Prédication du 30 Avril 2017 | Yann K. | Société et Christianisme : Quels rapports, quels témoignages ?

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Chrétiens et musulmans : interview vidéo d’Evelyne Reisacher

 

Le contexte actuel rend les relations entre musulmans et chrétiens tendues. Entre angélisme et outrances, la voie chrétienne cherche à allier vérité et amour, pour œuvrer à un vivre ensemble pacifié.

Evelyne Reisacher, professeure associée d’islamologie et de relations interculturelles au Séminaire théologie de Fuller en Californie, est bien placée pour parler de l’islam et des musulmans. Elle a une longue expérience de relations avec des musulmans en France, aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde.

Cette interview a été réalisée au Centre de Formation du Bienenberg, où Evelyne Reisacher a donné un cours sur l’islam dans le cadre de la Formation Biblique pour le Service dans l’Eglise les 17-18 mars 2017.

 

Pour aller plus loin :

Ils en parlent – La souffrance, un chemin de vie ?

Le numéro Avril 2017 du magazine Le Christianisme aujourd’hui a publié une brève recension Dossier de Christ Seul écrit par Linda Oyer, La souffrance, un chemin de vie ?

“Il est paradoxal qu’un livre aussi court traite avec autant de profondeur l’éternelle question de la souffrance et des épreuves permises dans nos vies par un Dieu tout puissant et plein d’amour. Un ouvrage simple sans être simpliste, qui peut se lire même au sein de difficultés.”

A commander ici.

Linda Oyer a aussi publié aux Editions Mennonites “Cheminer avec Dieu. La foi au quotidien” et “Dieu à nos pieds. Une étude du lavement de pieds“.

 

 

Prédication du 23 Avril 2017 | Olivier B | Au service du Dieu parfait dans un monde imparfait


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Face à la crise politique : jeûner…. et résister

Partager un bon repas est un bienfait pour le corps et l’esprit. Qui n’en conviendrait ? Manger, c’est aussi recevoir ce qu’il nous faut pour vivre. Cependant, c’est le jeûne qui nous réapprend à apprécier ce don de la Création et à en jouir avec modération. Le jeûne, c’est un choix autodéterminé qui nous donne des impulsions pour développer un style de vie et d’économie solidaire, empreint de contentement.
« Jeûner face à la crise politique ». Voici le titre d’une semaine de jeûne qui a eu lieu fin mars et a réuni un groupe de personnes de divers horizons à l’église mennonite de Berne (CH), en collaboration avec ChristNet. En tant qu’animatrice de temps de jeûne avec accréditation médicale, je constate que le jeûne, tout en procurant du repos à notre système digestif, rend notre esprit plus libre et réceptif. Il nous permet d’être à nouveau attentifs aux choses que nous ne voyions plus, aux mots et aux odeurs… Tous nos sens se réveillent et nous rendent sensibles à nous-mêmes, à notre environnement, à nos prochains. Le jeûne casse des comportements bien rodés et nous invite à essayer quelque chose de nouveau qui fait du bien à nous-mêmes et aux autres.

CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE

C’est exactement l’état qu’il faut pour regarder de plus près et sans œillères ce qui se passe dans le monde. Ne sommes-nous pas tous inquiets face à ces hommes forts, avides de pouvoir, tout en étant embrouillés dans la violence et la corruption ? Ces hommes qui exercent (à nouveau) une force d’attraction apparemment irrésistible ? Et non seulement des hommes : des femmes aussi empruntent le chemin du populisme pour obtenir le pouvoir. Comment est-il possible que des personnes qui proposent un programme politique basé sur l’exclusion, le racisme et l’appropriation illégitime puissent gagner des élections ? Que pouvons-nous faire ?

 

VOLONTÉ DE RÉSISTER…

Démêler les racines de ce problème est très complexe et, lors de notre semaine de jeûne… non, nous n’avons pas trouvé de réponses et de solutions toutes faites. Mais nous avons trouvé la volonté de résister. C’est dans la résistance non-violente que la beauté et le potentiel créatif de l’humanité brillent le plus fort. Pour cela, il nous faut, d’une part, cheminer et prier ensemble afin de rester dans la cible. Il nous faut, d’autre part, nourrir notre conscience au quotidien afin de trouver des pistes concrètes, comme par exemple choisir un mode alimentaire qui ne nuise pas à nos prochains du Sud.

  … DANS LE SILENCE ET LA LENTEUR

Dieu manifeste sa puissance en tant que force de création, de vie, d’amour et de bienveillance. Il crée la vie dans le silence et la lenteur. De la même manière, nous voulons exprimer notre résistance face aux puissances et aux autorités par la foi, l’amour et l’espérance. Tel pourrait être le bilan de cette semaine de jeûne.

Prédication du 16 Avril 2017 | Eric B. | Culte de Pâques

 
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Le droit à l’échec dans une implantation d’église?

10-1-1200x625A-t-on droit à l’échec dans une implantation d’Église? Olivier Fasel, conteur et implanteur dans la région fribourgeoise, parle ici de trois constantes dans l’implantation. Il développe ici l’une d’entre elles: le droit à l’échec.

  • Repenser l’Église

Il y a presque 20 ans je quittais le Canton de Vaud pour retourner à mes origines fribourgeoises, implanter une nouvelle communauté évangélique. Très vite s’est précisée la nécessité de donner à notre projet une identité. Les courants évangéliques sont pluriels, tant les sensibilités et obédiences fluctuent et se diversifient. Cette richesse embarrassante a poussé notre petite équipe de joyeux pionniers à prendre le temps de penser – ou repenser – l’Église ! La littérature ne manquant pas, nous avions l’embarras du choix, entre églises émergentes, présence missionnelle et autres modèles de Fraîche Expression.

  • Trois constantes

Après avoir écouté et observé autour de moi les nombreux projets et tentatives d’implantations d’églises j’ai dû aussi prendre le temps de la distance et de la relecture de ma propre expérience. Face aux multiples stratégies que des comités et associations voués à l’implantation élaborent, pratiquent et diffusent, je crois pouvoir retenir trois constantes qui peut-être font d’un projet d’implantation d’église une réussite. Ces trois constantes, sont à mes yeux:

  1. la consécration radicale
  2. la persévérance
  3. le droit à l’échec.

Je développerai dans l’espace de cet article le droit à l’échec.

  • Le droit à l’échec

C’est un intéressant paradoxe d’affirmer que la clé de la réussite c’est le droit à l’échec ! Une analogie nous aidera à le comprendre. Un oiseau épris de liberté fera tout son possible pour échapper à la cage et au verrou. Il s’en ira à la première inadvertance où vous aurez laissé la porte ouverte. Mais donnez-lui de la graine sans barreau, montrez-lui la fenêtre grande ouverte, laissez-le aller et venir à sa guise : il restera chez vous. Il restera car vous lui avez communiqué le sens de la liberté. Il n’aura pas besoin de partir chercher ailleurs la liberté que vous lui offrez ici. Il sait qu’il peut partir, mais il n’en éprouvera pas la nécessité. Pareillement j’ai rencontré des personnes qui fuyaient les lieux d’enfermement, et s’épanouissaient là où on ne les mettait pas sous pression de la réussite, là où ils savaient avoir le droit à l’échec.

Jésus veille et agit, c’est lui le bâtisseur de son Église-Épouse (Mat 16 :18). Et c’est bien souvent malgré nous que l’Église grandit ! Pourtant les échecs assumés sont autant d’occasions d’apprendre. Il est inévitable de tomber, mais si le petit enfant ne s’était jamais relevé pour remettre un pied devant l’autre, aujourd’hui il ne courrait pas joyeusement ! L’échec n’est donc pas un obstacle qui empêcherait de travailler dans le champ du Seigneur. J’ai plusieurs exemples de ces tâtonnements, et autres bonnes idées qu’il a fallu abandonner ! Créatif, le travail pionnier devient une sorte de laboratoire spirituel. Les échecs ne sont donc pas des obstacles, c’est le chemin, sur lequel continuer, il y a toujours une seconde chance pour apprendre à faire mieux, puis une troisième chance, et ainsi de suite. Le Seigneur est très patient avec nous !

  • Dieu ose investir dans l’échec

En automne 2015, la Romandie s’est distinguée dans le classement des 100 meilleures StartUp en Suisse, grâce à l’EPFL et au Service de la Promotion Économique du Canton de Vaud. A cette occasion, l’ambassadrice des USA en Suisse et Lichtenstein, Suzi LeVine, a donné un éclairage surprenant sur la question du droit à l’échec :

« Les StartUp sont le noyau du développement de la classe moyenne aux USA. Les entrepreneurs créateurs d’innovation sont devenus des investisseurs. On constate qu’ils ne financent pas ceux qui n’ont pas connu l’échec déjà auparavant : s’ils n’ont pas échoué déjà, ils n’ont donc pas appris ! Et donc de plus en plus les gens portent l’échec comme une fierté. Echouer n’est plus stigmatisé aux USA, tant que cela rime avec ‘Qu’avez-vous appris ?’ »

Quel contraste avec l’esprit helvétique ! Ici une StartUp n’a pas de statut différent de celui d’une entreprise, donc un échec est une faillite d’entreprise, très lourd à assumer dans ses conséquences légales et administratives ! La Suisse investit peu dans l’échec ! Alors que Dieu ose investir dans l’échec :

« Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » (Mc 2 :17)

On pourrait considérer la mort de Christ sur la croix comme un échec absolu… à vues humaines seulement ! Car trois jours plus tard la victoire n’en a été que plus définitive ! Celui qui a connu l’échec serait donc le pécheur ; il a appris de ses erreurs/égarements, ce serait la repentance ; et l’entrepreneur créateur d’innovations c’est le Dieu de toute Grâce qui nous pardonne en Jésus-Christ crucifié et ressuscité, et qui nous appelle à être ouvriers dans la moisson jusqu’à ce qu’il vienne !

Olivier Fasel, enseignera le cours sur l’implantation d’Église dans le cadre de la formation FBSE les 28-29 avril 2017.

Un mennonite mort en oeuvrant pour la paix en RDC

Le 12 mars dernier, deux experts de l’ONU, Mike Sharp et Zaida Catalan – et leur interprète Betu Tshintela – ont été kidnappés en République Démocratique du Congo (RDC), alors qu’ils étaient en route avec trois autres Congolais. Le 27 mars, leurs corps ont été retrouvés près de Ngombe. On est sans nouvelles des trois chauffeurs. Les communautés mennonites américaines et allemandes sont particulièrement émues par ces événements. En effet, Mike Sharp, qui n’avait que 34 ans, était mennonite, il avait étudié à Eastern Mennonite University aux USA et travaillé en Allemagne avec le Comité mennonite allemand pour la paix dans le réseau de soutien aux soldats états-uniens voulant quitter l’armée. Après son Master sur les conflits internationaux à Marburg, il était parti en RDC comme volontaire du Mennonite Central Committee. Là, il avait participé aux efforts de rapatriement de réfugiés rwandais dans leur pays et à des négociations avec des chefs rebelles dans l’Est du pays. Grâce à ce programme, plus de 1 600 miliciens avaient abandonné la lutte armée. Depuis 2015, il travaillait pour la Monusco, la mission de l’ONU pour le maintien de la paix en RDC.

GUERRE CIVILE

Depuis la fin du régime de Mobutu en 1997, la RDC n’a pas connu la paix. D’innombrables milices rivales rwandaises ou ougandaises s’affrontent avec les forces gouvernementales, surtout dans l’Est du pays. Les villageois sont les premières victimes de cette lutte dont les enjeux économiques locaux et internationaux sont considérables. La guerre civile a causé la mort de millions de personnes.

 

MILICES ET FORCES GOUVERNEMENTALES

Jusque récemment, le Kasaï, au centre du pays, avait été épargné par la violence. Mais au début de 2016 a éclaté un mouvement de rébellion lancé par Kamuina Nsapu, chef coutumier frustré de l’ingérence gouvernementale dans les structures locales traditionnelles. La mort du chef de la rébellion a exacerbé le mouvement. Bilan au bout d’un an : plus de 400 morts, 216 000 personnes déplacées. Les milices accusées d’atrocités, les forces gouvernementales soupçonnées de répression brutale. Va-t-on vers un embrasement de tout le pays ? C’est ici qu’intervient la mission de l’ONU qui charge Mike et sa collègue suédoise d’enquêter : sur les groupes armés, les violations des droits humains et les possibles violations d’un embargo sur les armes dans le pays. Les milices sont-elles responsables de leur mort ? Les forces gouvernementales avaient-elles intérêt à les empêcher de faire leur travail d’investigation ? Une enquête sur leur enlèvement et leur assassinat est promise.

PLEURS

Nos Églises ont perdu un jeune homme consacré à son Seigneur et prêt à le servir dans un contexte des plus difficiles. Sa foi et son engagement sont un exemple lumineux, une illustration de la béatitude, « heureux les artisans de paix ». Nous le pleurons. Lui nous encouragerait sans doute à pleurer plutôt sur les millions de victimes anonymes de la guerre en RDC.

Légende photo : Michael Sharp en République Démocratique du Congo, lorsqu’il travaillait pour le Mennonite Central Committee. Crédit : Copyright © 2017 DMFK

Pour aller plus loin…

http://wboi.org/post/remembering-michael-sharp-he-risked-his-life-make-peace#stream/0
https://www.theguardian.com/global-development/2017/apr/05/trump-double-tragedy-congo-us-aid-un-investigators-michael-sharp-zaida-catalan
http://www.mennonews.de/archiv/2017/03/29/entfuehrte-un-mitarbeiter-tot-aufgefunden/
http://mennoworld.org/2017/03/29/news/sharp-pursued-peace-around-the-globe/

Président des Présidents

Nous venons de fêter Vendredi Saint et Pâques, la mort de l’unique Juste et sa résurrection, signe du monde nouveau. L’épître aux Colossiens décrit ainsi l’une des facettes de cet événement : « Il a dépouillé les principats et les autorités, et il les a publiquement livrés en spectacle, en les entraînant dans son triomphe. » (Col 2.15). Par sa mise à mort, le Christ a révélé l’injustice des pouvoirs déchus lorsqu’ils ont éliminé l’Innocent qui les dérangeait. Sa résurrection par Dieu montre qui est le plus fort, en fait, même si cette victoire passe par la croix.

L’Église chante depuis lors que Jésus le Christ est Seigneur des seigneurs, Président des présidents. Et elle vit de la vie de son Seigneur, le suit et le sert, dans n’importe quel contexte politique, sous n’importe quel président…

Dans une autre épître et une situation sociale peu favorable, l’apôtre Pierre décrit les attitudes et les priorités des chrétiens « qui vivent en étrangers dans la dispersion » (1P 1.1) : « Honorez tout le monde, aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi. » (1P 2.17). Chaque mot compte ! De l’honneur pour tous les êtres humains sans exception, comme pour le roi, mais pas plus pour ce dernier, placé au même niveau que les autres humains… De l’amour pour, littéralement, la « fraternité », la communauté chrétienne où le règne de l’amour a commencé, ce qui est davantage que de l’honneur. De la crainte enfin, c’est-à-dire un respect et une obéissance à réserver à Dieu seul, ce qui distingue nettement Dieu du roi et ouvre à la possibilité d’une désobéissance civile parfois…

Entre Pâques et Pentecôte, quels que soient le résultat de l’élection présidentielle (p. 20-21) et l’avenir du pays et de la planète, ces priorités doivent guider les chrétiens, rendus audacieux par le don du Saint-Esprit et forts (voir les pages p. 8-12 sur les relations inter-Églises) par le lien de la paix qui les unit…

500 ans des Réformes – Deux questions non résolues : l’unité de l’Eglise et le Sola scriptura

Difficile de parler d’une seule « Réforme » : l’Église n’a pas cessé de connaître des réformes tout au long de ses deux millénaires d’existence. Neal Blough, professeur d’histoire de l’Eglise, revient aux fondements des questionnements. Qu’est-ce que l’Église et où se trouve son autorité ? Réponse tout en nuances. Quatrième article de cette série.

« Réforme » n’était pas un mot nouveau à l’époque de Luther. Déjà un siècle auparavant, au Concile de Constance, où l’on a réglé la question du schisme papal (Avignon ou Rome ?), la nécessité de réformer l’Église dans sa tête (la hiérarchie) et ses membres (la base) a été proclamée haut et fort. Au 11e siècle a eu lieu la « réforme grégorienne » qui a cherché à arracher l’Eglise de la main des pouvoirs politiques. Les mouvements monastiques ont connu des réformes nombreuses. Protestants et catholiques évoquent une Église semper reformanda, toujours en train de se réformer.

 

Conservatisme et adaptation

La nécessité constante de réforme vient non seulement du fait que l’Église peut être infidèle, mais aussi du fait qu’elle est « dans le monde » sans « être du monde ». Elle vit dans une tension constante entre sa mission de transmettre un Évangile qui « ne change pas » et le fait de se trouver constamment dans des contextes nouveaux. L’Église se voit souvent tiraillée entre un conservatisme qui ne veut rien changer et des adaptations puisant leur contenu plus du contexte que de l’Évangile, ce que nous appelons « syncrétisme ». Dire et vivre l’Evangile dans des contextes différents implique la nécessité constante de discernement, d’adaptation, de réforme, ainsi que la possibilité d’aller dans le mauvais sens.

Cherchons donc à discerner. En 2017, nous commémorons la Réforme mise en mouvement par Martin Luther. Cette Réforme, qui a aussi donné naissance à nos Églises mennonites, a accompli des choses qui étaient nécessaires, mais a aussi généré des conséquences non prévues avec lesquelles nous vivons toujours. Plutôt que de poser la question « que faudrait-il réformer aujourd’hui ? », nous examinerons deux questions restées ouvertes depuis Luther et la naissance du protestantisme.

 

Qu’est-ce que l’Église ?

Dès le Nouveau Testament et les premiers siècles de l’histoire chrétienne, l’unité de l’Église est vue comme quelque chose de fondamental. Cette unité est même devenue un article de foi dans le symbole de Nicée-Constantinople où il est question de l’Église « une, sainte, catholique et apostolique ». Les réformateurs, y compris anabaptistes, n’ont jamais remis en question cette formulation.

Ainsi, Luther et d’autres ne cherchaient pas à diviser l’Église, mais à la « guérir », dans son ensemble et localement. Le résultat a cependant été de nombreux schismes qui, dans le monde protestant et évangélique, se sont multipliés jusqu’à donner lieu à des milliers de dénominations aujourd’hui. Même si le désir de gérer localement la vie religieuse était un élément important au 16e siècle, les réformes (protestantes et catholiques) effectuées alors concernaient l’ensemble de l’Église occidentale. La « sur-centralisation » de l’Église médiévale a été l’une des cibles des réformateurs. La rupture a provoqué des Églises se proclamant « catholiques », mais en concurrence et conflit. Comme souvent, une réalité trop centralisée ou autoritaire provoque en réaction l’éclatement en morceaux.

 

Église locale ou centralisée

En réagissant – avec raison – à la centralisation, avec le temps, les familles protestantes se sont souvent éloignées de la vision de l’Église une. Pour beaucoup de mennonites, l’Église est surtout sinon exclusivement locale. Pour beaucoup de protestants, l’Eglise est au mieux nationale. Que dire ?

Ø  Si toute Église est locale, elle n’est pas que cela. L’Eglise est aussi universelle et osons le dire catholique. Dans beaucoup de lieux, des Églises locales existent tout en s’ignorant ou en se méprisant.

Ø  Les efforts missionnaires ont porté du fruit. Si, dans l’Europe sécularisée, le christianisme est souvent en recul, la présence de chrétiens issus de l’immigration nous rappelle que l’Église connait une expansion rapide en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Il y a un siècle, les mennonites d’Europe représentaient 50 % des mennonites dans le monde. Aujourd’hui, nous ne sommes que 4 %, dépassés largement par l’Éthiopie, l’Indonésie et la République démocratique du Congo. C’est un phénomène mondial dont nous n’avons pas commencé à mesurer les implications. Les Occidentaux sont minoritaires dans une Église mondiale en voie de transformation rapide. Mais les efforts missionnaires ont trop souvent transplanté les divisions de l’Occident, compliquant encore plus la question.

Ø  Les deux constats précédents impliquent l’importance d’une participation plus consciente aux efforts pour guérir les schismes et pour mieux collaborer entre chrétiens, aux niveaux local, régional, national et international. Ce n’est évidemment pas facile, mais le Christ a prié pour l’unité de ses disciples « afin que le monde croie ». Le manque d’unité des chrétiens nuit à la mission de l’Église.

Pour nous, la Conférence mennonite mondiale (CMM) semble être un pas important pour répondre à ces constats. Elle dépend et émane de la réalité locale des communautés mennonites, tout en les ouvrant à une réalité mondiale où le « Sud » prédomine désormais. Tout en cherchant à consolider une identité anabaptiste-mennonite, elle entre aussi en dialogue avec d’autres familles chrétiennes en vue d’une meilleure compréhension et collaboration. La CMM cherche en même temps à répercuter l’impact de ces dialogues sur le plan local et régional.

 

Qu’est-ce que l’autorité et où se trouve-t-elle ?

Si les chrétiens ne sont pas unis depuis la Réforme, c’est qu’il y a parfois (mais pas toujours) des différences théologiques importantes. Luther a posé le principe de sola scriptura, l’Ecriture seule, comme autorité et moyen de réforme face à l’Église médiévale. Les anabaptistes ont critiqué Luther et d’autres, justement à partir de ce même principe scripturaire. Dans un certain sens, il serait possible de décrire la Réforme comme un débat pour savoir qui a le droit d’interpréter l’Écriture : une hiérarchie avec ses traditions séculaires accumulées ou un regard nouveau sur l’Écriture seule débarrassé du poids des siècles. Tout en étant nécessaire et utile, le sola scriptura pose la question de savoir quelle est la bonne lecture de l’Écriture. À partir de la même Écriture, les réformateurs n’étaient pas capables trouver un accord sur la nature de l’Église, la cène, le baptême, l’éthique ou le lien avec l’autorité politique. Comment un texte, qui a besoin d’être lu et interprété dans des situations différentes, peut-il faire autorité ? Qui est autorisé pour le lire, que fait-on lorsqu’il y a désaccord ? Voici une source importante de nos difficultés actuelles.

Le problème n’était pas nouveau au siècle de Luther. L’Église ancienne avait rapidement découvert la nécessité d’avoir des « règles de foi », c’est-à-dire des « poteaux indicateurs » pour guider son interprétation biblique. Lors des conciles des premiers siècles, l’Église ancienne rassemblait des représentants de l’ensemble des communautés pour débattre des questions telles l’Incarnation et la Trinité. Les Églises catholiques, orthodoxes et protestantes reconnaissent les quatre premiers conciles « œcuméniques » comme « guides de lecture », mais depuis le 11e siècle, il n’y a plus de lieu reconnu par tous les chrétiens pour aborder les débats théologiques ou éthiques. Il n’y a plus de lieux où tous sont représentés.

 

Désaccords légitimes ou non

Que faire devant des différences de compréhension de l’Écriture ? Les familles mondiales (catholique, orthodoxe, protestante, évangélique) ont chacune commencé à réfléchir sur leur propre plan global, mais aussi entre elles. Le Forum chrétien mondial est un nouvel effort pour créer un lieu où toutes les familles chrétiennes se trouvent autour de la table. Des instances plus locales comme le Réseau évangélique, le Conseil national des évangéliques de France ou la Fédération protestante de France cherchent aussi établir des accords théologiques et éthiques. Le discernement théologique et éthique revient aux communautés locales, mais en même temps concerne toute l’Église. L’impossibilité pour les chrétiens de parler d’une seule voix est un empêchement majeur pour leur témoignage dans le monde. La question est complexe : quels sont les désaccords légitimes et lesquels ne le sont pas ? Nous connaissons les questions qui se posent sur la politique, l’éthique, l’argent, la sexualité, les doctrines fondamentales…

Encore une fois, la CMM en consultant ses Eglises membres pour produire les Convictions communes nous aide à avancer dans ce sens, et les échanges avec les autres familles nous apprennent nos propres manquements et contribuent à enrichir la réflexion des autres.

 

Être solidement mennonite au sein de l’Église chrétienne mondiale

Ne nous faisons pas trop d’illusions : même si des progrès importants ont été faits, l’unité des chrétiens n’est pas pour demain et les débats théologiques continueront à créer des tensions. Néanmoins, l’Église est appelée à être une, localement et au-delà, et à transmettre l’Évangile et ses conséquences pratiques et éthiques de manière fidèle. Le travail théologique est aussi important, car l’Évangile ne s’invente pas, nous ne sommes pas maitres de son contenu, il est à transmettre de génération en génération, dans des contextes différents et nouveaux.

Pour les mennonites, je plaiderais pour travailler et maintenir une identité solide à partir des intuitions qui sont les nôtres depuis le 16e siècle. Le monde et l’Église plus large ont besoin de l’Évangile de paix et de réconciliation, d’une Église qui ne se laisse pas inféoder aux pouvoirs politiques ni aux mentalités ambiantes qui vont à l’encontre de l’enseignement du Christ.

Mais nous ne sommes pas seuls, et probablement pas les meilleurs. Nous devons prendre notre place, en tant que mennonites convaincus, mais ouverts aux autres, au sein de la famille chrétienne mondiale. Ce n’est pas une tâche facile, mais c’est une nécessité biblique et théologique. Et si l’Église était une famille mondiale connue pour la paix, la réconciliation, la non-violence, le partage économique, son témoignage serait plus crédible qu’il ne l’est actuellement. Si nous nous proclamons être une « Église de paix », pourquoi sommes-nous si souvent absents des efforts pour guérir les plaies de l’Église ?

Neal Blough, directeur du Centre Mennonite de Paris, professeur d’histoire de l’Eglise à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine

Cet article est paru également dans Perspectives, mensuel des Eglises mennonites de Suisse, avril 2017, p. 4-5