Virtueller Gemeindetag

Le Gemeindetag, rassemblement des Églises mennonites allemandes, devait avoir lieu le long week-end de l’Ascension au Weierhof (Palatinat). Annulé en raison de l’épidémie de Covid-19, il est remplacé par un rassemblement virtuel le 23 mai 2020. Le thème n’a pas changé : « Alles neu ?! »

Pour en savoir plus : https://gemeindetag.mennoniten.de/virtueller-gt/

Dans la tourmente

AGGLUTINÉS

C’était couru d’avance. Pourtant, ce ne sont pas les ados, mais bien leurs parents et grands-parents qui, subitement, ont massivement introduit les outils numériques au coeur de la vie d’Église. Au bout de quelques jours à peine, ils étaient tous agglutinés à leurs écrans pour… prier, parler, célébrer un culte. Tout heureux de pouvoir se retrouver tous ensemble depuis chez soi. Quand le contexte change, les perceptions évoluent, parfois très rapidement. On verra plus tard comment désormais on pourra raisonner les ados rivés à leurs écrans pour les inciter à nouer de vraies relations…

TOUCHÉS

Pour l’heure, nous sommes tous touchés. Être touché par la perte d’un être cher – et il y en aura eu durant cette pandémie – ou la maladie, par la crise et l’inaction, l’anéantissement des projets et l’incertitude, cela fait mal. Parfois jusqu’à devenir hypersensible. Par la grâce d’une simple attention, d’un mot gentil, d’un secours au bon endroit, d’une lueur d’espérance, le toucher se transforme en bénédiction… quand bien même le toucher physique est impossible. Le temps de se réjouir avec ceux qui ont le sourire et verser nos larmes avec ceux qui pleurent n’est pas encore révolu (Rm 12.15).

SOUMIS

Soumis à tant d’émotions, comment garder le cap ? Il nous a été donné d’entendre tout et son contraire. Sur des sujets d’une complexité redoutable, du jour au lendemain, tout le monde ou presque s’est improvisé expert. À cette cacophonie s’est ajoutée l’incompréhension quand les instances dirigeantes semblaient ignorer les alertes que le terrain cherchait à faire remonter. La Bible enjoint la tête d’écouter non seulement les épaules qui la portent, mais aussi les pieds qui les font tous deux avancer (1Co 12.21). Dans l’Église prévaut la soumission interactive (Ep 5.21).

SOLIDAIRES

Les systèmes, quels qu’ils soient, sont mis à rude épreuve. Nos associations aussi, et notamment les oeuvres. À l’instar de ceux qui chaque jour depuis le début de la pandémie encouragent les soignants, comment être « supporters » (Ep 4.2) de nos associations afin qu’elles poursuivent leurs missions en incarnant les valeurs qui ont motivé leur création ? Et si on en discutait à la maison ? Qui sait, un jour peut-être, nos ados voudront y trouver le sens de leur travail. Les relations, quand ça vous gagne…

Covid et Caisse de Secours

Dans cette période particulière où nous sommes touchés par ce virus, nous ne voulons pas oublier nos frères et sœurs des différentes œuvres que nous soutenons dans plusieurs pays ainsi que la population locale.

De ce fait, grâce aux dons reçus spécifiquement dans le cadre de cette pandémie (un grand merci à vous !) nous avons déjà pu faire parvenir pour 5000 euros de matériel sanitaire et de médicaments à l’hôpital « Le Bon Berger » à Kinshasa.

Le Dr Delphin Kapasa et son équipe vous remercient de tout cœur !

Leur grand défi est la prévention et la sensibilisation de la population aux gestes barrières ce qui est particulièrement difficile dans ce quartier défavorisé.

De même 12000 euros (reliquat de l’Action de Noel 2019) ont pu être envoyés en Inde du sud pour subvenir aux besoins vitaux de la population. Effectivement au travers des échanges avec nos différents partenaires, il s’avère que la première conséquence dramatique du Covid est le manque de nourriture. De ce fait la Caisse de Secours a également fait un don de 5000 euros pour le Tchad et le Burkina Faso, transmis via MCC.

Mais les besoins vont devenir de plus en plus importants avec le développement de l’épidémie et les risques de famine.

C’est pourquoi nous faisons appel à votre générosité.

Merci de faire parvenir vos dons (en précisant « fonds Covid 19) par virement à :
AEEMF Caisse de Secours
IBAN : FR76 1720 6005 5001 2128 0001 130
BIC : AGRIFRPP 872
Merci de mentionner vos nom, prénom et adresse

Ou par chèque à :

Philippe GRABER
Chemin du circuit Eisen 3
90340 CHEVREMONT France

 

 

 

A contre-courant. Cultiver les valeurs du Royaume de Dieu

Le dernier Dossier de Christ Seul, coordonné par Nicolas Widmer, est une aide au non-conformisme selon le Royaume de Dieu, dans le contexte actuel.

Six auteurs, trois femmes et trois hommes, prennent la parole à tour de rôle sur les thèmes suivants :

  1. Cultiver l’amour dans une culture égocentrique, par Annie Matthey.
  2. 2. Cultiver la joie dans une culture de l’insatisfaction, par Louis Schweitzer.
  3. Cultiver la paix dans une culture de violence, par Frédéric de Coninck.
  4. Cultiver la patience dans une culture du « tout, tout de suite », par Linda Oyer.
  5. Cultiver la fidélité dans une culture d’inconstance, par Christine Haldemann.
  6. Cultiver la douceur dans une culture d’affrontement, par David Eyer.

Chaque chapitre est découpé en trois parties : description de la culture ambiante ;  présentation biblique de la valeur considérée ; pistes pratiques pour la cultiver.

Ce livre permet de prendre du recul par rapport à des aspects de la culture ambiante et de laisser le fruit de l’Esprit Saint mûrir en soi, tout en faisant délibérément sa part.

A commander ici.

Un second tome est prévu pour début 2021, portant sur six autres valeurs situées dans le contexte actuel : la justice dans une culture du profit, les relations humaines dans une culture de l’isolement, la vérité dans une culture de manipulation, la liberté dans une culture d’addiction, la maîtrise de soi dans une culture de débordement assumé, l’espérance dans un monde de désespoir.

Pâques au balcon

Chaque année, les Églises d’Épinal et des environs – protestante unie, catholique et mennonite – organisent une flashmob de Pâques dans les rues de la ville. Impossible en 2020, confinement oblige. Alors elles ont trouvé un autre moyen de partager la joie et l’espérance de la Résurrection :

https://drive.google.com/file/d/183w3UZs47zbOhhoGlXMFJPz2iIluvXSC/view

Un tournant ?

Par Michel Paret, pasteur

Nous traversons un moment dramatique certes, mais historique. Du jour au lendemain, notre vie quotidienne est devenue singulière, étrange et incompréhensible. Ce vide aujourd’hui a quelque chose de sinistre, d’inquiétant. Nous sommes reclus dans nos coquilles.

Nous vivons au ralenti plusieurs états à la fois au lieu de n’en vivre qu’un à toute allure. Nous ne sommes pas malades, nous sommes malades, peut-être contaminés, peut-être demain, peut-être pas. On ne sait pas. L’arrogance est exclue d’office. Nous sommes à la merci d’une force microscopique qui a l’arrogance de prendre des décisions à notre place…

Anomalie

Une étrange comptabilité tient lieu d’arrière-fond à nos journées, nous sommes envahis par la sensation de perdre le contrôle. Notre normalité est suspendue et personne n’est en mesure de prévoir jusqu’à quand. Le temps de l’anomalie est venu. Nous devons apprendre à vivre dans cette anomalie, à trouver des raisons de l’accueillir qui ne soient pas uniquement la peur de mourir. Nous découvrons ce que les personnes malades, handicapées, certaines personnes âgées ou marginalisées ne connaissent que trop bien. Ces états ralentissent et rétrécissent la vie et révèlent ce qui est essentiel.
L’incertitude sur l’avenir, la peur de disparaître, la vie au conditionnel, l’espace restreint, les relations sociales réduites sont notre lot quotidien…

Coup de frein

Le temps vient de subir le plus inquiétant et le plus salutaire des coups de freins.

Le plus inquiétant car aucun temps de rechange n’est encore en vue et l’on ose à peine imaginer le prix de son effondrement. La vitesse de bolide à laquelle nous allions était en train de s’exercer aux dépens de la vie.

Dehors, on ne court plus contre le temps, on court pour soigner, pour trouver un vaccin, pour stopper le virus. La rapidité prend soudain son sens, comme chez les animaux qui, contrairement à notre espèce, savent être rapides sans être jamais pressés.

Refuge

C’est la maison qui nous sauve la vie. Elle se résumait souvent à n’être qu’à un simple dortoir. À présent elle redevient ce qu’elle a toujours été jusqu’à il y a encore quelques décennies : un espace protégé, un refuge, un lieu de salut.

La vie intérieure retrouve un toit. Avec le Covid-19 l’humain est de retour, par le biais du corps et par le biais de la nature. Tous les sentiments sont au rendez-vous. Tous renforcés : la peur, la solidarité, la méfiance, l’angoisse, le calme, le silence. En cet instant le monde entier habite à la même enseigne : dedans.

 Vulnérabilité

Avec une certaine violence, il nous est signifié que nous sommes sur la même planète, avons le même corps, la même solitude, le même virus, la même envie de vivre et le risque de mourir.

L’épidémie nous rappelle en premier lieu, la profonde vulnérabilité humaine dans un monde qui a tout fait pour l’oublier. Nos modes de vie et tout notre système économique sont fondés sur une forme de démesure, de toute puissance consécutive à l’oubli de notre corporéité.

Aujourd’hui, la pandémie met en danger notre capacité à faire société en instaurant la méfiance plutôt que l’entraide.

Sens

La quarantaine offre l’occasion de réfléchir au fait que nous n’appartenons pas seulement à la communauté humaine. Nous sommes l’espèce la plus envahissant d’un fragile et superbe écosystème. L’augmentation de la température de la Terre est liée aux politiques sur le prix du pétrole et à nos projets de vacances, à l’extinction de la lumière dans le couloir et à la compétition économique entre les pays.

Cette épidémie est l’occasion de se demander ce qui a du sens dans une vie humaine : est-ce de prendre l’avion pour un séjour de quelques jours ou pour une conférence plus ou moins utile à l’autre bout du monde ? Acheter du miel qui vient du Brésil, tolérer que la viande ait traversé huit pays avant d’atterrir dans son assiette et qu’elle ait coûté autant de souffrances aux animaux ?

Le personnel et le global s’entrelacent de manière si énigmatique que nous sommes épuisés avant même d’avoir ébauché un raisonnement.

Comptes

Le psaume 90 renferme une invocation qui me revient souvent à l’esprit en ces heures : « Enseigne nous à bien compter nos jours, afin que nous appliquions notre cœur à la sagesse ».

Si elle me revient à l’esprit c’est peut-être parce que dans l’épidémie nous n’arrêtons pas de compter. Nous comptons nos malades et les guérisons, nous comptons les morts, les hospitalisations, les matinées de classe perdues, nous comptons les milliards brûlés par les bourses, les masques vendus et les heures qui nous séparent du résultat du test. Nous comptons les kilomètres qui nous éloignent du foyer de contagion… les jours qui s’écoulent avant la fin de l’urgence.

J’ai toutefois l’impression que le psaume nous suggère une autre attitude : enseigne-nous à bien compter nos jours pour que nous donnions de la valeur à nos jours. À tous, y compris à ceux qui nous apparaissent seulement comme un intervalle pénible. Réfléchissons à l’essentiel et ne permettons pas que toute cette souffrance passe en vain.

Valeurs

Face à une telle catastrophe, nous devons collectivement redessiner des manières d’habiter la Terre qui soient sages, et accueillent la pluralité du monde et des formes de vie.

Une prise de conscience se dessine autour de la valeur de la vie, de la nécessité de repenser notre lecture du monde social, la valeur des métiers, le sens d’une vie en commun. Mais ce n’est pas le projet de société que nous dessinent les gouvernants qui veulent faire tourner l’industrie pour repartir dans la sacro-sainte « croissance ».

Communauté

La confiance aux politiques est largement ébranlée. Que va-t-il se passer ici et dans le monde ?

Qu’est-ce que la contagion va changer ? Pour nombre d’entre nous, nous avons découvert la fragilité de l’échafaudage de la civilisation, sorte de château de cartes, colosse aux pieds d’argile.

La contagion a déjà compromis nos liens, les bouches cachées derrière les masques, les regards soupçonneux, l’obligation de rester chez soi, les « gestes barrières »… Alors que nous sommes inextricablement reliés les uns aux autres. Dans la contagion, nous redevenons une communauté.

Nous allons tous devoir veiller les uns sur les autres dans les mois à venir, tout en se tenant à distance. Nous allons devoir nous réinventer, réformer les rapports entre nous et revoir notre rapport au travail, mais aussi à l’Église et à la foi en Jésus-Christ !

Un tournant nous attend.

Michel Paret, pasteur

 

Texte élaboré à partir d’articles de Roberto Ferrucci, Paolo Giordano, Dominique Eddé, Corine Pelluchon, Claire Marin publiés en mars et avril 2020 dans Le Monde, ainsi que d’un article de Valentine Zuber dans l’hebdomadaire Réforme et d’un article de Bernard Horenbeek, La Nef, coopérative financière solidaire.