Un message de Henk Stenvers, représentant les conférences d’Europe à la CMM

Chers frères et sœurs en Christ,

Salutations des Pays-Bas.

Nous vivons une époque étrange. Les rues sont si calmes, les magasins, les restaurants et les bars sont fermés, il y a beaucoup moins de circulation et les gens gardent leurs distances les uns par rapport aux autres.

Beaucoup de gens ont peur de ce qui va leur arriver. Vais-je attraper le virus et si oui, à quel point serai-je malade ? Que signifie cette distanciation sociale ou ce confinement pour mon travail ? Qu’arrivera-t-il à mes proches ? Il est difficile pour beaucoup de découvrir que tout ne peut pas être résolu par le marché libre et une économie forte. Et de découvrir que tout ne peut pas être planifié dans la vie, qu’être en vie signifie aussi vivre dans l’insécurité. Ce n’est la faute de personne. Et c’est une découverte qui donne à réfléchir, mais qui n’est pas toujours la bienvenue, que nous ne pouvons pas blâmer les gouvernements, les entreprises ou d’autres personnes pour ce qui nous arrive.

Pouvons-nous alors blâmer Dieu ? Où est Dieu maintenant ?

Ce qui est intéressant, c’est que ce dimanche, la lecture dans les églises néerlandaises est tirée de Jean 9, 1-12, Jésus guérissant l’aveugle.

1 Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance. 2 Ses disciples lui posèrent cette question : « Maître, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?» 3 Jésus répondit : « Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché, mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient révélées en lui. 4 Il faut que je fasse, tant qu’il fait jour, les œuvres de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient, où personne ne peut travailler. 5 Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »

6 Après avoir dit cela, il cracha par terre et fit de la boue avec sa salive. Puis il appliqua cette boue sur les yeux [de l’aveugle] 7 et lui dit : « Va te laver au bassin de Siloé », nom qui signifie « envoyé ». Il y alla donc, se lava et revint voyant clair. 

8 Ses voisins et ceux qui l’avaient vu mendier auparavant disaient : « N’est-ce pas celui qui se tenait assis et qui mendiait ?» 9 Les uns disaient : « C’est lui. » D’autres disaient : « Non, mais il lui ressemble. » Mais lui affirmait : « C’est bien moi. » 10 Ils lui dirent donc : « Comment [donc] tes yeux ont-ils été ouverts ?» 11 Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, l’a appliquée sur mes yeux et m’a dit : ‘Va au bassin de Siloé et lave-toi.’ J’y suis donc allé, je me suis lavé et j’ai pu voir. » 12 Ils lui dirent : « Où est cet homme ?» Il répondit : « Je ne sais pas. »

 Pourquoi cet homme est-il aveugle ? Parce que lui ou ses parents ont péché ? Jésus est clair, ce n’est pas une punition de Dieu. Cet homme est aveugle depuis sa naissance. Mais à travers sa guérison, nous pouvons voir l’œuvre de Dieu, nous voyons le pouvoir de guérison de Jésus.

Et n’est-ce pas la même chose avec cette crise du coronavirus ? Est-ce parce que nous avons péché ? Est-ce une punition de Dieu ? Ou pouvons-nous voir Dieu à l’œuvre lorsque nous faisons face à cette urgence ?

Dans cette crise, nous ne sommes pas seuls, car Dieu est avec nous. Nous voyons des gens se lever et faire de petites et de grandes choses pour les autres. Nous voyons des professionnels qui font des efforts supplémentaires pour aider les malades et nous voyons des enseignants qui font des heures et des heures de travail pour donner aux enfants leurs devoirs scolaires par internet. Et là où les gens aident et s’occupent des personnes âgées, des nécessiteux, des malades, ils font cela au Christ. Ainsi, Dieu ne nous a pas abandonnés, mais il est là, avec les malades, les angoissés, les enfants et avec nous, avec sa grâce inspirante et consolante.

Prions les uns pour les autres, pour la force, pour la santé et la guérison, pour la sagesse de nos scientifiques et de nos gouvernements, pour les personnes vulnérables et celles qui souffrent. Restons en contact, même si nous ne pouvons pas nous rencontrer en personne. Que nous, en tant que communauté européenne internationale de mennonites, de frères mennonites, de frères en Christ et d’églises évangéliques libres, soyons témoins de Sa Paix et de Sa Grâce.

Henk Stenvers, représentant régional/coordinateur de la CMM (Conférence mennonite mondiale) – Conférence Mennonite Européenne

Le coronavirus et l’Evangile

Marie-Noëlle Yoder propose sur son site une méditation sur ce thème.

« Le monde qui nous entoure n’a plus qu’un mot à la bouche : coronavirus. Nous sommes probablement nous-mêmes aspirés dans cette spirale. Coronavirus: un mot accompagné de peur de souffrir, d’angoisses du lendemain et de suspicion de l’autre susceptible de nous contaminer.

  • Qui va mourir? Souffrir?
  • Ai-je touché une surface contaminée?
  • Vais-je être concernée, moi ou mes proches?
  • Jusqu’à quand sera-t-il recommandé de restreindre ses relations ? »

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Le coronavirus et l’Evangile

Marie-Noëlle Yoder propose sur son site une méditation sur ce thème.

« Le monde qui nous entoure n’a plus qu’un mot à la bouche : coronavirus. Nous sommes probablement nous-mêmes aspirés dans cette spirale. Coronavirus: un mot accompagné de peur de souffrir, d’angoisses du lendemain et de suspicion de l’autre susceptible de nous contaminer.

  • Qui va mourir? Souffrir?
  • Ai-je touché une surface contaminée?
  • Vais-je être concernée, moi ou mes proches?
  • Jusqu’à quand sera-t-il recommandé de restreindre ses relations ? »

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Des ressources en ligne

En ce temps de confinement à domicile, voici quelques liens vers des sites qui offrent des ressources riches et intéressantes :

Regards protestants : ce portail diffuse des contenus de différents médias protestants dont les éditions mennonites. Différents auteurs y tiennent des blogs comme Sébastien Fath, Antoine Nouis et Frédéric de Coninck.

Découvrir toute la richesse du portail vous occupera déjà quelques heures !

Un autre site à explorer est celui des Eglises de la FREE en Suisse. Il se décline en plusieurs portails dont La Free Info.

Pour se tenir informé des décisions officielles et de leurs implications sur la vie de nos Eglises, le site du CNEF et celui de la FPF sont aussi très utiles.

 

L’AEEMF va-t-elle adhérer au CNEF et à la FPF ?

La question de l’adhésion de l’Association des Églises Évangéliques Mennonites de France à la Fédération
Protestante de France et au Conseil National des Évangéliques de France sera posée lors de la réunion des délégués
le 8 mai 2020. Ce vote fait suite aux travaux des Anciens, Prédicateurs et Diacres, notamment lors de leur rencontre
du 1er mai 2019, et des informations et échanges organisés durant l’année écoulée. Les délégués voteront pour
exprimer la position de leur Église. La question sera la suivante : « Êtes-vous favorables à une double adhésion de
l’AEEMF au CNEF et à la FPF ? ». La majorité des 75 % devra être atteinte pour qu’une décision soit prise.

Le Bureau de l’AEEMF et la commission Foi et Vie sont ouverts à toute discussion avec l’une ou l’autre des Églises qui en ferait la demande.

Lire le message du bureau de l’AEEMF et de la Commission Foi et Vie aux responsables et délégués des Églises. (téléchargez les documents ci-dessous)

N’aie pas peur

Méditation pour le dimanche 15 mars 2020 – Église de la Ruche, Saint-Louis

En cette fin de semaine et ce samedi, il est particulier pour moi, de service de prédication pour ce dimanche 15 mars, de m’adresser à vous de la sorte, à distance. Je m’imagine dans notre église, serrant des mains ou échangeant des bises à l’entrée, m’adressant à vous depuis la chaire… et pense à cette impossibilité, à plusieurs d’entre vous actuellement à l’hôpital, confinés à la maison, ou encore d’autres avec un rythme de vie simplement chamboulé. Qui d’entre nous aurait imaginé il y a quelques mois que nous soyons interdits de culte ? Il est bon de se rappeler que nous priions et remerciions régulièrement pour cette liberté de culte, et pensant notamment à nos frères et sœurs persécutés. Sans comparaison avec leurs situations, nous nous sentons maintenant peut-être un peu plus solidaires d’eux, en vivant concrètement cette impossibilité de se rencontrer, certes pour d’autres raisons, passagères.

Pour ces quelques lignes, j’ai pensé naturellement au thème de la peur, ne désirant pas occulter, comme si de rien n’était, ce temps plus troublé et différent que d’habitude. Mais, en m’inspirant du titre d’un livre paru récemment[1], entre minimisation et surenchère de la peur, l’équilibre est délicat : il ne faut pas minimiser la situation sanitaire et son impact notamment sur les personnes plus âgées, mais non plus pas être dans la surenchère qui manipule, enferme, paralyse ou crée de la violence. Car le problème de la peur, c’est qu’elle conduit bien des fois à des violences, comme l’explique un historien de la santé, spécialiste des épidémies, dans un article récent[2]. La peur est également un virus qu’il s’agit de stopper, avec des effets à larges échelles extrêmement rapides, comme l’a montrée la dégringolade historique des bourses mondiales cette semaine.

Quand les circonstances ne vont pas bien, quoi de plus normal que d’avoir peur, de craindre ? Ce premier sentiment est normal. Car la peur peut être utile, quand elle est synonyme d’une prise de conscience d’un risque, quand elle protège. L’enjeu se situe dans ce que je fais de ce premier sentiment : est-ce qu’il me domine, avec ses aspects négatifs, ou pas ? Ces aspects négatifs sont à vaincre, notamment puisque notre Dieu, au travers de la Bible, nous ordonne de différentes façons de ne pas craindre, comme en Luc 12.7 : « (…) N’ayez pas peur ! Pour Dieu, vous êtes plus importants que beaucoup de petits oiseaux ! ». Ce n’est donc pas une option, mais un ordre à vivre ! Alors voici quelques pensées[3] pour essayer de vivre au mieux  ce commandement – d’ailleurs si fréquent dans la Bible :

– un premier pas pour vaincre la crainte est de la reconnaître. Le nombre de fois où la crainte est mentionnée dans la Bible est impressionnant. Mais, comme l’écrivait Neal Blough, « les Psaumes nous rappellent sans cesse une réalité « théologique », mais pas toujours évidente : il n’est pas nécessaire d’avoir peur. »

« Même si je passe par la vallée obscure,
je ne redoute aucun mal, Seigneur, car tu m’accompagnes.
Tu me conduis, tu me défends, voilà ce qui me rassure. »

Psaume 23.4 (trad. français courant)

– un deuxième pas est de questionner nos priorités. Dans le Sermon sur la Montagne, en Matthieu 6.25-34, Jésus aborde la question de la sécurité à partir de choses fondamentales : la nourriture, le vêtement, les choses dont nous avons besoin pour simplement vivre. Ou vivre plus simplement. En simplifiant et par raccourci, cela correspond aux magasins qui restent ouverts actuellement en Italie ! Quant au vêtement, pour la plupart d’entre nous il n’est plus actuellement dans le domaine du nécessaire, l’industrie du vêtement et de la fast fashion étant parmi les plus polluantes actuelles[4] (certains vont jusqu’à dire que c’est la 2ème la plus polluante, après le pétrole)… Jésus pose la question des priorités, et te pose la question de qu’est-ce qui est le plus important pour toi ? Nécessaire ? Ta crainte concerne-t-elle cela ? Peut-être, et c’est le cas légitime pour certains. Mais pour beaucoup, et souvent, ce n’est pas le cas. Ces paroles du Christ sont capitales, car ce Sermon sur la Montagne décrit une manière de vivre en plein milieu d’un monde déréglé. Nous devons nous les rappeler encore et encore, année après année, continuellement.

– un troisième pas est de se rapprocher de Dieu, toujours plus. Le cœur de l’enseignement de Jésus, en Matthieu 6, concerne la spiritualité, la prière. « Mais l’Écriture est aussi réaliste et nous dit que vaincre la peur est une question de décision, d’apprentissage. » 3

« Mais quand j’ai peur,
je mets ma confiance en toi. »

Psaume 56.4 (trad. Parole de Vie)

Avec les années, ma peur du vide (vertige) augmente, et je dois continuer de prendre les occasions qui se présentent de la surmonter, afin d’essayer de la « dompter »… sinon, dans 20 ans, je ne pourrai plus monter sur un tabouret !
Il s’agit d’ancrer nos vie dans l’Esprit, afin de pouvoir résister aux tentations. La vie est un combat, puisqu’il y a des forces de dérèglements à l’œuvre dans le monde. Même si ces forces ont déjà été vaincues par le Christ, la vie reste un combat. A mener avec nos armes de la vérité, la justice, la paix, la foi, « la prière sous toutes ses formes » (Éphésiens 6.18, trad. TOB) … donc également sous forme de conférence téléphonique, comme nous l’essayons ces jours !

Comme l’écrit Neal Blough à la fin de cet article : « Nous devons apprendre à faire face à la crainte, au manque de sécurité. Nous avons besoin de pousser des racines spirituelles profondes pour cultiver la confiance, pour combattre la peur, pour ne pas diaboliser les autres, pour reconnaître que nous aussi, nous sommes tentés par les attitudes et des pratiques bien loin de l’Évangile de Paix. (…) Face à l’inquiétude, face à la crainte, face au manque de sécurité, laissons pousser nos racines pour produire les fruits de l’Esprit. » 3

Les racines demandent du temps pour pousser… Peut-être es-tu déjà ou seras-tu forcé à être à l’écart d’un rythme normal ces prochains temps ? Que tu puisses utiliser ce temps pour te rapprocher de Dieu. En décidant par avance du temps que tu te limites à suivre les informations[5] (par exemple en moyenne 15 minutes par jour, un condensé en une fois ?), n’en gagneras-tu pas pour leur pousse ?

Dans les premiers siècles, le comportement et le témoignage des chrétiens fut décisif, notamment dans le contexte d’épidémies[6]. Ma prière ce matin est que notre témoignage de « non-peur » soit contagieux parmi nos proches non-chrétiens, pour la gloire de Dieu.

« N’aie pas peur, je suis avec toi.
Ne regarde pas autour de toi avec inquiétude.
Oui, ton Dieu, c’est moi.
Je te rends fort, je viens à ton secours et je te protège
avec ma main puissante et victorieuse. »
Ésaïe 41.10 (trad. Parole de Vie)

Amen.

¾  Luc Alexis Leuthold

[1] Denis Kennel et Michel Sommer (sous dir.), « Que celui qui est sans péché – Entre minimisation et surenchère du péché », collection Perspectives anabaptistes, Excelsis, 2019.

[2] Patrick Zylberman, article « Il y a toujours eu des peurs », dans La Vie, 5 mars 2020, p. 27.

[3] Une partie de cette réflexion est tirée de l’article « Crainte et sécurité » de Neal Blough, en pages 11-14 du dossier « La peur » du Dimanche pour la Paix 2017, téléchargeable sous https://www.editions-mennonites.fr/wordpress/wp-content/uploads/2017/02/dimanche-pour-la-paix-2017.pdf (accédé le 09.03.2020).

[4] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/09/01/co2-eau-microplastique-la-mode-est-l-une-des-industries-les-plus-polluantes-du-monde_5505091_4355770.html (accédé le 13.03.2020).

[5] En ce samedi 14 mars au matin, l’application du journal « Le Monde » donne « En une » 20 contenus liés au coronavirus, contre 8 sur d’autres sujets – et plus tôt, il n’y en avait que 2 ou 3… !

[6] Comme rappelé par Andrea Riccardi dans cette tribune : http://www.lavie.fr/actualite/billets/coronavirus-non-ne-fermons-pas-nos-eglises-01-03-2020-104296_288.php (accédé le 13.03.2020). Le Livre « Catéchèse, baptême et mission – Leçons d’hier pour l’Église aujourd’hui », d’Alan Kreider, dans la collection « Perspectives anabaptistes », chez Excelsis, élabore ce thème du témoignage des chrétiens des premiers siècles, et comment il peut nous inspirer pour aujourd’hui.

 

Des millions de points de couture au nom du Christ

Dès l’origine, les couettes et vêtements cousus à la main ont occupé une place importante dans les caisses de secours du Mennonite Central Committee¹. Retour sur 100 ans de couture.

¹Le Comité central mennonite est une agence de secours, de service et de paix.

L’histoire a commencé par des vêtements faits à la main.

Photo du MCC par Arthur W. Slagel

Russie méridionale (aujourd’hui Ukraine), 1923.

Dans les années 1920, les habitants du sud de la Russie (l’actuelle Ukraine) subissent les conséquences d’années de bouleversements. La communauté mennonite des États-Unis et du Canada s’est mobilisée et le MCC est né. Les Églises collectent de l’argent, récoltent de la nourriture et cousent des vêtements. Ces volontaires sont en train de déballer à Alexandrovsk une cargaison remplie par la générosité de leurs sœurs et frères à travers le monde.

 

Photo du MCC

La couture est rapidement devenue une partie importante du travail du MCC.

États-Unis, 1959.

Des volontaires sont en train d’emballer des vêtements au centre d’Ephrata, en Pennsylvanie.

 

Les femmes ont joué un rôle déterminant dans l’envoi d’articles cousus main.

États-Unis, 1964.

Photo du MCC par Betty Pauls

Les femmes sont les principales instigatrices de la réponse impressionnante aux demandes : la confection ou la collecte de 250 tonnes de vêtements en un an. Laura Hershberger et Lydia Funk sont en train d’emballer des couvertures à Newton, au Kansas.

 

D’innombrables points de couture composent l’histoire du MCC.

États-Unis, 2011.

Photo du MCC par Silas Crews

L’incroyable patience des bénévoles du MCC transforme les morceaux de tissus en superbes quilts. Ceux-ci sont vendus aux enchères aux États-Unis et au Canada pour soutenir le travail du MCC. Anna Stauffer, Miriam Witmer, Electa Mohler et Ruth Rudy travaillent sur un quilt à Ephrata, en Pennsylvanie.

 

La couture apporte une aide aux personnes dans le besoin.

Mozambique, 1985.

Photo du MCC par Jim Shenk

Lorsque la sécheresse et les conflits frappent le nord du Mozambique dans les années 1980, une quarantaine de femmes se mobilisent pour apporter leur aide. Elles se réunissent deux fois par semaine pour coudre des vêtements pour leurs compatriotes du Mozambique.

 

Elle rapproche les gens.

Photo du MCC par Joanie Peters

Canada, 2007.

La bénévole Laura Nafziger et Krista travaillent ensemble sur une couette pour le MCC à la Grand Valley Institution for Women (prison pour femmes) à Kitchener, Ontario. Ce projet du MCC offre à des femmes incarcérées la possibilité d’acquérir des compétences professionnelles. « Je suis ici [en prison] parce que j’ai enlevé une vie », a déclaré Krista. « J’ai rejoint le programme pour pouvoir donner quelque chose en retour au monde et être en paix avec moi-même. »

 

Elle est une source de revenus.

Cambodge, 2019.

Apprendre à coudre est une opportunité pour des lycéennes comme Orn Chanthy. Elle peut désormais compléter les revenus de sa famille et pourra profiter de ses nouvelles compétences lorsqu’elle aura obtenu son diplôme. Les programmes du MCC dans le monde entier proposent des formations en couture et en petit commerce.

 

Elle laisse un souvenir concret.

France, 2014.

Chaque année, des bénévoles cousent et donnent de magnifiques couettes faites à la main. Celles-ci résistent à l’épreuve du temps et laissent un héritage tangible de compassion. Myriam Hege a toujours l’une des couettes que son père a reçues pendant la Seconde Guerre mondiale. « Cette couverture était un signe de solidarité et que des frères et sœurs pensaient à eux » dit Myriam. « C’est vraiment symbolique d’un lien entre des personnes. »

Traduction : Desire Rusovsky

POUR ALLER PLUS LOIN…

mcc.org/centennial/100-stories/100-years-comfort

Vous avez des souvenirs liés au MCC, des histoires marquantes à raconter ? Partagez-les à l’occasion du centenaire ! Contact : westeuroperep@mcc.org

Christ est vainqueur !

Le Nouveau Testament nous livre une série de concepts pour décrire la signification de la croix : rédemption, rachat, expiation, sacrifice, amour, justice, rançon, substitution, victoire. À des moments différents de l’histoire chrétienne, ces images ont été rassemblées pour en faire des « théories » cohérentes. Cet article propose d’aborder la première « théorie » formulée dans les premiers siècles, celle du «Christ vainqueur » (Christus victor), perspective dans laquelle la résurrection est fondamentale. En parlant de la croix, l’Écriture présuppose la résurrection.

« Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le royaume du Fils de son amour. » (Col 1.13)

« Il a dépouillé les Autorités et les Pouvoirs, il les a publiquement livrés en spectacle, il les a traînés dans le cortège triomphal de la croix. » (Col 2.15-16)

LA CROIX À LA LUMIÈRE DE LA RÉSURRECTION

Une approche biblique saine cherchera à trouver un regard où la croix et la résurrection se trouvent étroitement liées. Une accentuation presque exclusive sur la croix comme sacrifice pour le péché individuel réduit la portée de la croix, avec le risque de négliger l’importance de la résurrection. S’il est juste d’évoquer la croix comme sacrifice, il est aussi important de donner à ce terme le sens que Jésus lui-même lui attribue. Jésus est mort à la Pâque, il est Agneau de Dieu, et le repas du Seigneur rappelle l’événement de la libération de l’esclavage en Egypte. Si ailleurs le Nouveau Testament évoque d’autres types de sacrifices, le sacrifice pascal représente le choix de Jésus lui-même. L’événement pascal rappelle que le péché est plus que ma relation brisée avec Dieu. Le péché est une puissance qui nous enferme et qui nous rend esclaves, nous vouant à la mort. Si la mort de Christ en notre faveur est pour la rémission des péchés, son lien avec la résurrection souligne l’importance de la victoire du Christ sur les forces du mal et de la mort. La résurrection est la victoire sur le mal.

« Lui aussi (…) partagea la même condition, afin de réduire à l’impuissance, par sa mort, celui qui détenait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable, et de délivrer ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves. » (He 2.14-15)

REGARD ANABAPTISTE

Cette victoire est une libération rendant possible une vie nouvelle dès maintenant. Quelques textes anabaptistes du 16e siècle montrent que nos ancêtres dans la foi, avec bien d’autres chrétiens tout au long des siècles, voyaient dans le « Christ vainqueur » une signification centrale de la croix et de la résurrection.

Dans une lettre rédigée dans les années 1540, nous trouvons les paroles suivantes de Pilgram Marpeck :

« Le Seigneur, la vraie lumière, par son éclat brillant et sa clarté, est sorti des ténèbres de la mort, du diable du péché et de l’enfer. De la mort, il est revenu vivant. De son propre pouvoir, il a repris la vie.

C’est seulement à ce moment-là que la mort a été engloutie dans la victoire et que le Christ avec ses élus passent de la mort à la vie. »

Nous voyons une formulation intéressante sous la plume de l’houttérien Peter Riedemann (1540-41) :

« La Parole procède du Père pour que le mal causé par la faute d’Adam soit réparé et pour que la chute soit restaurée. La Parole a assumé le caractère et la nature de l’homme. Elle s’est faite homme et chair. Ainsi, de même que la mort est venue par un homme, de même c’est par un homme que viennent la résurrection des morts et le salut. (…) C’est Lui le Sauveur. Il a arraché à la mort sa puissance, Il a rompu ses liens et son filet. Nous qui sommes son peuple, Il nous a affranchis et libérés.¹ »

Le souci des anabaptistes consistait à ne pas séparer la croix comme source du salut et la croix comme modèle de vie. Pour eux, la victoire de la résurrection et l’envoi de l’Esprit faisaient le lien entre la croix qui sauve et la croix comme vie à la suite du Christ.

VICTOIRE !

Dans cette perspective, nous pouvons concevoir le mal et le péché comme un grand cercle vicieux dans lequel nous naissons, qui laisse son empreinte sur nous et nous rend prisonniers. Le mal appelle le mal, la vengeance appelle la vengeance, la violence appelle la violence. L’humanité se trouve emprisonnée et incapable d’en sortir. Dieu en Christ fait pour nous, ce que nous ne pouvons pas faire. Le Dieu trinitaire s’incarne et assume en lui-même les conséquences du mal. Jésus refuse de jouer le jeu et « se laisse prendre ». C’est la seule manière de briser le cercle vicieux. Par la croix Jésus confronte le mal, donnant sa vie en notre faveur. La mort ne peut le retenir et la résurrection est la victoire sur les forces du mal. En même temps, Jésus nous montre le moyen d’affronter le mal, c’est-à-dire suivre ses traces, ne pas jouer le jeu. Par sa mort et sa résurrection, Dieu fait ce que nous ne pouvons pas faire, tout en rendant possible un chemin nouveau (« Que celui qui veut me suivre prenne sa croix »). Le Père vient dans le Fils, et ensuite l’Esprit est envoyé en vue de notre transformation. L’Agneau a vaincu, suivons ses traces !

¹P. Riedemann, Doctrine et vie des anabaptistes houttériens, Éditions Excelsis, 2007, p.62

Comment affronter les épreuves

La Parole de Dieu nous montre des exemples d’hommes de Dieu qui comme nous sont passés par de nombreuses épreuves mais ont été vainqueurs. Leur secret ? Découvrons-le.

Joseph : Sa vie n’a pas été du tout facile. Cet homme a été vendu comme esclave, est passé pour mort, a été jeté en prison, faussement accusé, tenté, etc. Mais finalement tout cela a été une préparation pour la mission que Dieu avait pour lui : être l’homme le plus puissant d’Égypte après Pharaon dans le temps de famine pour sauver le peuple de Dieu. Les caractéristiques de Joseph tout au long de sa vie furent sa confiance en Dieu et son obéissance, même s’il ne comprenait pas le pourquoi des circonstances.

David : Les épreuves qu’il a subies sont nombreuses et sa vie est une source d’inspiration pour nous car on peut partager avec lui de profonds sentiments de souffrance et aussi la joie de la délivrance de Dieu. Il a passé par le rejet, l’exil, la persécution, l’injustice, la trahison… entre autres. Mais ce qui a mis à part David aux yeux de Dieu, c’est qu’il a cherché Dieu avant tout. Il Lui a fait part des décisions de sa vie. Même quand il était roi, David a cherché avant tout le conseil de Dieu. Son parcours nous montre comment Dieu l’a préparé à devenir un roi selon Son cœur, mais également comment la main surnaturelle de Dieu était prête à intervenir dans les circonstances les plus difficiles et désespérantes.

Abraham : Un homme déjà âgé à vue humaine est appelé par Dieu. Son parcours vers la promesse n’a pas été facile, il a fallu croire la parole de Dieu et ne pas regarder aux circonstances et à ses impossibilités. Dieu lui a demandé non seulement la foi et la patience mais aussi l’obéissance. Il a tout laissé pour aller vers une terre inconnue et il a même été prêt à renoncer à son propre fils, qui était pourtant la semence à partir de laquelle la promesse serait accomplie. Abraham a eu confiance en Celui qui avait parlé et a continué à marcher. Il a reçu de Dieu plus qu’il n’avait pensé car non seulement Dieu lui a permis de voir son héritage et sa postérité, mais Il lui a aussi donné une destinée éternelle comme père de toutes les nations et de la lignée de Jésus.

LE SECRET DE TOUS CES HOMMES ?

Tous ces hommes ont eu la faveur de Dieu sur leurs vies. Certes, leurs vies n’ont pas été faciles mais Dieu leur a donné la victoire sur les circonstances. Dieu les a préparés au travers des épreuves pour accomplir leur mission sur la terre, une mission qui n’a pas eu seulement un impact sur leurs propres vies mais aussi sur des générations entières. Leur secret ? Mettre Dieu en premier. Nous sommes appelés par Dieu à mettre toute notre confiance en Lui, à croire sans voir, à aller vers le but en obéissant à Sa voix, peu importent les circonstances, la douleur ou la difficulté, à Le chercher avant tout et dans toutes nos circonstances à Lui rester fidèles. Dieu est le même hier, aujourd’hui et demain : comme pour Joseph, David et Abraham, Il veut marcher avec nous dans nos souffrances et nous amener à réaliser Son projet pour nous. Il sera ta source dans le désert, ta barque dans la tempête et te conduira à bon port.

POURQUOI LES ÉPREUVES ?

Il y a plusieurs sens au mot « épreuve ». Le sens qui me convient le plus à cette époque de ma vie est un « test qui permet de juger la valeur de quelqu’un » (cf. dictionnaire linternaute.fr). Parfois on se demande pourquoi on est face à des difficultés dans la vie. Cela m’a pris un peu de temps et avec du recul maintenant, je comprends que Dieu utilise les épreuves pour me donner de la valeur. Certes, les épreuves sont diverses avec des intensités différentes, mais j’ai commencé à apprendre à apprécier l’embrasement du feu. Le feu de l’épreuve est très difficile à supporter mais je me rends compte aujourd’hui que ce type d’embrasement est vraiment nécessaire.

LES ÉPREUVES QUI ME FORMENT

Observons le processus de fabrication d’un collier à partir de l’or. La matière doit passer par le feu pour être modelée et devenir l’objet désiré. Dieu est le fabricant et je suis le matériau qu’Il va faire passer par le feu pour me former comme Il le désire. Toute ma vie, je peux dire qu’Il a utilisé mes circonstances et mes épreuves pour me façonner à Son image. Je ne pourrai jamais dire que cela a été un chemin facile, mais ce que je peux dire, c’est qu’à travers ces épreuves, Il a fait de moi une femme de foi. Je n’affronte pas mes épreuves de la même façon aujourd’hui qu’il y a quelques années en arrière. D’ores et déjà, je vois mes épreuves comme une opportunité pour que Dieu se révèle dans ma vie et me montre encore qu’Il est le Dieu Tout-Puissant et qu’Il va me secourir. Au lieu de m’apitoyer, je tourne mon regard vers Celui qui a toutes les réponses à mes pourquoi.

PASSER AU-DESSUS DES ÉPREUVES

J’encouragerais ceux et celles qui traversent des épreuves en ce moment à demander à Dieu de changer leur regard sur ces épreuves. Imaginez que vous êtes des aigles. Lorsque vous vous envolez le plus haut possible dans le ciel, regardez vers le bas : vous verrez que vous êtes maintenant au-dessus des difficultés. Lorsque vous êtes au milieu d’elles, elles ont l’air de géants au-dessus de votre tête. Mais il suffit de monter dans les hauteurs par la louange, la prière et la Parole de Dieu pour avoir un autre regard sur les épreuves auxquelles vous faites face.

ANA SOLANO et TRISHA STEPHENSON

Église méthodiste de Metz

L’Europe centrale de 1990 à 2020 : les défis de la liberté

C’est passé presque inaperçu, beaucoup moins relevé que 10 ou 20 ans plus tôt : l’automne dernier, nous fêtions les 30 ans de la chute du mur de Berlin, et avec elle celle des régimes totalitaires en Europe centrale. Ces révolutions sonnaient ainsi comme l’achèvement du processus de mise en place de régimes libéraux en Europe commencé à la Révolution française.

UNE VICTOIRE DE LA VIE…

Un sentiment d’absolu se dégage de ces changements : la vie étouffée dans tous les domaines de la société par un régime brutal autoritaire est ressuscitée en seulement quelques semaines par des foules pacifistes descendues dans la rue. Fêtant mes 20 ans lors de la chute du mur de Berlin, je pensais que tout était possible. Des Suisses et des Français se retrouvent debout sur le mur le week-end de son écroulement le 9 novembre 1989. Cette position d’euphorie, de liesse populaire, de joie est résumée à l’écran par le témoignage d’un intellectuel français exprimant ces mots qui le saisissent d’émotion : « C’était la liberté ! »

…MAIS NON DE LA JUSTICE SOCIALE

Ils avaient réalisé un immense exploit par ces renversements en douceur – alors qu’en Chine un mouvement pacifiste similaire était écrasé par l’armée quelques mois plus tôt. C’est pourtant un parcours d’obstacles et d’épreuves qui va suivre. La transition souvent abrupte vers l’économie de marché va entraîner des conflits sociaux ; les aspirations indépendantistes parmi des peuples dont le droit à l’autodétermination a été ignoré pendant des décennies vont refaire surface ; l’effort considérable d’assistance de l’Allemagne réunie dès 1990 en faveur des populations de l’ancienne Allemagne de l’Est a refroidi l’enthousiasme de la marche accélérée vers l’unité.

Dix ans après la chute du mur, le magazine Christianisme Aujourd’hui mène une enquête auprès de protestants dans l’ex-RDA¹ . Étonnamment, la plupart affirment que c’était mieux avant ! Certes ils ne vivent alors plus la persécution dont étaient victimes les chrétiens de la part de l’État totalitaire athée, mais au moins ils avaient de quoi manger, un toit, et tous un travail.

DEMEUREZ DANS LA LIBERTÉ

Il faut bien admettre que la libération des régimes totalitaires a été globalement remplacée par un système économique reléguant l’humain et la solidarité au second plan. Dans l’ensemble de nos démocraties libérales, une seule chose manque, c’est son pouvoir de décision démocratique appliqué à l’économie.

La révélation biblique ouvre une voie à la liberté. Dans les deux alliances, lors de l’Exode puis de la venue de Jésus, le fondement est le même : dans un premier temps Dieu opère une libération (de l’esclavage, des maladies et emprises spirituelles) puis, pour demeurer dans cette liberté, donne des principes de vie (loi du Sinaï, Sermon sur la Montagne). Les références sont nombreuses, nous citerons Jean 8.31s, Galates 5.1 ; 5.13s. Nous sommes en présence de deux principes fondateurs : la relation à Dieu qui est la personne même apportant la vie, la vérité et la justice ; puis l’obéissance à ses principes comprenant la solidarité et la dignité humaine.

¹ Repris dans le n° de Christianisme Aujourd’hui d’octobre 2019, éditorial