Prédication du 31 mars 2019 | Denis K. | Actes 4 | « Comment faire face à l’opposition ? » (Axe 3, 3/3)

Prédication du 24 mars 2019 | Michaël M. | Dimanche du SEL (Service d’Entraide et de Liaison) | « Un nouveau regard… »

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« Que celui qui est sans péché… » – Entre minimisation et surenchère du péché

Que celui qui est sans péché… – Entre minimisation et surenchère du péché, c’est le titre de l’ouvrage qui paraît ces jours dans la collection Perspectives anabaptistes chez Excelsis.

Huit auteurs apportent leur contribution à la thématique dans une approche interdisciplinaire. La première partie, « État des lieux culturel et historique », donne la parole à Frédéric de Coninck pour situer le thème dans l’évolution de la société :  « Les avatars contemporains de la faute et de l’accusation ». Hanspeter Jecker développe une petite histoire du péché dans les Églises mennonites par son article intitulé « Procéder ‘avec douceur et fermeté’ contre le péché. Un dilemme (pas seulement) anabaptiste ».

La deuxième partie du livre est consacrée au dossier biblique : « Approche biblique et théologique ». Un article de Denis Kennel revisite le récit de Joseph et de ses frères dans l’Ancien Testament : « Le ‘pauvre’ Joseph ou : Quand une victime l’est vraiment, sans l’être uniquement ». Lukas Amstutz propose une brève théologie du péché dans son apport « Le péché est tragique. Éléments et classifications bibliques-théologiques ».

Dans la dernière partie, intitulée « Points de vue pratique », Marcus Weiand valorise une forme de sagesse dans « Le péché et l’art de se diriger soi-même ». Michel Sommer traite de l’offense dans les relations interpersonnelles, et des chemins du pardon d’une part, de la repentance d’autre part, en vue de la réconciliation: « Les processus pour aller vers le pardon et vers la repentance ». Daniel Plessing aborde la discipline de l’Eglise et la question du péché et du pécheur : « Éloge de l’interpellation fraternelle. Quelle conduite adopter avec un pécheur présumé dans l’Église ? ». Enfin, la seule femme qui contribue à ce volume, Janie Blough, souligne la dimension communautaire du culte, du péché et du mal, dans « La place de la confession, du pardon et de la plainte dans le culte ».

Le livre rassemble des apports présentés lors de journées d’étude au Centre de Formation du Bienenberg, du 22 au 24 septembre 2017.

 

Pour aller plus loin…

Denis Kennel et Michel Sommer (sous dir.), Que celui qui est sans péché – Entre minimisation et surenchère du péché, collection Perspectives anabaptistes, Excelsis, 2019, 167 pages, 15 €.

 

Vers une augmentation de l’aide publique au développement

L’annonce a été faite dans le courant du mois de février. Un projet de loi devrait être examiné lors d’un Conseil des Ministres à la mi-avril. Il aurait pour objet principal de revenir sur la politique française en matière d’aide publique au développement (APD). On entend par là l’ensemble des aides financières que le gouvernement français alloue aux pays en développement.

UNE PROMESSE DE CAMPAGNE

Candidat à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron avait promis d’augmenter l’APD française. Avec ce projet de loi en préparation, il devrait tenir parole. Il faut encore attendre de voir le contenu exact du texte, mais il est question d’aller vers une hausse d’environ 30 % des moyens affectés au développement. On parle alors d’une augmentation de 3 à 4 milliards d’euros par an, sur un budget total d’une dizaine de milliards. L’effort envisagé n’est pas négligeable.

DES OBJECTIFS NON RESPECTÉS

Photo : fabian-blank – unsplash

Député LREM (La République en marche) des Côtes-d’Armor, Hervé Berville devrait être le rapporteur de ce texte. Il explique la démarche en ces termes : « Notre objectif est d’atteindre 0,55 % du revenu national brut d’ici à la fin du quinquennat contre 0,41 % l’an dernier. »La progression est importante, mais le compte n’y est pas. En effet, en 1970, la plupart des pays riches s’étaient engagés à consacrer 0,7 % de leur revenu national brut (RNB) à l’aide publique au développement. La France en est loin, alors que d’autres pays ont atteint cet objectif depuis plusieurs années déjà : Suède, Danemark, Luxembourg ou encore Royaume-Uni.

UNE PAROLE QUI ENGAGE

S’il est toujours possible de se demander si l’APD est la meilleure manière pour les pays occidentaux de faire face à l’extrême pauvreté dans le monde, il n’empêche qu’on se trouve ici en présence d’une promesse de campagne de l’actuel président de la République française. Or, toute parole engage. Jésus le rappelle justement lors du Sermon sur la montagne en faisant référence notamment à un verset du livre des Nombres (30.3) : « Si un homme (…) prend certains engagements par serment, il ne violera pas sa parole ; il agira conformément à ce qu’il a dit. »

DES AMÉLIORATIONS POSSIBLES

Les ONG françaises sont favorables à cette augmentation de l’aide publique au développement. Il s’agit d’une demande récurrente de leur part. Si l’APD est quelquefois critiquée, ce n’est pas tant pour en remettre en cause le principe de fond que pour en améliorer l’efficacité ou demander plus de transparence. En effet, il peut arriver qu’une aide soit plus préjudiciable que bénéfique. La Bible semble ainsi encourager des initiatives qui vont dans le sens de la responsabilisation des bénéficiaires, comme on peut le voir par exemple avec la loi sur le glanage (Lv 19.9-10). Si le montant de l’aide publique au développement doit être augmenté, son efficacité aussi !

 

 

Les vocations de l’apôtre Paul

Quand et comment Dieu nous appelle-t-il ? Il y a beaucoup à dire, sur ce sujet. Une chose essentielle que je tiens à souligner est que Dieu ne nous appelle pas qu’une seule fois : il revient nous voir, à certains tournants importants de notre vie, pour nous donner de nouvelles directions. Quand on parle de « vocation », on pense à quelque chose qui est fixé une fois pour toutes. C’est tellement ancré que, lorsque j’ai publié mon ouvrage sur la vocation, l’éditeur m’a demandé d’ajouter un sous-titre : « L’appel de Dieu, jour après jour ». Une vocation, en effet, n’est rien d’autre qu’un appel. Ceux qui ont fait des langues anciennes savent que l’on utilise le « vocatif » pour interpeller quelqu’un. Et nous savons tous ce qu’est un serveur vocal ou des vocalises.

On pourrait avoir l’impression, par exemple, que la vocation de Paul se résume au chemin de Damas. Lorsque Dieu s’adresse à Ananias, qui doit aller ouvrir les yeux de Saul, encore dans l’hébétude, il lui parle déjà d’un projet qui concerne les nations païennes (Ac 9.15). Mais dans un premier temps, Saul prêche dans les synagogues, dans la région de Damas (9.20). Et cela dure « un temps assez long » (9.23), en fait, entre deux et trois ans, puis il monte à Jérusalem (cf. Ga 1.18). Premier épisode.

VERS LES NATIONS PAÏENNES

Arrivé à Jérusalem, Paul est en butte à la méfiance des chrétiens qui l’ont connu persécuteur et à l’hostilité de juifs qui n’acceptent pas sa parole. Il faut cet obstacle pour qu’il soit disponible pour entendre autre chose. Et, dans le temple de Jérusalem, il tombe en extase. Dieu lui dit clairement de partir de là et d’aller « vers les nations païennes ». Paul le raconte lui-même vers la fin du livre des Actes (22.21). À ce moment-là, il part à Tarse et… on ne sait pas ce qu’il fait !

Luc donne, dans le livre des Actes, des repères historiques assez précis (en nommant des personnes qui occupaient des fonctions officielles à un moment donné, par exemple) et Paul lui-même donne quelques éléments chronologiques au début de l’épître aux Galates. Il se trouve que les deux comptages coïncident très bien. On découvre, ainsi, qu’il y a un trou de sept ou huit ans dans la biographie de Paul. On ne doute pas qu’il ait proclamé la Parole mais, apparemment, il est resté, pendant ce temps, dans la région de Tarse : période de formation, sans doute. Il ne faut pas oublier que, lorsqu’il s’est converti, il était « un jeune homme » (Ac 7.58).

BARNABAS LE MENTOR

Photo : Eddie Stigson

Alors, nouvelle étape de sa vocation, il faut que quelqu’un aille le chercher à Tarse pour qu’il se mette en route. C’est Barnabas qui, voyant les païens se convertir à Antioche, se souvient de Paul et va lui mettre le pied à l’étrier (11.25). À partir de là, Barnabas et Paul développent un ministère commun pendant quatre ou cinq ans. On apprend, à l’occasion d’une méprise des païens dans la ville de Lystre, que c’était Paul qui parlait. Mais les païens avaient bien perçu quelque chose : ils considéraient Barnabas comme le dieu suprême (Zeus) et Paul comme le messager (Hermès) (14.12). D’une manière plus prosaïque, on dira que Barnabas donnait confiance à Paul en le rassurant par son autorité.

À ce moment-là, Paul n’a pas encore écrit une ligne (rien que l’on ait conservé, en tout cas) et les voyages de Paul et Barnabas se cantonnent à l’Asie Mineure. Mais voilà que, suite à un différend, il se sépare de son mentor (15.39-40). Et là Paul commence à tourner en rond, empêché par « l’Esprit de Jésus » d’aller là où il voudrait. Il se retrouve coincé à Troas : il n’a plus que la mer en face de lui. On retrouve le même schéma qu’à Jérusalem : un obstacle qui crée l’ouverture et une parole de Dieu qui surgit, cette fois-ci, en rêve. Paul, 16 ans après sa conversion, près de 20 ans après la résurrection du Christ, passe en Grèce.11

FIN DU VOYAGE

Alors s’étendent les années les plus fécondes et les plus actives de sa vie. Il commence à écrire des lettres pour assurer le suivi de son travail dans les Églises. En six ou sept ans, il écrit : 1 et 2 Thessaloniciens, 1 et 2 Corinthiens, et les épîtres aux Romains et aux Galates !

Puis Dieu l’avertit qu’il va connaître « chaînes et détresses » (20.24). De fait, il est arrêté dans le Temple à Jérusalem. Une nouvelle phase commence. Il ne peut plus voyager. Il écrit beaucoup moins. Il moisit en captivité environ deux ans, avant d’être emmené sur un bateau à Rome.

Et là, ultime vision, alors qu’il est pris dans la tempête en plein milieu de la Méditerranée, Dieu lui dit qu’il l’utilisera à Rome : « Il faut que tu comparaisses devant l’empereur »(27.23). Et le livre des Actes se termine alors que Paul est assigné à résidence et qu’il proclame le Règne de Dieu à tous ceux qui viennent le trouver (Ac 28.16 et 30-31).

Les vocations de Paul relèvent parfois de la formation, du mûrissement. Plus souvent, elles interviennent alors qu’il est dans une impasse et que Dieu lui ouvre une nouvelle voie. Mais Dieu, c’est ce qui me frappe, intervient toujours en situation, par rapport au contexte et aux enjeux du moment. Il trace à Paul sa route, pas à pas. Il lui donne des horizons généraux et il lui donne également des orientations à court terme.

Et voilà comment sont nos vocations, à nous aussi.

Pour aller plus loin…

Frédéric de Coninck, La vocation – L’appel de Dieu, jour après jour, Lyon, Olivétan, 2009, 168 p.

Prédication du 17 mars 2019 | Etienne B. | Actes 1.8b | « Témoin… où je suis, dans cette région, dans ce monde » (Axe 3, 2/3)

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Vocations

L’expression « avoir vocation à » a fait florès ces dernières années, en particulier dans la bouche de certains hommes politiques. Par exemple, pour dire que des étrangers ou les Roms n’ont pas vocation à rester sur le territoire français. Une manière de se déresponsabiliser. Pourtant, l’expression est belle, qui recourt à un mot à connotation religieuse. À quoi l’Église, et les communautés mennonites entre autres, a-t-elle vocation ? Elle est appelée à témoigner, par son être, par sa mission, du règne de Dieu inauguré par l’Envoyé, au milieu du monde.

OBSTACLES

La mise en oeuvre de ce programme simple et multiforme fait parfois face à des obstacles externes comme internes. Alors que je signe un dernier éditorial, ma prière d’intercession à Dieu s’en va vers vous, lecteurs et lectrices, pour que vous puissiez, de manière nouvelle ou renouvelée, dans vos assemblées, vivre quelque chose de ce règne en expansion de l’amour, de la justice et de la paix – et y contribuer. Voilà notre vocation chrétienne à tous !

DU NEUF

Quant aux vocations personnelles, elles peuvent évoluer, comme le soulignent les pages Grand angle (p. 8-12). J’ai cru entendre l’appel de Dieu à aller vers du neuf, pour partie (p. 4). La confiance accordée dès le début, la joie du travail en équipe au fil des années, la stimulation de proposer un magazine mennonite chaque mois, autant de pépites emportées qui m’enrichiront longtemps encore. Ma prière de reconnaissance à Dieu s’en va vers tant de visages…

RELAYEUSE

Lors d’un premier édito en mars 1997, succédant à Pierre Lugbull, j’essayais de filer la métaphore de la course relais et du passage de témoin. « Participer à la course de la Bonne Nouvelle, c’est une joie, pas un privilège à protéger. Car dans cette course, on ne connaît jamais le dernier relayeur à qui reviendra l’honneur de franchir la ligne d’arrivée. Celui qui court maintenant n’est qu’un relayeur parmi d’autres et non le joker gardé en réserve. Il compte sur le soutien de toute l’équipe. » Pour la première fois dans la course relais de Christ Seul, le relayeur suivant est… une relayeuse, Sylvie Krémer ! Ma prière à Dieu et votre soutien – je l’espère – l’accompagnent.

Je suis blasé de l’Évangile

Si tu as eu la chance de grandir dans une famille chrétienne, tu as certainement entendu le message de l’Évangile très tôt : Jésus est mort pour sauver les pécheurs… Et depuis ton enfance, peut-être, tu as compris ce message, tu t’es repenti et tu es engagé maintenant dans une vie de disciple.

Mon lycée était accolé à la magnifique cathédrale de Strasbourg : le premier jour, j’ai trouvé que j’avais beaucoup de chance… les jours suivants, je passais devant sans y faire attention. Cette Bonne Nouvelle, tu la connais par coeur… tellement, qu’il t’arrive parfois d’être un peu insensible à son message. Comme face à un refrain qu’on connaît si bien, ces pensées t’ont peut-être traversé une fois l’esprit : « L’Évangile, c’est seulement pour les non-chrétiens. J’ai compris et accepté le message, il y a bien longtemps. J’aimerais passer maintenant à autre chose pour mon édification… »

PLUS  QU ‘ UNE  ÉTINCELLE !

Et pourtant, l’Évangile est bien plus qu’un vaccin donné une fois pour toutes, qui te permettrait d’attendre sagement ta mort, tout en t’efforçant de ne pas faire trop de bêtises. L’Évangile n’est pas l’étincelle qui embrase la foi chrétienne, c’est le carburant qui doit nourrir ton feu pour Dieu tous les jours de ta vie !

Il ne suffit pas seulement de le recevoir. Il faut aussi le garder et demeurer attaché à cet enseignement, qui est de première importance (1Co 15.1-4).

Pour ne pas être blasé, il faut se rappeler chaque jour que l’Évangile est plus qu’une simple et grande nouvelle, comme pourrait l’être l’annonce de la fin d’une guerre ou la découverte d’un super-médicament anti-cancer. L’Évangile est la plus grande de toutes les bonnes nouvelles que l’humanité a besoin d’entendre et de vivre.

Chaque matin, en réalisant à nouveau cela, notre réaction devrait s’exprimer par un grand « wouah » !

S ‘ ÉMERVEILLER

Photo : unsplash.com – Matthew Henry

Chaque jour, je dois regarder de nouveau à la croix et redécouvrir la beauté de cet exceptionnel message. S’émerveiller est un verbe d’action qui peut se décliner de différentes manières. En voilà les trois principales selon moi :

– La crainte devant la sainteté de Dieu: Dieu est saint (Lv 19.2), juste (Es 45.19), parfait (Mt 5.48), glorieux (Lc 2.9)… Devant les qualités innombrables de Dieu, nous ne pouvons que rougir, nous qui sommes si rebelles, si orgueilleux, si imparfaits. L’Évangile nous rappelle d’abord que nous mériterions tous la condamnation éternelle. L’émerveillement commence par la crainte de Dieu.

– La reconnaissance :dire cela doit nous pousser à considérer l’incroyable privilège que Dieu nous a accordé. Par Jésus, tu es pleinement pardonné, réconcilié avec ton Créateur, tu as reçu une nouvelle identité d’enfant de Dieu… tout ça par grâce ! Quel cadeau !

Chaque jour de ta vie est une nouvelle occasion de dire tout simplement merci à Dieu. La reconnaissance est une attitude de coeur à entretenir constamment.

– La passion :l’Évangile ne se limite pas à Jean 3.16. Toute la Bible, du début à la fin, annonce, présente et développe cette Bonne Nouvelle. Un remède si tu as l’impression d’avoir fait le tour de la question : lis toute la Bible en un an et relis-la chaque année. Moins on la lit, plus on a ce sentiment d’être blasé. Plus on creuse la Parole de Dieu, plus on trouve son message passionnant et inépuisable, comme l’amour de Christ (Ep 3.16-19). Si tu nourris ton feu pour Jésus, il va grandir jour après jour !

DES  TRANSFORMATIONS  CHAQUE  JOUR

Ta réponse à l’Évangile ne doit donc pas se limiter à une prière faite à l’occasion d’un appel. Tous les jours de ta vie, tu as besoin de la grâce de Dieu. Tu as besoin de Jésus quotidiennement, pas seulement les cinq premières minutes de ta conversion pour obtenir la conviction d’être sauvé.

Ce fabuleux message doit provoquer en toi des transformations continuelles : et si tu évangélisais ton quotidien (ce que tu fais, tes relations, tes pensées, tes projets…) ? Pour t’aider, le Saint-Esprit t’a été donné.

Chaque jour est pour toi une nouvelle occasion de revenir à la croix, te repentir, obéir à Dieu, t’abandonner en lui. C’est par son Évangile que Dieu veut fortifier ta foi (Rm 16.25) !

 

Caractère : un bouquet de fleurs et un pilote automatique

Notre caractère est comme un bouquet de fleurs. Les qualités et les défauts qui constituent notre nature profonde for­ment ensemble notre caractère. Il y a là, espérons-le, de la bienveillance, mais peut-être aussi un peu d’agressivité. Nous y trouvons de l’humilité, mais éventuellement aussi de l’orgueil. Il y a là, nous l’espérons, la qualité douceur, mais peut-être aussi le défaut colère. Ainsi, chacun a son bouquet de qualités et de défauts qui constituent ensemble son caractère.

DU PLUS PROFOND DE MOI-MÊME

Ce caractère fonctionne comme un pilote automatique. Il dirige mes actions quand je ne tiens pas moi-même le volant solidement. Cela se produit le plus souvent quand je suis stressé(e), quand je perds le contrôle de moi-même et quand personne ne me voit. C’est pour cette raison qu’un proverbe dit : « Le caractère, c’est faire ce qui est juste et bon, même quand personne ne vous voit », et on peut ajouter, même quand il n’y a pas de prescriptions à suivre, même quand je ne risque pas de perdre la face et même quand personne ne me promet une récompense ou ne me menace d’une sanction. Le caractère, ce que je suis et ce que je fais, est déterminé par ce qui sort du plus profond de moi-même.

MAIS COMMENT PEUT-ON  F O R M E R  U N  B O N  C A R A C T È R E ?

Photo : Sasha Stories

L’an dernier, j’ai participé à un trekking dans le massif de l’Annapurna. Ce fut un grand défi : randonner pendant huit jours, de six à huit heures chaque jour en haute montagne, la plupart du temps au-dessus de 3 000 mètres. Pendant toute une année, j’avais ce but devant les yeux. Et j’ai réfléchi à ce qu’il fallait faire pour arriver à réaliser ce projet. Après cela, je me suis entraîné : jogging régulier, quelques grandes randonnées dans les montagnes suisses et un bilan de santé chez le médecin. Le trekking fut une expérience grandiose et j’étais plutôt fier d’y être parvenu, à 66 ans.

TENDRE VERS UN BUT

C’est à peu près comme cela que le philosophe Aristote se représentait la formation du caractère. Il faut avoir un but. Pour lui, le but ultime était la « félicité » (eudaimonia). Et pour atteindre ce but, il faut savoir quelles vertus sont nécessaires. Pour Aristote, le courage, l’honnêteté, l’intelligence et la modération sont les principales vertus qu’une personne doit avoir, si elle veut atteindre le but, connaître une vie épanouie. Ensuite, il faut s’entraîner.

Il est intéressant de constater que la Bible contient des idées analogues.

Il y a un but. Ce but ne consiste pas simplement à arriver « au ciel », mais bien plutôt à devenir des citoyens du royaume de Dieu, et ceci, non pas à un moment donné dans le futur, après notre mort, mais déjà ici et maintenant, pendant notre vie. Dans le Sermon sur la montagne, la communauté des citoyens du royaume des cieux est décrite comme la « ville sur la montagne » (Mt 5.14), avec un ordre social visible qui est perçu comme une lumière dans ce monde. On reconnaît les habitants du royaume de Dieu à leurs actes (Mt 5.16). Ces actes ne sont pas régis par des commandements et des prescriptions divins auxquels les personnes se soumettraient docilement. Non, dans les actes de ces personnes, quelque chose de la nature et du caractère de Dieu se manifeste. Cette nature de Dieu trouve son expression la plus profonde dans la miséricorde (Lc 6.36) et dans l’amour pour les ennemis (Mt 5.43-48). Le but est donc une communauté dont les membres reflètent quelque chose de la nature et du caractère de Dieu.

DES QUALITÉS  À  DÉVELOPPER

Mais, là aussi, certaines qualités sont nécessaires pour atteindre le but. Ces qualités sont énumérées dès le début du Sermon sur la montagne, dans les Béatitudes : l’humilité, la compassion face à la misère du monde, l’absence de violence, la soif de justice, la miséricorde, la pureté du coeur, l’esprit de réconciliation, la recherche de la paix, l’acceptation de l’opposition par amour de la justice. Plus nous arrivons à cultiver le bouquet de ces qualités, plus grande sera la lumière produite par la ville sur la montagne. Donc, si nous voulons être cette ville sur la montagne, nous devons développer les qualités des Béatitudes. Il ne s’agit pas d’observer, avec plus ou moins d’opiniâtreté et plus ou moins de succès, des commandements et des prescriptions divins, il s’agit d’une transformation intérieure profonde de notre caractère. Il ne s’agit pas de maîtriser notre action par la force de notre volonté, il s’agit du changement de notre nature. Il s’agit en quelque sorte d’une reconfiguration de notre pilote automatique de façon à ce que nous devenions, à partir de notre être intérieur, des personnes qui ont le royaume de Dieu devant les yeux et qui, animées par leur nature profonde, vivent les qualités du royaume de Dieu.

Belle perspective ! Mais la question demeure : comment cela peut-il se faire ? Aristote nous dit : il faut s’entraîner, s’entraîner et encore s’entraîner ! L’entraînement n’est certainement pas une mauvaise chose, mais la Bible nous dit encore autre chose. Jésus en parle au milieu du Sermon sur la montagne (Mt 6). Nous verrons cela dans le prochain article. Rendez-vous dans deux mois !

Traduction : Frieda Manga

 

 

 

 

La revue Anabaptism Today renaît !

Après une pause de 15 ans, la revue Anabaptism Today paraît à nouveau.

En lien avec le Réseau anabaptiste (Anabaptist Network) en Grande-Bretagne et issue de lui, la version nouvelle de cette revue paraîtra deux fois par an pour commencer, en ligne uniquement.

Le premier numéro contient des articles de réflexion en lien avec Alan Kreider (1941-2017), une figure importante du Réseau anabaptiste britannique. Signalons par exemple deux articles de ce numéro : « ‘’If I Weren’t a Mennonite, I Woud Be Catholic’’ – Alan Kreider’s Relations with Roman Catholics » et « Footwashing – Symbol, Sacrament or Subversive Ritual ».

Chaque numéro comportera trois sections : des articles sur des sujets historiques et actuels en lien avec l’anabaptisme ; des réflexions sur la pratique dans une perspective anabaptiste ; des recensions de livres pouvant intéresser des anabaptistes.

37 numéros de la revue Anabaptism Today étaient parus de 1992 à 2004, en version papier. L’Anabaptist Network existe depuis 26 ans et rassemble des chrétiens de différentes dénominations intéressés par les convictions anabaptistes.

Dans le premier éditorial en 1992, Stuart Murray écrivait : « L’anabaptisme du 16e siècle était avant tout un mouvement composé de pauvres, de personnes sans pouvoir et sans instruction ; ce n’était pas une élite académique. Les anabaptistes avaient à cœur la suivance du Christ et la mission, plutôt que la discussion doctrinale ou la recherche historique. Même si nous reconnaissons aujourd’hui le besoin de la recherche pour redécouvrir cet héritage, nous souhaitons que le réseau [anabaptiste] soit ancré dans la vie de l’Eglise locale, la mission et des préoccupations sociales pratiques. Nous espérons que ce magazine sera un stimulant pour la réflexion comme pour l’action. »

Dans l’éditorial de la revue « ressuscitée », le rédacteur actuel, Lloyd Petersen, écrit qu’il espère la même chose pour l’avenir du magazine.

Pour aller plus loin…

Stuart Murray, Quand l’Église n’est plus au centre du village, Dossier de Christ Seul 3/2017, 88 pages, 9 €