Découvrez le nouveau site Internet de l’AFHAM

L’Association Française d’Histoire Anabaptiste Mennonite a un nouveau site Internet :

https://histoire-menno.net/

Découvrez l’incroyable histoire du mouvement anabaptiste, mennonite et amish, en France, depuis l’origine jusqu’à nos jours ! Une mine d’informations et de ressources documentaires mis à votre disposition grâce au travail méthodique des nombreux historiens, sociologues, théologiens et autres amateurs de l’histoire originale du mouvement qui gèrent l’association. Consultez les actualités pour découvrir les manifestations et les contacts pour approfondir vos recherches et rencontrer des membres du mouvement. Une occasion unique pour comprendre ce qui a fait et fait encore la force de ce mouvement singulier.

 

Menno Simons (1496-1561)

Prédication du 13 septembre 2020 | Denis K. | Ephésiens 1.3-10 | Récit de la Bible en 7 étapes, 1/7 : l’introduction.

 

Télécharger la prédication

Prédication du 6 septembre 2020 | Bertrand R. | Matthieu 25.1-13 | « Veillons et faisons ce que nous savons être bon (pour notre foi) » (Parabole des 10 jeunes filles)

L’enregistrement n’est pas (encore, on espère) disponible… On espère le récupérer et pouvoir l’ajouter. Merci de ta compréhension.

Antydot, 20 ans déjà

Christ Seul : Comment est né Antydot ?

David Prigent : Après ma conversion à l’âge de 17 ans, j’ai rencontré d’autres jeunes chrétiens musiciens qui fréquentaient l’Église de la prairie, et d’autres Églises de la région. Je faisais déjà du beatmaking, du rap et de la guitare. Nous avons alors commencé à jouer ensemble, à composer en mélangeant les styles musicaux de chacun avec l’intention de témoigner de Jésus à notre génération. Antydot était né. Bettina nous a rejoints en 2002, moment où nous avons décidé de mettre Dieu au centre de nos projets, en ouvrant la Bible et priant avant chaque répétition. À partir de là, les invitations pour des concerts se sont accélérées. En 2003 nous découvrons la musique assistée par ordinateur : on s’y lance aussitôt en enregistrant Zèbre, notre premier album.

En 20 ans, le groupe a beaucoup évolué ?

David Prigent : Oui, comme c’est le cas pour beaucoup de groupes, les changements professionnels, familiaux font que certains musiciens cèdent leur place à d’autres. L’équipe actuelle n’a pas changé depuis six ans, c’est très facile et agréable de bien se connaître pour jouer ensemble. Au niveau musical nous avons aussi évolué, car la musique change avec les générations. C’est important pour nous que les plus jeunes, qui vivent un décalage musical parfois conséquent entre ce qu’ils écoutent à la maison et ce qu’ils chantent le dimanche matin, puissent profiter de sons qu’ils aiment et qui les boostent dans leur foi. Cependant nous avons gardé au sein du groupe cette ambiance détendue, familiale, et cette vision de communiquer la joie de connaître Dieu.

Qu’est-ce qui vous motive à continuer ?

David Prigent : En premier, la joie de pouvoir contribuer à rapprocher les gens de Dieu au travers des chansons. Ensuite, je dirais les retours qui nous parviennent via les réseaux, ou après les concerts, de personnes qui sont encouragées et édifiées par nos chants. J’ai rencontré il y a quelques mois à la fin d’un concert un jeune qui m’a dit qu’il avait eu des pensées noires qui le poussaient au suicide. Un soir, désespéré, il est monté dans sa voiture avec l’intention de commettre l’irréparable. Le CD Antydot Louange tournait, le Seigneur lui a parlé au travers d’une chanson, il a fait demi-tour et s’est reconnecté avec Dieu ce soir-là. Lorsque j’entends ça je me dis qu’il faut continuer.

Quel est le rôle d’un groupe comme Antydot dans l’Église aujourd’hui ?

David Prigent : Notre rôle à mon sens est de proposer à l’Église de nouveaux chants, que plusieurs générations pourront s’approprier et chanter à leur tour, en gardant ce qui fait notre singularité. Ensuite, je dirais être un vecteur d’unité dans le corps de Christ. Nous sommes invités dans de nombreux milieux différents, ce qui a élargi notre vision de l’Église. Les paroles du chant Une seule Église expriment bien cela, nous nous apprêtons d’ailleurs à sortir une version rafraîchie, chantée par des conducteurs de louange différents. Enfin, je dirais utiliser l’influence des réseaux sociaux et des concerts pour témoigner, encourager, et faire des disciples, et transmettre aux plus jeunes la passion de ce beau ministère.

Des projets ?

David Prigent : Oui ! Nous avons commencé un nouvel album en famille, en impliquant nos enfants dans la composition. Ça pourrait être une suite des albums Les enfants du Boss et Du ciel dans tes oreilles, avec des sons plus actuels. Avec Antydot nous composons de nouveaux chants chantables en assemblée comme Citadelle, écrit au début du confinement. Personnellement j’ai commencé aussi le projet Le Daron¹ qui me permet de toucher un public qui ne fréquente pas l’Église et de faire briller la lumière de Christ là où il est peu représenté.

Propos recueillis par Sylvie Krémer

¹ Le Daron – La vie de Papa https://www.youtube.com/ watch?v=H8QETbZSjpM&t=10s

Rendez-vous le 29 mai 2021 à l’église de la Prairie pour le concert anniversaire des 20 ans d’Antydot

Ces biens que Dieu nous confie

À MOI !

Avez-vous déjà entendu le cri singulier des mouettes dans Le monde de Némo, un film d’animation Pixar bien connu ? Avides d’avaler leur proie, elles s’attroupent en masse devant leur victime et s’exclament en chœur : « À moi ! À moi ! À moi ! » Alors qu’elles sont là, regroupées, chacune d’elles brûle d’envie d’engloutir la cible de leur désir tout en ne songeant qu’à son propre estomac. Ce cri fait sourire le spectateur qui reconnaît bien là un trait humain : soif de posséder, de conquérir, d’avoir et de se sentir en sécurité sur le plan matériel. Les temps troublés que le capitalisme traverse ne savent que trop bien révéler la fragilité de tout un système. De nombreuses personnes se tournent vers des modes de vie plus collectifs et partagés. À l’évidence : ensemble, on est plus résilients que chacun tout seul.

À LUI !

L’Évangile propose un autre récit que celui du capitalisme libéral. Les biens, la terre et tout ce qui s’y trouve (Ps 24.1), sont d’abord ceux de Dieu lui-même. Ils sont à lui avant d’appartenir à l’humanité. C’est lui qui a créé la terre, la nature et tous les éléments qui la composent. Il a donné la vie, le temps, la santé, la force de travailler ou de faire des études. Il a donné l’intelligence, l’équilibre psychique et la créativité. Le confort matériel résulte d’une abondance de ses dons pour cette génération et celles d’avant. Autrement dit, tout dépend de sa grâce. Dans le monde occidental opulent d’aujourd’hui, il est facile de l’oublier. Les dons viennent de Dieu qui les dépose entre les mains de ses disciples en espérant qu’ils les tiendront avec des mains suffisamment ouvertes pour les partager.

À NOUS !

Crédit Photo Kelly Sikkema

Si nous faisons partie des privilégiés et que nous acceptons de réorienter nos regards, nous ne manquerons pas de voir les personnes qui ont des difficultés à joindre les deux bouts en fin de mois. Si la terre appartient au Seigneur avec tout ce qu’elle contient et que l’humanité n’en est que gestionnaire, comment gérer les biens d’une manière qui l’honore ? À travers l’ensemble de la révélation biblique, Dieu invite au partage (Lc 12.21) pour accumuler des trésors durables (Mt 6.20) en pratiquant l’amour et la justice. C’est ce qu’implique une vie à la suite de Jésus.

L’apôtre Jean n’y va pas par quatre chemins et formule ceci sous la forme d’un test redoutable : celui qui affirme aimer Dieu qu’il ne voit pas alors qu’il n’aime pas son frère qu’il voit est un menteur (1Jn 4.20). L’amour ici n’est pas seulement un noble sentiment. Il engage toute la richesse de la personne dans la relation : les dons et les biens. Un chrétien ou une chrétienne mature a conscience de la provenance des biens et la sagesse d’en faire un bon usage pour elle-même et pour les autres – même quand cela lui coûte (1Co 10.24). Si la Bible ne s’oppose pas à la propriété personnelle et reconnaît les biens matériels comme des cadeaux de Dieu, elle rend aussi attentif au fait qu’ils peuvent prendre une place démesurée (Lc 16.13) et devenir des maîtres (Lc 16.13 ; Mt 6.24) ; loin de l’équilibre auquel le disciple est invité. Les prophètes avertissent de ce danger tout au long de l’Ancien Testament : l’humanité oublie trop facilement la provenance de ce qu’elle possède, et elle oublie de partager avec les plus pauvres.

Quel remède à ce fléau ? L’histoire de l’Église commence par un récit inspirant qui mentionne une générosité incroyable. La première Église a tout partagé, de sorte qu’il n’y avait « aucun nécessiteux parmi eux » (Ac 4.34). L’unité spirituelle qui régnait après la Pentecôte était telle qu’elle emportait avec elle tous les aspects de la vie des chrétiens. Les chrétiens priaient et passaient du temps ensemble, ils partageaient le pain et les biens. Le partage inspiré par l’Esprit était la partie visible de leur communion. Il était essentiel pour l’Église elle-même, et dégageait une force de témoignage visible au monde. L’amour était une expérience concrète vécue dans l’unité. Cet exemple, décrit dans des termes absolus et idéalisés, n’est pas le seul exemple de partage du Nouveau Testament. Jésus et les disciples étaient soutenus par un collectif et partageaient une bourse commune (Jn 12.4-8, 13.28-29, etc.). Les Églises se soutenaient aussi les unes les autres (2Co 8). Paul le souligne (2Co 9), le partage est le fondement même de la foi chrétienne. En Jésus, Dieu est venu se donner lui-même à l’humanité. Le partage est le fruit de la grâce reçue. Il manifeste Jésus et suit son exemple.

COMMENT VIVRE CELA CONCRÈTEMENT ?

Les textes placent le lecteur et les communautés face à des questions décisives pour la crédibilité de l’Église et pour le monde qui l’observe. Celles-ci sont le plus facilement observables dans l’Église locale : y a-t-il une diversité de niveaux socio-économiques dans la communauté ? Quelle est la place du partage des biens entre les membres de l’Église ? Se connaissent-ils suffisamment pour savoir où sont les besoins ? Vivent-ils à proximité les uns des autres ?

L’exemple houttérien est interpellant dans un monde économique qui enrichit les plus riches et appauvrit les plus pauvres. Il ose questionner un tabou : la sacralité de la propriété individuelle. Lors de leur entrée dans la communauté houttérienne (ou dans un Bruderhof), les membres choisissent de refuser la propriété personnelle pour vivre une vie de service envers Dieu et les uns pour les autres. Leurs biens personnels sont donnés à la communauté qui en devient le gestionnaire dans un esprit de simplicité, de justice et de partage. La solidarité s’exerce envers chacun, mais aussi entre les communautés. Nulle communauté n’est plus riche qu’une autre et il n’y a pas de pauvres chez eux. Trop beau pour être vrai ? C’est pourtant la réalité de 45 000 chrétiens qui partagent leurs biens depuis 500 ans.

Les mennonites, et le monde évangélique francophone, ont choisi une voie plus mesurée et moins radicale, mais la question reste posée : comment construire une unité spirituelle au sein de l’Église qui implique une solidarité matérielle ? Le défi est de taille. Si la confiance en Dieu et l’amour du prochain sont au cœur de la vie chrétienne, Mammon a le pouvoir de les détourner au profit de l’individualisme et d’un insatiable confort. Les chrétiens sont invités à entrer en résistance en partageant les biens qui leur sont confiés les uns avec les autres, et au-delà des frontières communautaires. Donner, c’est désacraliser les biens et transformer leur puissance de dieu qui isole, en lien qui réunit. Pour la gloire de Dieu.

Génération désenchantée

J’ai profité de ce temps de confinement pour suivre certaines émissions télévisées. Dans l’une d’elles – The Voice –, j’ai été profondément interpellé par la performance d’une jeune femme de mon âge, Toni, chantant avec intensité : « Je suis d’une génération désenchantée. » En reprenant à son compte une chanson de Mylène Farmer (dont j’ignorais auparavant l’existence), Toni a su pointer avec justesse l’état de ma génération : désenchanté.

Car au regard de l’indignation portée par les mouvements #BlackLivesMatter, des millions de victimes de l’épidémie du Covid–19, des catastrophes environnementales qui se multiplient – comme dernièrement en Australie –, des crises économiques – de 2008 et d’aujourd’hui –, la « Génération Z » semble bel et bien désabusée. Sans chercher à victimiser ma génération plus qu’une autre, celle-ci présente la singularité d’avoir grandi dans le monde nouveau et anxieux d’Internet. C’est aussi une génération qui a assisté très jeune à la prise de conscience du dérèglement climatique, et à l’effondrement des mythes du consumérisme et du progrès qui animaient autrefois nos aînés.

Comment vivre en tant que jeune chrétien du 21e siècle ? Comment faire face à ce désenchantement ? Comment réussir à vivre et partager l’espérance biblique, aujourd’hui ? Voici trois pistes qui me semblent intéressantes à explorer.

I – Reconnaître que certaines désillusions sont nécessaires et salutaires

Si la Bible nous encourage, à de multiples reprises, à espérer, elle ne nous pousse pas pour autant à espérer en n’importe quoi ou n’importe qui. Bien au contraire ! Le croyant y est appelé à délaisser ses mauvaises habitudes ou ses « idoles » – ces choses qu’on idéalise ou qui prennent une place trop importante dans nos vies. Pour l’Ecclésiaste (en quelque sorte un « vieux sage » de l’Ancien Testament), il s’agissait de son travail : « J’ai réfléchi à tout ce que mes mains avaient entrepris, à la peine que j’avais eue pour le faire, et j’ai constaté que tout n’est que fumée et revient à poursuivre le vent ». Plus personnellement, je pense à ma réputation sur les réseaux sociaux, ma quête de succès, mon aspiration à – plus tard – avoir la famille parfaite… Tout n’est que fumée… Mais la bonne nouvelle derrière tout ça ? C’est que désespérer de tout ce qui trompe est souvent le seul moyen d’espérer en ce qui ne trompe pas !

II – Garder son cœur et cultiver l’espérance

Enfant, vous avez peut-être vous aussi appris ce proverbe biblique : « Garde ton cœur plus que toute autre chose, car de lui viennent les sources de la vie. » À notre époque où les informations fusent et se contredisent, où les théories se confrontent aux contre-théories, je crois que l’exhortation de « garder son cœur » peut aussi passer par le garder des flux d’informations ou des discours démoralisants. Il ne s’agit pas de devenir indifférent, ni de faire l’autruche, mais plutôt de ne pas permettre que quelque chose assèche notre cœur profond ou encombre les sources de la vie qui s’y trouvent. Concrètement, cela me pousse à désactiver certaines notifications, à faire le tri dans ce que je regarde ou ce que j’écoute, ou encore à arrêter mon téléphone passée une heure de la soirée. « Garder son cœur », c’est aussi le nourrir de choses bonnes, vertueuses : l’amitié, la Parole de Dieu, la famille, la prière, la joie du salut, la beauté de la nature ou d’une musique, d’un film, d’un livre… L’espérance, ça se cultive !

III – Prendre le temps d’accueillir nos proches dans leurs désillusions

Regardons bien autour de nous, dans les séries TV, chez nos amis : derrière l’apparence du « tout va bien », la dépression et les pensées suicidaires sont omniprésentes. Et la crise sanitaire semble avoir accentué ce triste phénomène. Je suis convaincu qu’en tant que chrétiens, nous avons un rôle à jouer. Être le sel de la terre et la lumière du monde, c’est venir redonner de la saveur à l’existence des personnes qui nous entourent, c’est venir apporter un peu de clarté à leurs ténèbres. Nous sommes bien petits pour résoudre les problèmes de ce monde, mais pourquoi ne pas commencer par agir à notre échelle, auprès de celles et ceux que Dieu place sur notre route ? Je suis convaincu par la pertinence de l’Évangile pour notre génération désenchantée. Notre Dieu est « l’auteur de l’espérance », et il souhaite nous utiliser pour la faire connaître au plus grand nombre !

La jeunesse sacrifiée ?

À mesure que le coût économique et social du confinement apparaît plus exorbitant, des voix s’élèvent pour dénoncer le lourd tribut payé par la jeunesse pour préserver la santé des personnes âgées. Les jeunes, pourtant, rejettent cette grille de lecture de la crise.

LES JEUNES SOLIDAIRES

Les jeunes sont conscients qu’ils vont être les plus impactés par la grave crise économique qui s’amorce : ceux qui arrivent sur le marché du travail s’attendent à une insertion professionnelle compliquée, tandis que la hausse du chômage et de la précarité frappe durement les moins de 25 ans. Pourtant, alors qu’ils n’ont quasiment pas de risque de développer une forme grave de Covid-19, ils approuvent majoritairement la priorité donnée à la santé et se montrent solidaires des générations plus exposées. 70 % des 18-30 ans estiment ainsi qu’il est choquant de dire qu’on a sacrifié leur génération pour sauver les plus âgés et 85 % considèrent que le confinement a été une mesure juste¹. Ils n’en demeurent pas moins lucides sur les immenses défis qui sont devant eux, et ceux-ci ne se limitent pas aux répercussions du confinement.

UN HÉRITAGE PESANT

Crédit Photo Tom Sodoge

Dans un article de réflexion sur les sacrifices d’enfants², Antoine Nouis interroge : « Est-ce que notre complaisance face à une dette que nos enfants devront payer n’est pas une façon de les sacrifier ? », « Est-ce que notre incapacité à changer nos modes de vie face à la menace écologique n’est pas encore une façon de sacrifier nos enfants ? » La dette publique française ne date pas de l’épidémie de Covid-19 : elle augmente régulièrement depuis des décennies, indépendamment de la conjoncture. Avec la crise elle pourrait atteindre 120 % du produit intérieur brut à la fin de l’année 2020. Quant à la « dette climatique », elle s’accroît aussi de manière dramatique, alimentée par des rejets de gaz toujours plus importants malgré les engagements pris. Les conséquences seront redoutables.

QUELLE VISION ?

« Vous dites que vous aimez vos enfants par-dessus tout, et pourtant vous volez leur avenir sous leurs yeux.³» : nul doute que c’est parce qu’elle ose dire ce genre de vérité, sans filtre, que Greta Thunberg s’est attiré tant de critiques outrées. Le lien entre notre mode de vie actuel et les conditions de vie futures peut paraître abstrait. Il est pourtant avéré.

En ouvrant la Bible, je suis frappée par le fait que, quand Dieu appelle Abram, Moïse et beaucoup d’autres, il dirige leur regard vers l’avenir, vers le temps où vivront leurs descendants. C’est en vue du bien de ces générations à venir qu’il les exhorte à se mettre à l’œuvre. Peut-être qu’une telle vision du temps long manque aujourd’hui. Évidemment, elle implique d’être prêt à faire soi-même des sacrifices…

¹ Enquête « #MoiJeune, déconfiné et demain ? » 20 Minutes-OpinionWay réalisée du 5 au 8 juin 2020
² https://leblogdantoinenouis.fr/covid-19/le-covid-19-et-les-sacrifices-denfants/
³ Greta Thunberg, 13 décembre 2018, intervention devant l’assemblée plénière de la COP24 à Katowice

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Au commencement, Dieu, source de toute vie, la partage avec nous.

Lorsque d’une cellule nous devenons plusieurs milliards, nous partageons tout avec notre maman. Ou plutôt maman partage tout avec nous. Et nos cellules partagent leurs besoins et leurs compétences pour fonctionner en un corps. Nous ne fonctionnons bien que si le partage se fait bien.

Pourtant, enfant, le partage ne va que rarement de soi. Il faut apprendre à partager, faire l’effort, mais quelles joies en retour de jouer à plusieurs plutôt que seul. Cet apprentissage ne s’arrête pas avec le passage à l’âge adulte, voire à l’âge qu’on dit « mûr » : combien de fois doit-on à nouveau lutter contre le naturel et faire l’effort de partager ?

COHÉRITIERS

Lorsque Jésus nous offre le salut, il partage avec nous son héritage. En l’acceptant, nous devenons cohéritiers de Christ. Nous devenons membres d’un seul corps dont Christ est la tête… Cela conduit à nous interroger : « comment construire une unité spirituelle au sein de l’Église qui implique une solidarité matérielle ? » (p.8-10)

Si nous pouvons être relativement reconnaissants de la manière dont les richesses sont partagées dans notre pays, la situation est bien différente à l’échelle mondiale, alors même que la pauvreté s’accroît sous l’effet de la crise (p.3). Cela étant, nous partageons aussi d’autres choses sans que nous en soyons toujours bien conscients : les dettes publiques ou climatiques par exemple (p.6).

ALLER PLUS LOIN

Bien souvent nos enfants ont besoin d’être rappelés à l’ordre pour partager. Cela ne se fait pas sans incitation. C’est pareil pour les « grands enfants de Dieu ». Nous pouvons nous satisfaire de la façon dont les choses sont faites dans nos vies, dans notre pays ou dans nos Églises. Nous pouvons aussi espérer, avoir soif de mieux.

Alors, comment partager – dans l’Église et au-delà – nos compétences, nos biens, et répondre aux besoins (si possible) de chacun ? Deux témoignages (p.11-12) décrivent des choix de vie qui vont plus loin que ce qui est communément pratiqué dans les Églises évangéliques. Une source d’inspiration ?

Trump est un « danger spirituel », affirment des auteurs évangéliques nord-américains

Un livre édité par Ronald J. Sider analyse le soutien des évangéliques blancs états-uniens en faveur de Donald Trump, et plaide pour la justice, la vérité et l’intégrité morale.

Vous avez certainement entendu parler du soutien des évangéliques blancs des USA à Donald Trump. Cette histoire est connue des observateurs politiques et de l’Américain moyen : près de 81 % des évangéliques blancs ont soutenu Trump lors des élections de 2016, le catapultant au pouvoir et restant parmi ses plus fidèles partisans.

Mais qu’en est-il des évangéliques – blancs et autres – qui ne soutiennent pas Trump ?

C’est le sujet abordé par The Spiritual Danger of Donald Trump : 30 Evangelical Christians on Justice, Truth and Moral Integrity [Le danger spirituel de Donald Trump : 30 chrétiens évangéliques plaident pour la justice, la vérité et l’intégrité morale] (Cascade Books), un livre récent écrit par plusieurs personnalités évangéliques influentes et dirigé par le théologien et activiste Ronald J. Sider. Celui-ci est pasteur des Églises mennonites et Frères en Christ, et membre de l’Église mennonite d’Oxford Circle à Philadelphie, une Église multiraciale.

Paru le 1er juin 2020, le livre adresse des critiques pointues au président, allant de son comportement personnel à son approche de la question du changement climatique, en passant par son traitement de la pandémie du coronavirus.

Ron Sider, auteur de Rich Christians in an Age of Hunger : Moving from Affluence to Generosity et fondateur du think tank chrétien Evangelicals for Social Action, répond aux questions de Religion News Service du site Mennonite World Review et met en lumière ces évangéliques qui non seulement sont en désaccord avec le président Trump, mais le considèrent aussi comme une menace spirituelle. Interview.

 

Qu’est-ce qui a conduit à l’élaboration de ce livre ?

Il est né de la préoccupation suivante : les évangéliques blancs ne réfléchissent pas à Donald Trump, son tempérament et sa politique, de manière suffisamment biblique. Nous avions le sentiment que nous devions évaluer le tempérament du président et ses actions selon des normes bibliques.

Quel est donc le danger spirituel que représente Donald Trump ?

Je résumerai les choses ainsi : Trump ment constamment. Il a montré de manière répétée un comportement sexuel adultère. Dans ses choix politiques, il néglige la justice pour les pauvres. Il alimente constamment le racisme des blancs. Sa réponse au COVID-19 a été terriblement défaillante pendant les premiers mois. Sa position concernant le changement climatique est simplement désastreuse. Et ses attaques constantes contre les « fake media » [les médias qui véhiculeraient des mensonges] sapent la démocratie.

Pourquoi publier ce livre maintenant ?

Un de mes chapitres dans le livre porte sur la réponse de Trump au COVID-19, mais dans un autre chapitre, je pose la question suivante : le centre évangélique restera-t-il silencieux en 2020 ? Je mentionne une conversation très importante avec un évangélique influent qui dit que tous les responsables de son important réseau ne soutiennent pas Trump. Aucun d’entre eux n’étaient en faveur de Trump, mais ils ne l’ont pas dit (en 2016), et 81 % des évangéliques blancs ont voté pour Trump. D’où ma question : le centre évangélique aura-t-il le courage d’appliquer des normes bibliques à Donald Trump dans cette année d’élection ?

Qui exactement espérez-vous atteindre par ce livre ?

Nous espérons que chaque citoyen des USA regardera le livre et le prendra au sérieux. Mais notre espoir est avant tout que le centre évangélique sera particulièrement attentif à ce que nous disons. Dans mon article, je décris ce que j’entends par « centre évangélique ». Je pense au magazine Christianity Today, à des mouvements de jeunes comme InterVarsity Christian Fellowship, à la National Association of Evangelicals, à des universités chrétiennes et à des séminaires évangéliques. Tout ce réseau regroupe des personnes qui réfléchissent et qui veulent vraiment et sérieusement appliquer des normes bibliques à toute la vie.

J’espère que le livre sera lu en particulier par des personnes de ce centre évangélique.

Avez-vous reçu des critiques de la part d’autres évangéliques ?

Il n’y a pas eu vraiment d’opposition significative pour l’instant [18 juin]. Je ne serais pas surpris que le livre soit critiqué. J’invite au dialogue.

Il y a deux mois, j’ai écrit un article de blog où je posais la question suivante : « Les évangéliques pro- et anti-Trump ne pourraient-ils se parler et même prier ensemble ? » Je prie presque chaque matin pour des évangéliques pro-Trump influents, comme Franklin Graham, le pasteur Robert Jeffress à Dallas, etc. – je suis une liste. Je crois qu’ils veulent être fidèles à Jésus. Je crois que les chrétiens devraient être capables de se parler malgré leurs désaccords politiques. Notre unité en Christ devrait être plus importante que nos désaccords politiques.

J’aurais espéré avoir ce type de conversation précédemment – mais je ne parierais pas le montant de ma retraite sur le fait qu’elle aura lieu de manière significative maintenant.

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous et les autres auteurs du livre ne représentez pas vraiment l’évangélisme ou seulement une petite minorité de celui-ci ?

Quand on dit que 81 % des évangéliques ont soutenu Trump, il est important de préciser qu’il s’agit des « évangéliques blancs ». Car les Églises noires sont théologiquement évangéliques dans leur piété. Et les Églises protestantes hispaniques sont très majoritairement évangéliques, tout comme les Églises américaines asiatiques qui croissent numériquement.

Les Églises noires n’ont très majoritairement pas soutenu, Trump, et ne le soutiennent pas. La majorité des Hispaniques non plus. Quand on prend cela en compte, plus le fait que 19 % des évangéliques blancs n’ont pas soutenu Trump, il y a environ 40 % de l’évangélisme qui n’a pas voté pour Donald Trump – je n’ai pas de sondage qui montre cela précisément, c’est mon estimation.

Je sais que Ralph Reed (fondateur de Faith and Freedom Coalition) parle au nom d’une grande partie des évangéliques blancs en soutien de Trump. Mais je veux dire ceci : peut-on vraiment prendre la défense du tempérament de Donald Trump ? De ses mensonges ? De sa politique en matière de racisme, de sa négligence envers la justice économique et de sa négligence envers l’environnement ? Peut-on défendre cela sur des bases bibliques ?

Je suis conservateur en matière d’avortement. Je suis conservateur par rapport au mariage homosexuel : je pense que les évangéliques ont traité ce sujet de manière catastrophique, même si je pense que la Bible est claire. Sur certains sujets politiques, je suis plutôt conservateur et sur d’autres plutôt libéral. Ni moi ni les auteurs du livre ne représentons une position purement libérale [politiquement] dans ce livre. Certains auteurs sont républicains. Un ou plusieurs d’entre eux n’ont jamais voté autre chose que républicain, à l’exception probablement du vote pour le candidat du troisième parti en 2016.

Pensez-vous que les évangéliques dont vous êtes proches seront d’accord avec vous et répondront aux « dangers spirituels » lors des prochaines élections ?

Le livre n’est pas une campagne politique. Nous exerçons les droits prévus par le Premier amendement [de la Constitution des États-Unis], mais nous ne sommes pas un super comité d’action politique. Je suppose que les auteurs du livre voteront de manière différente en 2020. Mais nous disons tous que si on part d’un ensemble de normes bibliques, alors il y a d’énormes problèmes avec le tempérament et la politique de Donald Trump. J’espère qu’un nombre important d’évangéliques blancs prendront cela au sérieux dans cette année d’élection.

Selon vous, pourquoi les évangéliques blancs ne l’ont pas fait en 2016 ?

Je pense que ce qui s’est passé en 2016 était très complexe, et certains des chapitres du livre en parlent. Je pense c’est en partie parce que certains évangéliques blancs font de l’avortement le sujet crucial. C’est en partie parce que, soyons honnêtes, il y a un fondamentalisme de gauche, comme il y a un fondamentalisme de droite. Une partie de l’aile libérale du Parti démocrate est, je pense, vraiment hostile au christianisme et certainement à l’évangélisme. Les évangéliques blancs le sentent et n’aiment pas cela.

Un troisième facteur est le racisme permanent au sein du monde évangélique blanc. Trump fait appel à cela, parfois de manière subtile et parfois de manière pas du tout subtile.

Une partie du monde évangélique blanc soutient l’identification des États-Unis avec le christianisme et voit ce pays comme une nation chrétienne, et je pense que Trump fait appel à cela.

Une partie de l’évangélisme blanc appartient aux 50 % de ce pays qui va mal économiquement – qui a peut-être même décliné ces dernières 40 années – et qui en souffre. Je suis surpris que ces personnes pensent qu’un multimillionnaire aidera ceux qui sont pauvres économiquement, mais il a réussi d’une certaine manière à être attractif pour eux.

Il ne s’agit donc pas seulement du danger spirituel de Trump. Vous voyez des dangers dans les deux directions ?

Un candidat à une élection politique ne défend jamais l’ensemble des sujets qui me semble justes lorsque l’on part d’un cadre fondé bibliquement. Lors de chaque élection, il faut se demander : parmi deux candidats, de quel côté penche la balance entre sagesse et absence de sagesse, de quel côté penche la balance entre bons et mauvais choix politiques ?

J’ai organisé une campagne des évangéliques en faveur de George McGovern en 1972. Mais de 1972 à 2016, je n’ai jamais soutenu publiquement un candidat. Je l’ai fait à nouveau en 2016, parce que je pensais que Trump était vraiment totalement inacceptable.

Si nous pensions de manière sage et biblique, je pense que nous estimerions toujours qu’il y a de bonnes choses avec tel candidat et qu’il y a de bonnes choses avec tel autre, mais nous devons décider en mettant les choses en balance.

Je pense que c’est une erreur de notre système politique de pouvoir voter pour un candidat appartenant à un troisième parti.

Article repris de http://mennoworld.org/2020/07/13/news/evangelical-writers%E2%80%88trump-is-a-spiritual-danger/, 13 juillet 2020, par Jack Jenkins et Religion News Service pour Mennonite World Review, traduction Michel Sommer

 

 

Pour aller plus loin…

Neal Blough et d’autres auteurs, Chrétien : l’autre nationalité !, Dossier de Christ Seul 2/2014, Éditions Mennonites, Montbéliard, 80 p., disponible ici

 

 

 

L’ère du temps court et des projets temporaires

Nous sommes entrés dans des sociétés du temps court. Depuis combien de temps ? Depuis assez longtemps, sans doute. Quand on lit des travaux vieux de plus de cent ans, on s’aperçoit que les auteurs qui écrivaient à l’époque avaient déjà l’impression d’une accélération mal contrôlée.

ÉMANCIPATION

Il est vrai que beaucoup d’éléments de notre société permettent d’être moins liés aux autres. Ce n’est pas forcément négatif. L’émergence du salariat a permis, par exemple, une moindre dépendance entre l’employeur et l’employé. Et tout n’est pas au bénéfice de l’employeur. Le salarié n’est pas un serf, taillable et corvéable à merci. Les grands systèmes d’assurance (publics ou privés) nous garantissent contre des risques qui, autrefois, reposaient sur des solidarités de proximité auxquelles on était lié, contraint et forcé. D’un point de vue économique, le développement du salariat féminin, après la 2e Guerre mondiale, a permis aux femmes de sortir de la dépendance du noyau familial. Le développement des transports a, pour sa part, élargi nos marges de choix : nous pouvons aller plus loin, explorer plus de destinations, faire venir des produits plus divers et, donc, varier davantage nos habitudes.

D’UN ATTACHEMENT À L’AUTRE

Et la conséquence logique de tout cela est que nos engagements sont moins nécessaires et sont plus fragiles. On l’observe depuis 60 ans, dans le domaine matrimonial. Les couples mettent plus de temps à se former. Les relations amoureuses relèvent, pendant toute une phase de la vie, d’une logique d’essai-erreur. Et une fois que les personnes décident de vivre ensemble, elles se séparent plus facilement que par le passé. Cela vaut pour d’autres domaines : on ne va plus faire ses courses à l’épicerie du coin (sauf quand on est confiné !) ; on varie ses sources d’approvisionnement, d’une semaine à l’autre, d’une période à une autre, au gré de notre fantaisie. Les Églises d’une même agglomération sont en concurrence les unes avec les autres et certains de leurs membres circulent, s’attachent puis se détachent. Même les pratiques de loisirs relèvent de ce que certains ont appelé « l’hyperchoix » (à condition que l’on ait les moyens financiers requis) : on surfe, on furète, on va ici puis ailleurs, on change de lieu de villégiature, on empile les voyages, etc.

LE TRAVAIL PAR PROJET

Y a-t-il quelque chose de particulier qui s’est joué ces dernières années ? Oui sans doute. Peu de temps avant la généralisation des téléphones portables (à la toute fin des années 1990), on a vu se développer le travail par projet, dans les entreprises. Cela a concerné, d’abord, les emplois de cadres : on a réuni des équipes ad hoc pour mener un projet identifié. Une fois celui-ci terminé, l’équipe se sépare et on forme une autre équipe, pour un autre projet. L’engagement ne vaut que par rapport au projet en question. Il s’éteint de lui-même une fois qu’il est terminé. Et, peu à peu, cette logique a concerné des niveaux de plus en plus étendus dans les entreprises. Les salariés d’exécution se sont retrouvés ballottés au gré des nouvelles organisations en perpétuelle évolution, victimes collatérales de la variation des projets.

Cela produit un monde heurté que nous connaissons bien, aujourd’hui. On attribue, souvent, son apparition aux outils de télécommunication mobiles. J’aurais plutôt tendance à penser que ces outils ont eu autant de succès parce qu’ils ont répondu à une tendance qui leur préexistait. Chacun participe, au coup par coup, à un projet, voire à un micro-projet (une réunion, une soirée) qu’il décide de rejoindre. Mais l’engagement ne va pas au-delà.

UNE AUTRE SOLIDARITÉ

Pour quelqu’un de ma génération, c’est parfois un peu difficile à suivre. Mais si on cherche à poser une évaluation éthique, il faut reconnaître que la situation antérieure avait ses points faibles. Autrefois, le pauvre était celui qui était assigné à une place subordonnée et qui ne pouvait pas s’en affranchir. Aujourd’hui, le pauvre est celui qui se retrouve laissé sur le bord de la route parce qu’aucun groupe n’a besoin de lui, ici et maintenant. La solidarité n’a donc pas le même sens. Au reste, si on lit la parabole du bon Samaritain, on s’aperçoit que ceux qui ignorent la souffrance du blessé sont plutôt ancrés dans le long terme : pour eux le blessé est une péripétie gênante. Et c’est le Samaritain qui accepte de vivre une rupture dans son agenda, de s’arrêter, de porter le blessé jusqu’à l’auberge, puis de s’en aller. Il est donc possible de vivre une attention à l’autre sur le court terme. L’engagement qui compte (temps long ou temps court) est finalement toujours le même : porter attention à celui qui est en difficulté.