Une réforme aujourd’hui ? On se trompe d’époque !

Après quelques articles (et avant d’autres à venir) sur les réformes dont l’Eglise aurait besoin aujourd’hui, voici un article quelque peu décalé de Frédéric de Coninck, qui questionne le fait même de vouloir appliquer l’idée de réforme aujourd’hui à l’Eglise. 

Au début du XVIe siècle, pratiquement toutes les personnes vivant en Europe de l’Ouest, à l’exception des juifs, se disaient catholiques. Un schisme séparait l’Europe en deux, avec les catholiques d’un côté et les orthodoxes de l’autre. Quand Luther a affiché ses thèses, il entendait proposer une réforme interne à l’Eglise catholique. Il n’était pas le premier à la proposer. Des mouvements dissidents existaient (les hussites en Bohème, les vaudois en Italie et dans le sud de la France, par exemple) mais ils n’avaient pas vraiment ébranlé ce socle qu’était l’Eglise romaine. Elle disposait d’un pouvoir politique, financier et moral considérable. Les élections des papes opposaient des factions rivales et relevaient bien plus de la géopolitique que de la théologie.

Une séparation au lieu d’une réforme

C’est ce bloc que Luther espérait réformer et la portée d’une telle revendication était forcément considérable, vu la place prise par l’institution Eglise dans la société de ce temps. Contraint par les événements, il a produit une séparation au lieu d’une réforme. Mais même cette séparation a produit des effets majeurs dans un tel contexte. Par la suite, les Eglises issues de la Réforme ont toujours contribué à l’émiettement des groupes religieux, la plupart des propositions de réforme se traduisant par l’émergence d’une nouvelle Eglise. Mais la portée de ces émiettements successifs n’a cessé de décroître.

A chacun son Eglise

Siècle après siècle, cela a débouché sur le tableau d’ensemble actuel qui est parfaitement adapté à l’économie de marché : on peut trouver à peu près n’importe quoi au sein du foisonnement des groupes se réclamant du christianisme. Chacun est libre de fréquenter l’Eglise qui correspond à ses convictions, de s’associer à la spiritualité qui lui convient et de mener le mode de vie qui lui plaît. On trouve les partisans de la prospérité et ceux de la vie simple ; des défenseurs de la morale traditionnelle et des partisans de l’accommodement aux tendances de la modernité ; des défenseurs des puits pétroliers et des écologistes ; des partisans de la guerre et des pacifistes ; des tenants d’une piété émotionnelle et des partisans d’une foi plus rationnelle. On rencontre des groupuscules qui se chamaillent pour des points de doctrine qui laissent perplexes les non-chrétiens.

Quelle Eglise réformer ?

Quelle est donc l’Eglise qu’il conviendrait de réformer ? De recherche d’une Eglise plus « pure » en recherche d’une Eglise plus « pure », j’ai bien peur que nous ayons collectivement fait fausse route et oublié l’importance du travail de discussion, de confrontation interne, ainsi que la nécessité de la patience et de la tolérance. Les invectives et les accusations d’hérésie volent vite et il est tellement simple de régler un conflit par l’exclusion !

Pendant ce temps, le monde autour de nous a complètement changé. En Europe de l’Ouest, la religion n’est plus au centre des préoccupations (sauf quand des poseurs de bombe s’en réclament). Nos divisions et nos débats laissent de marbre nos contemporains. Ils sont, sans doute, toujours à la recherche d’une bonne nouvelle qui donnerait sens à leur vie. Mais pour le reste, l’heure me semble plus être à l’ouverture et au dialogue entre chrétiens, qu’à la recherche d’une n+1ème réforme qui croirait rebattre les cartes d’une manière décisive.

Frédéric de Coninck est chercheur en sociologie (depuis peu à la retraite) et prédicateur à l’Eglise mennonite de Villeneuve-le-Comte

Syrie : récit de voyage, entre espoir, résilience et perte

Voici le récit de voyage de Doug et Naomi Enns en Syrie, du 29 mars au 3 avril 2017. En images, vidéos et texte, ce récit s’intitule : « Espoir, résilience et perte : cinq jours en Syrie« .

Ils ont fait ce voyage à travers la Syrie, pour aller à la rencontre du pays, de la population, et surtout des partenaires du Mennonite Central Committee (MCC) oeuvrant au secours d’urgence, à l’entraide, à la reconstruction, à la paix.

Naomi et Doug Enns ont travaillé comme représentants du MCC pour le Liban et la Syrie de 2013 à avril 2017. Depuis le mois de mai, ils sont basés à Strasbourg, en tant que représentants du MCC pour l’Europe de l’Ouest.

 

Ciseaux à ADN : entre folles espérances et craintes raisonnables…

CRISPR-Cas 9 est un outil génétique associant un brin d’ARN (CRISPR), qui permet de cibler une zone d’ADN, et une enzyme (Cas 9) qui permet de couper, remplacer, inactiver, modifier un gène. Ce mécanisme d’inactivation d’un gène existe déjà dans la nature avec l’ARN interférent qui peut bloquer l’expression d’un gène, probablement pour empêcher un génome viral de s’introduire dans l’organisme.

La nouveauté révolutionnaire de CRISPR–Cas 9, c’est sa simplicité d’utilisation et son efficacité pour modifier l’ADN.

APPLICATIONS : LE FOL ESPOIR DE GUÉRIR LES MALADIES GÉNÉTIQUES

Des chercheurs ont envisagé de l’utiliser pour provoquer la disparition d’espèces nuisibles, mais cela pose la question de l’équilibre de l’écosystème et de la contamination d’autres organismes par cette mutation génétique. Mais c’est l’application à l’être humain qui suscite les plus grands espoirs. Dans le cas de maladies impliquant un seul gène, il suffirait, théoriquement, d’inactiver ou de remplacer le gène défaillant à l’aide de ces ciseaux. Problème : les choses ne sont pas aussi simples ; en effet, les gènes sont en équilibre entre eux, et quand on en modifie un, il peut y avoir des effets négatifs imprévus. C’est pourquoi les thérapies géniques mettent autant de temps avant d’être appliquées : on doit d’abord s’assurer qu’elles n’entraînent pas d’effets nocifs. Attention donc à ne pas susciter de faux espoir : le guidage génétique est loin d’être infaillible et sans risques.

CRAINTES RAISONNABLES

Les chercheurs sont enthousiastes devant les applications thérapeutiques potentielles, mais craignent une mauvaise utilisation de CRISPR–Cas9 : des terroristes pourraient s’en servir pour créer un virus. Un outil si puissant devrait donc être utilisé avec une extrême prudence. Une de ses découvreuses, Jennifer Doudna, demande à ce que l’on s’abstienne de l’employer pour modifier l’hérédité humaine. Le danger est que la combinaison entre la cupidité et la demande de ceux qui veulent maîtriser leur destin et celui de leurs enfants pousse certains à jouer les apprentis sorciers.

On devrait poursuivre la recherche sur cet outil, au vu d’applications potentiellement bonnes pour l’être humain, mais l’utiliser dans le respect de celui-ci (en évitant par exemple de l’expérimenter sur l’embryon comme l’ont fait les chercheurs chinois) et dans le respect des équilibres dans la Création. Corriger avec prudence la nature, oui, mais pas refaire le monde ou formater l’humanité. L’homme devrait prendre garde à ne pas se prendre pour Dieu avec ses petits ciseaux, l’ADN n’est pas l’Adonaï !

P.-S. : Une équipe de Stanford alerte dans un article du 29 mai 2017 de la revue Nature Methods : CRISPR–Cas 9 « semble entraîner encore plus de mutations inattendues que prévu ». Source : www.genethique.org .

Marcher libres au travers d’un monde qui veut nous attacher

Que dit la Bible concernant la marche et la marche de la foi ? Gros plan sur l’évangile de Luc, par un pèlerin chevronné du chemin de Compostelle, qui aime justement allier marche et foi.

Le ministère de Jésus est essentiellement itinérant. Il va de village en village et ne s’installe presque jamais dans un lieu fixe. Dans l’évangile de Luc, en particulier, la marche de Jésus est le signe de sa liberté fondamentale. Au moment, par exemple, où ses familiers de la synagogue de Nazareth veulent le précipiter du haut d’un à-pic, lui passe au milieu d’eux et « va son chemin » (Lc 4.30).

 APPEL À BOUGER !

Une large section de cet évangile (9.51-18.44) est consacrée à la marche de Jésus vers Jérusalem qui se termine le jour des Rameaux. Au fil des étapes, Jésus rencontre des personnes qui ne veulent pas le suivre, car elles sont trop attachées aux situations dans lesquelles elles vivent. Certains restent prisonniers des liens familiaux (9.59-62) ; d’autres de conflits familiaux mal réglés (12.13-15). Le jeune homme riche est tétanisé par l’ampleur de ses richesses (18.18-26). à tous ceux qu’il rencontre, Jésus adresse un appel : viens et suis-moi ! Au sein de ce groupe de marcheurs, chacun apprend à vivre libre, à traverser les situations sans s’y laisser enfermer (9.52-55).

NE PAS S’ENCOMBRER !

Lorsque Jésus envoie des disciples au-devant de lui, il les appelle à la légèreté : « N’emportez pas de bourse, pas de sac, pas de sandales » (10.4). Qui marche sait ce que les précautions inutiles pèsent. Sans aller jusqu’à l’absence totale de sac, on est obligé, lorsque l’on part pour plusieurs jours, de limiter au maximum la liste des objets qui, en temps normal, paraissent indispensables. Et pour le reste, on est dépendant des circonstances, des personnes et des lieux qui nous accueillent. Sur la route, on peut rencontrer des brigands, autant que des bons Samaritains ou des auberges (10.29-35). Ce n’est pas une vie de sécurité, mais c’est une vie libre.

L’ÉVANGILE SE MARCHE !

L’appel et le mode de vie de Jésus tournent le dos, en fait, à la plupart des choix dominants du monde d’aujourd’hui. Dans nos sociétés bunkérisées derrière leurs frontières (et pas seulement au niveau national), au milieu de l’abondance qui provoque plus d’inquiétudes que de joies, face aux cocons qui nous étouffent plus qu’ils ne nous protègent, au milieu de nos tentatives dérisoires pour maîtriser les événements ou les réactions des autres, Jésus nous appelle à nous mettre en route. L’évangile se marche !

Les dangereuses colonies de vacances

Deux fois par an au moins, les devoirs des parents sont plus longs et plus difficiles que ceux de leurs enfants : à la rentrée de septembre et à la sortie de fin juin. C’est la période des formulaires de renseignement. En septembre, il ne s’agit pas simplement du nom et du prénom de l’élève : on est surpris de devoir fournir, toujours par écrit et en un nombre d’exemplaires à faire pâlir une forêt à pâte à papier, une foule de renseignements divers et fort complets, s’arrêtant tout juste avant une question sur les pointures respectives du père et de la mère. Le commissariat de police dont je dépends est plus discret et nettement moins bien renseigné sur moi.

Là où le phénomène devient plus inattendu, c’est à la sortie de l’année scolaire. Le poignet à peine remis des crampes occasionnées par les formulaires de septembre, voici venir les formulaires des colonies de vacances. à en juger simplement par la litanie des certificats à fournir, on se demande ce qui pousse encore des parents à envoyer leurs rejetons dans des milieux si dangereux : un stage commando de nageurs de combat paraît plus rassurant.

AUTORISATIONS EN PAGAILLE

Marshmallows autour du feu de camp…

À l’inventaire, il y a le retour de l’autorisation de sortie du territoire. L’autorisation est d’ailleurs un sport très estival : autorisation de séjourner dans un véhicule autre que la voiture de papa-maman. Autorisation d’être photographié. Autorisation de pratiquer le poney / le canyoning / la marche / la confection de bricolages à base de colle et de papier… Généralement, l’autorisation doit émaner d’une autorité médicale ; on pourrait d’ailleurs faire un livre des collections d’autorisations que les médecins doivent signer en soupirant. Il me semble même que, de guerre lasse, l’un d’entre eux, facétieux, avait conclu sa missive en « autorisant l’enfant à respirer l’air ambiant ». En bouquet final, il y a l’inévitable fiche sanitaire, réglementairement trop petite pour y apposer de manière lisible la liste des vaccins sur trois générations. Ultime subtilité : celle-ci doit être accompagnée d’un certificat médical authentifiant les renseignements apposés par les parents, qui eux-mêmes les ont puisés dans le carnet de santé… rempli par le même médecin (c’est authentique).

Il fut un temps où les mennonites étaient reconnus pour leur parole sûre ; en été, elle doit désormais être certifiée par un laïc pour envoyer les jeunes découvrir (en toute sûreté) la marche par la Foi.

Les limites du vote

Comme on pourra le lire en pages 22-23, le processus de l’adhésion des Églises mennonites de France au Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et/ou à la Fédération protestante de France (FPF) est au point mort. Le sujet est sensible et les raisons du blocage diverses. Parmi celles-ci, il me semble que l’on assiste aux limites de la prise de décision par vote. En effet, un délégué a pu voter « non » à la dis- sociation du vote CNEF/FPF, car son Église veut adhérer par principe et au CNEF et à la FPF ; un autre délégué, dont l’Église est elle aussi favorable à l’adhésion à ces deux instances, a pu voter « oui » à la dissociation du vote CNEF/FPF, par préférence pour cette modalité. Les deux Églises locales sont d’accord sur le fond, mais votent à l’op- posé sur la forme et bloquent ainsi le processus ! De quoi y perdre son latin… On retrouve les mêmes limites au niveau de la politique nationale, par exemple lors de votes de protestation ou de votes utiles, comme on a pu le constater récemment…

PRISE DE DÉCISION PAR CONSENSUS

La société peut-elle améliorer son système de prise de décision démocratique ? Je ne sais. Mais l’Église devrait, elle, viser mieux, en pratiquant la prise de décision par consensus. Celle-ci accorde une plus grande place à la délibération, permet de nuancer les positions, de reformuler la question posée, de mieux différencier avis personnel et adhésion à une position majoritaire… Bref, de discerner véritablement ensemble. Il est vrai qu’un état d’esprit (d’Es- prit ?) différent est alors demandé. Dans le Dossier de Christ Seul « Décider en Église : casse-tête ou opportunité ? » (2016) dont on recommande bien évidemment la lecture…, Max Wiedmer lançait : « Il me semble que ce serait à l’Association des Églises Évangéliques Mennonites de France de montrer la voie, en offrant aux délégués la possibilité d’expérimenter la prise de décision par consensus et d’en faire l’apprentissage. » Amen !

Pornographie – Le faux, le vrai & l’espérance !

La pornographie se glisse partout aujourd’hui, grâce à la facilité d’accès proposée par Internet. Elle touche à l’intime de manière malsaine, puisqu’elle endommage la relation avec Dieu, avec les autres et qu’elle affecte le consommateur, les personnes impliquées par cette véritable industrie, la société… En réalité, elle emprisonne.

Le dernier  Dossier de Christ Seul « La pornographie – Le faux, le vrai & l’espérance » décrit le phénomène, et répond aux mensonges sur les femmes, les hommes et le sexe, véhiculés par la pornographie. Il propose un chemin pour rompre le cercle vicieux dans lequel on peut être enfermé et indique des mesures de prévention pour chacun, les parents, les Eglises locales…

Des témoignages de femmes et d’hommes luttant avec la pornographie rendent ces pages profondément honnêtes et humaines et indiquent surtout qu’une espérance est possible, grâce à Dieu, pour retrouver la liberté d’une saine sexualité…

Diverses aides pour s’en sortir sont également proposées.

Le petit livre convient particulièrement aux jeunes susceptibles d’être exposés à la pornographie ou aux jeunes qui en consomment à des degrés divers. Les adultes accros à la pornographie ou désireux de comprendre le phénomène y trouveront aussi leur compte. Enfin, les Eglises locales ou les paroisses peuvent le mettre à disposition discrètement ou l’utiliser pour aborder le thème sereinement.

Les auteurs sont Linda Gehmann Peachey, écrivain et enseignante canadienne, avec autour d’elle la participation de spécialistes. Le livre s’ouvre par le témoignage courageux de Nicolas et Yaëlle Frei de Suisse, animateurs d’ateliers collaboratifs « 90 jours pour abandonner la pornographie« , eux-mêmes ayant été prisonniers, l’un et l’autre, de la pornographie.

On peut commander le livre ici.

La thèse de Denis Kennel est publiée !

Denis Kennel, directeur du département francophone du Centre de Formation du Bienenberg et pasteur à l’Eglise mennonite de la Ruche à St-Louis (68), a travaillé ces dernières années sur une thèse de doctorat, soutenue à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine le 18 novembre 2015.

Cette thèse a été publiée sous la forme d’un livre en février 2017, sous le titre « De l’esprit au salut – Une anthropologie anabaptiste », aux Editions du Cerf. On y trouve une comparaison des écrits de deux anabaptistes du 16e siècle, Balthasar Hubmaier et Pilgram Marpeck.

La comparaison porte sur la la manière dont la grâce de Dieu renouvelle la volonté de l’être humain pour répondre au salut. Cela implique d’une part que cette volonté de l’être humain n’est pas entièrement déchue, mais qu’elle est plutôt emprisonnée par les effets de la Chute et d’autre part qu’en l’être humain se trouve un « ingrédient » placé par Dieu et permettant à l’être humain de répondre à la restauration apportée par Jésus-Christ, pour une vie de disciple et la participation volontaire à l’Eglise de Jésus-Christ.

Par cette manière d’articuler la réponse de l’être humain à la grâce de Dieu en Jésus-Christ, ces anabaptistes se différencient de Martin Luther, sans pour autant quitter la mouvance de la Réforme. Comme le dit Neal Blough dans la préface (p. 13), l’anabaptisme « représente […] une « protestantisation » d’un courant de la théologie médiévale différent de celui suivi par Luther ».

On se réjouira de la publication de cette thèse, qui présente les résultats d’une recherche dans un domaine peu ou pas exploré en langue française, à savoir l’anthropologie des anabaptistes. Le sous-titre du livre fait écho à un ouvrage précédent de Neal Blough, « Christologie anabaptiste » (1984). L’ouvrage de Denis Kennel contribue donc fort utilement à une meilleure connaissance des contours de la position représentée par les anabaptistes du 16e siècle.

 

Résumé

Ce livre étudie l’anthropologie et la sotériologie de deux importants représentants du mouvement anabaptiste du XVIe siècle, Balthasar Hubmaier (1480/85-1528) et Pilgram Marpek (1495[?]-1556). Il vise à mettre en évidence la façon dont les deux théologiens ont articulé, dans les débats et polémiques de leurs époques, des vues souvent jugées contradictoires : d’une part, les grandes affirmations de « la Réforme » quant à la grâce et au salut ; d’autre part, la reconnaissance d’un certain libre arbitre de l’homme.
Les positions, d’abord examinées dans leur cohérence propre, sont ensuite situées par rapport à leurs sources immédiates puis mises en perspective. Leurs fondements doctrinaux communs sont énoncés : l’affirmation toujours maintenue du péché originel, mais une relativisation de ses effets ; la grâce conçue comme part aussi de la nature humaine, sollicitant et rendant possible la réponse de l’homme ; l’historicité du salut, enfin, et la centralité de l’événement Jésus-Christ.
Au terme de ce parcours, la thèse soutenue est que Hubmaier et Marpeck ont maintenu, dans le climat de culpabilisation qu’a connu l’Occident au XVIe siècle, une anthropologie plus « optimiste » que celle des réformateurs dits « magistériaux ». Ils attestent ainsi de l’existence, au sein de l’éventail des théologies issues de la Réforme, de formulations originales du rapport entre grâce et responsabilité humaine. Celles-ci, propose l’auteur, sont aussi légitimes et gagneraient à être davantage connues.

 

Références

Denis Kennel, De l’esprit au salut – Une anthropologie anabaptiste, Cerf, Paris, 2017, 334 pages

La promesse du Saint-Esprit

Comment bien comprendre la promesse du don du Saint-Esprit, réalisée à la Pentecôte ? Recentrage sur l’essentiel par l’un des enseignants de la nouvelle Haute école de Théologie en Suisse romande, longtemps pasteur au sein des églises évangéliques de Réveil.

La promesse de l’Esprit au début des Actes des apôtres a généré bien des questions : les disciples étaient-ils régénérés auparavant ? Comment la promesse peut-elle nous être appliquée aujourd’hui ? Combien d’expériences fondatrices le chrétien doit-il vivre ?
Or, le tintamarre des controverses peut parfois nous rendre sourds à la voix du Christ. Il est souvent salutaire de reprendre notre souffle (c’est bien le sujet !), de nous taire et de laisser la Parole de Dieu reprendre ses droits.
Jésus doit aussi recadrer ses disciples de manière similaire. Il leur rappelle que Jean-Baptiste a prédit une immersion dans l’Esprit et il leur demande de rester à Jérusalem pour recevoir « ce que le Père a promis » (Ac 1.4). Et, patatras ! les voilà qui s’interrogent sur la restauration du royaume d’Israël ! Jésus coupe court à ces spéculations eschatologiques et les ramène au sens de la promesse : « Bien au contraire ! Vous recevrez de la puissance, lorsque le Saint-Esprit surviendra sur vous. Et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre¹. »
Je nous propose donc de mettre de côté débats et controverses et de laisser cette parole du Seigneur nous toucher dans la simplicité de son énoncé.

LE SAINT ESPRIT, UNE PERSONNE

L’ancienne version Segond pouvait faire croire que l’Esprit-Saint était une « puissance »². Or, la construction grammaticale dans l’original distingue la venue de l’Esprit de la puissance qui en est l’effet.
L’Esprit est une personne. Son œuvre est personnelle : amour pour notre Père par l’Esprit qui nous révèle notre statut d’enfants de Dieu (Ga 4.6 ; Rm 8.15) ; amour du prochain, déjà aimé du Seigneur.
L’Esprit n’est pas une sorte de « fluide », d’électricité supérieure. Il est la personne qui nous met en communion avec le Père et le Fils.
Rappelons-nous toujours que l’Esprit est la présence personnelle de Dieu en nous, avec qui nous sommes appelés à entrer en relation.

UNE PUISSANCE NI DE NOUS-MÊMES NI POUR NOUS-MÊMES

Si la puissance doit être reçue, c’est qu’elle ne vient pas des disciples.
L’Esprit en est la source. Toujours et tout le temps.Nous ne devenons pas les seigneurs de la puissance que nous confère l’Esprit. Dieu sait ce qui arriverait, si nous nourrissions nos désirs infantiles de toute-puissance, en croyant que l’Esprit nous donne un pouvoir autonome !
Ainsi, jamais les apôtres ne disent posséder l’Esprit ; toujours ils confessent que la puissance est à Dieu. Seul Simon l’occultiste samaritain a cru que la puissance de l’Esprit pouvait s’acheter comme un grimoire ou une potion magique – péché gravissime (Ac 8.18-24) !
Si nous voulons recevoir la puissance de l’Esprit, avons-nous bien réglé notre rapport au pouvoir ? Renonçons à être des maîtres, surtout en prenant l’Esprit comme otage de nos désirs désordonnés.

PAR L’ESPRIT NOUS SOMMES TÉMOINS DE JÉSUS

Ici, l’œuvre de l’Esprit n’est pas intimisme, ni activisme. Le mouvement jusqu’aux confins de la terre est présidé par le verbe être : « Soyez mes témoins… » Par l’Esprit, l’être précède ainsi le faire.
Ne faisons pas de nos activités le paravent d’un vide intérieur ! Et nous sommes témoins… de Jésus : Jésus proclamé, Jésus imité, Jésus servi.
Pour reprendre la thématique du rapport au pouvoir, l’Esprit lui-même nous montre le chemin : pleinement Dieu, il oriente le message de l’Église, non vers lui-même, mais vers le Fils, chef de l’humanité. L’Esprit produit une piété « christienne » : il élève Jésus.
Et laissons l’Esprit nous inspirer des paroles et des actes dont Jésus est le centre.
Ainsi, j’espère, cette promesse nous aura parlé, hors controverses, de quelques réalités essentielles concernant notre Hôte divin. Qu’elle nous amène ainsi à communier avec l’Esprit et à l’honorer, afin d’être encore mieux témoins de Jésus, notre Seigneur !

Notes
1. Ac 1.8 – NBS, modifiée pour souligner que le grec introduit la promesse par un « mais » affirmé.
2. « Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous » pourrait amener à voir dans l’Esprit un terme apposé à la puissance et la décrivant.

Fêter la Pentecôte avec les enfants

Lors du culte de Pentecôte ou en famille, voici des pistes pour célébrer le don du Saint-Esprit avec des enfants.

Textes bibliques, images, textes évocateurs, chant, prière. Bon usage !

 

LE SAINT-ESPRIT EST COMME LE VENT

Textes bibliques : Ec 8.8 ; Ec 11.5 ; Ps 104.29-30 ; Ac 2.2

« On ne le voit pas, mais il est en mouvement.

On l’appelle brise, quand il caresse, il est vent quand il dérange, et ouragan quand il détruit.

Il a la force de soulever le cerf-volant, de faire tourner les ailes du moulin, de pousser le voilier,

de soutenir l’avion, de permettre aux oiseaux de voler…

De faire que toi, les animaux et les plantes puissiez respirer… et vivre ! » *

 

LE SAINT-ESPRIT EST COMME UN FEU

Textes bibliques : Lc 12.49 ; Jr 20.9 ; Ac 2.3

« Il est rouge, orange et jaune, bleu, blanc et noir…et toujours

différent.

Petit quand il s’allume, grand quand il croît, terrible quand il

s’étend, mauvais quand il brûle.

Mais il est bon quand il réchauffe, il est bon pour mouvoir, pour

cuire, pour forger, pour créer. » *

 

 

LE SAINT-ESPRIT EST COMME DE L’EAU

Texte biblique : Jn 7.3-7

« Elle est là, dans le verre pour désaltérer, au robinet pour laver,

dans l’arrosoir pour arroser, dans la rivière pour rafraîchir,

dans le barrage pour nous donner la lumière, dans la mer pour naviguer

et partout, pour vivre. » *

 

CHANT

Le chant JEM n° 556 reprend ces trois images du Saint-Esprit : « Viens par ton vent, viens par ta pluie,

viens par ton feu. »

Proposition : modifier le début du troisième couplet et chanter « Viens par ton feu brûler le mal qui est en moi »,

plutôt que « … brûler l’offrande que je suis », qui peut être mal compris par nos contemporains.

 

PRIÈRE

Esprit de Dieu, souffle sur moi

Quand je ne bouge plus

Comme un bateau sans vent

Regonfle mes voiles.

Esprit de Dieu, souffle sur moi

Quand je m’éteins

Comme un feu fatigué

Ravive mes flammes.

Esprit de Dieu, souffle sur moi

Quand je me ferme

Comme un oiseau blessé

Relève mes ailes.

Esprit de Dieu, souffle sur moi

Quand je me flétris

Comme une plante assoiffée

Viens me désaltérer.

Esprit de Dieu, souffle sur moi.

 

Note
* Joseph M. Parramon, Les quatre éléments, Bordas, 1988