Le droit à l’échec dans une implantation d’église?

10-1-1200x625A-t-on droit à l’échec dans une implantation d’Église? Olivier Fasel, conteur et implanteur dans la région fribourgeoise, parle ici de trois constantes dans l’implantation. Il développe ici l’une d’entre elles: le droit à l’échec.

  • Repenser l’Église

Il y a presque 20 ans je quittais le Canton de Vaud pour retourner à mes origines fribourgeoises, implanter une nouvelle communauté évangélique. Très vite s’est précisée la nécessité de donner à notre projet une identité. Les courants évangéliques sont pluriels, tant les sensibilités et obédiences fluctuent et se diversifient. Cette richesse embarrassante a poussé notre petite équipe de joyeux pionniers à prendre le temps de penser – ou repenser – l’Église ! La littérature ne manquant pas, nous avions l’embarras du choix, entre églises émergentes, présence missionnelle et autres modèles de Fraîche Expression.

  • Trois constantes

Après avoir écouté et observé autour de moi les nombreux projets et tentatives d’implantations d’églises j’ai dû aussi prendre le temps de la distance et de la relecture de ma propre expérience. Face aux multiples stratégies que des comités et associations voués à l’implantation élaborent, pratiquent et diffusent, je crois pouvoir retenir trois constantes qui peut-être font d’un projet d’implantation d’église une réussite. Ces trois constantes, sont à mes yeux:

  1. la consécration radicale
  2. la persévérance
  3. le droit à l’échec.

Je développerai dans l’espace de cet article le droit à l’échec.

  • Le droit à l’échec

C’est un intéressant paradoxe d’affirmer que la clé de la réussite c’est le droit à l’échec ! Une analogie nous aidera à le comprendre. Un oiseau épris de liberté fera tout son possible pour échapper à la cage et au verrou. Il s’en ira à la première inadvertance où vous aurez laissé la porte ouverte. Mais donnez-lui de la graine sans barreau, montrez-lui la fenêtre grande ouverte, laissez-le aller et venir à sa guise : il restera chez vous. Il restera car vous lui avez communiqué le sens de la liberté. Il n’aura pas besoin de partir chercher ailleurs la liberté que vous lui offrez ici. Il sait qu’il peut partir, mais il n’en éprouvera pas la nécessité. Pareillement j’ai rencontré des personnes qui fuyaient les lieux d’enfermement, et s’épanouissaient là où on ne les mettait pas sous pression de la réussite, là où ils savaient avoir le droit à l’échec.

Jésus veille et agit, c’est lui le bâtisseur de son Église-Épouse (Mat 16 :18). Et c’est bien souvent malgré nous que l’Église grandit ! Pourtant les échecs assumés sont autant d’occasions d’apprendre. Il est inévitable de tomber, mais si le petit enfant ne s’était jamais relevé pour remettre un pied devant l’autre, aujourd’hui il ne courrait pas joyeusement ! L’échec n’est donc pas un obstacle qui empêcherait de travailler dans le champ du Seigneur. J’ai plusieurs exemples de ces tâtonnements, et autres bonnes idées qu’il a fallu abandonner ! Créatif, le travail pionnier devient une sorte de laboratoire spirituel. Les échecs ne sont donc pas des obstacles, c’est le chemin, sur lequel continuer, il y a toujours une seconde chance pour apprendre à faire mieux, puis une troisième chance, et ainsi de suite. Le Seigneur est très patient avec nous !

  • Dieu ose investir dans l’échec

En automne 2015, la Romandie s’est distinguée dans le classement des 100 meilleures StartUp en Suisse, grâce à l’EPFL et au Service de la Promotion Économique du Canton de Vaud. A cette occasion, l’ambassadrice des USA en Suisse et Lichtenstein, Suzi LeVine, a donné un éclairage surprenant sur la question du droit à l’échec :

« Les StartUp sont le noyau du développement de la classe moyenne aux USA. Les entrepreneurs créateurs d’innovation sont devenus des investisseurs. On constate qu’ils ne financent pas ceux qui n’ont pas connu l’échec déjà auparavant : s’ils n’ont pas échoué déjà, ils n’ont donc pas appris ! Et donc de plus en plus les gens portent l’échec comme une fierté. Echouer n’est plus stigmatisé aux USA, tant que cela rime avec ‘Qu’avez-vous appris ?’ »

Quel contraste avec l’esprit helvétique ! Ici une StartUp n’a pas de statut différent de celui d’une entreprise, donc un échec est une faillite d’entreprise, très lourd à assumer dans ses conséquences légales et administratives ! La Suisse investit peu dans l’échec ! Alors que Dieu ose investir dans l’échec :

« Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » (Mc 2 :17)

On pourrait considérer la mort de Christ sur la croix comme un échec absolu… à vues humaines seulement ! Car trois jours plus tard la victoire n’en a été que plus définitive ! Celui qui a connu l’échec serait donc le pécheur ; il a appris de ses erreurs/égarements, ce serait la repentance ; et l’entrepreneur créateur d’innovations c’est le Dieu de toute Grâce qui nous pardonne en Jésus-Christ crucifié et ressuscité, et qui nous appelle à être ouvriers dans la moisson jusqu’à ce qu’il vienne !

Olivier Fasel, enseignera le cours sur l’implantation d’Église dans le cadre de la formation FBSE les 28-29 avril 2017.

Élections présidentielles françaises 2017

Pour qui voter lors de la présidentielle 2017? La commission foi et vie de l’AEEMF a jugé bon de publier une exhortation aux Églises mennonites de France en vue des élections présidentielles 2017. Vous la trouverez dans la rubrique « téléchargement – divers » du site du Bienenberg. Bon discernement à chacun(e)!

Les relations entre musulmans et chrétiens

Le contexte actuel rend les relations entre musulmans et chrétiens tendues. Comment vivre ensemble de façon pacifiée en cherchant à allier vérité et amour? Evelyne Reisacher, professeure d’islamologie et de relations interculturelles à l’université de Fuller aux États-Unis (CA), donne ici quelques pistes réalistes pour les chrétiens:

Cette interview a été réalisée lors du passage d’Evelyne Reisacher en Suisse pour un cours dans le cadre du programme FBSE.

Bénir le roi de l’univers?

photo_bible en live judaÏsmesSavez-vous ce que signifie l’expression « bénir le roi de l’univers« ? Comment pouvons-nous « bénir Dieu« ? Ne devrait-on pas plutôt dire « louer Dieu« ? Certaines expressions employées par l’Ancien Testament semblent complexes à comprendre et un détour par la pensée hébraïque s’avère bien utile! Diana Schärer animera une journée -ouverte à tous – d’introduction aux judaïsmes à Tavannes (BE, Suisse) le 6 mai 2017. Elle nous livre ici quelques clés de compréhension.

Mieux comprendre la prière juive – et la bénédiction en particulier

  • La prière juive est une affaire à la fois individuelle et communautaire, et est un des piliers, pour ainsi dire, de la vie juive.
  • La prière individuelle est avant tout un moyen de communication avec Dieu pour exprimer nos sentiments, réactions et besoins. Par contre, quand on la regarde à travers le prisme de l’adoration et du culte juif en général, la prière est bien plus que cela. Elle est partie intégrante de la vie religieuse et spirituelle d’un juif pieux – une partie essentielle, même si une partie seulement.
  • Elle ne saurait être séparée artificiellement du reste, car c’est avec l’ensemble qu’elle crée le tout qu’est le Judaïsme. Les autres composantes essentielles du Judaïsme sont l’étude, la pratique rituelle et une vie éthique.
  • La prière est notre façon de communiquer avec Dieu. Cependant, le but ultime est l’action, la vie elle-même. L’étude a de la valeur en elle-même, mais sa valeur ultime est dans l’effet qu’elle produit sur notre façon de vivre. La même chose peut être dite de la prière. Les gens veulent se sentir près de Dieu. Ils veulent exprimer leurs sentiments, leurs craintes, leurs espoirs. La prière nous rend plus conscients du monde, de la nature, de l’histoire, du rôle de Dieu dans l’histoire, de la nature de Dieu et de ses demandes envers nous. Elle ouvre sur l’étude et sur l’importance d’accomplir les commandements –  à la fois rituels et moraux. On devrait sortir du temps de prière enrichi spirituellement et purifié. Celui qui prie devrait développer une sensibilité vis-à-vis de tout et tous autour de lui, et de sa responsabilité vis-à-vis des autres.

Ceci est particulièrement vrai des bénédictions, qui sont une forme spéciale, ou spécifique, de prières.

Le rythme des bénédictions

  • La vie d’un Juif pratiquant est rythmée par des bénédictions tout au long de la journée : du matin au soir, nous bénissons Dieu pour toute chose. Plus qu’une simple récitation de phrases apprises par cœur, c’est un moyen de rester en lien avec notre créateur à tout moment, et de rester reconnaissant et émerveillé.
  • Il y a des bénédictions pour pratiquement toutes les situations imaginables, y compris les temps de prières réguliers et avant et après avoir mangé un repas. Il y a des bénédictions spécifiques pour différentes sortes de nourriture et parfums, occasions et expériences : on devrait profiter de toute occasion pour louer et bénir le Seigneur.  Elles nous gardent toujours en relation avec lui, conscients de sa présence et du fait qu’il est le créateur qui nous a fait don de la vie.
  • D’après la tradition, certains Psaumes (par exemple 136, 147 et 148) étaient la base pour les bénédictions, appelés b’rakhot en hébreu ; probablement les textes de la plupart des bénédictions étaient déjà établis autour de 350 avant Jésus-Christ – ils faisaient donc certainement aussi partie des prières et bénédictions récitées par Jésus.
  • Ces bénédictions sont récitées selon une forme spécifique : une partie qui est toujours la même, et une partie avec des paroles appropriées pour l’occasion. Cette petite phrase courte contient en elle-même tout un univers : elle commence par adresser Dieu, nous situe dans notre relation à Lui et nous place dans sa présence directe et immédiate. Pour un bref instant, elle nous sort de notre course folle qu’est la vie quotidienne en nous aidant sur le chemin d’une vie dans la présence de Dieu. Chaque acte profane devient saint, le temps devient un sanctuaire, et notre corps le temple de l’Esprit dans lequel nous officions.
  • Mais les bénédictions sont aussi faites dans les temps difficiles : elles apportent de la paix, car nous pouvons savoir que nous ne sommes pas seuls dans ces moments-là.

Bénir Dieu

  • Le mot « bénir » n’implique-t-il pas la grâce de quelqu’un plus grand vers quelqu’un d’autre ? Ne devrait-on pas dire « louer » ? Comment pouvons-nous « bénir » Dieu ?
  • Une telle bénédiction est une prière, mais aussi une confession de foi, car en hébreu, le terme signifie non seulement exprimer ce pour quoi nous voulons bénir Dieu, mais encore déclarer qui est Dieu. Ainsi, la b’rakhah appelle une réponse de la part de Dieu.

Rejoignez-nous le 6 mai prochain: Nous ferons connaissance avec quelques bénédictions traditionnelles et leurs significations, et écrirons ensuite nos propres bénédictions. Il n’y a ici ni « juste », ni « faux », car ces b’rakhot  expriment notre relation avec Dieu. Le but est de nous rendre conscient de sa présence dans nos vies à tout moment, afin d’y voir des étincelles du sacré dans leurs moindres recoins.

Informations pratiques – Flyer

  • Journée de formation: 6 mai 2017 de 8h15 à 17h05
  • Lieu: EEMT de Tavannes (BE, Suisse)
  • Prix: 60 CHF/personne – repas de midi tiré du sac
  • Inscriptions jusqu’au 2 mai 2017 à info@bienenberg.ch
  • Nombre de places limités.

Qui sont les anabaptistes?

nsmail-2Les Anabaptistes sont issus de la Réforme du début du XVIe siècle. Ils étaient décidés à aller plus loin que les grands réformateurs dans leur rupture avec le passé ecclésiastique et leur soumission à l’autorité de la Bible.

L’appellation d’Anabaptiste vient de l’expression allemande Wiedertäufer ou Täufer, ce qui donne dans notre patois alsacien « Daïfer ». A l’origine il s’agissait d’un sobriquet dont étaient affublés tous les radicaux opposés au principe du baptême d’enfants et qui prônaient un baptême de l’adulte croyant (selon l’apôtre Paul : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé »). Ainsi ils « rebaptisaient » ceux qui l’avaient été une première fois dans l’Église officielle à leur naissance.

Ces Anabaptistes du début, bien loin de représenter une entité homogène, se répartissaient en diverses tendances, divers courants qui émergèrent quasi en même temps du Nord de l’Europe jusqu’au Sud des Alpes, et de l’Alsace jusqu’en Moravie. Une tendance baptiste et pacifiste dès les origines s’est surtout développée dans le Sud de l’Allemagne et en Suisse, également en Alsace. C’est à Zurich, autour du réformateur Zwingli, qu’un petit groupe d’intellectuels, dont Conrad Grebel et Félix Mantz, avait mené sa réflexion. Ils ne tardèrent pas à quitter Zwingli en rejetant les « compromis », les concessions qu’il avait faites avec les autorités à propos de la célébration de la Sainte Cène, du baptême des enfants et des rapports entre l’Église et l’État. Leurs idées se propagèrent très rapidement de ville en ville et dans les campagnes sous l’action de prédicateurs itinérants. Dans les années qui suivirent ils fixèrent une doctrine.

En Europe du Nord c’est un ancien prêtre du nom de Menno Simons qui parviendra à rassembler, instruire et restructurer les communautés anabaptistes (une princesse de Frise fut la première à donner son nom aux mennonites).

C’est par centaines que les Anabaptistes passèrent de vie à trépas par le glaive, le feu ou l’eau dans une sorte « d’ultime baptême » comme ironisaient certains bourreaux. Strasbourg, ville libre d’Empire, constitua un temps pour les Anabaptistes de tous bords un havre de paix, une ville refuge, « la cité de l’Espérance ». La mosaïque politique très complexe de l’Alsace centrale, découpée en seigneuries, comtés, villes libres, se réduisant parfois à la possession d’un seul village, était favorable à la propagation de l’anabaptisme. Au XVIIe siècle, on assiste à un regroupement des Anabaptistes en direction des terres des Ribeaupierre où la tolérance religieuse était éprouvée et connue ; les importants besoins de main-d’œuvre à la suite de la Guerre de trente Ans ont grandement facilité leur intégration.

Un profond bouleversement s’opéra dans les milieux Anabaptistes durant la dernière décennie du XVIIe siècle. Sous la conduite de Jacob Amann, une soixantaine de familles bernoises, de solides et rudes éleveurs montagnards, partis principalement de l’Emmenthal, étaient venus s’établir dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines. Cette vallée était dépeuplée depuis son déclin minier et les affres des guerres. Là, celui qui fut appelé le « patriarche », un homme au tempérament impétueux, s’est rapidement offusqué du mode de vie et de la discipline dans l’Église telle qu’elle était pratiquée par les Anabaptistes « bourgeois », entrainant la rupture entre les conservateurs amish (de Amann) et les progressistes mennonites.

En septembre 1712, l’intendant d’Alsace de La Houssaye, sur ordre de Louis XIV, ordonna aux baillis de faire sortir les Anabaptistes des terres de France. Cet exode s’est effectué dans des conditions particulièrement difficiles. Ils revinrent pourtant quelques années plus tard après la mort du roi. La communauté s’éparpilla de ce fait vers plusieurs horizons: la principauté de Montbéliard, la Lorraine, le comté de Salm, le val voisin de Villé et le duché des Deux-Ponts allié aux Birkenfeld. Bien loin d’affaiblir la communauté amish, celle-ci gagna en vigueur en se dispersant.

Voyons quels ont été les progrès les plus significatifs que nous devons aux Anabaptistes. Ils étaient passés maîtres dans la connaissance des soins à apporter aux bêtes et ils étaient une référence dans la lutte contre les épizooties. Ce sont eux qui produisirent par sélection la race bovine bien connue, dite Montbéliarde, qui alliait qualité bouchère et laitière. Dans le domaine agricole ils ont été les précurseurs de la technique de rotation des cultures et de la fumure, de la culture fourragère et de la pomme de terre pour ne citer que celles-là.

Installés sur les principales fermes du Sundgau et sur les métairies vosgiennes des vallées de Guebwiller, Masevaux et Munster, les Anabaptistes étaient constitués en une vingtaine d’assemblées dans l’est de la France.

Déjà sous le gouvernement napoléonien, le port des armes leur fut à nouveau imposé après qu’ils en furent dispensés par le Comité de Salut Public, ce qui provoqua, à côté d’autres raisons plus économiques (les familles étaient nombreuses), le départ d’une grande partie des amish d’Alsace et surtout de la Lorraine et du Palatinat vers le Nouveau Monde si plein de promesses.

Des communautés entières partirent ainsi pour les états du Nord-est (Pennsylvanie-Ohio-Indiana), où elles prospèrent encore de nos jours.

Les Anabaptistes ont eu une longue histoire en Alsace, parfois difficile, parfois heureuse. Ils y ont rencontré des difficultés existentielles, ils ont connu des crises d’identité. On soulignera leurs qualités professionnelles, la profondeur de leur foi, mais aussi leurs qualités humaines, ce dont ont pu bénéficier nombre de leurs concitoyens. Ils font indéniablement partie du paysage culturel alsacien, comme le mirent en évidence Erckmann et Chatrian dans « L’ami Fritz » ou le journaliste Alfred Michiels dans son « Les Anabaptistes des Vosges »: une culture, une histoire et des valeurs dont les Anabaptistes-Mennonites d’aujourd’hui, descendants des Amish alsaciens, sont les héritiers.

Robert Baecher sera le guide lors de la journée d’excursion prévue le dimanche 30 avril 2017 à l’occasion des 30 ans de la formation FBSE. Venez découvrir l’histoire grandeur nature en visitant 4 lieux importants de l’histoire anabaptiste! Pour tout renseignement supplémentaires et inscriptions: info@bienenberg.ch

Le ministère féminin – textes bibliques

Le ministère féminin a assurément fait couler beaucoup d’encre et de salive. Comment comprendre des textes qui semblent comporter une certaine ambivalence? Linda Oyer, ancien professeur de Nouveau Testament à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, présente ici les différents textes bibliques qui parlent des femmes et explique comment les comprendre. Cette vidéo de 30 minutes a été montrée la première fois lors de la journée de réflexion au sujet du ministère féminin le 28 janvier 2017 (CeFoR Bienenberg). Elle est brillante de clarté!

Découvrez le chapitre de Linda Oyer: « Lire Paul à la lumière de Jésus » dans « de l’Écriture à la communauté de disciples« , Excelsis, 2016

Lisez le compte-rendu de cette journée de réflexion!

Si le sujet vous intéresse, ne manquez pas le blog « Qui nous roulera la pierre?« 

40 ans après… le bilan!

Marie-Noëlle Yoder, Madeleine Bähler et Marie-Noëlle von der Recke

Marie-Noëlle Yoder, Madeleine Bähler et Marie-Noëlle von der Recke, trois enseignantes du Bienenberg.

-Par Joëlle Razanajohary-

Trois femmes vont parler, l’une après l’autre. Elles n’ont ni le même âge, ni la même situation de vie. Elles se sont succédé au poste d’enseignante au Bienenberg et participent à une journée bilan, 40 ans après la nomination de la première, Marie-Noëlle von der Recke. Leurs discours résonnent d’étranges points communs. L’une après l’autre, elles égrènent leurs joies, leurs profondes reconnaissances envers l’organisme de formation qui les a accueillies et leur a ainsi permis d’exercer librement leurs dons, alors que tant de femmes ailleurs sont empêchées d’exprimer leur potentiel au motif de leur sexe. Elles partagent leurs remerciements d’avoir été portées, voire protégées par leurs homologues masculins mais aussi leurs difficultés dont les souvenirs sont toujours présents, quoiqu’elles aient été assez  différentes pour chacune.

L’adage populaire parle de « moment d’éternité » lorsque dans une situation commune, de l’incongru s’immisce, transformant soudainement le normal en  transcendance. Ainsi lorsque Madeleine Bähler parle de ses propres difficultés  sans s’apercevoir que dans son dos, une biche, un faon, que sais-je, passant au loin sur la colline enneigée, s’arrête et lentement tourne sa tête délicate vers elle… La voix nouée par le souvenir des oppositions farouches qu’elle a endurées et dont elle ne nous livrera cependant rien d’autre qu’une rapide mention, elle ne voit pas la  biche qui à cet instant la regarde fixement. Moment d’éternité, de grâce inouïe et éphémère. Mon cœur se dilate. Puis, tranquillement, la biche détourne sa tête et reprend sa route vers le bois adjacent.

Pasteure à la fédération des églises évangéliques baptistes de France, je sais que j’aurais certainement pu tenir le même discours, avec les mêmes accents, en face d’un parterre de représentants de ma « maison ». La différence des sexes est un fossé bien plus large à combler que celui qui sépare nos familles d’églises ; la souffrance des femmes toujours et partout,  porte les mêmes fruits de tristesse. Mais si elle est insignifiante pour un grand nombre, elle ne passe cependant jamais inaperçue aux yeux de notre Dieu. A cet instant, il me plait de « voir » dans cette rencontre inaboutie entre une femme qui ouvre son cœur à d’autres et une biche insouciante, le signe de la présence et de la tranquille approbation de celui que, comme ces trois femmes, je sers jour après jour.  Comme elles, je ressens un écartèlement intérieur lorsque je  fais face à des positions opposées : d’un côté, les simples railleries qui, s’additionnant  aux  oppositions plus frontales, s’entremêlent violemment  avec les exhortations bienveillantes et l’accueil  encourageant des autres.  Cette image improbable et imprévue touche mon cœur en profondeur et ramène à la surface de ma conscience  le souvenir d’anciennes blessures cuisantes.

Cependant, l’heure n’est pas à la lamentation. Marie-Noëlle Yoder, enseignante actuellement en poste  (la seule des trois à être mariée et maman de deux jeunes enfants, partage son besoin de modèles et sa difficulté à trouver des repères puisque l’absence de collègues femmes dans la même situation qu’elle, l’amène à expérimenter un douloureux sentiment d’innovation permanente. Mais point d’oppositions farouches dans son trajet de vie… Lentement, la roue tourne, les mentalités changent.

Puis, Linda Oyer, par vidéo, apporte à l’assemblée un enseignement fort qui déstabilise un grand nombre par sa nouveauté, tout en ouvrant un nouvel espace de lecture et d’interprétation des Écritures. De nombreuses femmes en sortent encouragées, renouvelées.  Les yeux brillent et les langues commencent à se délier. Le temps de l’appropriation de la parole pour chacun est arrivé. Un « world café » atypique offre alors à tous les participants un espace pour faire connaissance et pour se dire, pour placer sa propre pierre dans l’édifice de la journée. Il était temps, plusieurs trépignaient du besoin de « dire » leur souffrance, leur ras-le-bol, et du besoin de les confier à ces cœurs ouverts et bienveillants. La grâce et l’accueil inconditionnel ouvrent des espaces de guérison dans le cœur de ces biches blessées.

(Pour ceux et celles qui souhaitent retrouver le contenu de cet enseignement – et je les y encourage fortement – il est possible de lire l’article « Lire Paul à la lumière de Jésus », sa contribution au livre De l’Écriture à la communauté des disciples, sous la direction de Neal Blough, qui contient la substantifique moelle du partage qu’elle nous a offert.)

Un chant en latin entonné a capella, du fond de la salle par un homme debout qui tient une assiette à la main et immédiatement repris à plusieurs voix – un chant qui vient de Taizé, me dit-on – et qui inaugure le repas, me ravit. Personne ne s’arrête, tous les mouvements commencés se prolongent, simplement portés par les harmonies qui enflent doucement. La douceur et la simplicité de ce chant spontané et connu de tous apparemment, me touche également. A nouveau la grâce, la dilatation du cœur… Décidément, cette journée chez les Mennonites est pleine de surprises !

Lors de ce repas partagé, les bruissements incessants des conversations témoignent de la joie d’innombrables retrouvailles, mais aussi des réflexions que suscitent en chacun, en chacune, ce qui vient d‘être reçu.

Les ateliers de l’après-midi tombent alors à point nommé pour ouvrir un nouvel espace, dédié cette fois à la réflexion communautaire. Ces ateliers sont au nombre de quatre :

  • « En quoi les femmes ont-elles changé la vie des Églises ? » avec Elsbeth Zürcher-Gerber, Patrizia Hofer, Bernhard Ott
  • « Le sujet du ministère féminin n’est-il pas d’un autre temps ? » avec Fritz Goldschmidt, Marie-Noëlle Yoder
  • « Les Églises se féminisent-elles ? » avec Jürg Bräker
  • « Pourquoi les femmes sont-elles toujours absentes des directions d’Église ? » avec moi-même et Michel Sommer, Lukas Amstutz.

Les intitulés riches et précis, le but affiché de travailler dans l’objectif d’une mise en perspective pour l’avenir, mais aussi le format des ateliers articulés en deux moments (mini-conférence suivie d’un brainstorming communautaire) rendent cette expérience unique pour moi, pasteure baptiste. Malgré la proximité de nos fonctionnements et de nos théologies, les principes du congrégationalisme et du fédéralisme semblent mieux articulés et encore plus prononcés chez les Mennonites que chez les Baptistes. A moins que ce ne soit un autre effet de cette grâce qui accompagne de son reflet tous mes ressentis depuis l’apparition inopinée et matinale de cette biche aux yeux doux…

L’atelier s’achève tambour battant, un peu trop vite à mon goût. Des pistes de travail pour les années à venir sont esquissées et les grandes feuilles de paper board que nous utilisons noircissent lentement sous le flux des propositions des participantes et participants. Nous n’avons pas le temps de synthétiser l’ensemble de ce qui a été énoncé… Dommage ! Il va falloir veiller à ne pas laisser tout cela en friche…

Les autres ont-ils vécu cette même sensation d’inachèvement ? Nous ne le saurons pas, malheureusement. Il était prévu de centraliser les résultats pour permettre à chacun  d’entendre quelque peu ce qui s’est passé dans les autres groupes, mais il semble que  le temps nous ait échappé et ait filé comme à son habitude lorsque la passion s’empare des heures.

Des vœux sincères dans la bouche de tous les acteurs de la journée et d’autres encore, des officiels de la fédération, viennent clore ce moment de commémoration et de travail. Des vœux sincères, certes,  mais qui semblent peiner à s’enraciner dans des initiatives concrètes et relayées sur le terrain des communautés. Nous touchons là aux limites du congrégationalisme.

Et sur ce point, Baptiste et Mennonites se rejoignent. Nous savons formuler des vœux sincères et justes. Cependant, face à la pression d’une société en proie à des dérives de plus en plus nombreuses et violentes, notamment quant à la place et aux rôles des femmes, que peuvent faire des vœux s’ils ne sont pas traduits en actes avec le désir d’une véritable collaboration homme-femme ? Comment agir demain pour aider le plus grand nombre à prendre conscience du caractère puissamment fructueux de cette collaboration ? Quelques pistes ont été égrenées cet après-midi, comment les mettre en œuvre ?

Comment protéger les jeunes générations des extrêmes qui les menacent, alors même que l’une des caractéristiques de la jeunesse est d’aimer l’adrénaline que produit l’extrême… D’ailleurs, la moyenne d’âge des participants et des participantes était assez élevée, les organisateurs l’ont bien remarqué.  Où était donc la jeunesse d’aujourd’hui ? Les jeunes femmes et les jeunes gens ne se sentent-ils pas concernés par cette problématique ? S’agirait-il effectivement pour eux d’une problématique d’un autre temps ? Ou peut-être plus simplement la formule « journée de formation » ne leur convient-elle pas ? Faudrait-il inventer d’autres formats pour eux ? Et lesquels ?

Comment d’ici même, de ce haut lieu de formation pour les églises mennonites de France et de Suisse qu’est le Cefor Bienenberg, faire rayonner cet appel à entrer dans une complémentarité réelle et égalitaire sans pour autant faire peser sur les églises une quelconque obligation ? Le Centre a-t-il joué un rôle d’émulation dans la fédération en nommant des femmes parmi le collège d’enseignant ou ce choix n’a-t-il finalement eu qu’un impact limité au niveau des églises ?

Autant de questions auxquelles il faudra réfléchir…

Plus tard.

Pour l’heure, sur le chemin du retour dans la nuit, je n’aspire qu’à me plonger encore et encore dans le délicieux et violent contraste qui aura nourri cette journée : la douleur de la voix nouée de Madeleine Bähler et la douceur inégalable de ce regard de biche posé sur elle.

Combien il est bon notre Dieu lorsqu’il se tourne vers nous pour recueillir nos larmes, nos soupirs. Combien sa douceur régale nos âmes assoiffées. Que nous soyons hommes ou femmes, son cœur déborde de bienveillance et de grâce et le flot de son amour seul guérit nos cœurs blessés. C’est cet amour-là qui nous permet de continuer à avancer malgré les difficultés du chemin. Le royaume de notre Dieu n’est pas de ce monde, a dit celui-là même  qui l’a instauré. Il le sait bien lui, puisqu’il est d’ailleurs, du ciel. De cet endroit où la mort, la haine, les hiérarchies et les dominations brutales n’ont aucune place.  Et tout à coup, encore une fois, face à la brulure intérieure que produit la conscience qu’il reste tant à faire et alors que l’amour semble si faible, si inapproprié dans cette lutte… La douceur d’une biche qui passe au loin sans bruit…

Quand les seniors occupent le Bienenberg…

Cherchez le diamant!

Cherchez le diamant!

Chaque année à plus ou moins la même époque, « ils » reviennent… « Ils », ce sont les seniors francophones qui investissent le Bienenberg pour « leur » séjour. Beaucoup sont des habitués, mais il y a aussi toujours, et heureusement, quelques nouvelles têtes.

Lorsque j’ai repris la direction de ce séjour, en 2012, j’avoue que je me demandais quand même un peu comment « la sauce allait prendre ». Il faut dire que je me retrouvais dans ce séjour avec mes propres parents – ce qui, il faut bien le reconnaître, n’est pas si courant ! Je n’ai pas été déçu… J’ai découvert un groupe vivant, heureux de se (re)trouver, et dont la joie de vivre s’est avérée contagieuse. Car en dépit des marques et limites inhérentes à la vieillesse, en dépit des épreuves de la vie et des passés pas toujours simples, en dépit de la solitude pour plusieurs, c’est toujours – sans négation du reste – l’affirmation de la foi et de la confiance en Dieu qui est ressortie des échanges et des témoignages. Et je dois bien le dire, j’ai plusieurs fois été moi-même interpelé, renouvelé, encouragé, quant à ma propre vie.

Je reste impressionné par la joie de vivre qui s’exprime dans ce groupe, alors qu’on est au crépuscule de sa vie. Impressionné encore par la qualité de relation, par l’attention des uns pour les autres, par l’esprit de service, qui toujours à nouveau se manifestent. Impressionné par les chants – des Ailes de la Foi, chantés à plusieurs voix, comme on ne les entend plus guère dans nos Églises – et le désir de louer le Seigneur chaque matin. Impressionné par le niveau de connaissances bibliques, témoignage de vies qui ont baigné dans les Écritures. Plusieurs fois je me suis dit que les plus jeunes, moi compris, en auraient bien de la graine à prendre…

Chaque année, je finis ce séjour fatigué, mais heureux. Et je m’attends à ce qu’il en soit de même pour la prochaine édition.

En 2017, nous parlerons et méditerons sur le thème du trésor…

… le Royaume comme une perle de grand prix (Mt 13.44-46 et par.), quelle priorité en faisons-nous ?

… le vrai trésor (Mt 6.19-21 et par.), est-ce celui que nous amassons ?

… le trésor épuré, diamant plus dur que le roc (Ml 3.1-4 ; Ez 3.9), ou comment Dieu nous forme à son service, à tous les âges de la vie,

… ce trésor enfin que nous portons dans des vases de terre (2 Co 4.6-10), c’est-à-dire avec notre faiblesse ou vieillesse qui ne nous empêche pas d’être porteur du vrai trésor…

Je me réjouis de vivre une nouvelle fois ce temps avec mes frères et sœurs, que je peux aussi appeler « amis »… Alors, s’il vous en dit, venez nous rejoindre !

Séjour seniors au Bienenberg, du 14 au 19 mai 2017 (arrivée le dimanche en fin d’après-midi, départ le vendredi vers 15 heures).

Être témoin aujourd’hui?

Le Dieu de la Bible est un Dieu missionnaire qui ne reste pas indifférent face à la rupture entre Lui et sa création, et notamment l’humanité. Depuis Éden où il cherche l’homme et la femme qui se cachent, jusqu’à l’Église qu’Il envoie en mission tout au long des siècles, Dieu est à l’œuvre, habité par le désir de guérir et de se réconcilier avec les humains.

L’Église missionnaire est d’abord celle qui entre dans le désir et le projet de Dieu pour l’humanité. Nous avons besoin de méditer et d’entrer dans la profondeur de l’amour et de la compassion de Dieu pour toute l’humanité y compris pour ses ennemis. Si nous ne sommes pas nourris et interpellés par cet amour, notre détermination et notre ouverture restent faibles, face au défi que représente la mission.

Être nourris par l’amour de Dieu consiste à accueillir toujours à nouveau sa bonté d’abord pour nous ! Être remplis de l’amour de Dieu renouvelle notre motivation, comme l’apôtre Paul en témoigne pour lui en 2Co 5,14-15. Recevoir et transmettre l’amour de Dieu va au-delà de nos sentiments naturels, de nos sympathies, de nos affinités. Cela demande un travail de l’Esprit qui ne se fait pas sans notre assentiment, et même notre désir.

Car ce n’est pas toujours si facile d’aller à la rencontre de ceux qui nous entourent et de leur témoigner de notre foi. Même engagés à la suite de Jésus, nous faisons l’expérience de résistances en nous. Nous n’avons pas tous les mêmes et nous ne les vivons pas tous de la même manière.

Il y a la peur, bien sûr. Peur de l’autre, de l’inconnu, du différent. Une des tendances de notre époque est au repli sur soi, sur sa famille, ses amis, voire son Église. Les médias nous dépeignent un monde dangereux. On observe des crispations identitaires et une méfiance grandissante envers ceux qui sont différents de nous, notamment les immigrés. La peur de l’étranger, qu’il vienne chez nous ou que nous soyons chez lui n’est pas une réalité nouvelle : à deux reprises, le livre de la Genèse (ch. 12 et 20) nous montre Abraham, craintif dans les territoires étrangers, qui fait passer sa femme pour sa sœur, car il a peur qu’on le tue pour la lui prendre. En Genèse 20, Abraham est obligé d’avouer ses préjugés face à Abimélek.

Le livre des Actes se fait l’écho de la profonde résistance de l’Église de Jérusalem à témoigner de l’Évangile de Jésus-Christ à des non-juifs. L’évangélisation des Samaritains commence avec le ministère de Philippe, lui-même loin de Jérusalem non de son propre choix, mais chassé par la persécution qui suivit la mort d’Étienne.

L’évangélisation des païens se fait par l’intermédiaire de Pierre, mais avant que Pierre accepte d’envisager la possibilité d’entrer chez un païen, Corneille, il en a fallu des miracles : visions, voix du ciel, Saint-Esprit qui parle à l’apôtre. Progressivement, Pierre évolue : « Dieu m’a montré qu’il ne fallait dire d’aucun homme qu’il est souillé ou impur » (Act 10,28) ; « En vérité, je comprends que Dieu n’est pas partial, mais qu’en toute nation celui qui le craint et pratique la justice est agréé de lui (10,34).

Parallèlement, et toujours suite à la persécution suite à la mort d’Étienne, des croyants en fuite arrivent à Antioche en ne disant « la Parole à personne qu’aux juifs ». Mais quelques-uns parlent aussi à des païens et beaucoup de convertissent.

Dieu, dans son désir que l’Évangile se propage partout, a contourné l’Église institutionnelle pour que l’Évangile aille aussi vers les non-juifs. Il a obligé L’Église à s’ouvrir, à dépasser les préjugés culturels, raciaux, etc.

Être témoin aujourd’hui nous demande aussi d’élargir nos cœurs et notre manière de penser pour aller vers les autres. Laisserons-nous l’amour de Dieu nous travailler, laisserons-nous le Saint-Esprit faire son œuvre en nous ? Qui sait jusqu’où cela nous conduira ?

Pascal Keller

Le module « Pour des Églises en mission » de la formation décentralisée pour responsables d’Église (Alsace-Nord) commence ce 30 janvier 2017! Le thème de la première soirée sera: « La mission de l’Église et des chrétiens – aspects bibliques et théologiques ».

5 raisons de ne pas faire une retraite spirituelle en 2017

retraite-2016

  1.   Ça sonne bizarre…

Une « retraite spirituelle » : ces mots sonnent pieux et poussiéreux. Ils évoquent le repli sur soi voire l’enfermement. Et puis, la retraite fait penser au troisième âge… Il faudrait appeler cela autrement !

Pourtant… même si le mot n’est pas tel quel dans nos Bibles, la pratique y est bien présente ! Jésus se retirait  loin de la foule et loin de tout, pour prier son Père (Mt 14.22 ; Lc 9.28). Son action, très importante, s’accompagnait de moments de retrait, pour être en communion avec son Père. Il était dans l’action et en retrait de l’action. Retrait, retraite, une seule lettre s’ajoute.

Ce va-et-vient entre l’action et le retrait indique un modèle. L’engagement pour l’Église, l’engagement au travail, l’engagement dans une famille ou avec des amis doit s’accompagner de moments de dégagement – où l’on se dégage de tout ce qui fait la vie habituelle.

2. Ça fait peur…

Une retraite spirituelle fait peur. Que ce soit en rejoignant seul une communauté qui vit le silence et la prière des heures (offices) ou que ce soit en participant à une retraite organisée (voir tout à la fin de cet article).

En effet, c’est partir vers l’inconnu. Comment ça se passe ? Qu’est-ce qu’on y fait ? Faut-il parler beaucoup de soi, en public ou à un(e) accompagnant(e) ? C’est aller aussi vers soi, vers son intériorité, ses pensées et ses désirs, ses blocages et ses peurs, justement ! On risque de tourner en rond dans sa tête et de se perdre…  Enfin, le silence (ingrédient « obligatoire » d’une retraite) inquiète. Que va-t-il se passer ? Ne va-t-on pas s’ennuyer ?

Ces peurs et d’autres sont compréhensibles. Il faut du courage pour s’inscrire à une retraite ! Ce qui peut rassurer, c’est qu’on y vit la liberté. Liberté de s’exprimer ou pas. Liberté de descendre en soi, dans ses profondeurs, ou pas. Liberté de se dévoiler dans la confidentialité d’un entretien ou pas.

Et il s’agit en retraite de faire le choix d’avoir une attitude bienveillante envers soi-même. Aussi bienveillante que le regard de Dieu le Père qui veut le bien pour ses enfants. Alors le silence s’apprivoise, un silence qui n’est pas vide, mais caisse de résonance pour la Parole de Dieu.

  1. Ça sert à quoi ?

Voici un argument plutôt masculin ! A quoi sert tout ce temps à ne rien faire ou à se regarder le nombril ? Si on veut s’abîmer en contemplation, on peut le faire chez soi, librement, quand on veut. Et en plus, c’est gratuit !

Ok, mais qui le fait vraiment chez soi ? Qui parvient à s’arrêter et à se retirer suffisamment ? Et qui n’a fait l’expérience d’avoir constamment le nez dans le guidon et de s’épuiser à la longue ? Où de ne plus bien savoir où l’on va ?

Une retraite ne constitue pas une perte de temps, mais donne les moyens de durer… Une retraite permet de prendre du recul ou de la hauteur par rapport à sa vie, à ses priorités abandonnées et à revisiter, aux relations à clarifier, à ses désirs devant telle décision, etc.

Le contexte d’une retraite spirituelle rend davantage disponible à l’écoute de la Parole de Dieu, autrement et parfois plus clairement que dans le brouhaha du quotidien ou que lors des cultes.

Qui se souvient le lundi de la prédication du dimanche ? Le choix de consacrer de manière substantielle du temps à Dieu, le silence et le contexte sécurisé, tout cela permet souvent à la Parole de Dieu, lue, méditée, priée, de faire son chemin en soi de manière nouvelle, jusque dans les recoins de sa vie… Ou plus simplement de recevoir les forces, par le Saint-Esprit, de vivre la radicalité de l’Évangile au quotidien, dans le don de soi et jusqu’à l’amour des ennemis.

  1. Ce n’est pas prioritaire

Priorité à la famille ou aux amis, priorité à la formation, priorité à l’Église… Et ces priorités se renforcent : un engagement important pour l’Église demande de bénéficier de formation pour son service ou de consacrer du temps à sa famille.

Il est vrai que ces bonnes priorités ont toute leur place. Pourtant, n’y aurait-il pas une priorité aussi grande à accorder à la relation avec Dieu ? Et la « relation avec Dieu », qui inclut le cœur du croyant, passe par du repos, de la détente (au sens noble), une promenade dans la nature, des réflexions mises par écrit, la relecture du passé récent ou lointain, la méditation/rumination de textes bibliques, l’expression de sa prière, une peine ou un aveu à déposer, un engagement à prendre…

En ce sens, on ne s’ennuie pas dans une retraite spirituelle : il y a tant de paysages intérieurs à parcourir et tant de moyens de les visiter…

  1. Ce n’est pas des vacances…

Nous vivons dans un stress permanent. Nos jours et nos nuits sont remplis à ras bord. Il nous faut des pauses sous la forme de vacances relaxantes. Des moments où l’on vit sans horaires ni contraintes, des moments de liberté, de découverte, de plaisir. Ou alors des temps où l’on s’éclate par des activités hors du commun ou à forte sensation.

On peut comprendre, et les vacances sont un cadeau il est vrai. Pourtant, pourquoi ne pas glisser pendant les vacances une retraite spirituelle pour ralentir son mode de vie, son corps, ses pensées, son âme ?  Les vacances à la mode occidentale ressemblent furieusement au mode de vie consumériste quotidien. On y reste à la surface des choses et de sa vie. Une retraite spirituelle est un OVNI : un Objet Visant une Nouvelle Intimité…, avec Celui qui est la source de la vie.

Pour aller plus loin…

Retraite spirituelle au Bienenberg. « Viens et re-prends le chemin… ». Du 8 au 14 juillet 2017. Avec Madeleine Bähler, Claire-Lise Meissner-Schmidt, Jane-Marie Nussbaumer, Sabine Schmitt. Michel Sommer.