Dieu est digne de confiance

Vous souvenez-vous de l’édito du numéro de janvier ? J’y exprimais nos doutes et difficultés face au recrutement d’un nouveau rédacteur. Michel partant, nous n’avions personne pour lui succéder au 1er avril. La date prête à sourire, pour nous ce n’était que préoccupations.
Pourtant, j’ai eu la conviction de conclure l’édito en écrivant : « merci Seigneur » pour ce qui allait arriver, même si rien n’était engagé.
Vous le saviez déjà : oui, le Seigneur est hautement digne de confiance. Plus notre vie avec lui est longue et plus nous avons d’occasions de nous souvenir de sa présence dans les moments difficiles. Ce numéro sur la vieillesse en est une illustration.

DIEU MAÎTRISE

Tout aurait été tellement simple s’il avait suffi d’attendre les très claires indications d’en haut. Michel annonçant son départ inspiré par Dieu, Sylvie se serait proposée, inspirée par Dieu. Pas d’annonce à passer, pas besoin de chercher, quelles économies d’énergie !
L’histoire, comme l’Histoire, montre bien à quel point Dieu maîtrise, il ne sert à rien de s’inquiéter. À nous d’être responsables, de choisir, et si possible bien choisir… C’est ce que je comprends quand Paul Solomiac nous encourage à approfondir la question du rapport entre souveraineté de Dieu et libre choix (p.13).

RECONNAÎTRE SA VOIX

Finissons par une anecdote : empêtré dans un chantier de récupération d’eau de pluie à l’origine toute simple, j’ai été bloqué trois fois de suite au même endroit malgré trois tentatives de résolution différentes, fastidieuses, toutes mises en échec. Ni la physique, ni les notices, ni Internet, les coups de fil aux amis… n’apportaient de solution. Mon beau-père proposa diplomatiquement une solution par l’intermédiaire de sa fille, proposition que je me dépêchai de repousser : avait-il déjà installé un système de récupération d’eau ? Qu’en savait-il ?
Après 24 heures de réflexion et d’autres tests sans succès (même pires), j’essayai sans conviction ladite éventuelle solution qui fut d’emblée un succès…

OUI, DIEU NOUS PARLE, L’ÉCOUTONS-NOUS SEULEMENT ?

Bref, en ce printemps 2019 : Merci Seigneur ! Pour Michel, pour Sylvie, et pour mon beau-père !

Toujours à l’œuvre…

« Plantés dans la maison du Seigneur, ils (les justes)  fleurissent dans les cours du temple de notre Dieu ;  ils sont encore féconds à l’âge des cheveux blancs, ils sont pleins de sève et verdoyants pour dire que le Seigneur est droit. » (Ps 92.14-16a)

Il y a de l’espérance pour les personnes âgées : elles peuvent encore porter du fruit et être des témoins du Seigneur, leur service n’est pas achevé !

De quelle manière ces affirmations se vérifient-elles dans la Bible ? Quelques exemples…

Dans le grand âge, certaines personnes sont encore pleines de vigueur et capables de réalisations étonnantes. L’exemple le plus illustre est celui de Caleb qui, animé d’une foi agissante, assure à 85 ans être aussi robuste qu’à 40 ans et demande en héritage une région montagneuse, difficile à conquérir (Jos 14.6s).

Moïse conduit le peuple d’Israël et conserve toute sa vitalité jusqu’à sa mort, à l’âge de 120 ans (Dt 34.7). Après un investissement total en faveur du peuple, sa déception est grande de ne pas pouvoir entrer dans le pays promis (Dt 3.23s). Mais il accepte la décision de Dieu sans baisser les bras. Soucieux de l’avenir du peuple, il lui demande de désigner un nouveau conducteur (Nb 27.16) et s’applique à préparer la relève.

NOUVEAU DÉPART

David vit une expérience similaire lorsque son rêve de bâtir le temple s’écroule (2S 7). Refusant de céder à la résignation, il se dépense sans compter pour les préparatifs de la construction et pour assurer la succession.

Abraham et Sara, de même que Zacharie et Élisabeth, se laissent surprendre par le Seigneur à un âge avancé. Alors que tout espoir de devenir parents s’est évanoui, ils entrent dans un projet inattendu et acceptent le défi de donner naissance à un enfant. Sommes-nous ouverts pour les surprises de Dieu à tout âge ?

L’œuvre de Dieu dans la vie de Jacob est évidente. Tour à tour trompeur et trompé, Jacob se rapproche de Dieu, se laisse transformer et chemine vers la sérénité. À la fin de sa vie, il témoigne de la grande fidélité de Dieu à son égard depuis sa naissance (Gn 48.15) et prononce des bénédictions pour l’avenir de ses petits-enfants et de ses enfants. N’est-ce pas le plus bel héritage qui puisse être légué ?

NOUVEAU RÔLE

D’où la prière du croyant qui se voit diminuer : « Jusque dans la vieillesse aux cheveux blancs, ô Dieu, ne m’abandonne pas, afin que je dise ta  force à cette génération, ta puissance à ceux qui viendront. » (Ps 71.18)

Élisabeth, déjà âgée, joue un rôle de « grande sœur » pour la jeune Marie, encore toute surprise d’apprendre qu’elle donnera naissance au Messie. Elle la confirme dans sa mission, l’encourage et se réjouit avec elle.

Dans l’attente d’une intervention de la part de Dieu, Siméon et Anne cultivent tous deux une relation intime et paisible avec lui. À l’écoute du Saint-Esprit, ils sont là lorsque l’enfant Jésus est présenté au temple. Bouleversés par cette rencontre, ils témoignent à qui veut l’entendre qu’il est le Sauveur et l’espérance du monde. Il n’y a pas d’âge pour partager la bonne nouvelle de Jésus !

TRANSMISSION

À la fin de sa vie, soumis à une captivité sévère, Paul encourage Timothée à persévérer dans son service en lui faisant part de son propre vécu : plusieurs proches l’ont quitté, se sont détournés de la foi (2 Tm 1.15 ; 2.18 ; 4.10). Lors de sa comparution au tribunal, il doit constater : « tous m’ont abandonné ! » (4.16). Mais, libre de toute amertume, il poursuit : « Qu’il ne leur en soit pas tenu compte. C’est le Seigneur qui m’a assisté… Il me délivrera de toute œuvre mauvaise et me sauvera pour son royaume céleste. »

Une attitude de confiance paisible en Dieu au milieu des épreuves est une grande source d’encouragement pour ceux qui en sont les témoins.

Au moment de quitter cette terre, Paul n’énumère pas tout ce qu’il a réalisé pour Dieu, mais il exprime sa reconnaissance d’avoir combattu le bon combat, achevé la course et gardé la foi (4.7).

Que nous soyons encore actifs ou plutôt en retrait, sachons accueillir le plan de Dieu pour notre vie et laisser sa sève couler en nous, afin de porter du fruit pour sa gloire.

 

Permis de tuer pour les intelligences artificielles ?

« C’est pas moi, c’est le caillou ! » s’excuse l’enfant devant la vitre brisée… Situation anodine qui prête à sourire. Et pourtant. Quand un système de surveillance automatique de frontière ouvrira le feu et tuera des êtres humains, qui sera le responsable ? L’imprudent qui aura franchi les barrières ? La balle qui l’aura tué ? Le technicien qui aura allumé la machine ? L’ingénieur qui aura conçu le système ? L’informaticien qui aura écrit le programme ? Le politique qui aura décidé d’utiliser le dispositif ? La question n’est déjà plus théorique…

DES ARMES AUTONOMES

Depuis plus de dix ans, des dispositifs de surveillance automatiques sont utilisés, par exemple à la frontière coréenne. Ils demandent encore l’autorisation d’humains pour tirer, mais disposent d’un mode automatique et pourraient donc s’en passer. On parle alors de « système d’armes létales autonomes » ou plus explicitement de « robots tueurs autonomes ». Ce domaine de recherche en intelligence artificielle est au cœur des préoccupations des fabricants d’armes (voir encadré 1), posant de graves questions éthiques (encadré 2) et techniques (encadré 3). Cependant, la peur de freiner le développement économique lié à l’intelligence artificielle fait fermer les yeux sur le danger de ses applications militaires. Mars et Mammon font toujours bon ménage.

SURSAUT NÉCESSAIRE

Face à ce danger, un sursaut de conscience collective est nécessaire. Ainsi dès 2015, près de 20 000 spécialistes en intelligence artificielle ou personnes se sentant concernées, comme le physicien Stephen Hawking ou le cofondateur d’Apple Steve Wozniak, ont demandé l’arrêt des recherches sur les systèmes autonomes capables de tuer. Plus récemment, emboîtant le pas à un groupe d’experts de l’ONU, l’Union Européenne a adopté le 12 septembre 2018 une résolution demandant l’interdiction des systèmes d’armes létales autonomes. Elle demande notamment aux différents pays d’Europe de travailler au lancement de négociations internationales, afin d’obtenir un accord contraignant pour les interdire. Cela ne pourra avoir lieu que si les populations soutiennent cette action. Rien n’empêche d’en parler à nos députés !

RÉSISTER À LA COURSE À L’ABÎME

Face à cette volonté de non-armement, l’argument essentiel des défenseurs de robots tueurs est très simple : si d’autres pays le font (Chine, Russie, USA), alors il faut les imiter pour survivre. Un nouveau type de course à l’armement, en somme. Espérons que l’humanité aura le courage de résister à cette tentation. Espérons que les Églises sauront jouer leur rôle et s’élever contre une nouvelle course à l’abîme.

Le prophète Amos mettait déjà en garde (6.3) : « Vous cherchez à reculer le jour du malheur, en réalité, vous rapprochez le règne de la violence. »

 

1. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET FABRICANTS D’ARMES

Salon Eurosatory, Paris, juin 2018, le plus important salon d’armement d’Europe. Le « meilleur » endroit pour savoir quelles seront les armes de demain… Une conférence par jour était consacrée à l’intelligence artificielle et à ses applications, notamment militaires, mais d’autres réunions ont évoqué, par exemple, « l’emploi des systèmes automatisés », les « robots sentinelles » ou la « guerre par procuration » (confiée à des machines). En 2020, le thème sera sans aucun doute encore à l’honneur : la page d’accueil du site de l’événement montre un petit robot humanoïde en treillis… tout un programme.

Plus clairement encore, l’entreprise Kalachnikov a annoncé l’utilisation d’une technologie d’apprentissage automatique pour permettre à un module de combat « d’identifier des cibles, de s’améliorer par l’expérience et de décider par lui-même des tirs à effectuer »… (SR)

2. QUESTIONS ÉTHIQUES

Peut-on donner à une machine le droit de décider d’ôter la vie ? Qui sera responsable si une machine perpétue des crimes de guerre ? Une intelligence artificielle n’est pas en mesure de respecter les « lois de la guerre ». Il n’est pas possible de dire à un robot : voici les règles à appliquer. Enfin, si une machine devenait capable d’appliquer des lois morales, aurions-nous encore le droit d’en faire notre esclave ? (SR)

3. QUESTIONS TECHNIQUES

Les robots tueurs autonomes utilisent des algorithmes de décisions (=qui aident à la décision). Or, ces algorithmes peuvent se révéler faillibles. Comment éviter un bug qui conduirait un robot à s’attaquer à tout être humain ? Plus grave, ces systèmes pourraient être la cible de piratage informatique. Enfin, les systèmes tueurs utilisent des technologies assez largement diffusées et des logiciels qui, mis au point, seraient faciles à dupliquer. Ce qui ouvre un vaste champ d’application à des personnes mal intentionnées… (SR)

G comme Grâce

La grâce désigne l’amour de Dieu, manifesté dans le don de son Fils Jésus-Christ. Ce mot évoque la découverte émerveillée des premiers chrétiens : en Jésus, Dieu nous tend la main pour nous offrir gratuitement son salut. « C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n’y êtes pour rien, c’est le don de  Dieu. » (Ep 2.8)

La Réforme protestante a insisté sur le caractère inconditionnel de cette faveur de Dieu qu’il suffit d’accueillir par la foi. Pour sauvegarder absolument l’initiative divine, Jean Calvin (1509-1564) parlait d’un « dessein éternel de Dieu » par lequel certains seraient prédestinés au salut. Pourtant, la grâce désigne l’intervention miséricordieuse de Dieu dans l’Histoire, en faveur de chaque être humain, de tout l’être humain et de tous les êtres humains.

GRÂCE ORIGINELLE

L’anabaptisme évoquait une « grâce originelle », créatrice dans la Genèse, toujours à l’œuvre dans la re-création de l’homme pécheur. Puissance transformatrice, elle permet au croyant de résister au péché, de retrouver ses « facultés perdues » (Balthasar Hubmaier, 1480/85-1528). Pilgram Marpeck (v. 1495-1556) voyait dans la grâce la restauration de la nature originelle de l’être humain. Être disciple de Jésus, c’est « marcher dans la grâce ». De sa prison, l’anabaptiste Leonhard Schiemer écrivait en 1527 : « Quand l’Esprit du Christ vient en moi… je suis désormais sous la grâce ». La grâce permet de devenir un avec le Christ, dans la vie comme dans la mort : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi. » (Ga 2.20)

GRÂCE TOTALE

Menno Simons (v. 1496-1561) prêchait une grâce totale, de la création au salut, englobant tous les aspects de l’existence. La rédemption acquise en Christ précède notre capacité à l’accepter. Elle concerne les petits enfants, qui n’ont donc nullement besoin d’être baptisés. Elle attend la réponse joyeuse de la foi de ceux qui voudront renaître pour une vie nouvelle et marcher dans la résurrection. À eux, Christ accorde, « par pure grâce, de devenir participants de sa justice, de ses mérites, de sa croix, de son sang et de sa mort cruelle, oui, de toute sa vie, de son amour et de son Esprit, car ils sont un seul corps et un seul esprit avec lui ». Dieu est amour depuis toujours. Mais c’est la signification actuelle de cet amour qui intéressait les anabaptistes. La grâce agit dans la vie des disciples de son Fils. Vivant avec le Christ, ils ressusciteront aussi avec lui.

« ELLE S’EST MANIFESTÉE, LA GRÂCE DE DIEU, SOURCE DE SALUT POUR TOUS LES HOMMES. » TITE 2.11

Liberté en Christ : comment la gères-tu ?

La liberté n’est pas synonyme d’indépendance ou d’absence de limites. Nous sommes tous soumis à un cadre, avec ou sans Dieu. En France, nous sommes libres. Notre liberté est encadrée par tous les droits et devoirs que notre pays a mis en place (code civil, Droits de l’Homme). C’est dans ce cadre que nous pouvons vivre pleinement notre liberté. De même, spirituellement, nous sommes toujours dépendants d’une loi, mais la question est : « Qui va énoncer les règles ? ». La loi du péché ou la loi de l’Esprit, c’est-à-dire de Dieu ? L’une te conduit à la mort, l’autre à la vie.

En Jésus, nous sommes réellement et pleinement libres (Jn 8.36). Nous sommes libres de la loi du péché et de la mort (Rm 8.9). En nous rendant libres, Jésus nous a donné la vie et nous sommes appelés « enfants de Dieu ». Notre relation avec Dieu est devenue une authentique relation d’amour vrai.

Pour nous aider à faire bon usage de notre liberté en Christ, voici trois questions que nous pouvons nous poser.

I. « Mes paroles et mes actes me rendent-ils esclave de quelque chose ou de quelqu’un ? »

« Tout m’est permis, mais tout n’est pas utile ; tout m’est permis, mais moi, je ne permettrai à rien d’avoir autorité sur moi. » (1 Co 6.12)

Jésus nous a libérés du péché afin que nous lui appartenions et que nous vivions libres. Ce n’est pas pour retourner en arrière et nous remettre sous l’esclavage du péché (Ga 5.1). Pensant que le cadre que Dieu a imposé nous empêche d’avoir une vie meilleure, nous avons tendance à revenir en arrière, c’est-à-dire à une vie « autonome » et sans Dieu. N’oublions pas que Dieu est le créateur, qu’il nous connaît mieux que nous-mêmes et qu’il sait ce dont nous avons besoin pour être heureux.

Jésus dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque commet le péché est esclave du péché. » (Jn 8.34). Malheureusement, bien souvent, nous pensons être libres tout en vivant esclaves car nous persistons dans le péché. Notre passé non réglé, le manque de pardon ou les dépendances (nourriture, travail, loisir, drogue, alcool, sexe, relations, …) peuvent à tout moment ressurgir et nous faire revenir dans l’esclavage du péché. Cependant, par son Esprit, Jésus nous aide à tenir fermes face aux tentations, à nous maîtriser, à pardonner et à régler les choses du passé. Que Dieu nous révèle si nous sommes esclaves de quelque chose ou de quelqu’un !

II. « Mes paroles et mes actes me font-ils grandir dans la foi ou sont-ils des occasions de chute ? »

« Oui, tout m’est permis, mais tout n’est pas bon pour nous. Tout est permis mais tout n’aide pas à grandir dans la foi. » (1 Co 10.23) Notre liberté nous amène à vivre autrement, pour Dieu et avec Dieu. Elle nous amène à grandir dans la foi. Plus nous grandissons et connaissons Dieu, plus nous pouvons vivre pleinement notre liberté, comme Dieu le veut.

Mais notre liberté ne nous concerne pas nous seulement. Elle nous pousse à regarder l’intérêt de l’autre (1 Co 10.24). Si au nom de la liberté, je suis une occasion de chute par mes paroles ou mes actes, alors je suis dans l’erreur. Notre liberté nous amène à avancer ensemble pleinement vers Christ et à vivre notre identité en Christ jusqu’au bout.

III. « Mes paroles et mes actes glorifient-ils Dieu ou le méprisent-ils ? »

« … bref, quoi que ce soit que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. » (1 Co 10.31) Cette dernière question montre que la liberté nous est donnée par Dieu et que nous ne vivons plus pour nous-mêmes mais pour Dieu. Toute la gloire lui revient. Nous sommes appelés à le glorifier par nos paroles, nos actes, notre corps et notre amour véritable pour notre prochain et pour Dieu.

Finalement …

Jésus nous rend libres du péché et du pouvoir de Satan. Nous pouvons désormais vivre pleinement notre liberté en Christ, sans retourner dans l’esclavage de quoi que ce soit, tout en grandissant dans la foi et avec notre prochain, pour la gloire de Dieu. Pour cela, Dieu nous a donné son Esprit et sa Parole.

 

 

« Que celui qui est sans péché… » – Entre minimisation et surenchère du péché

Que celui qui est sans péché… – Entre minimisation et surenchère du péché, c’est le titre de l’ouvrage qui paraît ces jours dans la collection Perspectives anabaptistes chez Excelsis.

Huit auteurs apportent leur contribution à la thématique dans une approche interdisciplinaire. La première partie, « État des lieux culturel et historique », donne la parole à Frédéric de Coninck pour situer le thème dans l’évolution de la société :  « Les avatars contemporains de la faute et de l’accusation ». Hanspeter Jecker développe une petite histoire du péché dans les Églises mennonites par son article intitulé « Procéder ‘avec douceur et fermeté’ contre le péché. Un dilemme (pas seulement) anabaptiste ».

La deuxième partie du livre est consacrée au dossier biblique : « Approche biblique et théologique ». Un article de Denis Kennel revisite le récit de Joseph et de ses frères dans l’Ancien Testament : « Le ‘pauvre’ Joseph ou : Quand une victime l’est vraiment, sans l’être uniquement ». Lukas Amstutz propose une brève théologie du péché dans son apport « Le péché est tragique. Éléments et classifications bibliques-théologiques ».

Dans la dernière partie, intitulée « Points de vue pratique », Marcus Weiand valorise une forme de sagesse dans « Le péché et l’art de se diriger soi-même ». Michel Sommer traite de l’offense dans les relations interpersonnelles, et des chemins du pardon d’une part, de la repentance d’autre part, en vue de la réconciliation: « Les processus pour aller vers le pardon et vers la repentance ». Daniel Plessing aborde la discipline de l’Eglise et la question du péché et du pécheur : « Éloge de l’interpellation fraternelle. Quelle conduite adopter avec un pécheur présumé dans l’Église ? ». Enfin, la seule femme qui contribue à ce volume, Janie Blough, souligne la dimension communautaire du culte, du péché et du mal, dans « La place de la confession, du pardon et de la plainte dans le culte ».

Le livre rassemble des apports présentés lors de journées d’étude au Centre de Formation du Bienenberg, du 22 au 24 septembre 2017.

 

Pour aller plus loin…

Denis Kennel et Michel Sommer (sous dir.), Que celui qui est sans péché – Entre minimisation et surenchère du péché, collection Perspectives anabaptistes, Excelsis, 2019, 167 pages, 15 €.

 

Vers une augmentation de l’aide publique au développement

L’annonce a été faite dans le courant du mois de février. Un projet de loi devrait être examiné lors d’un Conseil des Ministres à la mi-avril. Il aurait pour objet principal de revenir sur la politique française en matière d’aide publique au développement (APD). On entend par là l’ensemble des aides financières que le gouvernement français alloue aux pays en développement.

UNE PROMESSE DE CAMPAGNE

Candidat à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron avait promis d’augmenter l’APD française. Avec ce projet de loi en préparation, il devrait tenir parole. Il faut encore attendre de voir le contenu exact du texte, mais il est question d’aller vers une hausse d’environ 30 % des moyens affectés au développement. On parle alors d’une augmentation de 3 à 4 milliards d’euros par an, sur un budget total d’une dizaine de milliards. L’effort envisagé n’est pas négligeable.

DES OBJECTIFS NON RESPECTÉS

Photo : fabian-blank – unsplash

Député LREM (La République en marche) des Côtes-d’Armor, Hervé Berville devrait être le rapporteur de ce texte. Il explique la démarche en ces termes : « Notre objectif est d’atteindre 0,55 % du revenu national brut d’ici à la fin du quinquennat contre 0,41 % l’an dernier. »La progression est importante, mais le compte n’y est pas. En effet, en 1970, la plupart des pays riches s’étaient engagés à consacrer 0,7 % de leur revenu national brut (RNB) à l’aide publique au développement. La France en est loin, alors que d’autres pays ont atteint cet objectif depuis plusieurs années déjà : Suède, Danemark, Luxembourg ou encore Royaume-Uni.

UNE PAROLE QUI ENGAGE

S’il est toujours possible de se demander si l’APD est la meilleure manière pour les pays occidentaux de faire face à l’extrême pauvreté dans le monde, il n’empêche qu’on se trouve ici en présence d’une promesse de campagne de l’actuel président de la République française. Or, toute parole engage. Jésus le rappelle justement lors du Sermon sur la montagne en faisant référence notamment à un verset du livre des Nombres (30.3) : « Si un homme (…) prend certains engagements par serment, il ne violera pas sa parole ; il agira conformément à ce qu’il a dit. »

DES AMÉLIORATIONS POSSIBLES

Les ONG françaises sont favorables à cette augmentation de l’aide publique au développement. Il s’agit d’une demande récurrente de leur part. Si l’APD est quelquefois critiquée, ce n’est pas tant pour en remettre en cause le principe de fond que pour en améliorer l’efficacité ou demander plus de transparence. En effet, il peut arriver qu’une aide soit plus préjudiciable que bénéfique. La Bible semble ainsi encourager des initiatives qui vont dans le sens de la responsabilisation des bénéficiaires, comme on peut le voir par exemple avec la loi sur le glanage (Lv 19.9-10). Si le montant de l’aide publique au développement doit être augmenté, son efficacité aussi !

 

 

Les vocations de l’apôtre Paul

Quand et comment Dieu nous appelle-t-il ? Il y a beaucoup à dire, sur ce sujet. Une chose essentielle que je tiens à souligner est que Dieu ne nous appelle pas qu’une seule fois : il revient nous voir, à certains tournants importants de notre vie, pour nous donner de nouvelles directions. Quand on parle de « vocation », on pense à quelque chose qui est fixé une fois pour toutes. C’est tellement ancré que, lorsque j’ai publié mon ouvrage sur la vocation, l’éditeur m’a demandé d’ajouter un sous-titre : « L’appel de Dieu, jour après jour ». Une vocation, en effet, n’est rien d’autre qu’un appel. Ceux qui ont fait des langues anciennes savent que l’on utilise le « vocatif » pour interpeller quelqu’un. Et nous savons tous ce qu’est un serveur vocal ou des vocalises.

On pourrait avoir l’impression, par exemple, que la vocation de Paul se résume au chemin de Damas. Lorsque Dieu s’adresse à Ananias, qui doit aller ouvrir les yeux de Saul, encore dans l’hébétude, il lui parle déjà d’un projet qui concerne les nations païennes (Ac 9.15). Mais dans un premier temps, Saul prêche dans les synagogues, dans la région de Damas (9.20). Et cela dure « un temps assez long » (9.23), en fait, entre deux et trois ans, puis il monte à Jérusalem (cf. Ga 1.18). Premier épisode.

VERS LES NATIONS PAÏENNES

Arrivé à Jérusalem, Paul est en butte à la méfiance des chrétiens qui l’ont connu persécuteur et à l’hostilité de juifs qui n’acceptent pas sa parole. Il faut cet obstacle pour qu’il soit disponible pour entendre autre chose. Et, dans le temple de Jérusalem, il tombe en extase. Dieu lui dit clairement de partir de là et d’aller « vers les nations païennes ». Paul le raconte lui-même vers la fin du livre des Actes (22.21). À ce moment-là, il part à Tarse et… on ne sait pas ce qu’il fait !

Luc donne, dans le livre des Actes, des repères historiques assez précis (en nommant des personnes qui occupaient des fonctions officielles à un moment donné, par exemple) et Paul lui-même donne quelques éléments chronologiques au début de l’épître aux Galates. Il se trouve que les deux comptages coïncident très bien. On découvre, ainsi, qu’il y a un trou de sept ou huit ans dans la biographie de Paul. On ne doute pas qu’il ait proclamé la Parole mais, apparemment, il est resté, pendant ce temps, dans la région de Tarse : période de formation, sans doute. Il ne faut pas oublier que, lorsqu’il s’est converti, il était « un jeune homme » (Ac 7.58).

BARNABAS LE MENTOR

Photo : Eddie Stigson

Alors, nouvelle étape de sa vocation, il faut que quelqu’un aille le chercher à Tarse pour qu’il se mette en route. C’est Barnabas qui, voyant les païens se convertir à Antioche, se souvient de Paul et va lui mettre le pied à l’étrier (11.25). À partir de là, Barnabas et Paul développent un ministère commun pendant quatre ou cinq ans. On apprend, à l’occasion d’une méprise des païens dans la ville de Lystre, que c’était Paul qui parlait. Mais les païens avaient bien perçu quelque chose : ils considéraient Barnabas comme le dieu suprême (Zeus) et Paul comme le messager (Hermès) (14.12). D’une manière plus prosaïque, on dira que Barnabas donnait confiance à Paul en le rassurant par son autorité.

À ce moment-là, Paul n’a pas encore écrit une ligne (rien que l’on ait conservé, en tout cas) et les voyages de Paul et Barnabas se cantonnent à l’Asie Mineure. Mais voilà que, suite à un différend, il se sépare de son mentor (15.39-40). Et là Paul commence à tourner en rond, empêché par « l’Esprit de Jésus » d’aller là où il voudrait. Il se retrouve coincé à Troas : il n’a plus que la mer en face de lui. On retrouve le même schéma qu’à Jérusalem : un obstacle qui crée l’ouverture et une parole de Dieu qui surgit, cette fois-ci, en rêve. Paul, 16 ans après sa conversion, près de 20 ans après la résurrection du Christ, passe en Grèce.11

FIN DU VOYAGE

Alors s’étendent les années les plus fécondes et les plus actives de sa vie. Il commence à écrire des lettres pour assurer le suivi de son travail dans les Églises. En six ou sept ans, il écrit : 1 et 2 Thessaloniciens, 1 et 2 Corinthiens, et les épîtres aux Romains et aux Galates !

Puis Dieu l’avertit qu’il va connaître « chaînes et détresses » (20.24). De fait, il est arrêté dans le Temple à Jérusalem. Une nouvelle phase commence. Il ne peut plus voyager. Il écrit beaucoup moins. Il moisit en captivité environ deux ans, avant d’être emmené sur un bateau à Rome.

Et là, ultime vision, alors qu’il est pris dans la tempête en plein milieu de la Méditerranée, Dieu lui dit qu’il l’utilisera à Rome : « Il faut que tu comparaisses devant l’empereur »(27.23). Et le livre des Actes se termine alors que Paul est assigné à résidence et qu’il proclame le Règne de Dieu à tous ceux qui viennent le trouver (Ac 28.16 et 30-31).

Les vocations de Paul relèvent parfois de la formation, du mûrissement. Plus souvent, elles interviennent alors qu’il est dans une impasse et que Dieu lui ouvre une nouvelle voie. Mais Dieu, c’est ce qui me frappe, intervient toujours en situation, par rapport au contexte et aux enjeux du moment. Il trace à Paul sa route, pas à pas. Il lui donne des horizons généraux et il lui donne également des orientations à court terme.

Et voilà comment sont nos vocations, à nous aussi.

Pour aller plus loin…

Frédéric de Coninck, La vocation – L’appel de Dieu, jour après jour, Lyon, Olivétan, 2009, 168 p.

Vocations

L’expression « avoir vocation à » a fait florès ces dernières années, en particulier dans la bouche de certains hommes politiques. Par exemple, pour dire que des étrangers ou les Roms n’ont pas vocation à rester sur le territoire français. Une manière de se déresponsabiliser. Pourtant, l’expression est belle, qui recourt à un mot à connotation religieuse. À quoi l’Église, et les communautés mennonites entre autres, a-t-elle vocation ? Elle est appelée à témoigner, par son être, par sa mission, du règne de Dieu inauguré par l’Envoyé, au milieu du monde.

OBSTACLES

La mise en oeuvre de ce programme simple et multiforme fait parfois face à des obstacles externes comme internes. Alors que je signe un dernier éditorial, ma prière d’intercession à Dieu s’en va vers vous, lecteurs et lectrices, pour que vous puissiez, de manière nouvelle ou renouvelée, dans vos assemblées, vivre quelque chose de ce règne en expansion de l’amour, de la justice et de la paix – et y contribuer. Voilà notre vocation chrétienne à tous !

DU NEUF

Quant aux vocations personnelles, elles peuvent évoluer, comme le soulignent les pages Grand angle (p. 8-12). J’ai cru entendre l’appel de Dieu à aller vers du neuf, pour partie (p. 4). La confiance accordée dès le début, la joie du travail en équipe au fil des années, la stimulation de proposer un magazine mennonite chaque mois, autant de pépites emportées qui m’enrichiront longtemps encore. Ma prière de reconnaissance à Dieu s’en va vers tant de visages…

RELAYEUSE

Lors d’un premier édito en mars 1997, succédant à Pierre Lugbull, j’essayais de filer la métaphore de la course relais et du passage de témoin. « Participer à la course de la Bonne Nouvelle, c’est une joie, pas un privilège à protéger. Car dans cette course, on ne connaît jamais le dernier relayeur à qui reviendra l’honneur de franchir la ligne d’arrivée. Celui qui court maintenant n’est qu’un relayeur parmi d’autres et non le joker gardé en réserve. Il compte sur le soutien de toute l’équipe. » Pour la première fois dans la course relais de Christ Seul, le relayeur suivant est… une relayeuse, Sylvie Krémer ! Ma prière à Dieu et votre soutien – je l’espère – l’accompagnent.

Je suis blasé de l’Évangile

Si tu as eu la chance de grandir dans une famille chrétienne, tu as certainement entendu le message de l’Évangile très tôt : Jésus est mort pour sauver les pécheurs… Et depuis ton enfance, peut-être, tu as compris ce message, tu t’es repenti et tu es engagé maintenant dans une vie de disciple.

Mon lycée était accolé à la magnifique cathédrale de Strasbourg : le premier jour, j’ai trouvé que j’avais beaucoup de chance… les jours suivants, je passais devant sans y faire attention. Cette Bonne Nouvelle, tu la connais par coeur… tellement, qu’il t’arrive parfois d’être un peu insensible à son message. Comme face à un refrain qu’on connaît si bien, ces pensées t’ont peut-être traversé une fois l’esprit : « L’Évangile, c’est seulement pour les non-chrétiens. J’ai compris et accepté le message, il y a bien longtemps. J’aimerais passer maintenant à autre chose pour mon édification… »

PLUS  QU ‘ UNE  ÉTINCELLE !

Et pourtant, l’Évangile est bien plus qu’un vaccin donné une fois pour toutes, qui te permettrait d’attendre sagement ta mort, tout en t’efforçant de ne pas faire trop de bêtises. L’Évangile n’est pas l’étincelle qui embrase la foi chrétienne, c’est le carburant qui doit nourrir ton feu pour Dieu tous les jours de ta vie !

Il ne suffit pas seulement de le recevoir. Il faut aussi le garder et demeurer attaché à cet enseignement, qui est de première importance (1Co 15.1-4).

Pour ne pas être blasé, il faut se rappeler chaque jour que l’Évangile est plus qu’une simple et grande nouvelle, comme pourrait l’être l’annonce de la fin d’une guerre ou la découverte d’un super-médicament anti-cancer. L’Évangile est la plus grande de toutes les bonnes nouvelles que l’humanité a besoin d’entendre et de vivre.

Chaque matin, en réalisant à nouveau cela, notre réaction devrait s’exprimer par un grand « wouah » !

S ‘ ÉMERVEILLER

Photo : unsplash.com – Matthew Henry

Chaque jour, je dois regarder de nouveau à la croix et redécouvrir la beauté de cet exceptionnel message. S’émerveiller est un verbe d’action qui peut se décliner de différentes manières. En voilà les trois principales selon moi :

– La crainte devant la sainteté de Dieu: Dieu est saint (Lv 19.2), juste (Es 45.19), parfait (Mt 5.48), glorieux (Lc 2.9)… Devant les qualités innombrables de Dieu, nous ne pouvons que rougir, nous qui sommes si rebelles, si orgueilleux, si imparfaits. L’Évangile nous rappelle d’abord que nous mériterions tous la condamnation éternelle. L’émerveillement commence par la crainte de Dieu.

– La reconnaissance :dire cela doit nous pousser à considérer l’incroyable privilège que Dieu nous a accordé. Par Jésus, tu es pleinement pardonné, réconcilié avec ton Créateur, tu as reçu une nouvelle identité d’enfant de Dieu… tout ça par grâce ! Quel cadeau !

Chaque jour de ta vie est une nouvelle occasion de dire tout simplement merci à Dieu. La reconnaissance est une attitude de coeur à entretenir constamment.

– La passion :l’Évangile ne se limite pas à Jean 3.16. Toute la Bible, du début à la fin, annonce, présente et développe cette Bonne Nouvelle. Un remède si tu as l’impression d’avoir fait le tour de la question : lis toute la Bible en un an et relis-la chaque année. Moins on la lit, plus on a ce sentiment d’être blasé. Plus on creuse la Parole de Dieu, plus on trouve son message passionnant et inépuisable, comme l’amour de Christ (Ep 3.16-19). Si tu nourris ton feu pour Jésus, il va grandir jour après jour !

DES  TRANSFORMATIONS  CHAQUE  JOUR

Ta réponse à l’Évangile ne doit donc pas se limiter à une prière faite à l’occasion d’un appel. Tous les jours de ta vie, tu as besoin de la grâce de Dieu. Tu as besoin de Jésus quotidiennement, pas seulement les cinq premières minutes de ta conversion pour obtenir la conviction d’être sauvé.

Ce fabuleux message doit provoquer en toi des transformations continuelles : et si tu évangélisais ton quotidien (ce que tu fais, tes relations, tes pensées, tes projets…) ? Pour t’aider, le Saint-Esprit t’a été donné.

Chaque jour est pour toi une nouvelle occasion de revenir à la croix, te repentir, obéir à Dieu, t’abandonner en lui. C’est par son Évangile que Dieu veut fortifier ta foi (Rm 16.25) !