Prédication du 19 novembre 2017 | Etienne B.

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Prédication du 12 novembre 2017 | Luc Alexis L. | « … les uns les autres… »

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Un conte de Noël : voir l’invisible

Un conteur, qui est aussi pasteur, propose en exclusivité un conte de Noël inspiré par les bergers dans le récit de la Nativité. Installez-vous confortablement et et laissez-vous emporter…

C’était la nuit. Le feu crépitait, nerveux. Deux bergers brûlaient de colère. Au-dessus des pâturages de Bethléem, le ciel était dégagé, les étoiles semblaient proches, comme si elles s’étaient intéressées au débat qui faisait rage entre les deux hommes.

– Cette peau de bélier me revenait de droit, c’est moi l’aîné !

– Arrête de ressasser cette affaire ! Déjà avant de mourir, notre père me l’avait confiée.

Les autres bergers se tenaient à l’écart, lassés d’entendre ces deux rancuniers batailler sans cesse pour un héritage bien modeste. Leur père, le vieux Baruk, avait gardé comme un précieux trésor la peau d’un bélier qui était né le même jour que lui. Un animal robuste, le chef du troupeau, capable d’écarter plus d’un prédateur. Et puis, il avait fallu abattre le bélier trop vieux. L’enfant avait protesté, mais finalement, c’est la magnifique toison de l’animal qui avait séché ses larmes. Dès ce moment, cette peau était devenue pour lui comme un porte-bonheur, une protection contre les malheurs. Quand le jeune Baruk veillait le troupeau la nuit, il s’enveloppait de cette peau. Rassuré, il se sentait la même ardeur que son vieux bélier. Et puis, au fil des années, quand l’expérience de la vie avait rendu le vieux berger moins superstitieux, cette peau était devenue la relique d’heureux souvenirs : sa jeune épouse s’y était réchauffée ; leurs deux petits garçons y avaient reposé, paisibles ; frissonnants de fièvre, c’est dans cette peau qu’ils guérissaient. Le vieux père y avait caché ses larmes au décès de son épouse. Et finalement, rassasié d’années, le faible Baruk avait vu comme une évidence de laisser cette peau au préféré de ses fils, le cadet.

L’aîné n’avait rien dit, mais la rancœur couvait, comme des braises cachées sous la cendre. Après le temps du deuil, puis des règlements de comptes, voilà bien dix années que leur mésentente lassait la compagnie des bergers. Dix années qu’ils s’évitaient rageusement.

Mais cette nuit-là, ils n’avaient pas eu le choix : manque de main d’œuvre, troupeau trop grand, prédateurs aux aguets, fauves ou voleurs. Les retrouvailles suintaient entre eux comme une vilaine blessure infectée.

Les deux frères étaient donc là, près du feu tremblant entre leurs deux colères. L’aîné écœuré avisait la peau de bélier que son cadet portait fièrement sur les épaules. Et l’amertume leur faisait comme une ivresse, un tourment qui les isolait des autres. Si bien que les deux bergers maussades n’avaient pas vu la nuit s’illuminer au son des chants angéliques. Ils n’avaient pas entendu l’hymne à la paix. Par contre, ils avaient retenu qu’un roi de justice était apparu dans la région. La belle aubaine !

– Allons lui présenter notre litige, tu verras qu’il jugera ma cause totalement légitime, tempêtait l’aîné qui s’estimait spolié de l’héritage paternel. Cette peau, tu me la dois !

– Ah oui ! Tu verras, il te rira au nez, raillait le cadet. Ce roi, s’il est vraiment juste et intelligent, il confirmera que la peau du vieux bélier m’appartient de plein droit ! C’est toi qui vas recevoir une belle correction !

Ils s’étaient donc mis en chemin, avec la compagnie des bergers.

La surprise étouffa leurs jacassements quand ils découvrirent que le roi les attendait dans une misérable étable. Ils tombèrent à genoux quand ils comprirent que leur justicier était ce nouveau-né grelottant dans les bras de sa petite mère épuisée. Les deux frères ennemis se tenaient maintenant coude à coude, pétrifiés de honte devant le désarroi du jeune père incapable de réchauffer l’endroit.

L’impensable alors se produisit. Le cadet ôta la chaude peau de ses épaules. L’aîné se redressa. Chacun retenait son souffle. Ensemble ces deux grondeurs s’avancèrent, la peau était assez large pour envelopper la mère et l’enfant. D’un geste unanime, ils l’offraient !

C’est alors qu’un second miracle eut lieu : l’espace d’un instant, ils virent la grotte illuminée du scintillement de dizaines d’anges qui entraient et sortaient, pressés de voir ce nouveau-né. Les bergers levèrent les yeux au ciel, ils en virent des milliers, comme si les myriades d’étoiles dans le ciel dansaient de joie. Les bergers tendirent l’oreille : le vent faisait comme un chant puissant et rassurant.

C’est ce geste de bonté qui leur avait ouvert les yeux sur l’invisible.

Olivier Fasel, Eglise évangélique de Bourguillon (CH), pasteur, et conteur (www.olivierfasel.ch)

Photo : Wikimedia.org

[Légende :] L’adoration des bergers, Bartolomé Estaban Murillo, 1650

Que pensent les riches des pauvres ?

« Je ne céderai rien aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes… » Ces quelques mots, formulés en septembre dernier par le Président français à l’adresse des opposants à sa réforme du droit du travail, ont choqué l’opinion publique. Emmanuel Macron a expliqué que ses propos, contrairement à l’interprétation qui en avait été faite, ne visaient nullement les syndicalistes, ni les travailleurs. Soit. Toutefois, le président français n’en est pas à sa première phrase du genre. N’a-t-il pas dit qu’« une gare était un lieu où se croisaient des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien »… ? N’a-t-il pas qualifié « d’illettrés » des ouvriers d’une usine dont les portes menaçaient de fermer ? Ou encore de « chômeurs récidivistes » les personnes ayant connu plusieurs périodes de chômage ?

DE QUOI CHOQUER

Le dédain face aux pauvres véhiculé par ces propos a de quoi choquer. Ils sont pourtant plus répandus qu’on ne pourrait le penser. Dans son dernier ouvrage Ce que les riches pensent des pauvres, le sociologue Serge Paugam révèle que la tendance à la ségrégation sociale grandit, avec une mise à distance physique, sociale des classes pauvres, jugées « dangereuses », légitimée pour partie par le « mérite ». Les privilèges financiers, sociaux, culturels seraient « mérités », car « gagnés ». Corollaire à cela, la pauvreté serait également « méritée » : les pauvres n’auraient, en effet, pas suffisamment « mouillé la chemise ». « La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler » déclarait, à ce propos, Emmanuel Macron, alors qu’il était encore Ministre de l’économie. Cette façon de légitimer, en la normalisant, sa situation – et par-delà celle des « autres » – contribue à neutraliser – anesthésier – tout sentiment de compassion vis-à-vis de la souffrance d’autrui, remarque Serge Paugam.

JÉSUS PROCHE DES MARGES

Choqué ? Le Christ ne l’est probablement pas, car il connaît le fond du cœur de l’être humain (Jn 2. 25). Attristé ? Il l’est sans doute de voir que, dans le monde d’opulence qui est le nôtre, les pauvres continuent de s’appauvrir, que la « misère chasse la pauvreté » (Majid Rahnema, 2004) et que le cœur des hommes est toujours aussi étanche – anesthésié – à la souffrance d’autrui. Toutefois, certitude bienfaisante, il est plein d’amour pour nous pécheurs et n’a de cesse de nous rappeler nos responsabilités à l’égard de notre prochain. « Va et désormais ne pèche plus. » (Jn 8.11)

Que l’exemple du Christ, qui a prêché, prôné et vécu l’abolissement des frontières – géographiques, sociales, morales – édifiées par les hommes, pour se rapprocher de corps et de cœur avec ceux qui souffrent et sont exclus, puisse continuer de nous inspirer, de servir de fil conducteur à nos existences ; et que l’Esprit Saint nous inspire pour incarner cet exemple dans le quotidien de nos réalités de vie respectives.

Pour aller plus loin…

www.christnet.ch (forum chrétien de réflexion sociale, économique et environnementale)

 

« Joy to the world »

Pour le temps de l’Avent et pour Noël, un chant traditionnel plein d’entrain est proposé, qui invite à la joie en raison de la venue du Messie. Joie pour le monde entier !

Voici un cantique de Noël qui a gardé tout son dynamisme depuis 180 ans ! Est-ce dû à l’auteur des paroles, Isaac Watts (1674-1748), appelé le père de l’hymnologie anglaise, considéré comme un pasteur non-conformiste qui avait à cœur d’actualiser le langage de la Bible pour son époque ? Il aimait reprendre les textes de l’Ancien Testament et leur donner un parfum de Nouveau Testament.

Ou est-ce parce que le compositeur américain Lowell Mason (1792-1872), qui a mis les paroles en musique, a composé la musique d’après Haendel ? On y trouve des lignes mélodiques tirées du Messie : œuvre on ne peut plus inspirée qui a rarement trouvé son pareil en expression de louange pour l’avènement de Jésus.

Les paroles elles-mêmes sont impérissables et vont bien au-delà de tous les temps et époques… Elles sont inspirées du psaume 98 :

«Poussez vers l’Éternel des cris de joie, vous tous, habitants de la terre !

Faites éclater votre allégresse, et chantez !

Chantez à l’Éternel avec la harpe ; avec la harpe, chantez des cantiques !

Avec les trompettes et au son du cor, poussez des cris de joie devant le roi, l’Éternel !

Que la mer retentisse avec tout ce qu’elle contient, que le monde et ceux qui l’habitent éclatent d’allégresse,

Que les fleuves battent des mains, que toutes les montagnes poussent des cris de joie devant l’Éternel !

Car il vient pour juger la terre ; il jugera le monde avec justice, et les peuples avec équité. »

DIEU ENTRE EN SCÈNE !

L’arrivée de Jésus dans ce monde – la réalisation du plan du salut prévu et préparé depuis le début des temps – s’est passée dans l’humilité, dans la discrétion, dans un coin perdu, constatée par quelques personnes comme toi et moi. Mais il y a eu tout de même – en plus de la venue de quelques sages de pays lointains – cet instant extraordinaire où les bergers ont pu apercevoir ce qui se passait dans les cieux à ce moment-là : dans les cieux, tous étaient au courant ! Enfin, Dieu lui-même entrait en scène ! Ils étaient fous de joie !

Essayons d’imaginer et de voir l’ensemble du tableau avec eux ! Joie pour le monde ! Le Seigneur est arrivé !

Pour aller plus loin…

Partition d’une version en français: recueil Alléluia 32-37

Partition d’une version en anglais

Audio : version Héritage (en français) 

Audio : interprétation classique 

Audio : version Oslo Gospel Choir

 

 

Est-ce que je peux parler au Saint-Esprit ?

Je la trouve importante cette question, à la fois parce que tu peux trouver sur Internet ou parfois autour de toi quelques rares chrétiens t’interdisant de prier le Saint-Esprit, mais avant tout parce que c’est de notre relation avec lui qu’il est surtout question ici. Et malheureusement, cette relation avec le Saint-Esprit, on la néglige parfois (moi le premier).

Alors, la réponse à cette question posée en titre est assez simple :

Photo : www.pexels.com

OUI, MÊME S’IL N’Y A QU’UN SEUL EXEMPLE DE PRIÈRE DANS LA BIBLE.

Dans le Nouveau Testament, les prières sont généralement adressées au Père. Pourquoi ? Parce que la plupart de ces prières sont celles de Jésus lui-même, l’exemple le plus connu étant la prière du Notre Père (Mt 6.9-15 ; Lc 11.1-4). Quelques prières sont aussi explicitement dédiées à Jésus (Ac 7.59 ; Ap 22.20…). Mais tu ne trouveras aucune prière adressée au Saint-Esprit dans la Bible, à la seule exception d’Ez 37.9, où le prophète Ezéchiel parle à l’Esprit, dans la vallée des ossements.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il t’est interdit de prier le Saint-Esprit !

Dans ce cas-là, il faudrait aussi retirer les chants de tous les cantiques de ton Église (des Ailes de la Foi au JEM 3) dans lesquels on interpelle directement le Saint-Esprit.

OUI, PARCE QUE LE SAINT-ESPRIT EST UNE PERSONNE.

Il n’est pas seulement une puissance ou un souffle. Il ne se limite pas à un symbole, comme la colombe. Il est une personne qui est pleinement Dieu, comme le Père et comme Jésus.

La Bible nous montre clairement que le Saint-Esprit est une personne. Voici quelques exemples :

• Il possède des sentiments (Es 63.10 ; Ep 4.30).

• Il aime (Rm 15.30).

• Il possède une volonté (Ac 15.28, 1Co 12.11).

• Il parle (Ac 8.29,13.2 ; Hé 3.7)… donc pourquoi ne pas lui répondre !

Ne pas prier le Saint-Esprit signifie ne pas lui parler, ne pas avoir beaucoup de relation avec lui. Ce n’est pas ce que la Bible nous recommande. Au contraire, tu es invité à être en communion avec lui (2Co 13.13).

Le Saint-Esprit n’est pas qu’un réservoir de dons en toi, il est une personne divine à laquelle tu dois obéir et que tu dois aimer, avec qui tu peux dialoguer, comme avec le Père et comme avec Jésus.

OUI, ET ÇA SERAIT DOMMAGE DE T’EN PRIVER  !

Parce que le Saint-Esprit a un rôle important dans la prière (Ep 6.18). Tu peux t’adresser à lui dans de nombreuses circonstances :

• Quand tu te sens seul et abandonné.
Parce qu’Il te console de l’absence de Jésus, en attendant son retour (Jn 14.16-18).

• Quand tu es perdu avec ton identité et que tu ne sais plus vraiment qui tu es.
Parce qu’Il veut te conduire vers le Père et te dit que tu es son enfant (Rm 8.16 ; Ga 4.6 ;
Ep 2.18).

• Quand tu galères avec la lecture de la Parole de Dieu et que tu as besoin de mieux la comprendre.
Parce qu’Il enseigne et rappelle les enseignements de Jésus (Jn 14.26 ; 16.13 ;
1Co 2.13).

• Quand tu ne sais plus quoi et comment prier.
Parce qu’Il vient alors à ton secours et intercède pour toi (Rm 8.26-27).

• Quand tu témoignes de ta foi autour de toi et que tu aimerais que tes amis croient aussi.
Parce que c’est lui qui convainc de péché et qui touche les cœurs (Jn 16.8 ; 1Co 2.10-11).

• Quand tu dois défendre ta foi.
Parce qu’Il t’enseignera ce qu’il faudra dire (Lc 12.12).

Dans toutes ces circonstances, quand tu es dans le service ou dans l’adoration, tu peux dire au Saint-Esprit : « Aide-moi, guide-moi, conseille-moi. »

OUI, MAIS ÇA NE DOIT PAS ÊTRE TA SEULE MANIÈRE DE PRIER

Les disciples ont demandé à Jésus comment prier, et Jésus leur a appris à s’adresser au Père.

Notre principale façon de prier devrait être : « Au Père, dans le nom de Jésus, par le Saint-Esprit » (Ep 2.18).

« Dans le nom de Jésus » : nous ne pouvons nous approcher du Père que grâce au sacrifice de Jésus, et certainement pas par nos propres mérites.

« Par le Saint-Esprit » : nous sommes le temple du Saint-Esprit ! Quel magnifique cadeau qui vit pour toujours en nous ! Nous pouvons nous approcher du Père, parce que c’est le Saint-Esprit qui nous y pousse.

Ta principale façon de prier ne signifie pas ta seule façon de prier. Je t’invite à ne pas te priver de cette communion que tu peux avoir avec le Saint-Esprit. Si jusqu’à présent, tu l’as ignoré, parfois négligé ou tu lui as même résisté, il n’est pas trop tard pour lui parler.

 

Pour aller plus loin…

Francis Chan, Dieu oublié, BLF éditions, 2013.

Confession de foi dans une perspective mennonite, Editions Mennonites, 2014, article 3, « Le Saint-Esprit »

 

« Insurrection »

Ce numéro consacre plusieurs pages à Noël, un peu en avance. L’arrivée du Messie a bouleversé un peuple et le monde. Elle fait accourir dans une obscure étable d’un royaume vassal de Rome des gens aussi différents que d’infortunés bergers locaux malodorants et de riches mages étrangers offrant leur parfum. Les récits de la naissance de Jésus montrent comment se réalise la vieille parole du prophète : « Qu’ils sont beaux les pas de celui qui porte la bonne nouvelle, qui proclame la paix, […] qui proclame le salut, qui dit à Sion : Ton Dieu règne ! » (Es 52.7) Dans l’enfant démuni de l’étable se cachent et se révèlent la « bonne nouvelle », la « paix-shalom », le « salut », le « règne de Dieu ». À Noël, Dieu vient commencer à remettre son peuple et le monde en ordre. Shalom et salut sont quasiment synonymes : ils décrivent des relations – avec Dieu, entre les humains, avec la création – débarrassées du péché et de ses tristes acolytes : violence, injustice, oppression, idolâtrie, égoïsme, haine, indifférence… Noël est donc davantage que la naissance de celui qui devait mourir à la croix pour nous donner la vie éternelle. Noël est le début d’une « insurrection » de l’amour, de la joie, de la paix, de la patience, de la bonté… qui commence par la naissance d’un enfant hors du com- mun, et se terminera par une résurrection !

RACONTER NOËL

Raconter l’histoire de cette naissance est capital pour notre foi, pour sa transmission à nos enfants, pour sa transmission à d’autres. Les crèches vivantes, développées par François d’Assise au 13e siècle, peuvent y contribuer. Les marches de l’Avent, les fêtes de Noël, les concerts… aussi. Mais il est bon de s’interroger : comment racontons-nous cette histoire ? Comme du folklore divertissant des consommateurs friands de religiosité ? Comme une naissance dont le seul but est la mort de celui qui vient de naître ? Ou comme la venue de Dieu en personne, venue qui change tout et (nous) demande de changer maintenant ? Excepté le roi sanguinaire Hérode le Grand, aucun des personnages de Noël n’est resté indemne devant cet événement : les bergers mal famés et les mages savants, Joseph le taiseux et Marie la servante, le vieux Syméon et Anne la veuve en sont les témoins bouleversés. Le serons-nous à notre tour en exprimant le shalom-salut dans notre vie et… dans notre manière de célébrer Noël ?

Collaboration inter-Eglises dans un contexte disséminé : les textes et les enregistrements de la rencontre inter-Eglises du 1er novembre 2017

A Ligny-en-Barrois le 1er novembre 2017, 80 personnes ont participé à la rencontre inter-Eglises mennonites de France, organisée par les Eglises de Lorraine.

 

L’orateur, Jeannot Gauguel, directeur de France pour Christ, a traité du thème « Collaboration inter-Eglises dans un contexte disséminé ». On trouve ici ses exposés.

 

Version audio, Vivre comme des partenaires ou mourir seul ? Partie 1

Version audio, Vivre comme des partenaires ou mourir seul ? Partie 2

 

Version écrite

Vivre comme des partenaires ou mourir seul ? Partie 1

Vivre comme des partenaires ou mourir seul ? Partie 2

 

Et aussi la version audio de trois témoignages.

Témoignage de Bruno Carminati

 

Témoignage de Roger Dallo

 

Témoignage de Jean-Pierre Magréault

 

Et les questions et réponses du travail en groupes, compilées par Pierre-Nicolas Zehr.

Photo ci-dessus : Lionnel Santini – Enregistrements : Hervé Raulet

500 ans des réformes – Réformons notre conscience de l’Eglise

Voici le 10e article de cette série consacré aux 500 ans des réformes. Chaque auteur, ici Alexandre Nussbaumer, répond à la question : de quelle réforme l’Eglise aujourd’hui a-t-elle besoin ?

 

 

Ce 31 octobre 1517, Martin Luther jetait un énorme pavé dans la mare de l’Eglise. Remonté contre la pratique des indulgences, il affichait sur la porte de l’église de Wittenberg 95 thèses soutenant sa colère et son intention de purifier l’Eglise. En voici quelques extraits qui nous aideront à prendre la température d’un discours résolument offensif contre le règne de l’argent dans l’Eglise :

 

27. C’est une invention humaine, de prêcher que sitôt que l’argent résonne dans leur caisse, l’âme s’envole du Purgatoire.

37. Tout vrai chrétien, vivant ou mort, participe à tous les biens de Christ et de l’Église, par la grâce de Dieu, et sans lettres d’indulgences.

53. Ce sont des ennemis de Christ et du Pape, ceux qui, à cause de la prédication des indulgences, interdisent dans les autres églises la prédication de la parole de Dieu.

84. Et encore : quelle est cette nouvelle sainteté de Dieu et du Pape que, pour de l’argent, ils donnent à un impie, à un ennemi le pouvoir de délivrer une âme pieuse et aimée de Dieu, tandis qu’ils refusent de délivrer cette âme pieuse et aimée, par compassion pour ses souffrances, par amour et gratuitement ?

 

500 ans plus tard, les regards continuent de se croiser sur la portée de cet acte de Martin Luther, comme s’il continuait encore aujourd’hui d’éclabousser l’Eglise. Pour certains, c’est un acte d’une grande lucidité qui a permis d’aller vers une réforme profonde et salutaire de l’Eglise. Pour d’autres, c’est un acte d’une grande inconscience qui aura allumé la mèche du plus grand schisme de l’Eglise. Et pour chacun de nous, quelle est notre conscience de cet événement ? Et quelle conscience avons-nous de la réforme que nous appelons de nos vœux pour l’Eglise d’aujourd’hui ?

 

Un détour par l’ennéagramme

Les jésuites Maria Beesing, Robert Nogosek et Patrick O’Leary supposent que la conscience de soi résulte d’une « scission entre le moi et le monde »[1]. Une contradiction survient chez l’enfant entre ses sentiments intérieurs et la réalité sociale extérieure dissonante et oppressante. Ne pouvant satisfaire pleinement ses besoins intérieurs, la société va lui apparaître d’une certaine façon hostile. D’où la perception d’un manque, d’un paradis perdu, d’une union impossible avec la réalité sociale extérieure : le foyer parental, l’Eglise, le monde, la totalité du cosmos et jusqu’à Dieu lui-même. Face à cette chute, à cette impossible union, l’enfant mettra en place une des trois stratégies de contournement qu’il conservera toute sa vie et qui aboutira à trois façons de se regarder, trois façons d’entrer en relation avec le monde, trois modes de conscience au monde.

1.     Je suis plus grand que le monde, le monde n’est pas à ma hauteur.

2.     Je dois être à la hauteur du monde.

3.     Je suis plus petit que le monde, je ne suis pas à la hauteur du monde.

·        Les tenants de la première façon, que la tradition actuelle de l’ennéagramme nomme extérieure, chercheront à dominer le monde. Ils se considèrent souvent comme les meilleurs, les plus forts, les plus aidants, les plus « sachants », et sont à l’aise dans l’exercice du pouvoir, du contrôle, qu’ils exerceront souvent avec brio.

·        Les tenants de la deuxième façon, intérieure-extérieure, considèrent qu’ils doivent s’adapter au monde, qu’ils doivent s’ajuster à lui tel qu’il est et l’accepter dans ses bons et ses mauvais côtés. Ils seront fiers de se conformer aux standards de leur environnement. Ils chercheront à préserver l’ensemble des parties et vivront mal les remises en cause majeures.

·        Les tenants de la troisième façon, intérieure, consacreront toute leur énergie à changer le monde et à en inventer un nouveau, l’actuel leur semblant trop inquiétant. Ils seront idéalistes, perfectionnistes, créatifs, réformateurs, mais bien souvent aussi dépassés par des idées qu’ils n’arriveront pas à mettre en œuvre, le réel finissant toujours par les rattraper.

Et alors, qu’est-ce que cela a à voir avec la réforme de l’Eglise ?

Eh bien, à votre avis, Martin Luther…, quelle était sa conscience de l’Eglise et sa façon d’entrer en relation avec elle ? On peut facilement exclure le mode « statu quo » et facilement aussi exclure le mode « je suis le plus fort ». Ses 95 thèses font transparaître son désir idéaliste (la gratuité prime sur l’argent), perfectionniste (plusieurs des thèses commencent par l’injonction : « Il faut ») et créatif (tout un programme qui émerge et qu’il diffuse habilement pour inventer une nouvelle Eglise). On se rappellera aussi sa conversion et sa vocation monastique qu’il reçoit alors qu’il est surpris par un violent orage, par la foudre qui tombe à ses côtés et qu’il se dit « Enveloppé des angoisses et de l’épouvante de la mort », quelque part saisi par un monde qu’il juge trop grand et trop inquiétant et qu’il s’évertuera à réformer.

 

Quelle conscience de l’Eglise aujourd’hui ?

Que l’on soit tenant de l’une ou de l’autre des trois façons possibles d’entrer en relation avec le monde extérieur et en particulier avec l’Eglise, nous vivrons invariablement la perception d’un manque. Ce manque tient assurément à ce que l’Eglise n’est pas ce qu’elle devrait être, mais il tient également pour grande partie au fait que chacun de nous n’est pas ce qu’il devrait être. Notre limitation, inscrite de fait par le récit biblique dans la chute originelle, nous amène à un sens faussé du réel, à une vision d’autant plus étriquée que notre part d’ombre sur nous-même est grande. Seul Jésus, dans le mystère de Dieu qui se fait pleinement homme, nous révèle un homme en qui il n’y a aucune part d’ombre. Un Dieu-homme qui repose pleinement en lui-même, qui jouit d’une autorité sans faille, d’une compassion sans contreparties et qui assumera pleinement notre humanité. C’est de lui, par lui et pour lui que vit l’Eglise ou se mêlent étroitement sa parole, son Esprit Saint et les ombres de notre humanité. La réforme de l’Eglise que j’appelle aujourd’hui de mes vœux est la réforme qui met tout un chacun dans les dispositions à discerner ce qui en lui vient des ombres de son humanité et ce qui vient de l’Esprit de Jésus. Et comme premier pas à cela, je propose sept thèses.

 

Sept thèses pour reformer notre conscience de l’Eglise

1. Je fais la liste de tous les « il faut » en lien avec l’Eglise : Il faut aller au culte, il faut prier plus, il faut aimer notre prochain… et je les remplace par « Je choisis de » : je choisis d’aller au culte, je choisis d’aimer mon prochain ou « je choisis de ne pas », par exemple je choisis de ne pas prier plus. Je rappelle ainsi ma liberté acceptée à l’égard de l’Eglise et mes limites consenties, mes frontières définies.

2. J’analyse ma critique de l’Eglise et je regarde si elle ne me renvoie pas plus profondément à ma part d’ombre non acceptée. Quelqu’un qui dira « l’Eglise ne m’aime pas » vit peut-être en réalité « Je ne m’aime pas » ou encore « Je n’aime pas l’Eglise ». Quelqu’un qui dira « le mode de décision n’est pas collégial » vit peut-être en réalité « je n’ai pas assez de pouvoir décisionnaire, je devrais en avoir plus ». Quelqu’un qui dira « L’Eglise manque d’unité » vit peut-être en réalité « Je manque d’unité en moi ou je ne suis pas uni à l’Eglise ». Quelqu’un qui dira « les mennos sont coincés » vit peut-être « je me sens coincé avec cette étiquette menno » et ainsi de suite. Je choisis ainsi de ne pas projeter sur l’Eglise ce que je n’arrive pas à accepter en moi-même. En prenant conscience de mes parties sombres, je me donne la possibilité d’apprendre à les aimer comme un écho à l’invitation que nous adresse Jésus d’aimer nos ennemis.

3. J’analyse mon rôle préféré dans l’Eglise : suis-je le plus souvent victime de l’Eglise (l’Eglise me doit quelque chose…), sauveur de l’Eglise (je supplée à ce qui manque dans l’Eglise…) ou bourreau de l’Eglise (j’ai l’art des petites remarques acides…) ? Ces trois rôles sont des fausses routes qui trouvent leur origine dans les limitations et blessures de nos personnalités et des échanges interpersonnels. Je choisis de laisser Jésus-Christ être le Sauveur de l’Eglise (non au moi Sauveur). Je choisis de porter ma vie (non au moi victime). Je choisis d’accepter les autres là où ils en sont aujourd’hui et je leur laisse la possibilité de progresser demain (non au moi bourreau).

4. Je choisis de m’accepter tel que je suis. J. Monbourquette[2] discerne trois principales sources de mésestime de soi : la déception de ne pas être à la hauteur d’idéaux très élevés, les messages négatifs reçus des parents ou de personnes signifiantes pour soi, les attaques de l’ombre personnelle formée en grande partie par son potentiel humain et spirituel refoulé et, par conséquent, non développé. Je choisis de vivre le pardon à moi-même en acceptant mes limites et le pardon à ceux qui m’ont offensé dans l’Eglise en acceptant leurs limites. Je choisis d’écouter et d’accepter les remarques que les uns et les autres me font dans l’Eglise comme source de progrès, de pacification de mon être et de ma relation aux autres.

5. Je choisis de grandir intérieurement. Les mystiques sont convaincus qu’il existe en nous un espace de silence où Dieu habite. Les disciplines spirituelles, pratiquées en lien avec l’Eglise, m’aident à avoir accès à cet espace intérieur dans lequel Dieu m’attend et me repose. Notre cœur est sans repos jusqu’à tant qu’il repose en Dieu, affirmait Saint Augustin.

6. Je choisis de co-créer avec Dieu dans l’Eglise. Co-créer dans l’Eglise, c’est travailler avec Dieu à la manière dont lui-même travaille dans l’Eglise pour en faire surgir le meilleur. Se laisser entraîner dans le processus créateur, c’est accepter avec Dieu la peine, le travail difficile, les déceptions comme le chemin inévitable que Dieu emprunte et empruntera avec moi jusqu’au dernier jour. Henri Nouwen a défini la communauté comme « le lieu où se trouve toujours la dernière personne avec laquelle vous souhaiteriez vivre ».

7. Après avoir fait miennes ces six premières thèses, j’analyse combien ma conscience de moi-même, de l’Eglise et de Dieu a changé. Je suis maintenant en chemin pour apporter ma contribution réformée à l’Eglise de Jésus.

Alexandre Nussbaumer, pasteur en congé sabbatique

 

Notes

[1] Je puise assez largement dans l’ouvrage : Maria Beesing, Robert, Nogosek, Patrick O’Leary, L’Ennéagramme, un itinéraire de la vie intérieure, Desclée de Brouwer, 2003.
[2] Jean Monbourquette, Comment pardonner, Bayard, 2011.

 

Prédication du 5 novembre 2017 | Bertrand R.

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