Prédication du 23 février 2020 | Bertrand R. | Philippiens 4.4-7 | « Soyez toujours dans la joie en étant unis au Seigneur ! »

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Lettre des Églises britanniques aux Églises européennes

Les responsables de quatre unions d’Églises britanniques ont signé une lettre ouverte aux Églises des pays de l’Union Européenne. Ils rappellent les relations étroites qui unissent les chrétiens de part et d’autre de la Manche et affirment que le Brexit n’affectera pas leurs engagements envers leurs partenaires européens. « Nous continuerons de travailler avec vous sur les grands défis de notre temps », comme les migrations, la crise climatique et les inégalités. « Nous avons apprécié votre soutien et votre intérêt pour notre situation ces dernières années, et nous vous demandons de rester à nos côtés (…) Nous voulons travailler ensemble pour offrir espoir et réconciliation à nos communautés et suivre Jésus dans notre vie de tous les jours. Veuillez prier pour nous, comme nous prierons pour vous. »

La traduction en français de la lettre est disponible sur le site de l’Église protestante unie de France

 

Ils en parlent !

Le CPDH a publié une recension du livre Bioéthique et début de vie – témoignages commentés.

« Un livre très accessible, intelligent et poignant sur des questions d’actualité. Sa lecture est à recommander à toute personne qui s’interroge sur un parcours de PMA et à tout pasteur qui aura nécessairement à accompagner des couples avec des questionnements identiques ou proches de ceux contenus dans ce livre. »

Lire la recension complète

Prédication du 16 février 2020 | Eric B. |

 

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Une Église de disciples

Le « discipulat » est un processus : la Parole de Dieu comprise et méditée dans toute sa richesse, appliquée dans la prière et dans un partage fraternel sincère et profond, a une puissance extraordinaire pour transformer des vies. Son but est triple :

• La croissance spirituelle du disciple : son rapport à Dieu, grâce à la force de l’Esprit en lui, centrée sur Dieu.

• L’équilibre du disciple dans la société : son rapport au monde, grâce à la force de l’Esprit dans le disciple, orientée vers le monde.

• La communion des disciples dans l’Église : c’est la force de cohésion de l’Esprit dans les disciples, unis les uns aux autres.

CROISSANCE SPIRITUELLE ET ÉQUILIBRE DANS LA SOCIÉTÉ

Se fixer sur la seule croissance personnelle, c’est risquer d’oublier le prochain, dans l’Église et dans le monde. Le disciple évolue dans la société et interagit avec elle. Face aux questions et aux contextes sociaux, l’Écriture est le tamis permettant le tri au sein d‘une culture sans cesse en mouvement. Tout en étant différente, l’Église locale participe à la vie sociale pour indiquer le chemin, la vérité et la vie. Elle est témoin du Christ dans sa génération (Tt 2.1-10), sel de la terre et lumière du monde.

Le disciple est appelé à chercher l’équilibre pour être un indicateur dans la société. L’équilibre entre le « déjà » et le « pas encore », entre être « dans le monde » mais pas « du monde ». Par sa présence, ses actions dans la société, sa reconnaissance pour les batailles gagnées, le disciple marque à la fois la continuité entre lui et le monde, et la rupture par une parole et des actes singuliers. Ses choix suscitent des questions, et montrent une foi tendue vers une espérance manifestée concrètement. Le disciple doit être un indicateur clair et précis pour la société. Ses paroles, remplies de reconnaissance et de foi, son amour pour le prochain et son attitude équilibrée montrent la direction du Royaume de Dieu.

Les disciples, qui constituent l’Église, sont comme des colonnes (1Tm.3.15b) qui soutiennent et montrent la vérité avec amour de manière équilibrée. Ils portent dans le monde les fruits spécifiques de l’Esprit : l’amour-joie, l’amour-paix, l’amour-douceur, l’amour-bonté, l’amour-maîtrise de soi, l’amour-patience, l’amour-bienveillance, l’amour-fidélité. Cet amour – et cette joie d’être aimé – nous anime et interfère dans tous les domaines de notre vie : dans la famille, à l’école, à l’université, au travail. Il nous pousse à communiquer cette joie et cet amour à notre tour. Il nous aide à surmonter les défis dans la vie de couple ou dans le célibat, dans la vie professionnelle, à persévérer dans l’épreuve et à vivre dans la fidélité et la paix.

LA COMMUNION DES DISCIPLES

Crédit photo : Pierre-Daniel Matthey
Légende : « Le disciple doit être un indicateur clair et précis pour la société. »

Considérons l’aspect communautaire de l’Église locale et les interactions entre les personnes de génération, d’origine, de culture ou de statut social différents. Des groupes peuvent se créer sur des bases sociales ou des critères culturels. Mais veillons à ce que le Christ demeure le premier facteur de cohésion. Pour encourager la communion fraternelle, les repas communautaires, par exemple, peuvent devenir une véritable manière de vivre. Des médiateurs peuvent être choisis pour faciliter les relations entre certains groupes de la communauté, et développer divers projets créatifs ciblés tels que le baby-sitting, le soutien scolaire, des sorties avec des jeunes, des invitations d’étudiants isolés, des visites, une aide pratique et spirituelle aux personnes âgées, etc. On verra alors une communauté de disciples unie dans la diversité : c’est l’image de l’Église famille de Dieu (Ep 2.19).

Enfin, une vision d’Église pour le discipulat comporte une triple multiplication :

• Multiplication des disciples, par un style de vie qui interpelle : groupes de développement personnel et spirituel et groupes de découverte.

• Multiplication des responsables, dans un environnement propice à la prise d’initiative : groupes d’affermissement et suivi pour l’entrée dans les services.

• Multiplication des Églises locales, dans une vision missionnaire continue : envoi et soutien de serviteurs par des pôles de formation de notre réseau d’Églises.

NOUONS LA GERBE

La croissance des disciples est centrée sur les besoins des chrétiens, leur équilibre est attentif aux besoins du monde, et leur communion invite à préserver la distinction entre l’Église et le monde. Trop d’insistance sur la croissance amène au repli sur soi, trop d’insistance sur l’équilibre à l’assimilation au monde, et trop d’insistance sur la communion pourrait réduire l’Église à un club d’amis… Il ne s’agit pas de transformer le culte du dimanche en séminaire en visant la croissance, ni en réunion d’évangélisation en visant le monde, ou en groupe de maison en visant la communion fraternelle. Gardons le dimanche centré sur le but de l’Église qui se rassemble : l’adoration et la louange communautaires en vue de la mission.

Cherchons à mieux connaître Dieu par une formation pour nous émerveiller d’un nouvel aspect de sa personne et l’adorer pour qui il est. Servons-le dans l’Église pour que la grâce atteigne nos frères et sœurs et au-delà, et que des actions de grâce jaillissent de nos lèvres. Témoignons par des actes et des paroles remplis d’amour, pour que tout genou fléchisse et toute langue confesse que Jésus est Seigneur. Cherchons une unité visible dans une communion fraternelle renouvelée pour manifester la gloire du Père qui a envoyé son Fils pour nous unir les uns aux autres et à Lui.

Le disciple et le tatouage

C’est une question que j’entends ou que l’on me pose régulièrement : un chrétien peut-il se faire tatouer ?

RÉFLÉCHIR AU SENS DE CETTE LOI DANS L’ANCIEN TESTAMENT

La réponse à cette interrogation n’est peut-être pas aussi simple que d’ouvrir la Bible en Lévitique 19.28, d’y lire : « Vous ne ferez pas d’incision dans votre chair pour un mort et vous ne ferez pas de tatouage. Je suis le Seigneur », et de conclure que Dieu interdit les tatouages, et que tous ceux qui en ont sont en abomination devant Dieu. Si vous prenez une concordance, vous remarquerez qu’il s’agit du seul verset qui parle de tatouage. Et cet unique verset se trouve dans l’Ancien Testament.

La vraie question que nous devons nous poser, n’est pas « Est-ce que je peux me faire tatouer ? », mais « Cet unique verset s’applique-t-il à moi qui suis un disciple de Jésus-Christ ? ». Je ne cherche pas à appliquer bêtement un verset biblique, mais j’essaye de comprendre quelle est d’abord la signification première du texte.

En tant que disciple, notre première attitude est d’écouter l’enseignement de notre maître. Jésus n’a pas parlé directement des tatouages, mais il a parlé du rapport que nous devons avoir avec l’Ancien Testament. Jésus nous enseigne dans le Sermon sur la Montagne (Mt 5.17-19) qu’il n’est pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir, lui donner tout son sens. Jésus, avec ce sermon, fait entrer ses disciples dans la nouvelle Alliance, en leur donnant une nouvelle Loi. À partir de Jésus, l’Ancien Testament ne peut plus être lu comme il l’était avant Lui. D’ailleurs, l’auteur de l’épître aux Hébreux écrit : « Par le simple fait d’appeler cette Alliance nouvelle, le Seigneur a rendu la première Alliance ancienne ; or ce qui devient ancien et ce qui vieillit est près de disparaître. » On pourrait utiliser le mot « obsolète ».

LES LOIS DANS LE LÉVITIQUE

Revenons au texte de Lévitique 19. Il y a des choses qui ne nous posent pas de problèmes. Par exemple : « Tu n’exploiteras pas ton prochain et tu ne prendras rien par violence » (v.13), « Tu ne maudiras pas un sourd et tu ne mettras devant un aveugle rien qui puisse le faire tomber ». Nous comprenons que nous n’avons pas à mettre en pratique des lois, car elles ne nous concernent pas : « Quand vous serez entrés dans le pays et que vous y aurez planté toutes sortes d’arbres fruitiers, vous rejetterez ces fruits comme étant impurs … » (v.23-25)

D’autres lois nous laissent perplexes, mais ne nous posent pas de problème si nous ne les appliquons pas : « Tu n’accoupleras pas deux bêtes d’espèces différentes » (v. 19) (pour la petite histoire : ce sont les mennonites qui ont « créé » les vaches montbéliardes par le croisement de différentes races afin d’avoir des vaches plus productives en lait et en viande), « tu n’ensemenceras pas ton champ de deux espèces de semences » (mais très utile dans une agriculture naturelle, car les plantes se protègent mutuellement), « et tu ne porteras pas un vêtement tissé de deux espèces de fils » (il y a de fortes chances que certains de vos habits soient un mélange de coton et de polyester).

Un petit dernier. Juste avant la loi qui interdit aux hébreux de se faire des tatouages, nous lisons au verset 27 : « Tu ne raseras pas les coins de ta barbe » (les hipsters ont tout compris).

Autrement dit : si je me pose la question de savoir si le chrétien peut se faire tatouer, je dois me poser la question de savoir si un chrétien peut se raser la barbe. Paul nous dit ceci : « [Le Christ] nous a rendus capables d’être serviteurs d’une nouvelle Alliance, non de la lettre, mais de l’Esprit, car la lettre tue, mais l’Esprit fait vivre. » (2 Corinthiens 3.6)

POURQUOI DIEU A-T-IL INSTAURÉ CES LOIS ? DANS QUELLE MESURE DOIS-JE LES APPLIQUER ?

Dans Lévitique 19, il y a ce refrain qui revient : « Je suis l’Éternel ». Dieu appelle son peuple à ne pas faire comme les autres peuples qui n’avaient pas Dieu comme vrai Dieu, et cela devait être visible (dans leur alimentation, leur façon de se vêtir, …) mais cela ne restait finalement qu’une séparation dans la forme.

Jésus, dans le Sermon sur la Montagne, nous met en garde contre le formalisme et la religiosité. Il nous invite à réfléchir aux intentions les plus profondes. La question n’est donc pas « Est-ce que je peux me faire tatouer ? » mais « Pourquoi je veux me faire tatouer ? ».

Finalement, pour être un bon chrétien (anabaptiste de préférence !), laissons-nous pousser la barbe, c’est marqué dans l’Ancien Testament !

Restez dans la barque

Jésus vient d’accomplir le miracle de la multiplication des pains et a besoin de prendre de la distance. Il s’en est allé au sommet d’une colline pour prier. La nuit tombe et Jésus est là, tout seul. Il est là, lui, pendant que ses disciples, eux, sont dans le pétrin. Leur barque est en train d’être secouée par les vagues du lac de Galilée, à des centaines de mètres du rivage. Le vent souffle fort.

UNE NUIT DE LUTTE

C’est seulement vers la fin de la nuit que Jésus se décide à rejoindre ses disciples. On imagine leur état de fatigue après une nuit à essayer de contrôler leur embarcation pour qu’elle ne chavire pas. Une nuit à essayer de contrôler la situation.

Pour les rejoindre, le Christ n’y va pas par quatre chemins. Il marche sur l’eau. Et là, panique à bord : les disciples croient voir un fantôme. Un fantôme. Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre après tout ? Jésus les rassure : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur. » Mais c’est le fantôme qui a parlé. Leur Jésus à eux, il chasse des esprits mauvais, il guérit des malades, il nourrit une foule avec cinq pains et deux poissons. Il ne marche pas sur l’eau.

EST-CE VRAIMENT LUI ?

Personne ne reconnaît la voix du Christ. Cette voix qui les a un jour appelés, cette voix qui les a enseignés. Personne. Surtout pas Pierre. Pierre le bouillonnant, qui dégaine son épée lorsqu’on vient s’en prendre à son maître (Jn 18.10). Pierre l’aveuglé qui ne peut entendre le tragique destin du Christ (Mt 16.22). Pierre le borné qui ne veut pas que son maître lui lave les pieds (Jn 13.6). Pierre le naïf qui propose de monter trois tentes pour le Christ, Moïse et Élie au moment de la transfiguration (Mc 9.5). Pierre qui est si souvent passé à côté de ce qu’on attendait de lui, va maintenant faire preuve d’audace. Il n’a pas peur de s’adresser à ce fantôme. « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Besoin d’une preuve. Cette demande ressemble étonnamment à celle du diable qui cherche à tenter le Christ: « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » (Mt 4.3)

SEIGNEUR, SAUVE-MOI !

Jésus fait preuve de bienveillance en accédant à la demande de Pierre. L’ordre est donné et Pierre se lance. Mais bien vite les circonstances autour de lui, lui font prendre conscience de la situation terrifiante dans laquelle il a librement demandé à être mis. Alors qu’il commence à s’enfoncer, celui qui n’est plus un fantôme mais « Seigneur » rattrape le coup et lui tend la main. « Ta foi est bien faible ! lui dit-il, pourquoi as-tu douté ? » La question sonne comme un reproche. Pourquoi as-tu douté que c’était moi quand je m’approchais de vous ? On a passé tellement de temps ensemble, Pierre. Pourquoi n’es-tu pas capable de me reconnaître ? Pourquoi avais-tu besoin d’une preuve ?

Ici, Pierre passe encore une fois à côté de ce qui est attendu de lui. Notez d’ailleurs que la marche de Pierre sur l’eau n’est rapportée ni par Jean (Jn 6) ni par Marc (Mc 6). Personne n’attend de lui de marcher sur l’eau mais simplement de reconnaître la voix du Christ, et de lui faire confiance. Mais on l’excuse, il est fatigué !

FILS DE DIEU

Nous qui naviguons sur nos barques malmenées par tous types de vagues, apprenons – contre l’idée que notre foi devrait toujours nous faire faire l’impossible et admettant que le Christ ne se révélera pas à nous par la preuve – à cultiver l’extraordinaire capacité à reconnaître sa voix, malgré le vent contraire, les vagues et la peur, et à lui dire avec confiance : « Seigneur, toi qui es Dieu à qui rien n’est impossible, rejoins-moi, toi, dans ma barque. J’ai besoin que tu sois là pour affronter ces vagues. »

« Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. »

Amen.

Aussitôt Jésus obligea les disciples à remonter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Et, après avoir renvoyé les foules, il monta dans la montagne pour prier à l’écart. Le soir venu, il était là, seul. La barque se trouvait déjà à plusieurs centaines de mètres de la terre ; elle était battue par les vagues, le vent étant contraire. Vers la fin de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent affolés : « C’est un fantôme », disaient-ils, et, de peur, ils poussèrent des cris. Mais aussitôt, Jésus leur parla : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur! » S’adressant à lui, Pierre lui dit : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » – « Viens », dit-il. Et Pierre, descendu de la barque, marcha sur les eaux et alla vers Jésus. Mais, en voyant le vent, il eut peur et, commençant à couler, il s’écria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus, tendant la main, le saisit en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui et lui dirent : « Vraiment, tu es Fils de Dieu ! » MATTHIEU 14.22-33, TOB

Restez dans la barque

Jésus vient d’accomplir le miracle de la multiplication des pains et a besoin de prendre de la distance. Il s’en est allé au sommet d’une colline pour prier. La nuit tombe et Jésus est là, tout seul. Il est là, lui, pendant que ses disciples, eux, sont dans le pétrin. Leur barque est en train d’être secouée par les vagues du lac de Galilée, à des centaines de mètres du rivage. Le vent souffle fort.

UNE NUIT DE LUTTE

C’est seulement vers la fin de la nuit que Jésus se décide à rejoindre ses disciples. On imagine leur état de fatigue après une nuit à essayer de contrôler leur embarcation pour qu’elle ne chavire pas. Une nuit à essayer de contrôler la situation.

Pour les rejoindre, le Christ n’y va pas par quatre chemins. Il marche sur l’eau. Et là, panique à bord : les disciples croient voir un fantôme. Un fantôme. Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre après tout ? Jésus les rassure : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur. » Mais c’est le fantôme qui a parlé. Leur Jésus à eux, il chasse des esprits mauvais, il guérit des malades, il nourrit une foule avec cinq pains et deux poissons. Il ne marche pas sur l’eau.

EST-CE VRAIMENT LUI ?

Personne ne reconnaît la voix du Christ. Cette voix qui les a un jour appelés, cette voix qui les a enseignés. Personne. Surtout pas Pierre. Pierre le bouillonnant, qui dégaine son épée lorsqu’on vient s’en prendre à son maître (Jn 18.10). Pierre l’aveuglé qui ne peut entendre le tragique destin du Christ (Mt 16.22). Pierre le borné qui ne veut pas que son maître lui lave les pieds (Jn 13.6). Pierre le naïf qui propose de monter trois tentes pour le Christ, Moïse et Élie au moment de la transfiguration (Mc 9.5). Pierre qui est si souvent passé à côté de ce qu’on attendait de lui, va maintenant faire preuve d’audace. Il n’a pas peur de s’adresser à ce fantôme. « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Besoin d’une preuve. Cette demande ressemble étonnamment à celle du diable qui cherche à tenter le Christ: « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » (Mt 4.3)

SEIGNEUR, SAUVE-MOI !

Jésus fait preuve de bienveillance en accédant à la demande de Pierre. L’ordre est donné et Pierre se lance. Mais bien vite les circonstances autour de lui, lui font prendre conscience de la situation terrifiante dans laquelle il a librement demandé à être mis. Alors qu’il commence à s’enfoncer, celui qui n’est plus un fantôme mais « Seigneur » rattrape le coup et lui tend la main. « Ta foi est bien faible ! lui dit-il, pourquoi as-tu douté ? » La question sonne comme un reproche. Pourquoi as-tu douté que c’était moi quand je m’approchais de vous ? On a passé tellement de temps ensemble, Pierre. Pourquoi n’es-tu pas capable de me reconnaître ? Pourquoi avais-tu besoin d’une preuve ?

Ici, Pierre passe encore une fois à côté de ce qui est attendu de lui. Notez d’ailleurs que la marche de Pierre sur l’eau n’est rapportée ni par Jean (Jn 6) ni par Marc (Mc 6). Personne n’attend de lui de marcher sur l’eau mais simplement de reconnaître la voix du Christ, et de lui faire confiance. Mais on l’excuse, il est fatigué !

FILS DE DIEU

Nous qui naviguons sur nos barques malmenées par tous types de vagues, apprenons – contre l’idée que notre foi devrait toujours nous faire faire l’impossible et admettant que le Christ ne se révélera pas à nous par la preuve – à cultiver l’extraordinaire capacité à reconnaître sa voix, malgré le vent contraire, les vagues et la peur, et à lui dire avec confiance : « Seigneur, toi qui es Dieu à qui rien n’est impossible, rejoins-moi, toi, dans ma barque. J’ai besoin que tu sois là pour affronter ces vagues. »

« Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. »

Amen.

Aussitôt Jésus obligea les disciples à remonter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Et, après avoir renvoyé les foules, il monta dans la montagne pour prier à l’écart. Le soir venu, il était là, seul. La barque se trouvait déjà à plusieurs centaines de mètres de la terre ; elle était battue par les vagues, le vent étant contraire. Vers la fin de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent affolés : « C’est un fantôme », disaient-ils, et, de peur, ils poussèrent des cris. Mais aussitôt, Jésus leur parla : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur! » S’adressant à lui, Pierre lui dit : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » – « Viens », dit-il. Et Pierre, descendu de la barque, marcha sur les eaux et alla vers Jésus. Mais, en voyant le vent, il eut peur et, commençant à couler, il s’écria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus, tendant la main, le saisit en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui et lui dirent : « Vraiment, tu es Fils de Dieu ! » MATTHIEU 14.22-33, TOB

La vie derrière les barreaux

L’emprisonnement de personnes effectivement dangereuses, la surpopulation, la tension et la violence parfois entre les personnes, et les incidents plus ou moins graves largement médiatisés, contribuent à entretenir la représentation collective de la dangerosité de la vie en prison, malgré les témoignages d’une autre réalité¹. La majorité de la population ignore ce qui se passe réellement à l’intérieur et l’ignorance nourrit l’imaginaire collectif.

QU’EN EST-IL RÉELLEMENT ?

Le lieu de privation de liberté où je vous emmène maintenant est la maison d’arrêt d’Épinal où j’exerce le ministère d’aumônier depuis sept ans. Au 31 octobre 2019, cet établissement comptait 250 détenus pour 294 places, selon les statistiques officielles sur justice.gouv.fr, dont une quinzaine de femmes et des mineurs. Il comprend aussi un quartier de semi-liberté. La durée moyenne d’incarcération est d’environ six mois.

À son entrée en détention, le nouveau détenu – prévenu ou condamné – est conduit au quartier « arrivants ». Les aumôniers y ont accès sous la conduite des surveillants. Nous y venons régulièrement pour informer les détenus de notre présence dans l’établissement et leur faire part de notre disponibilité pour les rencontrer, les écouter, s’ils le souhaitent. Ce premier contact est déterminant pour la suite de nos rencontres. L’aumônier peut avoir à accueillir des paroles chargées d’émotions (peur, angoisse, souffrance, parfois de la colère…) si le détenu est incarcéré pour la première fois ou s’il n’a pas eu le temps de prendre des dispositions par rapport à ses proches.

D’ABORD ÉCOUTER

Photo : Larry Farr

L’aumônier doit être particulièrement attentif, à l’écoute de la personne qui raconte son vécu immédiat, sa vérité. C’est un partage, même si le détenu accapare la parole ; le fait d’accueillir ses paroles de manière attentive et sans jugement est pour lui une réponse à son besoin immédiat : quelqu’un lui prête attention ; il a peut-être eu l’impression de ne pas avoir été écouté et il en a souffert ou il en est révolté.

Le passage au quartier « arrivants » dure de cinq à dix jours. Le détenu rejoint ensuite un des trois étages de la détention où il partage une cellule avec un autre. Le programme de la journée peut être très différent d’un détenu à l’autre : aux mêmes heures, certains restent en cellule, d’autres participent aux activités de l’établissement, d’autres encore sont en promenade, au travail, au parloir, à l’école…

AU FIL DES MOIS

Encore maintenant, lorsque j’entre dans une cellule, j’ai beaucoup de mal à imaginer comment je pourrais vivre dans un espace aussi réduit à deux (12 m²), d’autant plus qu’ils sont nombreux à ne sortir qu’1 heure 30 deux fois par jour pour la promenade ou le sport.

Chaque binôme a son fonctionnement propre, l’atmosphère de chaque cellule est différente. Je n’oublie pas que j’entre dans un espace privé (c’est le seul espace de liberté qui leur reste). Je ne visite pas un drogué, un voleur… mais je viens à la rencontre d’une personne. Il est facile d’engager un dialogue car le détenu qui demande à voir l’aumônier a besoin de parler, de dire où il en est, ce qu’il ressent, quelle est sa situation, quels sont ses problèmes et ce d’autant plus qu’il se sent écouté sans jugement. Bien souvent, les situations décrites trouvent un écho dans un texte de la Bible (une parabole, un psaume, un épisode de la vie de Jésus…). Ce moment de lecture est paisible, hors du temps, la Parole produit son effet. Il est plus facile lors des rencontres suivantes de parler de Christ, d’aller plus loin dans la découverte de la Bible, de lui proposer de prier avec et pour lui, pour sa famille s’il est d’accord.

Mon collègue et moi, nous nous réunissons avec ceux qui le souhaitent un samedi par mois pour partager un texte de la Parole. C’est un « temps de culte » pour louer, chanter, prier… et pour mieux se connaître ensuite.

En guise de conclusion, je vous livre une citation de Tania Metzel, aumônier général du culte protestant de 1963 à 1983 : « Quand je suis entrée pour la première fois en prison, je pensais qu’il fallait y faire pénétrer le Christ. Je me suis vite aperçue qu’il ne m’avait pas attendue pour être là. »

¹ Voir par exemple le reportage de France 3 sur la maison centrale d’Ensisheim : https://www.youtube.com/watch?v=Y21ihDNO4kA

Chrétiens et Citoyens

Dans quelques jours, les citoyens français éliront leur équipe municipale. Certes, ces élections ont une dimension locale et nous élisons des femmes et des hommes attachés au bien commun et soucieux du bien-être de chacun. Devons-nous en tant que chrétiens nous impliquer ?

La Bible ne nous donne pas d’instructions précises sur l’engagement que doit ou ne doit pas avoir le chrétien au niveau politique. Nous pourrions penser que Jésus nous demande de bien séparer les deux domaines, politique et spirituel, quand il nous dit de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Jacques Ellul a écrit : « Nous ne pouvons pas nous désintéresser du monde dans lequel nous sommes placés et dont nous sommes responsables devant Dieu ainsi que des hommes au milieu desquels nous vivons (…) Il faut que les chrétiens se trouvent partout où sont les hommes, au milieu et avec eux. »

POURQUOI S’IMPLIQUER

C’est dans ce sens que nous sommes invités à être chrétiens et citoyens, à nous engager pleinement dans la cité, à participer à sa vie, à partager notre réflexion, nos suggestions ou nos interrogations, à défendre les droits de chacun, à être acteurs pour une société plus juste et plus égalitaire. Albert Einstein a dit : « Le monde est dangereux à vivre, non pas à cause de ceux qui font le mal mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. » Martin Luther King, après lui : « Ce qui m’effraie ce n’est pas l’oppression des méchants, c’est l’indifférence des
hommes bons. » L’engagement n’est-il pas la fin de l’indifférence ?

LES VISAGES DE L’ENGAGEMENT

Ce mois-ci, Christ Seul nous propose de réfléchir sur le discipulat (p.13), l’obéissance (p.18), l’engagement des jeunes dans l’Église et leurs actions (p.19). Il questionne notre positionnement sur la double adhésion FPF/CNEF (p.20-21) et notre responsabilité à prendre soin de la nature créée par Dieu, qu’il nous a confiée pour la préserver, non pour en piller les ressources (p.22-23). La rubrique « Grand angle » nous fait découvrir l’univers de la prison. Autant de champs à investir.

Bonne lecture à chacun.