Mars 2017

mars 2017

A.G

Assemblée Générale Ordinaire

  • Nouveaux correspondants d’église : Silvie HEGE (Châtenay), Yann KEMPF (La Ruche) et Florence STEFFEN (Diesen), Viviane EYER et Marion SOLOMIAC (CJ).
  • Le PV de l’AG 2016 est approuvé à l’unanimité.
  • Le rapport moral d’activité se fait l’écho des accompagnements d’envoyés, des soutiens à projet et des projets propres : SFE au LAOS / CP au BURKINA FASO / GT TCHAD / Mission(s) en FRANCE / Commissions : Envoyés, Administration et Communication.
  • Le bilan financier 2016 (budget réalisé de 191 k€), fait apparaitre un léger excédent de 2.600 €. Le budget 2017 est de 205 k€, (+12%). Il reflète les décisions prises ensemble et témoigne de la confiance que le CMMF place en Dieu !
  • Le CE souhaite accueillir deux nouveaux membres en son sein dont un profil de trésorier-adjoint.

pdfLa suite du Flash1.51 Mo

Qui sont les anabaptistes?

nsmail-2Les Anabaptistes sont issus de la Réforme du début du XVIe siècle. Ils étaient décidés à aller plus loin que les grands réformateurs dans leur rupture avec le passé ecclésiastique et leur soumission à l’autorité de la Bible.

L’appellation d’Anabaptiste vient de l’expression allemande Wiedertäufer ou Täufer, ce qui donne dans notre patois alsacien « Daïfer ». A l’origine il s’agissait d’un sobriquet dont étaient affublés tous les radicaux opposés au principe du baptême d’enfants et qui prônaient un baptême de l’adulte croyant (selon l’apôtre Paul : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé »). Ainsi ils « rebaptisaient » ceux qui l’avaient été une première fois dans l’Église officielle à leur naissance.

Ces Anabaptistes du début, bien loin de représenter une entité homogène, se répartissaient en diverses tendances, divers courants qui émergèrent quasi en même temps du Nord de l’Europe jusqu’au Sud des Alpes, et de l’Alsace jusqu’en Moravie. Une tendance baptiste et pacifiste dès les origines s’est surtout développée dans le Sud de l’Allemagne et en Suisse, également en Alsace. C’est à Zurich, autour du réformateur Zwingli, qu’un petit groupe d’intellectuels, dont Conrad Grebel et Félix Mantz, avait mené sa réflexion. Ils ne tardèrent pas à quitter Zwingli en rejetant les « compromis », les concessions qu’il avait faites avec les autorités à propos de la célébration de la Sainte Cène, du baptême des enfants et des rapports entre l’Église et l’État. Leurs idées se propagèrent très rapidement de ville en ville et dans les campagnes sous l’action de prédicateurs itinérants. Dans les années qui suivirent ils fixèrent une doctrine.

En Europe du Nord c’est un ancien prêtre du nom de Menno Simons qui parviendra à rassembler, instruire et restructurer les communautés anabaptistes (une princesse de Frise fut la première à donner son nom aux mennonites).

C’est par centaines que les Anabaptistes passèrent de vie à trépas par le glaive, le feu ou l’eau dans une sorte « d’ultime baptême » comme ironisaient certains bourreaux. Strasbourg, ville libre d’Empire, constitua un temps pour les Anabaptistes de tous bords un havre de paix, une ville refuge, « la cité de l’Espérance ». La mosaïque politique très complexe de l’Alsace centrale, découpée en seigneuries, comtés, villes libres, se réduisant parfois à la possession d’un seul village, était favorable à la propagation de l’anabaptisme. Au XVIIe siècle, on assiste à un regroupement des Anabaptistes en direction des terres des Ribeaupierre où la tolérance religieuse était éprouvée et connue ; les importants besoins de main-d’œuvre à la suite de la Guerre de trente Ans ont grandement facilité leur intégration.

Un profond bouleversement s’opéra dans les milieux Anabaptistes durant la dernière décennie du XVIIe siècle. Sous la conduite de Jacob Amann, une soixantaine de familles bernoises, de solides et rudes éleveurs montagnards, partis principalement de l’Emmenthal, étaient venus s’établir dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines. Cette vallée était dépeuplée depuis son déclin minier et les affres des guerres. Là, celui qui fut appelé le « patriarche », un homme au tempérament impétueux, s’est rapidement offusqué du mode de vie et de la discipline dans l’Église telle qu’elle était pratiquée par les Anabaptistes « bourgeois », entrainant la rupture entre les conservateurs amish (de Amann) et les progressistes mennonites.

En septembre 1712, l’intendant d’Alsace de La Houssaye, sur ordre de Louis XIV, ordonna aux baillis de faire sortir les Anabaptistes des terres de France. Cet exode s’est effectué dans des conditions particulièrement difficiles. Ils revinrent pourtant quelques années plus tard après la mort du roi. La communauté s’éparpilla de ce fait vers plusieurs horizons: la principauté de Montbéliard, la Lorraine, le comté de Salm, le val voisin de Villé et le duché des Deux-Ponts allié aux Birkenfeld. Bien loin d’affaiblir la communauté amish, celle-ci gagna en vigueur en se dispersant.

Voyons quels ont été les progrès les plus significatifs que nous devons aux Anabaptistes. Ils étaient passés maîtres dans la connaissance des soins à apporter aux bêtes et ils étaient une référence dans la lutte contre les épizooties. Ce sont eux qui produisirent par sélection la race bovine bien connue, dite Montbéliarde, qui alliait qualité bouchère et laitière. Dans le domaine agricole ils ont été les précurseurs de la technique de rotation des cultures et de la fumure, de la culture fourragère et de la pomme de terre pour ne citer que celles-là.

Installés sur les principales fermes du Sundgau et sur les métairies vosgiennes des vallées de Guebwiller, Masevaux et Munster, les Anabaptistes étaient constitués en une vingtaine d’assemblées dans l’est de la France.

Déjà sous le gouvernement napoléonien, le port des armes leur fut à nouveau imposé après qu’ils en furent dispensés par le Comité de Salut Public, ce qui provoqua, à côté d’autres raisons plus économiques (les familles étaient nombreuses), le départ d’une grande partie des amish d’Alsace et surtout de la Lorraine et du Palatinat vers le Nouveau Monde si plein de promesses.

Des communautés entières partirent ainsi pour les états du Nord-est (Pennsylvanie-Ohio-Indiana), où elles prospèrent encore de nos jours.

Les Anabaptistes ont eu une longue histoire en Alsace, parfois difficile, parfois heureuse. Ils y ont rencontré des difficultés existentielles, ils ont connu des crises d’identité. On soulignera leurs qualités professionnelles, la profondeur de leur foi, mais aussi leurs qualités humaines, ce dont ont pu bénéficier nombre de leurs concitoyens. Ils font indéniablement partie du paysage culturel alsacien, comme le mirent en évidence Erckmann et Chatrian dans « L’ami Fritz » ou le journaliste Alfred Michiels dans son « Les Anabaptistes des Vosges »: une culture, une histoire et des valeurs dont les Anabaptistes-Mennonites d’aujourd’hui, descendants des Amish alsaciens, sont les héritiers.

Robert Baecher sera le guide lors de la journée d’excursion prévue le dimanche 30 avril 2017 à l’occasion des 30 ans de la formation FBSE. Venez découvrir l’histoire grandeur nature en visitant 4 lieux importants de l’histoire anabaptiste! Pour tout renseignement supplémentaires et inscriptions: info@bienenberg.ch

“Les anabaptistes incarnaient l’unique Réforme issue de la foi seule”, selon le théologien Jürgen Moltmann

Le magazine Christ Seul l’avait signalé dans ses pages : le 20 mai dernier, le Prix de la paix Michael Sattler 2016 a été remis à Ekklesiyar Yan’uwa a Nigeria et à l’organisation « Christian and Muslim Peace Initiative », une œuvre commune fondée en 2010 avec ses partenaires musulmans pour travailler à la réconciliation  entre les deux communautés. A cette occasion, le théologien réformé Jürgen Moltmann a prononcé la laudatio (éloge), adressée aux organismes nominés et à leurs représentants, mais aussi au mouvement anabaptiste pacifiste.

Un texte à lire ci-dessous.

Dans la reconnaissance pour le témoignage de paix

Je rends un hommage appuyé à l’Eglise martyre d’hier et d’aujourd’hui :  à Michael Sattler et sa femme Margaretha, au mouvement anabaptiste de l’époque de la Réforme d’hier, et aujourd’hui à « l’Eglise des Frères et Sœurs » de Ekklesiyar  Yan’uwa a Nigéria, située dans le nord-est du Nigéria.

Ils ont porté les « souffrances du Christ » et les portent encore aujourd’hui. « Pressés de toute part, nous ne sommes pas écrasés ; dans des impasses, mais nous arrivons à passer ; pourchassés, mais non rejoints ; terrassés, mais non achevés ; sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps. » (2 Co 4. 8-10)

Et je suis rempli de tristesse parce que ni les chrétiens luthériens ni les chrétiens réformés n’ont su reconnaître, au temps de la Réforme, les anabaptistes comme frères et sœurs du même Esprit et de la même foi, mais ils les ont même condamnés et persécutés en tant qu’exaltés. Il est temps que nous confessions non seulement la culpabilité de nos ancêtres, mais que nous révisions nos écrits de confessions ou que nous rédigions de nouvelles confessions.

Moi-même, j’ai découvert le témoignage rendu au Christ par les mennonites durant le mouvement pour la paix en 1981. Comme eux, nous voulions « construire la paix sans recourir aux armes ». J’ai invité des pasteurs mennonites et des « anciens » à notre conférence « Le sermon sur la montagne et la vie à la suite du Christ », et suis allé à leurs séminaires à Elkhart (USA) et Winnipeg (Canada).

La « révolution pacifique » de 1989 en Allemagne de l’Est, puis dans les pays de l’Europe de l’Est, a été pour nous un miracle, ou comme les Allemands disaient à l’époque : « c’est de la folie », et une preuve que ce n’est ni par l’armée ni par la force, mais par l’Esprit de Dieu que cela doit se réaliser. Malheureusement, par la suite, les gouvernements allemands ont défendu les intérêts de l’OTAN et de l’armée, au lieu d’en appeler à l’Esprit de la paix et de la réconciliation. Les politiciens affirment : « On ne peut gouverner un état avec le Sermon sur la montagne », mais malheureusement aucun d’entre eux ne s’y est jamais essayé. De ce fait, nous assistons à nouveau à des confrontations militaires en Europe de l’Est.

 

Qui étaient les anabaptistes et pourquoi ont-ils été si cruellement persécutés par les catholiques et les protestants ?

Luther les a nommés « les exaltés », les historiens parlent de « l’aile gauche » de la Réforme. Je pense qu’ils incarnaient l’unique Réforme issue de la foi seule.

C’est à partir de la prédication de la Réforme et de l’approbation du peuple que les magistrats des villes et les princes des régions ont effectué la Réforme des Eglises et des écoles.

En 1555, les princes catholiques et protestants se sont mis d’accord quant à la formule politico-religieuse Cujus regio-ejus religio (qui gouverne la région détermine la religion). Ainsi Rottenburg devint catholique et Tübingen protestante. La Réforme a eu lieu selon les lois du Corpus Christianum, c’est-à-dire les lois du Saint Empire Romain Germanique. L’empereur Constantin et ses successeurs ont établi comme religion de l’Empire le christianisme persécuté auparavant par des empereurs dans Rome, pour ainsi déclarer l’Empire romain comme le « Saint Empire » du Christ. Les réformateurs sont restés fidèles aux lois de ce « Saint Empire ». Mais les anabaptistes ont rejeté les fondements de cette religion chrétienne d’Etat et ce « Saint Empire » : ils ont mis un terme au baptême des enfants par lequel chaque enfant devient chrétien, et ont introduit le baptême de la foi, d’abord à Zürich, puis dans l’Europe entière, également à Horb et Rottenburg. Ils ont rejeté le service de l’épée : « Jésus interdit la violence de l’épée ». Ils ont refusé de prêter serment : « Jésus interdit aux siens de jurer par qui ou quoi que ce soit ». Ils ont rejeté la participation aux autorités temporelles, « car il ne peut convenir au chrétien d’être une autorité. » Ces vocations fondées sur Jésus sont écrites dans la Confession de Schleitheim. En 1527, Michael Sattler les a rédigées en « Sept articles concernant l’Union fraternelle d’un certain nombre d’enfants de Dieu ». Ainsi, les anabaptistes ne rejettent pas moins que la religion chrétienne d’Etat et le « Saint Empire ». Ils ont été persécutés par les princes catholiques et protestants conformément au droit impérial. Ils ont été considérés comme ennemis de l’Empire. Et lorsque Michael Sattler, dans son interrogatoire à Rottenburg, dit de surcroît : « Et que vienne le Turc, il ne faut pas lui opposer de résistance, car il est écrit : “Tu ne tueras pas”», le danger émanant des anabaptistes devint public, car le peuple était de leur côté. C’est pourquoi l’exécution de Michael Sattler a été particulièrement horrible, visant un effet dissuasif : ils lui ont coupé la langue, l’ont ferré sur le chariot, lui ont arraché la chair du corps avec des pinces incandescentes et l’ont brûlé sur la « bosse de la potence » à Rottenburg le 20 mai 1527 comme hérétique et ennemi de l’Etat. Sa femme Margaretha a résisté à toutes les tentatives de récupération et a été noyée dans le Neckar, peu de jours plus tard.

Michael Sattler était le prieur du monastère de Sankt Peter dans la Forêt-Noire. Il était un homme d’une culture théologique et humaniste très élevée. En 1525, il faisait partie du soulèvement des paysans et s’est marié la même année que Luther. Il a rejoint les anabaptistes à Zürich et a évangélisé en Haute-Souabe. A Horb, il a rassemblé beaucoup de fidèles qu’il a baptisés dans le Neckar. Comme le prouvent ses articles de Schleitheim, il était l’égal des réformateurs connus tels Zwingli à Zürich et Bucer à Strasbourg et du même niveau. Sa devise missionnaire était : « Les chrétiens sont sereins et font confiance à leur Père céleste sans toute cette défense extérieure répandue dans le monde, à savoir l’armement. »

Martin Luther a libéré l’Eglise de la captivité babylonienne du pape, c’est ainsi qu’il l’a écrit.

Michael Sattler l’a libérée de la captivité babylonienne de l’Etat, ce que seule l’Eglise « confessante » a réalisé durant la dictature nazie de 1934. Nous le commémorons avec respect. En l’année 2017 de la Réforme, le nom de ce martyr doit être un phare !

 

Nous en arrivons à la Laudatio

Je suis très heureux de vous annoncer que le « Prix de la Paix Michael Sattler » de cette année 2016 est décerné à l’Ekklesiyar Yan’uwa a Nigéria (EYN) et à l’initiative chrétienne-musulmane de paix (CAMPI) au Nigéria. Je salue chaleureusement le frère Ephraïm Kadala, pasteur et coordinateur de paix de l’Eglise et le frère Hussaini Shuaibu, professeur de lycée technique, médiateur et collaborateur de CAMPI. Nous souhaitons à tous les deux une chaleureuse bienvenue et les remercions d’avoir effectué ce long voyage entre le nord du Nigéria et le sud de l’Allemagne pour venir à notre rencontre.

Nous pensons souvent à eux, prions pour eux et notre regard, en communion fraternelle, se porte sur les initiatives de paix des chrétiens et musulmans courageux qui s’opposent à la terreur. Ils sont un modèle pour nous, en matière d’engagement pour la paix et contre la terreur et la mort.

L’Ekklesiyar Yan’ uwa a ses racines dans le nord-est du Nigéria. On l’appelle dans notre langue « Eglise des Frères et Soeurs» et a été fondée en 1923 par la Church of the Brethren américaine, une des Eglises historiquement pacifistes. Elle compte environ un million de membres. Elle est représentée au Conseil oecuménique des Eglises. Depuis des années, elle souffre extrêmement des attaques de l’organisation terroriste Boko Haram. Parmi les 276 élèves enlevées en avril 2014, 178 d’entre elles faisaient partie de « l’Église des Frères et Soeurs », ce qui a été occulté par nos journaux à l’exception du quotidien souabe du 19 mai 2016. Plus de 10 000 chrétiens ont été assassinés au fil des années, dont six pasteurs.

Des milliers ont été chassés, des écoles et séminaires de théologie détruits.

Dans cette dangereuse situation, l’Ekklesiyar Yan’uwa effectue un service actif de paix : la paix signifie vivre et laisser vivre, le terrorisme signifie tuer et être tué.

Le terrorisme naît dans le coeur et la tête des hommes et doit pour cette raison être vaincu dans les coeurs et les têtes des hommes. Ceci est le langage de la paix, il crée la vie et non la violence. De toute part, on nous dit : « Les terroristes ne comprennent que le langage de la violence ». Mais le langage de la violence a fait grimper le nombre de terroristes, de quelques centaines sous Ben Laden à des dizaines de milliers avec Daesh – Boko Haram.

Il est bon que les initiatives de paix chrétiennes-musulmanes (CAMPI) dissuadent les jeunes hommes de s’adonner à tuer et à être tués et qu’elles les gagnent pour la vie.

Il est bon que des chrétiens et des musulmans s’occupent des enfants soldats victimes de maltraitance, d’abus, pour les guérir du traumatisme de tuer.

Il est bon que les victimes d’injustice et de violence trouvent un chemin de sortie de la douleur et de la tristesse dans les ateliers organisés par l’Église.

Pardonner aux personnes de Boko Haram les ravages qu’elles causent signifie leur montrer le chemin vers la vie et leur faire surmonter le mal qu’elles éveillent sous forme de haine et de vengeance passionnée auprès de leurs victimes. Dans cette mesure, le pardon offre aux coupables l’opportunité d’un changement de direction, et aux victimes de se libérer d’une fixation sur les auteurs. Nous ne souhaitons pas que les personnes de Boko Haram soient détruites, mais qu’elles soient converties à une vie de paix.

Nous refusons de devenir les ennemis des ennemis dans un contexte d’inimitié, mais nous nous appuyons sur la volonté de notre Père céleste dont nous sommes les enfants et que nous voulons rester.

Nous remercions « l’Église des Frères et Soeurs » et l’initiative de paix chrétienne-musulmane pour son témoignage de paix en situation de dangers de mort, nous sommes leurs frères et sœurs et amis.

Jürgen  Moltmann

Traduction : Doris Peterschmitt

Prédication du 5 Mars 2017 | Catherine G. | Sel et Lumière

 
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30 églises visitées, le regard de Michel Sommer

Qui sommes-nous, les chrétiens ? Par le prisme du culte dominical, moment fort de la vie d’Église, Michel Sommer répond d’une certaine manière à cette question dans cet ouvrage d’un genre nouveau, après avoir visité 30 communautés (évangélique, charismatique, protestante, catholique, orthodoxe) dans quatre pays différents.

Le regard bienveillant mais néanmoins critique, l’auteur est cet observateur anonyme qui pénètre pour la première fois dans un lieu de culte, mais aussi le théologien qui interroge la correspondance de chaque célébration à l’essence du message biblique.

Comme la couverture du livre l’indique, nous ne sommes pas seuls à vouloir suivre Christ et personne ne détient la vérité du modèle d’Église !

C’est peut-être le premier apport de cette œuvre brillante qui mêle approche de terrain et réflexion spirituelle, celui de conduire à l’humilité et au discernement. Chaque assemblée, avec son type de pensée propre, recèle en effet des pépites et peut susciter des questionnements quant à sa manière d’être chrétien au monde : quelle qualité d’accueil proposer aux personnes nouvelles ? Comment rester centrés sur Dieu, sa Parole, la prière dans nos célébrations ? L’inter-génération mais aussi l’interculturalité sont-elles possibles au sein d’une même Église ?

Célébrations du dimanche, Michel Sommer, Empreinte Temps Présent, Paris, 2016, 230 pages, préface : Sébastien Fath, postface : Larry Miller.

 

Article paru dans Christ Seul, février 2017.

 

Neal Blough raconte les débuts de l’anabaptisme

Neal Blough publie ces jours “Les révoltés de l’Evangile – Balthasar Hubmaier et la naissance de l’anabaptisme“, un livre aux Editions du Cerf qui rassemble ses recherches depuis de nombreuses années autour de la la figure de ce personnage méconnu des réformes au 16e siècle.

L’auteur montre comment Balthasar Hubmaier cherche à mettre en place une “réforme communale”, concernant la paroisse et la ville (Waldshut puis Nikolsburg). Après l’échec du soulèvement des paysans en 1525, la confession de Schleitheim (1527) exprimera la manière dont l’anabaptisme suisse a pu survivre, comme communauté influencée par le mouvement communal mais désormais à distance de l’autorité politique. Balthasar Hubmaier mourra en martyr, lui dont la devise était “On ne peut tuer la vérité”.

Le livre défend la thèse de l’enracinement des anabaptistes dans les réformes de Luther et Zwingli. “Luther est le père des dissidents, sans qu’il l’ait voulu” (p. 195). En cette année anniversaire des 500 ans de la Réforme initiée par ce dernier, cette lecture confirme si besoin l’appartenance de l’anabaptisme au protestantisme.

Un chapitre sur la confession de Schleitheim, lue à partir des événements qui l’ont précédée (la réforme communale et le soulèvement des paysans), l’éclaire de manière nouvelle et aide à comprendre son séparatisme, dans cette période de grande fluidité.

On trouve à la fin du volume 44 pages d’annexes qui rassemblent des écrits de Balthasar Hubmaier, en traduction française. Citons son traité “Concernant les hérétiques et ceux qui les brûlent”, “Une forme pour baptiser dans l’eau”, “Une forme pour la cène du Christ”, ces deux derniers textes étant des liturgies du baptême et de la cène. Fascinant.

Ce livre est la publication de la thèse d’habilitation à diriger des recherches présentée et soutenue par Neal Blough en 2015. Cette publication met ses travaux d’historien à la portée du grand public !

 

Texte de 4e de couverture

En 1500, l’Europe se proclame chrétienne mais beaucoup pensent que l’Église, malade, a besoin d’être renouvelée. Parallèlement à la rénovation humaniste, représentée par Érasme, émerge la Réforme de Luther et de Zwingli. Dans un premier temps, le désir de changement et l’opposition à Rome unissent les réformateurs. Mais, dans les années 1520, les choses s’emballent : la contradiction entre la poussée subversive de l’Évangile et les institutions séculaires provoquent des ébranlements violents dans l’Empire germanique et la Confédération helvétique. Comment répondre à ces révoltes ? De quelle révolution théologique sont-elles le signe ? Quelle spiritualité voit alors le jour ? C’est à travers la vie et l’engagement emblématiques de Balthasar Hubmaier (1480-1528), prêtre catholique allemand converti au zwinglianisme, penseur d’une ecclésiologie professante et du baptême des adultes, que l’historien Neal Blough fait le récit inédit de la naissance de l’anabaptisme. Ce retour à la foi apostolique issu de la Réforme communale sera condamné par les réformateurs comme hérétique, associant pleinement ses défenseurs au combat social qu’a été le mouvement paysan.
Un retour aux origines d’une confession chrétienne pratiquée par plus d’un million de fidèles aujourd’hui.

 

Référence

Neal Blough, Les révoltés de l’Evangile – Balthasar Hubmaier et les origines de l’anabaptisme, Cerf, Paris, 2017, 315 pages