sont au nombre de quatre :

  • « En quoi les femmes ont-elles changé la vie des Églises ? » avec Elsbeth Zürcher-Gerber, Patrizia Hofer, Bernhard Ott
  • « Le sujet du ministère féminin n’est-il pas d’un autre temps ? » avec Fritz Goldschmidt, Marie-Noëlle Yoder
  • « Les Églises se féminisent-elles ? » avec Jürg Bräker
  • « Pourquoi les femmes sont-elles toujours absentes des directions d’Église ? » avec moi-même et Michel Sommer, Lukas Amstutz.

Les intitulés riches et précis, le but affiché de travailler dans l’objectif d’une mise en perspective pour l’avenir, mais aussi le format des ateliers articulés en deux moments (mini-conférence suivie d’un brainstorming communautaire) rendent cette expérience unique pour moi, pasteure baptiste. Malgré la proximité de nos fonctionnements et de nos théologies, les principes du congrégationalisme et du fédéralisme semblent mieux articulés et encore plus prononcés chez les Mennonites que chez les Baptistes. A moins que ce ne soit un autre effet de cette grâce qui accompagne de son reflet tous mes ressentis depuis l’apparition inopinée et matinale de cette biche aux yeux doux…

L’atelier s’achève tambour battant, un peu trop vite à mon goût. Des pistes de travail pour les années à venir sont esquissées et les grandes feuilles de paper board que nous utilisons noircissent lentement sous le flux des propositions des participantes et participants. Nous n’avons pas le temps de synthétiser l’ensemble de ce qui a été énoncé… Dommage ! Il va falloir veiller à ne pas laisser tout cela en friche…

Les autres ont-ils vécu cette même sensation d’inachèvement ? Nous ne le saurons pas, malheureusement. Il était prévu de centraliser les résultats pour permettre à chacun  d’entendre quelque peu ce qui s’est passé dans les autres groupes, mais il semble que  le temps nous ait échappé et ait filé comme à son habitude lorsque la passion s’empare des heures.

Des vœux sincères dans la bouche de tous les acteurs de la journée et d’autres encore, des officiels de la fédération, viennent clore ce moment de commémoration et de travail. Des vœux sincères, certes,  mais qui semblent peiner à s’enraciner dans des initiatives concrètes et relayées sur le terrain des communautés. Nous touchons là aux limites du congrégationalisme.

Et sur ce point, Baptiste et Mennonites se rejoignent. Nous savons formuler des vœux sincères et justes. Cependant, face à la pression d’une société en proie à des dérives de plus en plus nombreuses et violentes, notamment quant à la place et aux rôles des femmes, que peuvent faire des vœux s’ils ne sont pas traduits en actes avec le désir d’une véritable collaboration homme-femme ? Comment agir demain pour aider le plus grand nombre à prendre conscience du caractère puissamment fructueux de cette collaboration ? Quelques pistes ont été égrenées cet après-midi, comment les mettre en œuvre ?

Comment protéger les jeunes générations des extrêmes qui les menacent, alors même que l’une des caractéristiques de la jeunesse est d’aimer l’adrénaline que produit l’extrême… D’ailleurs, la moyenne d’âge des participants et des participantes était assez élevée, les organisateurs l’ont bien remarqué.  Où était donc la jeunesse d’aujourd’hui ? Les jeunes femmes et les jeunes gens ne se sentent-ils pas concernés par cette problématique ? S’agirait-il effectivement pour eux d’une problématique d’un autre temps ? Ou peut-être plus simplement la formule « journée de formation » ne leur convient-elle pas ? Faudrait-il inventer d’autres formats pour eux ? Et lesquels ?

Comment d’ici même, de ce haut lieu de formation pour les églises mennonites de France et de Suisse qu’est le Cefor Bienenberg, faire rayonner cet appel à entrer dans une complémentarité réelle et égalitaire sans pour autant faire peser sur les églises une quelconque obligation ? Le Centre a-t-il joué un rôle d’émulation dans la fédération en nommant des femmes parmi le collège d’enseignant ou ce choix n’a-t-il finalement eu qu’un impact limité au niveau des églises ?

Autant de questions auxquelles il faudra réfléchir…

Plus tard.

Pour l’heure, sur le chemin du retour dans la nuit, je n’aspire qu’à me plonger encore et encore dans le délicieux et violent contraste qui aura nourri cette journée : la douleur de la voix nouée de Madeleine Bähler et la douceur inégalable de ce regard de biche posé sur elle.

Combien il est bon notre Dieu lorsqu’il se tourne vers nous pour recueillir nos larmes, nos soupirs. Combien sa douceur régale nos âmes assoiffées. Que nous soyons hommes ou femmes, son cœur déborde de bienveillance et de grâce et le flot de son amour seul guérit nos cœurs blessés. C’est cet amour-là qui nous permet de continuer à avancer malgré les difficultés du chemin. Le royaume de notre Dieu n’est pas de ce monde, a dit celui-là même  qui l’a instauré. Il le sait bien lui, puisqu’il est d’ailleurs, du ciel. De cet endroit où la mort, la haine, les hiérarchies et les dominations brutales n’ont aucune place.  Et tout à coup, encore une fois, face à la brulure intérieure que produit la conscience qu’il reste tant à faire et alors que l’amour semble si faible, si inapproprié dans cette lutte… La douceur d’une biche qui passe au loin sans bruit…