Vie d’Eglise, vie personnelle et familiale, vie professionnelle : quels (dés)équilibres ?

Le 1er mai dernier, les responsables des Eglises mennonites de France se sont retrouvés à Valdoie (territoire de Belfort) pour leur journée annuelle de pastorale, consacré au thème suivant : “Vie d’Eglise, vie personnelle et familiale, vie professionnelle : quels (dés)équilibres ?”

On trouve ci-dessous l’enregistrement et la version écrite des exposés de Jean-Claude Girondin, pasteur à l’Eglise mennonite de Villeneuve-le-Comte et responsable de la formation à Agapé France, et  de Claude Grandjean, ancien président de l’Alliance évangélique française, responsable d’Eglise et responsable d’entreprise à la retraite.

Ces exposés sont complétés par le témoignage audio et écrit de Daniel Nussbaumer, l’un des responsables de l’Eglise mennonite du Birkenhof et cadre dans le domaine public depuis de nombreuses années.

Merci à Yann Kempf pour les enregistrements !

 

Exposé de Jean-Claude Girondin : “Approche sociologique : du point de vue de la famille et des loisirs, les évolutions de notre société et leur impact sur nos modes de vie actuels et nos engagements dans l’Eglise”. Texte écrit à venir.

 

Exposé de Claude Grandjean : “Dans le plan de Dieu, la place de la famille et du travail versus l’engagement dans l’Eglise”. Texte écrit à télécharger ici.

 

Témoignage de Daniel Nussbaumer. Texte écrit à télécharger ici.

 

Bonne écoute ou bonne lecture !

Prédication du 7 Mai 2017 | Michael H. | Jean 20

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Pourquoi j’ai demandé pardon – en tant que Français – en RCA

Découvrant le sentiment antifrançais en République centrafricaine, lié à ce qu’il est convenu d’appeler la Françafrique…, Alain Stamp demande pardon comme Français lors d’un congrès à Bangui, puis devant le président de la République centrafricaine. Récit.

En avril 2015 s’est tenu le Forum des évangélistes1 (FDE) à Yaoudé au Cameroun, auquel j’ai participé en tant que chargé du développement du mentorat et des communautés d’apprentissage de mentors du FDE francophone.

À cette occasion j’ai rencontré le pasteur Anatole Banga, vice-président de l’Alliance Evangélique Centrafricaine, qui conduisait une délégation d’évangélistes. J’ai été bouleversé d’entendre leurs témoignages, apprendre les épreuves traversées par l’Eglise de Jésus et ses serviteurs, victime des Sélékas, groupe armé anti-chrétiens2 : églises et maisons brulées, pasteurs et hommes assassinés, femmes et filles violées, outils de travail et commerces détruits, populations déplacées, etc.

J’ai demandé au pasteur Banga ce qui pourrait constituer une aide pour son pays. « Venez faire un FDE en Centrafrique pour nous encourager à retrouver notre confiance dans notre ministère. » J’ai suggéré : « Mais pas sans prendre au préalable deux jours pour vous offrir un temps de guérison et de restauration ! »

Grâce à Dieu et après bien des hésitations, le FDE de Bangui s’est tenu du 13 au 15 octobre 2016, précédé d’un séminaire de « guérison des cœurs brisés et de réconciliation », les 11 et 12. Le dimanche précédent, j’ai eu un entretien avec un pasteur, haut magistrat, qui m’a révélé le rôle de la France en Centrafrique, les méfaits horribles de la colonisation, ses responsabilités dans la situation actuelle de misère, comme dans la guerre civile qui y a sévi il y a trois ans, et qui perdure sporadiquement.

LES INTÉRÊTS DE LA FRANCE

Depuis l’indépendance dans les années 60, la France s’est arrogé un droit de préemption sur les importantes richesses du sous-sol : pétrole, diamants, uranium, etc. (Souvenez-vous des diamants de Bokassa sous Giscard d’Estaing et de l’affaire Areva en 2007). Elle a toujours entravé l’exploitation des richesses du sous-sol pour préserver ses propres intérêts.

Mon interlocuteur a ensuite souligné que la France à longtemps joué sur un deuxième tableau, bien connu : celui des ventes d’armes.

Ce conflit, qui perdure en RCA, a de terribles conséquences pour les chrétiens en particulier. La situation économique du pays et de l’Eglise de Jésus, sont catastrophiques. Et j’ai été scandalisé, profondément choqué, déstabilisé. C’est aussi ce qui explique que beaucoup de Centrafricains ont un très fort sentiment anti-français, et parfois une haine profonde.

DEMANDE DE PARDON

Or, j’étais le premier orateur à devoir prendre la parole pour ouvrir les deux jours de séminaire, et traiter le sujet : « Face à la souffrance et l’épreuve ». J’ai compris que je ne pourrais être ni écouté ni entendu par la grande majorité des 350 pasteurs et évangélistes présents.

J’ai demandé au Seigneur de me guider. J’ai commencé mon intervention en disant : « Je crois que j’ai un double handicap : je suis blanc et je suis Français. » Des dizaines et des dizaines de têtes ont approuvé ostensiblement ce que je venais de dire. J’ai alors simplement demandé pardon pour les actions graves inadmissibles et révoltantes que mon pays a commis en Centrafrique, et exprimé mes regrets et ma compassion.

Par l’intermédiaire d’un pasteur, j’ai demandé si les chrétiens centrafricains présents pouvaient me pardonner. Il leur a posé la question en sango, langue vernaculaire, et la réaction a été merveilleuse et bruyante de joie ! Très rapidement, les responsables centrafricains ont qualifié ma démarche de pardon d’« acte fondateur du Forum ».

Les deux jours de séminaire ont été essentiellement animés par Albert Mabasi Sindao, pasteur rwandais, délégué par African Enterprise, qui a perdu toute sa famille durant le génocide et qui a traité de manière exceptionnelle, et africaine, les questions de guérison intérieure, de pardon et de réconciliation.

Nous avons placé devant l’estrade, trois grandes croix en bois, deux pour pouvoir y accrocher des papiers pour confesser ses péchés. Une avec une « Boîte à tristesses » pour déposer symboliquement à la croix ses tristesses, deuils, pertes, et toutes souffrances dont Jésus seul peut consoler. Nous avons assisté à de très nombreuses repentances et de nombreuses guérisons intérieures. Certaines personnes sont venues à la croix à plusieurs reprises, même durant les jours suivants. La suite du FDE a été un temps profondément béni et encourageant pour les évangélistes centrafricains qui sont repartis particulièrement nourris et encouragés.

Durant la semaine, les Sélékas ont tués plusieurs dizaines de personnes au nord du pays. Le président de l’Alliance évangélique centrafricaine (AEC), qui regroupe l’essentiel des 52 % de chrétiens évangéliques du pays, a partagé que la RCA se trouvait à nouveau au bord de la guerre civile, et que les chrétiens avaient un rôle modérateur essentiel à jouer. C’est pourquoi il a invité le Président de la République de Centrafrique, Faustin-Archange Touadéra, à assister à la cérémonie de clôture du Forum. Celui-ci est un chrétien convaincu.

RENCONTRE AVEC LE PRÉSIDENT CENTRAFRICAIN

Le président de l’AEC m’a demandé si j’étais prêt à renouveler ma demande de pardon, l’« acte fondateur », en présence du Président de la République. J’ai ainsi eu l’occasion de m’adresser au président de la RCA, ainsi qu’au Ministre de l’Intérieur – fils de feu l’empereur Bokassa, converti à Jésus – pour rappeler comment était né ce projet de FDE précédé d’un séminaire, et comment à mon arrivée en RCA, j’avais découvert le rôle de la France dans leur pays.

Je leur ai demandé pardon en précisant que je n’étais pas mandaté pour cette demande de pardon, que je parlais au nom de mes trois collègues européens présents, mais que je m’engageais à expliquer en France la raison de la démarche que j’accomplissais à leur égard et les raisons de celle-ci.

J’ai été ensuite conduit vers le président et nous nous sommes donné une longue accolade sous les applaudissements et les cris de joie des participants. Florent Varak, intervenant français du FDE de Bangui, a longuement prié pour le président, alors que je tenais les mains de celui-ci dans les miennes.

PORTÉE NATIONALE

Deux jours plus tard le lundi, plusieurs responsables, dont le doyen de la faculté de théologie de l’Union des Eglises Evangéliques des Frères, m’ont affirmé que mon geste de demande de pardon avait une portée nationale, que mes propos avaient été diffusés sur la radio nationale et que les gens en parlaient dans les quartiers ! Ces frères m’ont dit : « C’est la première fois qu’un Français demande pardon. C’est un geste chrétien et un signe d’humilité. »

J’écris ces lignes pour témoigner de la fidélité de Dieu et tenir mon engagement d’expliquer, en Europe ou plus loin, pourquoi j’ai effectué, en tant que Français, cette demande de pardon envers mes frères et sœurs en Christ de RCA.

Merci de prier pour ce pays, pour l’Eglise qui souffre, mais qui désire ardemment témoigner du Seigneur, tant dans les affaires de ce pays, que dans l’évangélisation.A Dieu toute la gloire !