Ils en parlent – La souffrance, un chemin de vie ?

Le numéro Avril 2017 du magazine Le Christianisme aujourd’hui a publié une brève recension Dossier de Christ Seul écrit par Linda Oyer, La souffrance, un chemin de vie ?

“Il est paradoxal qu’un livre aussi court traite avec autant de profondeur l’éternelle question de la souffrance et des épreuves permises dans nos vies par un Dieu tout puissant et plein d’amour. Un ouvrage simple sans être simpliste, qui peut se lire même au sein de difficultés.”

A commander ici.

Linda Oyer a aussi publié aux Editions Mennonites “Cheminer avec Dieu. La foi au quotidien” et “Dieu à nos pieds. Une étude du lavement de pieds“.

 

 

Face à la crise politique : jeûner…. et résister

Partager un bon repas est un bienfait pour le corps et l’esprit. Qui n’en conviendrait ? Manger, c’est aussi recevoir ce qu’il nous faut pour vivre. Cependant, c’est le jeûne qui nous réapprend à apprécier ce don de la Création et à en jouir avec modération. Le jeûne, c’est un choix autodéterminé qui nous donne des impulsions pour développer un style de vie et d’économie solidaire, empreint de contentement.
« Jeûner face à la crise politique ». Voici le titre d’une semaine de jeûne qui a eu lieu fin mars et a réuni un groupe de personnes de divers horizons à l’église mennonite de Berne (CH), en collaboration avec ChristNet. En tant qu’animatrice de temps de jeûne avec accréditation médicale, je constate que le jeûne, tout en procurant du repos à notre système digestif, rend notre esprit plus libre et réceptif. Il nous permet d’être à nouveau attentifs aux choses que nous ne voyions plus, aux mots et aux odeurs… Tous nos sens se réveillent et nous rendent sensibles à nous-mêmes, à notre environnement, à nos prochains. Le jeûne casse des comportements bien rodés et nous invite à essayer quelque chose de nouveau qui fait du bien à nous-mêmes et aux autres.

CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE

C’est exactement l’état qu’il faut pour regarder de plus près et sans œillères ce qui se passe dans le monde. Ne sommes-nous pas tous inquiets face à ces hommes forts, avides de pouvoir, tout en étant embrouillés dans la violence et la corruption ? Ces hommes qui exercent (à nouveau) une force d’attraction apparemment irrésistible ? Et non seulement des hommes : des femmes aussi empruntent le chemin du populisme pour obtenir le pouvoir. Comment est-il possible que des personnes qui proposent un programme politique basé sur l’exclusion, le racisme et l’appropriation illégitime puissent gagner des élections ? Que pouvons-nous faire ?

 

VOLONTÉ DE RÉSISTER…

Démêler les racines de ce problème est très complexe et, lors de notre semaine de jeûne… non, nous n’avons pas trouvé de réponses et de solutions toutes faites. Mais nous avons trouvé la volonté de résister. C’est dans la résistance non-violente que la beauté et le potentiel créatif de l’humanité brillent le plus fort. Pour cela, il nous faut, d’une part, cheminer et prier ensemble afin de rester dans la cible. Il nous faut, d’autre part, nourrir notre conscience au quotidien afin de trouver des pistes concrètes, comme par exemple choisir un mode alimentaire qui ne nuise pas à nos prochains du Sud.

  … DANS LE SILENCE ET LA LENTEUR

Dieu manifeste sa puissance en tant que force de création, de vie, d’amour et de bienveillance. Il crée la vie dans le silence et la lenteur. De la même manière, nous voulons exprimer notre résistance face aux puissances et aux autorités par la foi, l’amour et l’espérance. Tel pourrait être le bilan de cette semaine de jeûne.

Un mennonite mort en oeuvrant pour la paix en RDC

Le 12 mars dernier, deux experts de l’ONU, Mike Sharp et Zaida Catalan – et leur interprète Betu Tshintela – ont été kidnappés en République Démocratique du Congo (RDC), alors qu’ils étaient en route avec trois autres Congolais. Le 27 mars, leurs corps ont été retrouvés près de Ngombe. On est sans nouvelles des trois chauffeurs. Les communautés mennonites américaines et allemandes sont particulièrement émues par ces événements. En effet, Mike Sharp, qui n’avait que 34 ans, était mennonite, il avait étudié à Eastern Mennonite University aux USA et travaillé en Allemagne avec le Comité mennonite allemand pour la paix dans le réseau de soutien aux soldats états-uniens voulant quitter l’armée. Après son Master sur les conflits internationaux à Marburg, il était parti en RDC comme volontaire du Mennonite Central Committee. Là, il avait participé aux efforts de rapatriement de réfugiés rwandais dans leur pays et à des négociations avec des chefs rebelles dans l’Est du pays. Grâce à ce programme, plus de 1 600 miliciens avaient abandonné la lutte armée. Depuis 2015, il travaillait pour la Monusco, la mission de l’ONU pour le maintien de la paix en RDC.

GUERRE CIVILE

Depuis la fin du régime de Mobutu en 1997, la RDC n’a pas connu la paix. D’innombrables milices rivales rwandaises ou ougandaises s’affrontent avec les forces gouvernementales, surtout dans l’Est du pays. Les villageois sont les premières victimes de cette lutte dont les enjeux économiques locaux et internationaux sont considérables. La guerre civile a causé la mort de millions de personnes.

 

MILICES ET FORCES GOUVERNEMENTALES

Jusque récemment, le Kasaï, au centre du pays, avait été épargné par la violence. Mais au début de 2016 a éclaté un mouvement de rébellion lancé par Kamuina Nsapu, chef coutumier frustré de l’ingérence gouvernementale dans les structures locales traditionnelles. La mort du chef de la rébellion a exacerbé le mouvement. Bilan au bout d’un an : plus de 400 morts, 216 000 personnes déplacées. Les milices accusées d’atrocités, les forces gouvernementales soupçonnées de répression brutale. Va-t-on vers un embrasement de tout le pays ? C’est ici qu’intervient la mission de l’ONU qui charge Mike et sa collègue suédoise d’enquêter : sur les groupes armés, les violations des droits humains et les possibles violations d’un embargo sur les armes dans le pays. Les milices sont-elles responsables de leur mort ? Les forces gouvernementales avaient-elles intérêt à les empêcher de faire leur travail d’investigation ? Une enquête sur leur enlèvement et leur assassinat est promise.

PLEURS

Nos Églises ont perdu un jeune homme consacré à son Seigneur et prêt à le servir dans un contexte des plus difficiles. Sa foi et son engagement sont un exemple lumineux, une illustration de la béatitude, « heureux les artisans de paix ». Nous le pleurons. Lui nous encouragerait sans doute à pleurer plutôt sur les millions de victimes anonymes de la guerre en RDC.

Légende photo : Michael Sharp en République Démocratique du Congo, lorsqu’il travaillait pour le Mennonite Central Committee. Crédit : Copyright © 2017 DMFK

Pour aller plus loin…

http://wboi.org/post/remembering-michael-sharp-he-risked-his-life-make-peace#stream/0
https://www.theguardian.com/global-development/2017/apr/05/trump-double-tragedy-congo-us-aid-un-investigators-michael-sharp-zaida-catalan
http://www.mennonews.de/archiv/2017/03/29/entfuehrte-un-mitarbeiter-tot-aufgefunden/
http://mennoworld.org/2017/03/29/news/sharp-pursued-peace-around-the-globe/

Président des Présidents

Nous venons de fêter Vendredi Saint et Pâques, la mort de l’unique Juste et sa résurrection, signe du monde nouveau. L’épître aux Colossiens décrit ainsi l’une des facettes de cet événement : « Il a dépouillé les principats et les autorités, et il les a publiquement livrés en spectacle, en les entraînant dans son triomphe. » (Col 2.15). Par sa mise à mort, le Christ a révélé l’injustice des pouvoirs déchus lorsqu’ils ont éliminé l’Innocent qui les dérangeait. Sa résurrection par Dieu montre qui est le plus fort, en fait, même si cette victoire passe par la croix.

L’Église chante depuis lors que Jésus le Christ est Seigneur des seigneurs, Président des présidents. Et elle vit de la vie de son Seigneur, le suit et le sert, dans n’importe quel contexte politique, sous n’importe quel président…

Dans une autre épître et une situation sociale peu favorable, l’apôtre Pierre décrit les attitudes et les priorités des chrétiens « qui vivent en étrangers dans la dispersion » (1P 1.1) : « Honorez tout le monde, aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi. » (1P 2.17). Chaque mot compte ! De l’honneur pour tous les êtres humains sans exception, comme pour le roi, mais pas plus pour ce dernier, placé au même niveau que les autres humains… De l’amour pour, littéralement, la « fraternité », la communauté chrétienne où le règne de l’amour a commencé, ce qui est davantage que de l’honneur. De la crainte enfin, c’est-à-dire un respect et une obéissance à réserver à Dieu seul, ce qui distingue nettement Dieu du roi et ouvre à la possibilité d’une désobéissance civile parfois…

Entre Pâques et Pentecôte, quels que soient le résultat de l’élection présidentielle (p. 20-21) et l’avenir du pays et de la planète, ces priorités doivent guider les chrétiens, rendus audacieux par le don du Saint-Esprit et forts (voir les pages p. 8-12 sur les relations inter-Églises) par le lien de la paix qui les unit…

500 ans des Réformes – Deux questions non résolues : l’unité de l’Eglise et le Sola scriptura

Difficile de parler d’une seule « Réforme » : l’Église n’a pas cessé de connaître des réformes tout au long de ses deux millénaires d’existence. Neal Blough, professeur d’histoire de l’Eglise, revient aux fondements des questionnements. Qu’est-ce que l’Église et où se trouve son autorité ? Réponse tout en nuances. Quatrième article de cette série.

« Réforme » n’était pas un mot nouveau à l’époque de Luther. Déjà un siècle auparavant, au Concile de Constance, où l’on a réglé la question du schisme papal (Avignon ou Rome ?), la nécessité de réformer l’Église dans sa tête (la hiérarchie) et ses membres (la base) a été proclamée haut et fort. Au 11e siècle a eu lieu la « réforme grégorienne » qui a cherché à arracher l’Eglise de la main des pouvoirs politiques. Les mouvements monastiques ont connu des réformes nombreuses. Protestants et catholiques évoquent une Église semper reformanda, toujours en train de se réformer.

 

Conservatisme et adaptation

La nécessité constante de réforme vient non seulement du fait que l’Église peut être infidèle, mais aussi du fait qu’elle est « dans le monde » sans « être du monde ». Elle vit dans une tension constante entre sa mission de transmettre un Évangile qui « ne change pas » et le fait de se trouver constamment dans des contextes nouveaux. L’Église se voit souvent tiraillée entre un conservatisme qui ne veut rien changer et des adaptations puisant leur contenu plus du contexte que de l’Évangile, ce que nous appelons « syncrétisme ». Dire et vivre l’Evangile dans des contextes différents implique la nécessité constante de discernement, d’adaptation, de réforme, ainsi que la possibilité d’aller dans le mauvais sens.

Cherchons donc à discerner. En 2017, nous commémorons la Réforme mise en mouvement par Martin Luther. Cette Réforme, qui a aussi donné naissance à nos Églises mennonites, a accompli des choses qui étaient nécessaires, mais a aussi généré des conséquences non prévues avec lesquelles nous vivons toujours. Plutôt que de poser la question « que faudrait-il réformer aujourd’hui ? », nous examinerons deux questions restées ouvertes depuis Luther et la naissance du protestantisme.

 

Qu’est-ce que l’Église ?

Dès le Nouveau Testament et les premiers siècles de l’histoire chrétienne, l’unité de l’Église est vue comme quelque chose de fondamental. Cette unité est même devenue un article de foi dans le symbole de Nicée-Constantinople où il est question de l’Église « une, sainte, catholique et apostolique ». Les réformateurs, y compris anabaptistes, n’ont jamais remis en question cette formulation.

Ainsi, Luther et d’autres ne cherchaient pas à diviser l’Église, mais à la « guérir », dans son ensemble et localement. Le résultat a cependant été de nombreux schismes qui, dans le monde protestant et évangélique, se sont multipliés jusqu’à donner lieu à des milliers de dénominations aujourd’hui. Même si le désir de gérer localement la vie religieuse était un élément important au 16e siècle, les réformes (protestantes et catholiques) effectuées alors concernaient l’ensemble de l’Église occidentale. La « sur-centralisation » de l’Église médiévale a été l’une des cibles des réformateurs. La rupture a provoqué des Églises se proclamant « catholiques », mais en concurrence et conflit. Comme souvent, une réalité trop centralisée ou autoritaire provoque en réaction l’éclatement en morceaux.

 

Église locale ou centralisée

En réagissant – avec raison – à la centralisation, avec le temps, les familles protestantes se sont souvent éloignées de la vision de l’Église une. Pour beaucoup de mennonites, l’Église est surtout sinon exclusivement locale. Pour beaucoup de protestants, l’Eglise est au mieux nationale. Que dire ?

Ø  Si toute Église est locale, elle n’est pas que cela. L’Eglise est aussi universelle et osons le dire catholique. Dans beaucoup de lieux, des Églises locales existent tout en s’ignorant ou en se méprisant.

Ø  Les efforts missionnaires ont porté du fruit. Si, dans l’Europe sécularisée, le christianisme est souvent en recul, la présence de chrétiens issus de l’immigration nous rappelle que l’Église connait une expansion rapide en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Il y a un siècle, les mennonites d’Europe représentaient 50 % des mennonites dans le monde. Aujourd’hui, nous ne sommes que 4 %, dépassés largement par l’Éthiopie, l’Indonésie et la République démocratique du Congo. C’est un phénomène mondial dont nous n’avons pas commencé à mesurer les implications. Les Occidentaux sont minoritaires dans une Église mondiale en voie de transformation rapide. Mais les efforts missionnaires ont trop souvent transplanté les divisions de l’Occident, compliquant encore plus la question.

Ø  Les deux constats précédents impliquent l’importance d’une participation plus consciente aux efforts pour guérir les schismes et pour mieux collaborer entre chrétiens, aux niveaux local, régional, national et international. Ce n’est évidemment pas facile, mais le Christ a prié pour l’unité de ses disciples « afin que le monde croie ». Le manque d’unité des chrétiens nuit à la mission de l’Église.

Pour nous, la Conférence mennonite mondiale (CMM) semble être un pas important pour répondre à ces constats. Elle dépend et émane de la réalité locale des communautés mennonites, tout en les ouvrant à une réalité mondiale où le « Sud » prédomine désormais. Tout en cherchant à consolider une identité anabaptiste-mennonite, elle entre aussi en dialogue avec d’autres familles chrétiennes en vue d’une meilleure compréhension et collaboration. La CMM cherche en même temps à répercuter l’impact de ces dialogues sur le plan local et régional.

 

Qu’est-ce que l’autorité et où se trouve-t-elle ?

Si les chrétiens ne sont pas unis depuis la Réforme, c’est qu’il y a parfois (mais pas toujours) des différences théologiques importantes. Luther a posé le principe de sola scriptura, l’Ecriture seule, comme autorité et moyen de réforme face à l’Église médiévale. Les anabaptistes ont critiqué Luther et d’autres, justement à partir de ce même principe scripturaire. Dans un certain sens, il serait possible de décrire la Réforme comme un débat pour savoir qui a le droit d’interpréter l’Écriture : une hiérarchie avec ses traditions séculaires accumulées ou un regard nouveau sur l’Écriture seule débarrassé du poids des siècles. Tout en étant nécessaire et utile, le sola scriptura pose la question de savoir quelle est la bonne lecture de l’Écriture. À partir de la même Écriture, les réformateurs n’étaient pas capables trouver un accord sur la nature de l’Église, la cène, le baptême, l’éthique ou le lien avec l’autorité politique. Comment un texte, qui a besoin d’être lu et interprété dans des situations différentes, peut-il faire autorité ? Qui est autorisé pour le lire, que fait-on lorsqu’il y a désaccord ? Voici une source importante de nos difficultés actuelles.

Le problème n’était pas nouveau au siècle de Luther. L’Église ancienne avait rapidement découvert la nécessité d’avoir des « règles de foi », c’est-à-dire des « poteaux indicateurs » pour guider son interprétation biblique. Lors des conciles des premiers siècles, l’Église ancienne rassemblait des représentants de l’ensemble des communautés pour débattre des questions telles l’Incarnation et la Trinité. Les Églises catholiques, orthodoxes et protestantes reconnaissent les quatre premiers conciles « œcuméniques » comme « guides de lecture », mais depuis le 11e siècle, il n’y a plus de lieu reconnu par tous les chrétiens pour aborder les débats théologiques ou éthiques. Il n’y a plus de lieux où tous sont représentés.

 

Désaccords légitimes ou non

Que faire devant des différences de compréhension de l’Écriture ? Les familles mondiales (catholique, orthodoxe, protestante, évangélique) ont chacune commencé à réfléchir sur leur propre plan global, mais aussi entre elles. Le Forum chrétien mondial est un nouvel effort pour créer un lieu où toutes les familles chrétiennes se trouvent autour de la table. Des instances plus locales comme le Réseau évangélique, le Conseil national des évangéliques de France ou la Fédération protestante de France cherchent aussi établir des accords théologiques et éthiques. Le discernement théologique et éthique revient aux communautés locales, mais en même temps concerne toute l’Église. L’impossibilité pour les chrétiens de parler d’une seule voix est un empêchement majeur pour leur témoignage dans le monde. La question est complexe : quels sont les désaccords légitimes et lesquels ne le sont pas ? Nous connaissons les questions qui se posent sur la politique, l’éthique, l’argent, la sexualité, les doctrines fondamentales…

Encore une fois, la CMM en consultant ses Eglises membres pour produire les Convictions communes nous aide à avancer dans ce sens, et les échanges avec les autres familles nous apprennent nos propres manquements et contribuent à enrichir la réflexion des autres.

 

Être solidement mennonite au sein de l’Église chrétienne mondiale

Ne nous faisons pas trop d’illusions : même si des progrès importants ont été faits, l’unité des chrétiens n’est pas pour demain et les débats théologiques continueront à créer des tensions. Néanmoins, l’Église est appelée à être une, localement et au-delà, et à transmettre l’Évangile et ses conséquences pratiques et éthiques de manière fidèle. Le travail théologique est aussi important, car l’Évangile ne s’invente pas, nous ne sommes pas maitres de son contenu, il est à transmettre de génération en génération, dans des contextes différents et nouveaux.

Pour les mennonites, je plaiderais pour travailler et maintenir une identité solide à partir des intuitions qui sont les nôtres depuis le 16e siècle. Le monde et l’Église plus large ont besoin de l’Évangile de paix et de réconciliation, d’une Église qui ne se laisse pas inféoder aux pouvoirs politiques ni aux mentalités ambiantes qui vont à l’encontre de l’enseignement du Christ.

Mais nous ne sommes pas seuls, et probablement pas les meilleurs. Nous devons prendre notre place, en tant que mennonites convaincus, mais ouverts aux autres, au sein de la famille chrétienne mondiale. Ce n’est pas une tâche facile, mais c’est une nécessité biblique et théologique. Et si l’Église était une famille mondiale connue pour la paix, la réconciliation, la non-violence, le partage économique, son témoignage serait plus crédible qu’il ne l’est actuellement. Si nous nous proclamons être une « Église de paix », pourquoi sommes-nous si souvent absents des efforts pour guérir les plaies de l’Église ?

Neal Blough, directeur du Centre Mennonite de Paris, professeur d’histoire de l’Eglise à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine

Cet article est paru également dans Perspectives, mensuel des Eglises mennonites de Suisse, avril 2017, p. 4-5

“Pornographie – Le faux, le vrai & l’espérance !” : un livre à paraître

Le prochain Dossier de Christ Seul traite d’un sujet qui abime les corps et les coeurs…

“Pornographie – Le faux, le vrai & l’espérance” décrit le phénomène, et répond aux mensonges sur les femmes, les hommes et le sexe, véhiculés par le pornographie. Il propose un chemin pour rompre le cercle vicieux dans lequel on peut être enfermé et indique des mesures de prévention pour chacun, les parents, les Eglises locales…

Et l’espérance est possible, comme l’indiquent des témoignages qui rendent ces pages profondément humaines…

Ce livre sera disponible dans les prochaines semaines.

 

Un mennonite engagé pour la paix au Congo (RDC) a été tué

Comme deux autres personnes participant à la même mission, le corps de Michael J. Sharp, un mennonite de 34 ans engagé avec l’ONU en République Démocratique du Congo, a été retrouvé mort le 27 mars dernier. Un communiqué du Comité mennonite allemand pour la paix, avec lequel Michael Sharp avait collaboré auparavant, lui rend hommage.       

C’est avec une profonde tristesse que nous annonçons la mort de notre ancien volontaire pour la paix Michaël « MJ » Sharp. Le dimanche 13 mars il a été enlevé, puis tué peu après, au Congo. MJ était l’une des six personnes engagées dans une mission de la paix de l’ONU (Monusco) dans la République Démocratique du Congo. Sa collègue Zaida Catalan et l’interprète Betu Tshintela ont été tués en même temps.

MJ travaillait depuis 2012 au Congo, tout d’abord dans la zone aux prises avec la guerre civile dans l’est du Congo. Sa tâche consistait à partir en moto et à chercher à établir un dialogue avec des groupes de rebelles dans la région autour de la ville de Kivu. Il a fait savoir aux soldats et aux enfants-soldats qu’il existait des dispositions légales pour rendre leurs armes et retourner chez eux. Depuis 2007, ce programme a pu persuader environ 1600 combattants de s’intégrer à nouveau dans la vie civile.

« Des lieux de conflit intensif sont aussi des lieux où des solutions créatives peuvent apparaître et être testées, a-t-il dit en 2013. Si l’exemple de Jésus est valable pour chacun et partout, comment cette vérité peut-elle se traduire dans la réalité dans l’est du Congo, là où depuis 20 ans c’est la guerre qui est la norme ? J’ai la possibilité de participer, aux premiers rangs, à cette créativité congolaise et à aider à trouver des réponses à la violence et aux privations. »

Depuis 2015, MJ travaillait aux Nations Unies et, entre-temps, comme responsable d’une équipe onusienne qui examine les manquements aux sanctions de l’ONU contre les groupes armés. A ce moment, sa mission était de faire des recherches sur des massacres et des fosses communes dans la région du Kasai. Là, on a pu trouver ces derniers mois des preuves d’une augmentation des violations des droits de l’homme.

La tâche qui consiste à aider les soldats à déposer leurs armes a été sa préoccupation pendant de nombreuses années. De 2005 à 2008, MJ a été volontaire dans le bureau du Comité mennonite allemand pour la paix à Bammental (D) et il a travaillé là avant tout pour le Military Counseling Network (MCN). A l’époque, pendant la guerre d’Irak, il a conseillé de nombreux soldats américains, et les a aidés à refuser de faire la guerre ou à quitter l’armée pour éviter de combattre.

Maintenant, beaucoup de gens déplorent la perte d’une personnalité tout à fait exceptionnelle. MJ avait le don de gagner la confiance de personnes d’horizons culturels et sociaux les plus divers. C’est pour cette raison que le nombre de gens qui le regrettent est très grand. Le Comité mennonite pour la paix, avec beaucoup d’autres personnes en Allemagne, déplorent cette grosse perte. Le père de MF, John Sharp, dit au sujet de la mort de son fils : « Plus d’une fois j’ai dit que nous, artisans de paix, nous devions être prêts à risquer notre vie, tout comme les soldats le font. Pour nous, maintenant, ce n’est pas simplement de la théorie. »

Comité mennonite allemand pour la paix, traduction Frieda Manga

Photo : Jana Asenbrennerova/MCC

Ils en parlent : Chrétien, l’autre nationalité !

Les Cahiers de l’Ecole pastorale ont publié une recension assez longue d’un Dossier de Christ Seul, “Chrétien, l’autre nationalité” (avec des contributions de sept auteurs dont la principale de Neal Blough), paru en 2014, mais dont le thème est d’actualité, surtout en cette période d’élections. Ce Dossier permet de se faire une idée sur la question de l’identité nationale selon les Ecritures, et d’en découvrir quelques implications concrètes et actuelles. Recension.

Dans un contexte politique français où la question de l’identité nationale est particulièrement débattue, ce petit livre vient à point. Il est introduit par une longue réflexion biblique du professeur Neal Blough sur les notions de nation et de Royaume de Dieu dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Neal Blough rappelle utilement que, dans la Bible, les nations ne désignent pas des États mais des peuples. Christophe Paya en tire les conséquences dans son article « Faut-il prier pour avoir un président chrétien ? », quand il écrit que ce sont des personnes qui sont appelées à se convertir à l’Évangile et non des systèmes politiques. Dans cette première partie, nous avons trouvé particulièrement éclairant l’exposé de la théologie politique du règne de Dieu chez les nationalistes juifs Macchabées, qui pensaient que Dieu ne pouvait régner si Israël était dominé par les nations et qu’il fallait d’abord les chasser. Ce qui éclaire par opposition à la théologie politique de Jésus qui va montrer que Dieu veut intégrer les nations dans son Règne.

Nous ne pouvons que nous accorder avec Neal Blough sur les deux tentations extrêmes que l’Église doit éviter : confondre le Règne de Dieu avec le règne d’un pouvoir politique humain ici-bas et spiritualiser ce Règne au point de penser qu’il n’ait rien à nous dire ici et maintenant.

Mais, entre ces deux extrêmes, il y a eu des gradations dans l’histoire de l’Église et il nous a manqué l’articulation de cette partie biblique avec l’histoire des théologies politiques de l’Église. Il aurait été utile pour le lecteur non averti de lui rappeler brièvement les différentes politiques chrétiennes, du statut constantinien, en passant par la théorie des deux règnes de Luther, de Calvin à ses avatars modernes, théologies du dominion… qui se prétendent toutes bibliques.

Après cette longue introduction, les autres contributions sont assez courtes mais ont le mérite d’aborder des sujets qui sont peu ou pas pensés dans les Églises : « Que voulons-nous dire quand des chants proclament le nom de Jésus sur notre pays ? », « La théologie sous-jacente des cantiques », « Que faut-il penser de la préférence nationale ? », « Un chrétien doit-il chanter La Marseillaise ? »

C’est une très bonne idée de dévoiler l’origine de certains chants de « conquête » du recueil JEM dans la théologie théocratico-charismatique du dominion qui affirme que les chrétiens sont appelés à être prêtres et rois de cette terre, et que c’est un pouvoir territorial qu’ils doivent conquérir eux-mêmes en combattant, spirituellement, sur terre. Cette théologie est brièvement évoquée, cela aurait pu être davantage développé.

L’article de Marie-Noëlle Von der Recke : « Que penser de la préférence nationale dans une perspective chrétienne ? », est pertinent et courageux. Elle dénonce, à juste titre, le racisme sous-jacent derrière ce discours qui se veut protecteur et qui s’abrite souvent sous la bannière de la défense de l’Occident chrétien, alors qu’il va contre l’esprit de l’Évangile. Elle a aussi raison de rappeler que les migrations viennent souvent des rapports injustes entre les nations. La conclusion nous a paru toutefois un peu naïve quand elle oppose à la politique de « préférence » nationale, l’exemple historique de l’apport positif des migrations huguenotes et mennonites à leur pays d’accueil. Les migrations vers l’Europe de populations musulmanes posent bien d’autres problèmes. D’autre part, même si le protectionnisme n’est pas la solution, la mondialisation libérale destructrice d’emplois dans certains pays et créatrices d’emplois sous-payés dans d’autres aurait pu aussi être dénoncée.

L’article de Michel Sommer sur l’hymne national, La Marseillaise, soulève un problème éthique sur lequel les chrétiens français sont muets : les paroles de cet hymne guerrier qui invite à verser “un sang impur” ne devraient-elles pas choquer les consciences chrétiennes ? Il a raison de dire qu’elle met « la violence au coeur de l’identité nationale ». Nous avons apprécié les propositions positives de l’auteur d’écrire un hymne basé sur la devise républicaine Liberté, Égalité, Fraternité, même si l’hystérie politique française actuelle sur l’identité nationale laisse peu de chances politiques à cette belle idée.

Les trois derniers articles visent directement le rapport des évangéliques au pouvoir et à l’idée de société chrétienne :

• « Faut-il prier pour avoir un président chrétien ? » (Christophe Paya) ;

• « Faut-il militer pour la reconnaissance de l’héritage judéo-chrétien en France ou en Europe ? » (Nicolas Farelly) ;

• « Que penser de la devise d’un parti politique chrétien “Changer les coeurs pour changer la nation’’ ? » (Philippe Gonzalez).

Ils vont tous dans le même sens : dénoncer l’illusion d’une société chrétienne. Seul Christophe Paya, tout en énonçant à juste titre que l’Évangile ne peut être traduit en lois et règles, évoque la possibilité pour les chrétiens d’influencer les lois et d’orienter le fonctionnement de la société, tout en se gardant de l’illusion de faire advenir par l’État le Royaume de Dieu sur terre.

C’est un point qui aurait pu être développé et qui manque dans ce petit livre. Si nous pensons avec les auteurs que les chrétiens ne sont pas appelés à rechercher le pouvoir sur cette terre, n’y a-t-il pas dans l’histoire de l’Église des exemples positifs d’influence des Églises sur la société et de contributions d’hommes politiques chrétiens qui ont marqué l’histoire de leur nation ?

En conclusion : des articles courts, mais qui pourraient faire une bonne introduction à des débats dans des groupes de jeunes, par exemple.

Luc Olekhnovitch, pasteur de l’Union des Eglises évangéliques libres, président de la Commission d’éthique protestante évangélique

Recension parue dans Les Cahiers de l’Ecole pastorale, Hors série 18, “La politique, parlons-en ! Eclairages et débats en Eglise”, sous la direction d’Evert van de Poll, 1er trimestre 2017, 208 pages

 

Pour aller plus loin…

Le Dossier de Christ Seul  “Chrétien, l’autre nationalité” est à commander ici.

Par Neal Blough, Nicolas Farelly, Philippe Gonzalez, Thomas Gyger, Christophe Paya, Michel Sommer, Marie-Noëlle von der Recke, Dossier de Christ Seul 2/2014 Editions Mennonites, Montbéliard, 80 p., 8 €.

La thèse d’Anne-Cathy Graber sur Marie est publiée!

Anne-Cathy Graber, pasteur itinérante de l’Eglise mennonite et célibataire consacrée et engagée à vie à la Communauté du Chemin Neuf, a travaillé ces dernières années à une thèse de doctorat en théologie, consacrée à la question de Marie. Cette thèse est publiée et disponible pour qui a le courage de parcourir 547 pages, plutôt en petits caractères !

L’ouvrage compare la manière dont un pape récent, Jean-Paul II, s’est exprimé sur Marie avec l’approche de Martin Luther, dont on fête en 2017 le déclenchement de la Réforme en 1517. Ce point de vue catholique et ce point de vue luthérien sont donc abordés par une mennonite engagée dans la question de l’unité des chrétiens et des Eglises depuis longtemps. “L’enjeu concerne la manière dont Marie coopère au salut opéré par Christ seul” (p. 11, préface d’André Birmelé).

Cette thèse fera date par l’ampleur et par la qualité reconnue du travail, et par les perspectives qu’elle ouvre pour aller vers un “consensus différenciant” en matière de théologie relative à Marie voire dans le domaine de la doctrine de l’Eglise…

A noter également les pages de l’annexe qui décrivent des dialogues ayant eu lieu entre l’Eglise catholique et des Eglises pentecôtistes, évangéliques et baptistes, sur la question de Marie, dialogues peu connus probablement…

 

Résumé

Marie est-elle un obstacle au rapprochement des Églises ? Les résultats des dialogues oecuméniques et les enseignements officiels des Églises sont-ils en cohérence ? C’est par une lecture comparée de Redemptoris Mater de Jean-Paul II et du Commentaire du Magnificat de Luther que l’ouvrage nous fait mesurer l’importance de ces questions.
La comparaison des deux grands textes est ensuite interrogée par des dialogues oecuméniques (luthéro-catholiques, mais aussi entre pentecôtistes-baptistes et catholiques) : la compréhension de Marie dans le mystère de l’Église et du salut ouvre sur des interpellations réciproques très stimulantes. En effet, la théologie mariale s’avère être un lieu de vérification oecuménique fécond : elle met en exergue les consensus et clarifie les questions encore ouvertes de la recherche oecuménique, en particulier celle de l’instrumentalité de l’Église.

Avant les élections : communiqué aux Eglises mennonites de France et éléments de réflexion…

La Commission Foi & Vie des Eglises mennonites de France vient de publier (mars 2017) une “Exhortation en vue des élections présidentielles françaises de 2017”, destinée aux Eglises mennonites de France. Le texte invite “les chrétiens à se garder dès le premier tour de la tentation du vote extrême”. Il propose des “poteaux indicateurs” permettant de “peser” les programmes et les candidats. Enfin, il situe le domaine politique par rapport au Royaume de Dieu.

Le Conseil national des évangéliques de France a lui édité un ouvrage « Les évangéliques en France – convictions », à l’intention des candidats à l’élection présidentielle, pour communiquer les convictions des évangéliques sur les sujets suivants : laïcité, liberté de culte et d’expression, dignité humaine (pauvreté, éthique économique, migrants, étrangers, réfugiés), famille et sexualité, éducation, protection de l’environnement, cohésion nationale et sécurité.

De même, la Fédération Protestante de France a lancé une « Adresse du protestantisme » aux candidats, qui contient « les principaux sujets qui préoccupent les protestants et sur lesquels ils sont eux-mêmes engagés » : accueil des réfugiés, changement climatique et écologie, laïcité, économie sociale et solidaire, justice – prisons, égalité hommes femmes, corruption, défense, jeunesse, handicap.

Les Cahiers de l’école pastorale (baptistes et libristes) ont publié (janvier 2017) un Hors-Série intitulé « La politique, parlons-en ! éclairages et débats en église ». Il comporte une uinzaine d’articles de fond ou liés au contexte actuel (le populisme, la tentation du pouvoir fort…).

On y trouve également une « Lettre ouverte à nos frères et sœurs évangéliques qui votent Front National », par la Commission d’éthique libro-baptiste.

Enfin, signalons aussi un texte plus ancien (2010) de la même Commission intitulé « Les lignes directrices d’une éthique sociale chrétienne ».