La thèse d’Anne-Cathy Graber sur Marie est publiée!

Anne-Cathy Graber, pasteur itinérante de l’Eglise mennonite et célibataire consacrée et engagée à vie à la Communauté du Chemin Neuf, a travaillé ces dernières années à une thèse de doctorat en théologie, consacrée à la question de Marie. Cette thèse est publiée et disponible pour qui a le courage de parcourir 547 pages, plutôt en petits caractères !

L’ouvrage compare la manière dont un pape récent, Jean-Paul II, s’est exprimé sur Marie avec l’approche de Martin Luther, dont on fête en 2017 le déclenchement de la Réforme en 1517. Ce point de vue catholique et ce point de vue luthérien sont donc abordés par une mennonite engagée dans la question de l’unité des chrétiens et des Eglises depuis longtemps. “L’enjeu concerne la manière dont Marie coopère au salut opéré par Christ seul” (p. 11, préface d’André Birmelé).

Cette thèse fera date par l’ampleur et par la qualité reconnue du travail, et par les perspectives qu’elle ouvre pour aller vers un “consensus différenciant” en matière de théologie relative à Marie voire dans le domaine de la doctrine de l’Eglise…

A noter également les pages de l’annexe qui décrivent des dialogues ayant eu lieu entre l’Eglise catholique et des Eglises pentecôtistes, évangéliques et baptistes, sur la question de Marie, dialogues peu connus probablement…

 

Résumé

Marie est-elle un obstacle au rapprochement des Églises ? Les résultats des dialogues oecuméniques et les enseignements officiels des Églises sont-ils en cohérence ? C’est par une lecture comparée de Redemptoris Mater de Jean-Paul II et du Commentaire du Magnificat de Luther que l’ouvrage nous fait mesurer l’importance de ces questions.
La comparaison des deux grands textes est ensuite interrogée par des dialogues oecuméniques (luthéro-catholiques, mais aussi entre pentecôtistes-baptistes et catholiques) : la compréhension de Marie dans le mystère de l’Église et du salut ouvre sur des interpellations réciproques très stimulantes. En effet, la théologie mariale s’avère être un lieu de vérification oecuménique fécond : elle met en exergue les consensus et clarifie les questions encore ouvertes de la recherche oecuménique, en particulier celle de l’instrumentalité de l’Église.

Bénir le roi de l’univers?

photo_bible en live judaÏsmesSavez-vous ce que signifie l’expression « bénir le roi de l’univers« ? Comment pouvons-nous « bénir Dieu« ? Ne devrait-on pas plutôt dire « louer Dieu« ? Certaines expressions employées par l’Ancien Testament semblent complexes à comprendre et un détour par la pensée hébraïque s’avère bien utile! Diana Schärer animera une journée -ouverte à tous – d’introduction aux judaïsmes à Tavannes (BE, Suisse) le 6 mai 2017. Elle nous livre ici quelques clés de compréhension.

Mieux comprendre la prière juive – et la bénédiction en particulier

  • La prière juive est une affaire à la fois individuelle et communautaire, et est un des piliers, pour ainsi dire, de la vie juive.
  • La prière individuelle est avant tout un moyen de communication avec Dieu pour exprimer nos sentiments, réactions et besoins. Par contre, quand on la regarde à travers le prisme de l’adoration et du culte juif en général, la prière est bien plus que cela. Elle est partie intégrante de la vie religieuse et spirituelle d’un juif pieux – une partie essentielle, même si une partie seulement.
  • Elle ne saurait être séparée artificiellement du reste, car c’est avec l’ensemble qu’elle crée le tout qu’est le Judaïsme. Les autres composantes essentielles du Judaïsme sont l’étude, la pratique rituelle et une vie éthique.
  • La prière est notre façon de communiquer avec Dieu. Cependant, le but ultime est l’action, la vie elle-même. L’étude a de la valeur en elle-même, mais sa valeur ultime est dans l’effet qu’elle produit sur notre façon de vivre. La même chose peut être dite de la prière. Les gens veulent se sentir près de Dieu. Ils veulent exprimer leurs sentiments, leurs craintes, leurs espoirs. La prière nous rend plus conscients du monde, de la nature, de l’histoire, du rôle de Dieu dans l’histoire, de la nature de Dieu et de ses demandes envers nous. Elle ouvre sur l’étude et sur l’importance d’accomplir les commandements –  à la fois rituels et moraux. On devrait sortir du temps de prière enrichi spirituellement et purifié. Celui qui prie devrait développer une sensibilité vis-à-vis de tout et tous autour de lui, et de sa responsabilité vis-à-vis des autres.

Ceci est particulièrement vrai des bénédictions, qui sont une forme spéciale, ou spécifique, de prières.

Le rythme des bénédictions

  • La vie d’un Juif pratiquant est rythmée par des bénédictions tout au long de la journée : du matin au soir, nous bénissons Dieu pour toute chose. Plus qu’une simple récitation de phrases apprises par cœur, c’est un moyen de rester en lien avec notre créateur à tout moment, et de rester reconnaissant et émerveillé.
  • Il y a des bénédictions pour pratiquement toutes les situations imaginables, y compris les temps de prières réguliers et avant et après avoir mangé un repas. Il y a des bénédictions spécifiques pour différentes sortes de nourriture et parfums, occasions et expériences : on devrait profiter de toute occasion pour louer et bénir le Seigneur.  Elles nous gardent toujours en relation avec lui, conscients de sa présence et du fait qu’il est le créateur qui nous a fait don de la vie.
  • D’après la tradition, certains Psaumes (par exemple 136, 147 et 148) étaient la base pour les bénédictions, appelés b’rakhot en hébreu ; probablement les textes de la plupart des bénédictions étaient déjà établis autour de 350 avant Jésus-Christ – ils faisaient donc certainement aussi partie des prières et bénédictions récitées par Jésus.
  • Ces bénédictions sont récitées selon une forme spécifique : une partie qui est toujours la même, et une partie avec des paroles appropriées pour l’occasion. Cette petite phrase courte contient en elle-même tout un univers : elle commence par adresser Dieu, nous situe dans notre relation à Lui et nous place dans sa présence directe et immédiate. Pour un bref instant, elle nous sort de notre course folle qu’est la vie quotidienne en nous aidant sur le chemin d’une vie dans la présence de Dieu. Chaque acte profane devient saint, le temps devient un sanctuaire, et notre corps le temple de l’Esprit dans lequel nous officions.
  • Mais les bénédictions sont aussi faites dans les temps difficiles : elles apportent de la paix, car nous pouvons savoir que nous ne sommes pas seuls dans ces moments-là.

Bénir Dieu

  • Le mot « bénir » n’implique-t-il pas la grâce de quelqu’un plus grand vers quelqu’un d’autre ? Ne devrait-on pas dire « louer » ? Comment pouvons-nous « bénir » Dieu ?
  • Une telle bénédiction est une prière, mais aussi une confession de foi, car en hébreu, le terme signifie non seulement exprimer ce pour quoi nous voulons bénir Dieu, mais encore déclarer qui est Dieu. Ainsi, la b’rakhah appelle une réponse de la part de Dieu.

Rejoignez-nous le 6 mai prochain: Nous ferons connaissance avec quelques bénédictions traditionnelles et leurs significations, et écrirons ensuite nos propres bénédictions. Il n’y a ici ni « juste », ni « faux », car ces b’rakhot  expriment notre relation avec Dieu. Le but est de nous rendre conscient de sa présence dans nos vies à tout moment, afin d’y voir des étincelles du sacré dans leurs moindres recoins.

Informations pratiques – Flyer

  • Journée de formation: 6 mai 2017 de 8h15 à 17h05
  • Lieu: EEMT de Tavannes (BE, Suisse)
  • Prix: 60 CHF/personne – repas de midi tiré du sac
  • Inscriptions jusqu’au 2 mai 2017 à info@bienenberg.ch
  • Nombre de places limités.

Avant les élections : communiqué aux Eglises mennonites de France et éléments de réflexion…

La Commission Foi & Vie des Eglises mennonites de France vient de publier (mars 2017) une “Exhortation en vue des élections présidentielles françaises de 2017”, destinée aux Eglises mennonites de France. Le texte invite “les chrétiens à se garder dès le premier tour de la tentation du vote extrême”. Il propose des “poteaux indicateurs” permettant de “peser” les programmes et les candidats. Enfin, il situe le domaine politique par rapport au Royaume de Dieu.

Le Conseil national des évangéliques de France a lui édité un ouvrage « Les évangéliques en France – convictions », à l’intention des candidats à l’élection présidentielle, pour communiquer les convictions des évangéliques sur les sujets suivants : laïcité, liberté de culte et d’expression, dignité humaine (pauvreté, éthique économique, migrants, étrangers, réfugiés), famille et sexualité, éducation, protection de l’environnement, cohésion nationale et sécurité.

De même, la Fédération Protestante de France a lancé une « Adresse du protestantisme » aux candidats, qui contient « les principaux sujets qui préoccupent les protestants et sur lesquels ils sont eux-mêmes engagés » : accueil des réfugiés, changement climatique et écologie, laïcité, économie sociale et solidaire, justice – prisons, égalité hommes femmes, corruption, défense, jeunesse, handicap.

Les Cahiers de l’école pastorale (baptistes et libristes) ont publié (janvier 2017) un Hors-Série intitulé « La politique, parlons-en ! éclairages et débats en église ». Il comporte une uinzaine d’articles de fond ou liés au contexte actuel (le populisme, la tentation du pouvoir fort…).

On y trouve également une « Lettre ouverte à nos frères et sœurs évangéliques qui votent Front National », par la Commission d’éthique libro-baptiste.

Enfin, signalons aussi un texte plus ancien (2010) de la même Commission intitulé « Les lignes directrices d’une éthique sociale chrétienne ».

500 ans des Réformes : Vers des ministères translocaux pour les Eglises évangéliques

Troisième article de cette série au cours de l’année 2017, sur une autre manière de vivre les ministères. Par un jeune théologien des Eglises baptistes en France.

En cette année de célébration des Réformes du 16e siècle, une question surgit dans la plupart des esprits. Quelle Réforme pour l’Église d’aujourd’hui ? La question est essentielle, et concerne des réalités plus profondes que la couleur de la moquette de la salle de culte. Par exemple, et c’est ce que je développerai ici, je crois que nos Églises (les Églises évangéliques en général) gagneraient à mettre en place des ministères translocaux. Elles gagneraient en fidélité à l’Évangile, et en pertinence pour être et faire Église aujourd’hui.

Des ministères translocaux ? Qu’est-ce que c’est ?

Les ministères translocaux seraient exercés par des personnes qui, bien que membres d’une Église locale, accompliraient un service qui dépasse les frontières de cette même Église locale. Ils (ou elles) visiteraient les Églises d’une région donnée, pourraient accompagner les pasteurs, encourager l’implantation de nouvelles Églises.

Ce genre de ministères existe déjà dans nos dénominations, sous une forme ou une autre. Par exemple, les présidents de régions dans certaines unions, les conseils nationaux, le président d’union ou le secrétaire général, les congrès ou synodes sont autant de manière de vivre le ministère translocal. Mais qu’y a-t-il à réformer alors ?

En fait, les formes existantes du ministère translocal sont trop limitées à mon avis. Elles sont exercées par trop peu de personnes, au regard du nombre d’Églises et de membres de nos dénominations. De plus, ces mêmes personnes exercent ce ministère translocal en plus de leur temps plein de pasteur (ou autre), et n’ont donc que peu de temps à y consacrer. Dans nos Églises, l’accent tombe massivement sur les ministères locaux.

Les ministères translocaux dans le Nouveau Testament

Pourtant, dans le Nouveau Testament, la mise en œuvre de ce ministère translocal occupe une place majeure. Les apôtres voyagent d’Église en Église (Ac 8.14 ; 9.31- 32 ; 14.21), envoient des lettres (nous n’avons qu’un petit témoignage de cette activité épistolaire dans le NT), rassemblent des collectes pour soutenir les communautés en difficulté (1 Co 16.1‑4), etc.

On pourrait rétorquer que cette prévalence des ministères translocaux est liée au ministère apostolique et ne concerne donc que les temps des apôtres. Mais les collaborateurs de Paul, qui ne sont pas apôtres au sens fort (ils n’ont pas vu le Christ ressuscité), accomplissent un ministère similaire (Ac 19.22 ; 1Co 4.17 ; 2Co 7.7 ; 2Tm 4.10 ; etc.). Il y a donc quelque chose de ce ministère translocal qui vaut pour l’Église de tous les temps.

Les domaines visés par un ministère translocal

De tels ministres seraient avant tout des ministres de la Parole. Ils prêcheraient dans les Églises qu’ils visitent, mais aussi accompagneraient les pasteurs et autres responsables locaux (cela répondrait, au moins en partie, au besoin de vis-à-vis des pasteurs). Ils pourraient aussi organiser et animer des sessions de formations bibliques et théologiques régionales pour les chrétiens.

De plus, cela permettrait de réorganiser la formation des responsables locaux de manière plus intentionnelle. En effet, on déplore souvent le manque de formation des pasteurs évangéliques, et en parallèle, de moins en moins d’étudiants veulent suivre des cursus de formation à temps plein sur plusieurs années. Le fait d’avoir des ministères bien développés sur les deux plans, local et translocal, permettrait d’encourager les formations dites en cours d’emploi pour les responsables locaux, même si celles-ci n’équivalent pas à un master en théologie. Que l’on me comprenne bien : je ne préconise pas une formation au rabais pour les pasteurs (ce n’est d’ailleurs pas ce que sont les études en cours d’emploi). Seulement, ceux-ci pourraient suivre des formations plus courtes et plus adaptées au service qu’ils auront à accomplir, si les tâches qui nécessitent une formation universitaire plus poussée étaient accomplies par des ministres translocaux.

Le deuxième domaine directement concerné par la mise en place de ce type de ministère serait la multiplication d’Églises. Un ministre translocal serait plus à même d’avoir une vision régionale globale pour le choix d’un nouveau lieu d’implantation, de faire le lien entre la communauté naissante et les communautés déjà existantes, et de mobiliser des moyens humains et financiers au sein de ces dernières. Il serait aussi plus à même d’encourager des projets originaux et innovants, quelque peu « hors-normes ». En effet, lorsque l’unité de l’Église est manifestée par des personnes, la diversité se fait plus grande, car une personne assure l’unité de manière plus souple que des documents écrits (comme des confessions de foi, qui ont toute leur importance par ailleurs).

Et puis, pour les mêmes raisons que celles évoquées précédemment, une union d’Eglises pourrait plus facilement encourager des formations pour implanteurs plus courtes et adaptées si elle est assurée que ceux-ci seront accompagnés par des ministres translocaux ayant plus de bagage théologique.

Enfin, le troisième domaine qui gagnerait en fidélité et en qualité est celui de l’unité de l’Église. L’unité de l’Église est un article de foi (Ep 4.1-7 ; cf aussi le symbole de Nicée-Constantinople), mais nous sommes appelés à manifester concrètement cette unité que nous recevons par la foi. Or, réfléchir aux ministères sur le plan de l’Église locale exclusivement, c’est manquer en partie cette manifestation. Les Églises locales, bien que pleinement Églises, doivent être liées entre elles, y compris structurellement. Concrètement, le ministre translocal pourrait par exemple aider les Églises dans le processus de réception des décisions prises à un congrès ou un synode.

Conclusion

Finalement, il me semble que la mise en place de ministères translocaux dans nos unions d’Eglises (et pourquoi pas, dans un deuxième temps, entre nos unions ?) est tout autant une question de fidélité à la Bible qu’une question missiologique. Des ministres translocaux avec un vrai temps de travail consacré pour ce service feraient gagner l’Église en pertinence pour aujourd’hui, en encourageant l’implantation d’Église, la formation des chrétiens et leur communion.

Bien sûr, la mise en place de ministères translocaux n’est pas une réponse magique aux défis contemporains rencontrés par l’Église. Ces ministères ne sont qu’un outil, et leur pertinence dépend donc en large partie de la manière dont on les met en œuvre. Là encore, la question de la fidélité à l’Évangile est de mise (par exemple, pour qu’un ministère soit vécu dans le service, et non dans l’autoritarisme, à la suite de Jésus lavant les pieds de ses disciples).

Thomas est marié et père de deux enfants. Il est actuellement en Master à la Faculté de Théologie de Vaux-sur-Seine. Après avoir vécu trois ans dans une communauté de vie œcuménique près de Dijon, il s’engage dans le ministère pastoral au sein de la Fédération Baptiste.

 

Prédication du 19 Mars 2017 | Burkina Faso

 
Télécharger la prédication

Avant de voter…

Au mois d’avril a lieu le premier tour de l’élection présidentielle en France. En tant que chrétiens, nous pouvons parfois être déboussolés quand il s’agit de voter. À certains égards, cela peut paraître normal, car la Bible ne s’exprime pas directement sur le sujet et les régimes politiques en vigueur aux temps des Écritures ne permettent pas une transposition directe à nos contextes actuels. Voici néanmoins quelques considérations concernant la situation française qui permettront – je l’espère – de mieux appréhender notre passage dans l’isoloir.

1. L’IMPORTANCE DU VOTE

Bien que citoyen d’un autre royaume (céleste celui-là), le chrétien n’en est pas moins membre d’une nation terrestre. Non seulement Dieu nous place dans le monde et ne nous en retire pas (Jn 17), mais plus encore, il nous appelle à y vivre comme sel et lumière (Mt 5). Ainsi, le vote est pour le chrétien une façon d’être témoin du Christ là où Dieu le place. C’est un moyen simple, à la portée de tous, mais cela ne signifie pas qu’il s’agit de l’unique expression du témoignage chrétien dans la société ni forcément du plus efficace !

2. S’ABSTENIR DE S’ABSTENIR

« Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité, et priez l’Éternel en sa faveur, parce que votre bonheur dépend du sien. » La recherche du bien de la ville dont il est question en Jérémie (29.7) implique la prière, mais ne s’y restreint pas. Le vote peut alors en être aussi une expression ! En France, où la démocratie n’est peut-être pas parfaite, mais où elle n’est pas non plus qu’une façade, il me semble essentiel que le chrétien se déplace pour voter ; quitte à ce que ce vote soit blanc ! Là où l’abstention militante pourrait avoir un sens en dictature, rien ne me semble la justifier en France.

3. LES CRITÈRES DU VOTE

Une fois ce constat posé, il ne reste plus qu’à se demander pour qui voter. La personnalité du candidat peut avoir son importance. Pour autant, ce n’est pas parce que l’un d’entre eux se dit chrétien qu’il faut aveuglément jeter son dévolu sur lui. Si la Bible ne constitue pas en elle-même un programme politique, elle met néanmoins en avant un certain nombre de principes directeurs qui peuvent orienter notre choix : la dignité inaliénable de la personne humaine, l’attention particulière aux plus vulnérables, le respect de la création et d’autres encore…

4 . UN ARBITRAGE INCONTOURNABLE

Soyons réalistes : aucun candidat ne répondra à l’ensemble de nos attentes. Mais cela ne nous empêche pas pour autant de voter ! Il nous faut alors faire un arbitrage entre les différents programmes en tenant compte de l’ensemble des principes directeurs que l’on peut retirer de notre lecture de la Bible et en veillant à ne pas accorder une importance démesurée à l’un d’entre eux. Ce qui pourrait être préjudiciable.
Enfin, quel que soit le résultat de l’élection, reconnaissons que Dieu est souverain sur toute chose (Rm 13.1) et prions pour ces nouvelles autorités comme la Bible nous y invite (1Tm 2.1-2).

R comme résurrection

La résurrection du Christ change tout ! La mort a été mise en échec par Dieu. La vie nouvelle se répand…

Christ est ressuscité ! Alléluia ! La joie de Pâques illumine la vie chrétienne. Elle se fonde sur un événement inouï : au matin de Pâques, des femmes ont trouvé vide le tombeau de Jésus. À ceux qui l’avaient connu, Jésus a manifesté sa victoire sur la mort : « Regardez mes mains et mes pieds : c’est bien moi. » (Lc 24.39). « Je fus mort, et voici, je suis vivant pour les siècles des siècles. » (Ap 1.18)

FACE AU DÉSESPOIR

Dans une société rongée par le non-sens et le désespoir, le chrétien est habité par une espérance, qui n’est pas un vague espoir d’une vie après la mort, mais la ferme assurance que c’est pour nous que Christ a vaincu la mort. Face aux menaces de toutes sortes, nous pouvons rester sereins : « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, notre Seigneur. » (Rm 8.39)

Croire que Christ est ressuscité est une réalité à manifester. Il nous est possible de le croire, parce qu’en nous Christ est plus vivant que nous-mêmes. Cette évidence de la vie en eux de l’Esprit du Seigneur donnait aux premiers anabaptistes la force d’affronter la persécution. Ils n’avaient aucun doute sur l’issue de leurs souffrances : « Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons. » (2Tm 2.11)

 

MARCHER

Ils pouvaient affronter la mort avec Christ, parce qu’ils avaient affronté la vie avec Christ. Ce n’est pas la mort qui fait entrer dans la résurrection, mais la nouvelle naissance. Peter Riedemann († 1556) disait que « la vie éternelle commence déjà ici-bas en ceux qui possèdent une foi juste et vraie ». « Par le baptême, en sa mort, nous avons été ensevelis avec le Christ, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle. » (Rm 6.4). En s’unissant au Seigneur par la foi, le croyant s’unit à sa résurrection. Il peut désormais, comme le déclare la confession de foi de Schleitheim (1527), « marcher dans la résurrection ».

Depuis Pâques, il est devenu possible de vivre dans la puissance du Ressuscité. Menno Simons († 1561) mettait l’accent sur cette « résurrection spirituelle du péché et de la mort en vue d’une vie nouvelle ». « Ceux qui sont ressuscités de la mort avec le Christ et qui vivent désormais avec lui habitent la réalité céleste et paraissent ne plus vivre au monde. »

L’Esprit de Jésus répandu sur les croyants est celui du Ressuscité. « Par l’Esprit, ils portent les fruits de l’Esprit, dont le terme est la vie éternelle. » (Menno Simons). Marcher dans la résurrection, c’est expérimenter dès maintenant la vie promise, la communion avec Dieu.
Christ est ressuscité ! « Avec lui, vous avez été ressuscités ! » (Col 2.12)

« Dieu nous a fait renaître pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts. »  (1 Pierre 1.3)

Deux théologiennes : il y a 40 ans et aujourd’hui…..

En 1977, Marie-Noëlle Faure (aujourd’hui von der Recke) a été embauchée comme enseignante à ce qui s’appelait alors l’école Biblique Mennonite Européenne du Bienenberg. événement qui a fait parler dans les chaumières mennonites… Première interview.

Christ Seul : Comment as-tu vécu tes débuts comme enseignante à l’école Biblique Mennonite Européenne du Bienenberg et ta carrière de théologienne et de prédicatrice ?

Marie-Noëlle von der Recke : Je n’avais pas 24 ans quand j’ai été appelée à enseigner au Bienenberg. La demande était inattendue. J’avais étudié avec passion la théologie. Mais je n’avais pas oublié la réponse de notre pasteur, 10 ans plus tôt, à qui j’avais dit vouloir devenir pasteur. Il avait cité 1Tm. 2.12. Au Bienenberg, la tension a continué : j’ai été encouragée par ceux qui reconnaissaient mes dons et m’ont aidée à prendre de l’assurance, mais aussi confrontée à des réticences dues à la compréhension des Écritures. Seule enseignante et célibataire dans un groupe d’hommes très sûrs d’eux n’était pas facile. Ma sensibilité de femme m’a souvent desservie. Avec le recul, je pense que les difficultés rencontrées à l’époque étaient surtout liées à ma jeunesse et à mon manque d’expérience. Plus tard, dans d’autres contextes, les questions d’interprétation des textes se sont estompées. Mon ministère a perdu son caractère exceptionnel. Je me sens acceptée et reconnue.

C.S : Penses-tu que la question du ministère féminin a évolué dans nos Églises ?

Marie-Noëlle von der Recke : L’école biblique, en 1977, a fait preuve de courage en m’engageant. Cela a suscité un débat apparemment fructueux. Quand j’ai quitté le Bienenberg en 1985, il était devenu évident d’engager des femmes comme enseignantes. Entre temps, des communautés se sont ouvertes à un ministère pastoral féminin. Mais les choses ont-elles vraiment bougé ? La liste actuelle des enseignants du Bienenberg permet d’en douter.

C.S : Penses-tu que « la femme est l’avenir de l’homme » dans la vie de l’Église ?

Marie-Noëlle von der Recke : Je pense qu’hommes et femmes sont appelés à coopérer et que la mise en commun des dons selon 1Co 12 est l’avenir de l’église. Pour cela, il faut qu’hommes et femmes se reconnaissent mutuellement et voient les dons de chacun et de chacune non comme des handicaps, mais comme un enrichissement en vue du service.

Marie-Noëlle von der Recke, théologienne, Laurentiuskonvent, Laufdorf (D)
Propos recueillis par Fritz Goldschmidt

Photo : www.flickr.com
« Hommes et femmes appelés à coopérer… », comme dans un orchestre… (ici sous la direction d’un homme…)

 

40 ans plus tard, clin d’oeil à interpréter comme l’on voudra…, une autre Marie-Noëlle (Yoder) exerce la même fonction dans le même lieu ! Le vécu et le contexte ont-ils changé entre temps? Seconde interview.

C.S : Comment as-tu perçu ton appel à servir le Seigneur et l’Église en tant qu’épouse et maman ?

Marie-Noëlle Yoder : Il a toujours été clair pour moi que Dieu appelle chacun de nous à le servir : que nous soyons hommes ou femmes, mariés ou célibataires. Cela peut se faire de diverses manières et engage tout ce que nous sommes. J’ai pris l’engagement de servir le Seigneur lors de mon baptême et les choix de vie importants qui ont suivi (lieu de vie, formation, mariage et enfants) ont été faits en fonction de ce choix premier. Ce n’est qu’à mon embauche au Bienenberg et devant la réaction de certaines personnes des Églises que j’ai réalisé que le fait d’être une femme pouvait être vu comme un problème, et encore plus une femme mariée (la première au Bienenberg), avec des enfants de surcroît. Heureusement, mon service pour l’Église ne m’empêche pas d’être une maman présente pour mes enfants. Les défis sont similaires à ceux de toute maman ayant une activité à l’extérieur du foyer.

C.S : Ressens-tu un clivage entre la perception des femmes et des hommes de nos églises au sujet de ton ministère d’enseignante et de prédicatrice ?

Marie-Noëlle Yoder :Il m’est difficile de parler de ma situation en particulier, mais je constate que le clivage ne se situe pas tellement entre les hommes et les femmes, mais plutôt entre ceux et celles qui envisagent qu’une femme puisse exercer un tel ministère et ceux et celles à qui cela pose problème. L’ambivalence présente dans la plupart des Églises n’est pas toujours confortable. Cela ajoute de la pression aux femmes qui servent l’Église.

C.S : Penses-tu que « la femme est l’avenir de l’homme » aussi dans la vie et le service de l’Église ?

Marie-Noëlle Yoder : Je dirais effectivement que « la femme est l’avenir de l’homme »… et réciproquement ! En fait, je crois qu’hommes et femmes ont besoin les uns des autres, parce que ce n’est qu’ensemble qu’ils sont à l’image de Dieu (Gn 1.26). Nos Églises auraient beaucoup à gagner à gouverner ensemble pour s’enrichir dans la complémentarité. Bien souvent, les femmes perçoivent les situations et les enjeux différemment des hommes et c’est une richesse dont on aurait tort de se priver.

Marie-Noëlle Yoder, animatrice théologique, CeFoR Bienenberg
Propos recueillis par Fritz Goldschmidt

 

Deux théologiennes : il y a 40 ans et aujourd’hui…..

En 1977, Marie-Noëlle Faure (aujourd’hui von der Recke) a été embauchée comme enseignante à ce qui s’appelait alors l’école Biblique Mennonite Européenne du Bienenberg. événement qui a fait parler dans les chaumières mennonites… Première interview.

Christ Seul : Comment as-tu vécu tes débuts comme enseignante à l’école Biblique Mennonite Européenne du Bienenberg et ta carrière de théologienne et de prédicatrice ?

Marie-Noëlle von der Recke : Je n’avais pas 24 ans quand j’ai été appelée à enseigner au Bienenberg. La demande était inattendue. J’avais étudié avec passion la théologie. Mais je n’avais pas oublié la réponse de notre pasteur, 10 ans plus tôt, à qui j’avais dit vouloir devenir pasteur. Il avait cité 1Tm. 2.12. Au Bienenberg, la tension a continué : j’ai été encouragée par ceux qui reconnaissaient mes dons et m’ont aidée à prendre de l’assurance, mais aussi confrontée à des réticences dues à la compréhension des Écritures. Seule enseignante et célibataire dans un groupe d’hommes très sûrs d’eux n’était pas facile. Ma sensibilité de femme m’a souvent desservie. Avec le recul, je pense que les difficultés rencontrées à l’époque étaient surtout liées à ma jeunesse et à mon manque d’expérience. Plus tard, dans d’autres contextes, les questions d’interprétation des textes se sont estompées. Mon ministère a perdu son caractère exceptionnel. Je me sens acceptée et reconnue.

C.S : Penses-tu que la question du ministère féminin a évolué dans nos Églises ?

Marie-Noëlle von der Recke : L’école biblique, en 1977, a fait preuve de courage en m’engageant. Cela a suscité un débat apparemment fructueux. Quand j’ai quitté le Bienenberg en 1985, il était devenu évident d’engager des femmes comme enseignantes. Entre temps, des communautés se sont ouvertes à un ministère pastoral féminin. Mais les choses ont-elles vraiment bougé ? La liste actuelle des enseignants du Bienenberg permet d’en douter.

C.S : Penses-tu que « la femme est l’avenir de l’homme » dans la vie de l’Église ?

Marie-Noëlle von der Recke : Je pense qu’hommes et femmes sont appelés à coopérer et que la mise en commun des dons selon 1Co 12 est l’avenir de l’église. Pour cela, il faut qu’hommes et femmes se reconnaissent mutuellement et voient les dons de chacun et de chacune non comme des handicaps, mais comme un enrichissement en vue du service.

Marie-Noëlle von der Recke, théologienne, Laurentiuskonvent, Laufdorf (D)
Propos recueillis par Fritz Goldschmidt

Photo : www.flickr.com
« Hommes et femmes appelés à coopérer… », comme dans un orchestre… (ici sous la direction d’un homme…)

 

40 ans plus tard, clin d’oeil à interpréter comme l’on voudra…, une autre Marie-Noëlle (Yoder) exerce la même fonction dans le même lieu ! Le vécu et le contexte ont-ils changé entre temps? Seconde interview.

C.S : Comment as-tu perçu ton appel à servir le Seigneur et l’Église en tant qu’épouse et maman ?

Marie-Noëlle Yoder : Il a toujours été clair pour moi que Dieu appelle chacun de nous à le servir : que nous soyons hommes ou femmes, mariés ou célibataires. Cela peut se faire de diverses manières et engage tout ce que nous sommes. J’ai pris l’engagement de servir le Seigneur lors de mon baptême et les choix de vie importants qui ont suivi (lieu de vie, formation, mariage et enfants) ont été faits en fonction de ce choix premier. Ce n’est qu’à mon embauche au Bienenberg et devant la réaction de certaines personnes des Églises que j’ai réalisé que le fait d’être une femme pouvait être vu comme un problème, et encore plus une femme mariée (la première au Bienenberg), avec des enfants de surcroît. Heureusement, mon service pour l’Église ne m’empêche pas d’être une maman présente pour mes enfants. Les défis sont similaires à ceux de toute maman ayant une activité à l’extérieur du foyer.

C.S : Ressens-tu un clivage entre la perception des femmes et des hommes de nos églises au sujet de ton ministère d’enseignante et de prédicatrice ?

Marie-Noëlle Yoder :Il m’est difficile de parler de ma situation en particulier, mais je constate que le clivage ne se situe pas tellement entre les hommes et les femmes, mais plutôt entre ceux et celles qui envisagent qu’une femme puisse exercer un tel ministère et ceux et celles à qui cela pose problème. L’ambivalence présente dans la plupart des Églises n’est pas toujours confortable. Cela ajoute de la pression aux femmes qui servent l’Église.

C.S : Penses-tu que « la femme est l’avenir de l’homme » aussi dans la vie et le service de l’Église ?

Marie-Noëlle Yoder : Je dirais effectivement que « la femme est l’avenir de l’homme »… et réciproquement ! En fait, je crois qu’hommes et femmes ont besoin les uns des autres, parce que ce n’est qu’ensemble qu’ils sont à l’image de Dieu (Gn 1.26). Nos Églises auraient beaucoup à gagner à gouverner ensemble pour s’enrichir dans la complémentarité. Bien souvent, les femmes perçoivent les situations et les enjeux différemment des hommes et c’est une richesse dont on aurait tort de se priver.

Marie-Noëlle Yoder, animatrice théologique, CeFoR Bienenberg
Propos recueillis par Fritz Goldschmidt

 

Démocratie raisonnable

La France s’apprête à voter pour les présidentielles. La campagne électorale a connu des rebondissements et, à l’heure où j’écris, on peut se demander si des surprises ne nous attendent pas encore, qui pourraient influer sur le résultat final… Le climat de « désespérance politique » est flagrant et la prime est donnée à qui se présente le plus « anti-système », incarne un pouvoir fort et propose des solutions qui paraissent simples. Beaucoup dans la population se sentent fragilisés économiquement alors que les « élites » se portent bien – merci pour elles !

SITUATION DANGEREUSE

« Il faut reconnaître, écrit le théologien baptiste Louis Schweitzer, que la situation est de plus en plus dangereuse. Car la démocratie suppose que les citoyens croient raisonnablement en elle. Tout désintérêt pour la politique peut ouvrir la porte aux extrémismes de tous bords. » Quand je suis arrivé en Alsace en 1996, la région était connue pour son vote élevé en faveur du Front National. Je me souviens m’être dit qu’il y avait quelque chose à faire au sein des Églises à ce sujet. 21 ans plus tard, les idées de l’extrême-droite se sont répandues et banalisées, puisqu’un Français sur trois est aujourd’hui d’accord avec elles.

EN PARLER EN ÉGLISE ?

Plusieurs articles de ce numéro abordent la question de ces élections (p. 3, 5, 6 et 32), car l’enjeu est important. C’est l’occasion de rappeler trois affirmations bibliques : le rôle du politique est d’oeuvrer à la justice pour tous ; une politique de la haine mène à la catastrophe ; Christ est Seigneur ou Président, ce qui situe les autorités de ce monde à leur place et exprime l’allégeance première des chrétiens et de l’Église. Parvenons-nous à parler de politique et des élections en Église ? Les ressources indiquées en page 3 peuvent y aider. Ainsi, Luc Olekhno- vitch, pasteur libriste, reconnaît : « Il n’y a pas de vote chrétien mais une manière chrétienne de voter en mettant, avec réalisme, un espoir relatif dans les politiques les moins mauvais (l’intégrité personnelle est un critère important), et les plus aptes à gouverner et à préserver la paix dans notre pays. Ne laissons pas la peur l’emporter, mais cultivons plu- tôt une manière chrétienne d’espérer pour notre pays et rendons, par des paroles et des actes d’amour, l’espoir à ceux qui désespèrent de la cité. »

 

POUR ALLER PLUS LOIN…
Chrétien : l’autre nationalité ! par Neal Blough, Nicolas Farelly, Philippe Gonzalez, Thomas Gyger, Christophe Paya, Michel Sommer, Marie-Noëlle von der Recke, Dossier de Christ Seul 2/2014.
À commander sur : www.editions-mennonites.fr