Ils en parlent – La souffrance, un chemin de vie ? Par Linda Oyer

Dans le dernier numéro de la revue Théologie évangélique de la Faculté libre de théologie de Vaux-sur-Seine, le Dossier de Christ Seul « La souffrance, un chemin de vie ? », écrit par Linda Oyer, est présenté et recommandé sous la plume de Christophe Paya.

 

« La question de l’épreuve, de la déception, de la souffrance ne peut être évitée par les accompagnants chrétiens. L’auteure commence par prendre acte de cette réalité humaine et de ses effets. Puis elle situe la réalité de l’épreuve face à une autre réalité biblique : la présence de Dieu, y compris dans le désert de la difficulté. La conjonction de ces deux données fait l’objet d’une réflexion qui sera utile à la fois pour les accompagnants et pour les personnes qui traversent l’épreuve. Le livre pourrait d’ailleurs être lu et médité à deux, dans le cadre d’un accompagnement fraternel. »

 

Ce livre est disponible ici.

 

Pré-annonce : le prochain Dossier de Christ sera une banque d’activités pour l’école du dimanche et les groupes d’ados !

Le prochain Dossier de Christ Seul sera original. Son titre est un peu ironique, comme son image de couverture : « Paix ! mes brebis… »; mais son sous-titre sérieux énonce le contenu : « Activités d’éducation à la non-violence ».

Ecrit par Silvie Hege, professeur des écoles pendant 15 ans en zone d’éducation prioritaire et aujourd’hui pasteur de l’Eglise mennonite de Châtenay-Malabry, ce livre se présente comme une banque d’activités pour aider un groupe d’enfants ou d’ados à trouver chacun leur place et à bien fonctionner ensemble…

Le livre s’adresse donc en particulier aux monitrices et moniteurs d’école du dimanche, aux animateurs de groupes d’ados ou de camps et colonies, mais aussi aux parents et aux grands-parents.

Ce manuel est agrémenté par des illustrations et des pictos de Splatt.

Sortie prévue prochainement…

 

Devenir des églises vertes….

Dans quelle mesure les Eglises comme communautés et les églises comme bâtiments peuvent-elles témoigner d’un engagement envers la préservation de la création ? Trois exemples d’Eglises et d’églises qui mettent un peu de vert dans leurs activités et leur fonctionnement.

JARDIN ÉCOLOGIQUE ET VERGER DE MARAUDE

Photo : Sylvain Durgnat – Légende : Le centre paroissial de Chavannes-près-Renens et son jardin

En 2013, la paroisse réformée vaudoise de Chavannes-près-Renens se dote d’une « charte Église-environnement ». On affine la gestion du centre paroissial avec un bilan énergétique et une isolation des combles, c’est moins d’énergie et plus de confort. On achète des cafetières à piston, du café équitable bio qui remplace le café lyophilisé. En 2016, un jardin écologique naît dans le gazon de la paroisse. Une action motive des projets comparables dans la commune. En 2017, contacts avec la commune pour planter un verger de « maraude » autour du temple : on pourra librement se servir d’un fruit et le déguster.

Pourtant, de la conscience à l’action, rien d’évident : une dose de patience, une espérance à la hauteur de l’enjeu et la prière communautaire sont nécessaires pour tenir dans la durée ! Une aventure qui, grâce à Dieu, continue !

Pour aller plus loin…

www.chavannesepenex.eerv.ch

www.egliseenvironnement.eerv.ch

 

ÉGLISE VERTE, ÉGLISE OUVERTE, ÉGLISE DE TÉMOINS

Photo : Etienne Fels – Légende : Sapins réalisés en matériaux de récupération

Le temple principal de la paroisse de l’Eglise protestante unie du Bocage Normand est situé à Condé en Normandie. Depuis plusieurs années maintenant, nous ne désherbons plus les extérieurs du temple avec des pesticides. Cela implique que, régulièrement, nous nous retrouvions pour désherber à la main. Il a fallu aussi faire accepter à tous de voir quelques herbes pousser à travers les graviers. L’entretien se fait avec des produits écologiques et, lors de la fête de l’Eglise dimanche 25 juin, nous avons construit des bacs à compost, des nichoirs et mangeoires à oiseaux ; et, tout en bricolant, nous avons réfléchi à notre projet d’installer des capteurs solaires sur le toit du temple.

Depuis trois ans, le temps de l’Avent est l’occasion pour nous d’aller dans le supermarché local, afin d’offrir des XmasBox (boîtes de Noël comprenant bougies de l’Avent, chants et textes de Noël, friandises), et ainsi de redire ce qui fait sens pour nous à Noël, ce qu’est le partage et le don. L’an dernier, nous en avons profité pour ouvrir le temple et proposer de réaliser des sapins et décorations de Noël en matériaux de récupération ; cette année, nous renouvelons cette activité en allant inviter les habitants du quartier.

 

 

LE CENTRE PAROISSIAL FAIT PEAU NEUVE !

Photo : Esther Noyer – Légende : Le centre paroissial de Chêne-Bourg

Construit en 1972, le centre paroissial protestant de Chêne-Bourg près de Genève avait besoin d’une sérieuse rénovation. L’entreprise Sunwatt Bio énergie a effectué un audit du bâtiment qui montrait clairement les déperditions de chaleur.

Les responsables paroissiaux ont saisi cette opportunité qui allait dans le sens de leur réflexion sur la sauvegarde de la création et dans celui d’économiser sur le poste chauffage. La première étape, payée à 50 % par des subventions étatiques, a permis la complète réfection des toits plats, le changement des vitrages et l’isolation des murs, répondant ainsi aux normes suisses Minergie. La deuxième étape a permis de refaire le toit de la grande salle et de changer les poutres qui souffraient de délamination.

Il reste maintenant à changer les baies vitrées et à finir l’isolation extérieure, et notre centre paroissial aura fait une mue complète !

 

 

Comment lutter contre le mal dans le monde ? Une prédication de Marie-Noëlle von der Recke

Cette prédication, apportée à l’Eglise mennonite de Châtenay-Malabry en juin 2016 et portant sur la parabole de l’ivraie et du bon grain (Mt 13), a reçu le prix Menno Simons 2016. A découvrir… Mieux vaut tard que jamais ! La prédication propose une manière évangélique de regarder le monde et de s’y engager.

Le texte que j’aimerais vous inviter à méditer aborde une question qui se pose inévitablement à tous les chrétiens, et à vrai dire à tous les humains. Comment lutter contre le mal auquel nous sommes confrontés ? Qu’il s’agisse de nos luttes intérieures personnelles, de relations difficiles dans la famille, de dommages subis de la part d’un voisin, ou de politique mondiale, nous nous posons tous un jour ou l’autre cette question. La crise mondiale actuelle, et surtout celle du Moyen Orient avec ses retombées jusque chez nous, nous confronte à cette question de manière aigüe.

Je vous invite à lire un texte où Jésus lui-même nous éclaire à ce sujet. Je l’ai choisi parce que chaque fois qu’il est question, dans les nouvelles, d’interventions dans des situations de crise, ce texte me vient à l’esprit.

Lisons dans l’Evangile selon Matthieu au chapitre 13, les versets 24 à 30.

Les paraboles de Jésus sont des images qui révèlent et cachent tout à la fois les vérités du Royaume. Contrairement à des sentences dogmatiques ou à un théorème mathématique, elles n’essaient pas de tout dire ou d’épuiser un thème dans une formule sur laquelle on ne revient pas. On n’en saisit le sens que si on est en chemin avec Jésus, si on est prêt à entrer dans la logique, dans l’esprit et dans le mouvement du Royaume qu’il annonce.

Ici, l’image utilisée évoque ce que tous les jardiniers et paysans redoutent. De la mauvaise herbe pousse avec la bonne, et la question se pose : faut-il nettoyer le champ le plus vite possible pour obtenir une bonne récolte ? Est-ce que la mauvaise herbe va prendre le dessus sur la bonne et l’étouffer ? La réponse du propriétaire du champ est claire : non, mieux vaut, pour faire le tri, attendre la moisson.

Regardons le texte de plus près.

– Au départ, de la bonne graine a été semée.

– Ce n’est pas le maître qui a semé la mauvaise graine, comme se le demandent ses serviteurs, c’est un ennemi, et ce, « pendant que les hommes dormaient ».

– La mauvaise graine, en grec, s’appelle zizania. C’est le mot qui a donné le terme français de zizanie. (= discorde) La particularité de cette graine est qu’il est très difficile au départ de distinguer sa plante de celle du blé. Ce n’est que plus tard, lorsqu’elle a complètement poussé qu’on voit très nettement la différence. Quand le blé a grandi et est encore vert, cette zizania est devenue noire et empoisonnée.

– Les serviteurs du propriétaire voudraient intervenir, arracher la zizania, mais le maître les en empêche pour trois raisons : 1. Cela risquerait de déraciner aussi les bonnes plantes, car les racines sont probablement intriquées les unes dans les autres. 2. Le moment de la séparation entre le bon grain et l’ivraie, comme la plupart des traductions appellent la zizanie, ce sera le temps de la récolte. 3. Ce ne sont pas les serviteurs qui veulent arracher la mauvaise graine qui en seront chargés. D’autres serviteurs recevront les ordres du maître au moment voulu.

Quelle doit être notre attitude face au mal, sous toutes les formes qu’il prend ?

Il y a plusieurs mois, un journaliste qui parlait de la crise syrienne a dit à la radio qu’il est bien difficile, dans cette situation, de séparer le bon grain de l’ivraie. En disant cela, il a indiqué – probablement sans le savoir – que cette parabole est une excellente clé de lecture pour déchiffrer ce qui se passe dans cette crise qui dure jusqu’à aujourd’hui et dans les autres qui nous préoccupent. Cette parabole peut nous aider à la comprendre et à la lire dans la perspective du Royaume, elle peut nous aider à nous situer par rapport aux options prises par les différentes parties impliquées et entre autres par nos gouvernants.

Dans la suite de Matthieu 13, il est dit que le propriétaire du champ est Dieu lui-même et que le diabolos, le calomniateur, est l’ennemi qui a semé la zizanie. Ceci est un premier indice pour notre discernement : le mal existe, il est une réalité palpable. La confusion créée par la calomnie et le mensonge des uns et des autres est un symptôme typique du mal qui se déchaîne et cherche à détruire la vie que Dieu veut voir grandir et s’épanouir : c’est exactement ce que nous voyons se passer en Syrie, en Irak et en Ukraine. La situation est inextricable ! La confusion la plus totale règne ! Le mensonge et la violence sont rois. Qui sont les coupables ? Les séparatistes russophones, les Ukrainiens, les Russes? Le dictateur Assad qui a entre autres libéré des islamistes pour se débarrasser de son opposition ? Les militaires déserteurs de son régime qui ont transformé un mouvement d’opposition non-violente en lutte armée ? Le soi-disant état islamique ou les Etats-Unis qui ont créé les conditions du chaos en Irak ? Les états qui soutiennent l’état islamique? Comment démêler le vrai du faux ?

Notre parabole contient une première réponse à cette réalité, et elle est à la fois paradoxale et encourageante : oui, le mal existe, oui la confusion est à son comble, mais c’est un Dieu d’amour qui est le maître de l’histoire et qui veut la mener à bien. En refusant de faire éradiquer la mauvaise herbe, il affirme que son projet pour le monde n’est pas en danger ! Il faut le laisser grandir sans craindre les adversités qu’il rencontre. Le premier message de cette parabole est un appel que nous retrouvons à plusieurs reprises dans les discours de Jésus : ne vous inquiétez pas ! Le témoignage des chrétiens syriens en ce moment reflète exactement cette attitude. Je suis particulièrement impressionnée, chaque fois que je lis les lettres de nouvelles  du monastère de Deir Marmusa, au Nord de Damas, de la confiance inébranlable en Dieu qui émane de leurs paroles, et du travail de reconstruction qu’ils font infatigablement, malgré tous les malheurs qui se sont abattus sur eux ces derniers mois.

Le deuxième enseignement de ce texte est qu’arracher la mauvaise herbe trop tôt risque de mettre la récolte en danger. Prétendre pouvoir affirmer qui est mauvais et qui est bon est très risqué. Ce risque, nous le prenons chaque fois que nous portons un jugement sur quelqu’un. Nous avons si vite fait de désigner les coupables, que ce soit dans nos relations proches ou sur la scène politique. Nous croyons si facilement être du bon côté de la barrière, surtout nous Occidentaux et surtout nous chrétiens.

Les méchants, ce sont toujours les autres, n’est-ce pas ? L’histoire humaine et l’histoire de l’Eglise sont pleines de ces idées simplistes : la chrétienté s’est lancée dans les croisades du Moyen-Age avec la conviction d’obéir à Dieu. Depuis, bien d’autres croisades ont eu lieu, avec ou sans motif religieux. Et notre époque n’a guère changé de ce point de vue. Eliminer les tyrans qu’on avait d’abord adulés et dont on avait toléré les exactions est devenu de plus en plus fréquent.

Malheureusement en éradiquant ces personnages manifestement détestables (notez le terme éradiquer : arracher la racine !), on n’a pas enrayé le mal : Sadam Hussein, Bin Laden et Muhamar Kaddafi sont morts, mais la situation en Irak et en Afghanistan est catastrophique et la Lybie est devenue une plateforme du terrorisme et de la prolifération des armes dans tout le Nord de l’Afrique, pour ne prendre que quelques exemple de ces dernières années. Notre texte nous invite non seulement à ne pas nous inquiéter, il nous dit aussi : ne jugez pas avant le temps ! Ne prétendez pas trop vite tout savoir, ne partez pas en croisade contre l’un ou l’autre en pensant qu’il est la cause de tous les maux et que s’il est éliminé, tout va s’arranger. La parabole de Jésus est une leçon d’humilité.

Le troisième enseignement de cette parabole est qu’au moment voulu, Dieu lui-même donnera le signal du tri entre les bonnes et les mauvaises plantes. Et ce seront d’autres serviteurs (il est parlé des anges dans la suite du chapitre) qui feront ce tri. L’image de la moisson est une image du jugement. Dans la Bible, le terme « jugement » a le sens du jugement final, à la fin des temps, mais aussi celui du gouvernement de Dieu. Nous entendons ici une troisième injonction : mettez votre confiance dans le maître de l’histoire ! Laissez Dieu avoir le dernier mot ! Autrement dit : « Ne vous prenez pas pour Dieu ! » Encore une leçon d’humilité.

Les trois injonctions de Jésus : ne vous inquiétez pas, ne jugez pas avant le temps, mettez votre confiance dans le maître de l’histoire posent le fondement de ce que j’aimerais appeler une spiritualité de la non-violence évangélique. Si nous voulons témoigner de la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence, il faut que nous nous exercions à pratiquer cette attitude-là au quotidien. C’est nécessaire parce que cela ne va pas de soi : le mal nous rend fébriles, nous sommes tentés régulièrement de nous lancer dans des croisades contre ceux qui le font et nous avons tendance à nous fier en nos propres solutions. Il nous faut apprendre à ne pas être inquiets, apprendre à ne pas juger avant l’heure, apprendre à faire confiance dans Celui qui est meilleur juge que nous de nos actions et de celles de tous les humains.

Mais alors, diront certains, que faire face au mal ? Il y a trop de situations intolérables dans notre monde ! Nous ne pouvons pas nous croiser les bras et ne rien faire ? Nous ne pouvons pas nous faire les complices du mal en laissant des milliers de personnes innocentes subir l’injustice et la violence ?

La parabole de Jésus sur le bon grain et l’ivraie n’est pas une invitation à ne rien faire en attendant le retour du Seigneur. Elle pose le fondement spirituel sur lequel nous pouvons construire notre engagement auprès des victimes de la violence. Si elle nous met en garde contre la tentation de prétendre pouvoir éradiquer le mal, tentation à laquelle la plupart des politiciens ne savent pas résister, c’est d’abord pour nous éviter de suivre une fausse piste. Ceci dit, l’Evangile tout entier nous met marche à la suite de Jésus pour être ses témoins dans ce monde où le mal ne peut être éradiqué.

Je voudrais souligner trois manières dont nous pouvons être de tels témoins.

1. Notre texte dit que la mauvaise graine a été semée « pendant que les hommes dormaient ». Les disciples de Jésus, les citoyens du Royaume sont des gens réveillés, des gens attentifs à ce qui se passe. Des gens qui s’intéressent au destin de l’humanité. Notre monde a besoin de personnes vigilantes, sensibles. La prière est l’activité qui découle de cette vigilance. Nous nous informons et nous apportons à Dieu toutes ces questions qui nous tourmentent, afin de les lui confier et de lui demander de nous aider à y faire face. Les serviteurs troublés se demandent même si c’est Dieu qui a planté de la mauvaise herbe… Les doutes les envahissent comme ils nous envahissent face au mal. Mais le propriétaire est là pour les éclairer.

2. Fondés sur notre assurance et notre confiance en Dieu, nous ne sommes pas appelés à éradiquer le mal, mais bel et bien à lui résister, comme le dit Ephésiens 6.11 et 13. Nous ne sommes pas appelés à arracher le mal du monde par la force, mais à tenir debout face au mal. Nous sommes appelés à nous opposer à toute forme de mal et de violence que nous rencontrons. Nos pères anabaptistes ont souvent payé de leur vie ce refus qui leur paraissait si évident. Aujourd’hui, cette opposition peut prendre de nombreuses formes, cela va de la lettre de protestation au gouvernement contre la guerre, à l’objection de conscience au service armé (plus en France). La communauté dans laquelle je vis en Allemagne s’engage depuis des mois par exemple dans une campagne contre la production et la vente d’armes par l’Allemagne. Demain et les jours prochains, des chrétiens seront parmi ceux et celles qui protesteront contre le marché de la mort à Eurosatory. Chaque communauté devrait se poser la question : dans quel domaine devrions-nous dire ainsi « non », devrions-nous résister ?

3. Celui qui raconte la parabole du bon grain et de l’ivraie est aussi celui qui annonce et incarne la venue du Royaume. Nous sommes appelés au service de la bonne semence, nous sommes appelés à être nous-mêmes cette bonne semence que Dieu met dans le monde. Le grand « oui » de Dieu à la vie et à la vie en abondance, nous en sommes porteurs et messagers. Pour que le monde sache que Dieu veut la vie, ceux qui le connaissent doivent rayonner de cette vie, la répandre autour d’eux. Jésus n’a pas arraché par la force le mal que représentait l’occupation romaine comme certains de ses disciples l’auraient souhaité : il a planté des graines de Royaume de Dieu en guérissant les malades, en relevant les marginaux en annonçant de bonnes nouvelles aux pauvres. Les graines de Royaume doivent être fortes pour ne pas se laisser étouffer par les mauvaises herbes. Si Jésus nous rassure en nous disant que la bonne semence ne manquera pas de donner une bonne récolte, s’il insiste sur le fait que le Règne de Dieu est en train de s’établir, malgré les manœuvres de son adversaire ; il nous invite en même temps à sa suite à être de ceux qui n’étouffent pas cette vie nouvelle, mais au contraire contribuent à son épanouissement. Dire « oui » à la paix et à la justice, dire « oui » au Royaume de Dieu, cela se concrétise dans des dizaines de petites et de grandes démarches dans notre vie familiale, au travail, dans l’assemblée et dans la société.

Je pense à ce que fait le MCC, l’œuvre d’entraide des mennonites d’Amérique du Nord auprès des réfugiés syriens en ce moment depuis la Jordanie, je pense aux équipes chrétiennes d’Artisans de Paix qui accompagnent des enfants palestiniens à l’école pour qu’ils ne soient pas blessés par des jets de pierre de la part de colons israéliens, je pense à ces jeunes ingénieurs mennonites suisses de la petite entreprise Digger qui ont conçu une machine destinée au déminage des champs dans les pays qui ont subi des guerres. Je pense à nos amis de Serbie et au Kosovo qui s’engagent auprès des familles Roms pour que les enfants puissent accéder à l’enseignement secondaire… On pourrait allonger la liste avec des exemples que vous connaissez.

Ne vous inquiétez pas, ne jugez pas avant le temps, mettez votre confiance dans le maître de l’histoire. Voilà la réponse que nous donne la parabole de Jésus aux questions que nous nous posons lorsque nous sommes confrontés au mal. Cette réponse est un excellent remède contre la paralysie qui nous envahit face à des catastrophes humaines qui nous dépassent.  Débarrassés de l’illusion que nous puissions déraciner le mal, nous pouvons devenir très pratiquement des témoins du règne de Dieu qui est un règne de paix. Amen !

Marie-Noëlle von der Recke, théologienne, ancienne secrétaire générale de Church & Peace, Laufdorf (D)

500 ans des réformes – L’Eglise doit sans cesse se réformer, par Etienne Lhermenault

En lien avec notre série d’article sur les 500 ans des réformes, nous signalons un article paru dans l’hebdomadaire protestante Réforme, sous la plume d’Etienne Lhermenault, président du Conseil national des évangéliques de France, pour qui l’Eglise doit sans cesse se réformer !

A lire ici !

 

Les fondements d’une démocratie

Quelle est la différence entre Donald Trump, Recep Erdoğan et Vladimir Poutine ? Les trois ont été élus à la présidence de leur pays, ont un tempérament autoritaire, et ont comme objectif de plier la réalité à leurs ambitions. La différence est que le premier est le président d’un pays qui a une pratique démocratique solidement ancrée.

POUVOIRS ET CONTRE-POUVOIRS

Une démocratie ne se juge pas seulement à l’élection de son dirigeant, mais au respect d’un certain nombre de principes comme la séparation des pouvoirs, l’intégrité des services publics, l’indépendance des médias, la liberté religieuse et le dynamisme des institutions intermédiaires que sont les syndicats, les associations ou les Églises. Cet ensemble constitue un échafaudage qui trouve son équilibre lorsque chacun occupe sa juste place et que les différentes instances sont articulées les unes aux autres.

FONDEMENTS BIBLIQUES

La sortie d’Égypte est une libération, mais aussi la fondation d’un peuple. Pendant les 40 années au désert, Moïse a donné à Israël ses premières institutions. Il a d’abord nommé des juges intègres pour résoudre les conflits et les différends au sein du peuple. Il a ensuite institué les descendants d’Aaron comme prêtres pour présider les sacrifices et médiatiser la relation avec Dieu. Il a enfin choisi 70 anciens qu’il a mis à la tête du peuple. Cette organisation correspond à une première séparation des pouvoirs entre le judiciaire, le religieux et le politique. Plus tard, lorsque des rois seront institués et qu’ils auront tendance à privilégier leur pouvoir sur le bien commun, des prophètes leur rappelleront les exigences de la justice. Il ne s’agit pas encore de démocratie, mais de l’intuition que, pour être bien gouverné, un peuple a besoin d’une distinction entre les différents ordres. Pour Montesquieu, le bon régime n’est pas nécessairement républicain, ni monarchique, ni aristocratique, mais il est partagé, à la différence du tyran qui concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Ce n’est pas un hasard si la démocratie au sens moderne du terme s’est d’abord développée dans les pays de tradition judéo-chrétienne.

ACTUALISATION

Lorsque la presse révèle le comportement de certains hommes politiques et dévoile ce qu’ils veulent cacher, elle est un contre-pouvoir. Lorsque le Conseil constitutionnel retoque certaines lois votées par l’Assemblée nationale, au motif qu’elles ne sont pas conformes à la Constitution, il est un contre-pouvoir qui rappelle qu’il est des principes qui s’imposent même à la représentation nationale. Lorsque la Cour européenne des droits de l’homme donne raison à un citoyen ou une association qui se sentent discriminés par un état, elle est un contre-pouvoir. Les contre-pouvoirs sont la respiration d’une démocratie.

Photo : Wikipédia

Film : le livre La Cabane en DVD

Voici le film issu du roman au succès planétaire écrit en 2007 par W. Paul Young, La Cabane.

Le livre raconte l’histoire de Mackenzie Phillips dont la fille cadette, Missy, est enlevée et tuée lors de vacances familiales passées au bord d’un grand lac en Oregon. Sa petite robe ensanglantée est retrouvée dans une cabane abandonnée.

Quatre ans plus tard, en proie à une culpabilité tenace qui l’a plongé dans une profonde dépression, Mack reçoit dans sa boîte aux lettres un message énigmatique l’invitant à retourner dans ladite Cabane. Il décide de s’y rendre.

Dans sa quête de rédemption, face à ses interrogations essentielles – Dieu existe-t-il vraiment ? Pourquoi permettrait-il un acte si cruel ? Comment sera jugé le coupable ? – Mack rencontre les trois personnes de la Trinité, dans une superbe demeure au coeur de la forêt. Ce parti pris d’une « incarnation » Père-Fils-Esprit audacieuse, n’est pourtant pas tout à fait crédible à l’écran.

Mais le film reste fidèle à la trame du livre et réserve quelques très beaux moments. Comme cette séquence auprès de la Sagesse personnifiée qui amène Mack à réfléchir à la question du jugement porté sur autrui et, par un dialogue autour de son histoire, à remporter son plus grand défi : faire confiance à Dieu.

 

Pour aller plus loin…

Le chemin du pardon (La Cabane), sortie DVD : 12 juillet 2017. distribution : Paul et Séphora. 2h13.

Découvrir la Bible – 2017 après Jésus-Christ

Lors de l’émission de Présence Protestante « Découvrir la Bible – 2017 après Jésus-Christ » de ce dimanche 9 juillet 2017, Pascal Keller, pasteur et chargé de mission de la Commission des Ministères des Eglises mennonites de France, sera l’un des intervenants.

Dans le cadre de cette émission présentée par Marion Muller-Collard, les autres intervenants seront Karima Berger, auteure et présidente du Prix Ecritures & Spiritualités, et Daniel Marguerat, exégète et professeur de Nouveau Testament à l’université de Lausanne.

Tous les deux mois, cette nouvelle émission (ce sera la quatrième) propose un voyage inédit au coeur des textes bibliques.

L’émission est diffusée en direct sur France 2 de 10 h à 10 h 30 et en replay pendant une semaine sur www.france.tv et sur www.protestants.org

Foi d’écolo

« Prendre soin de la création » : le thème principal de ce numéro incite – comme l’a dit quelqu’un il y a longtemps – à « regarder les oiseaux du ciel… et à observer comment poussent les lis des champs » (Mt 6.26,28). Selon le Sage, les animaux et la végétation sont porteurs d’une sagesse à décrypter. Lorsqu’une espèce disparaît de la surface de la terre, un peu de sagesse potentielle s’en va… Une raison parmi d’autres pour prendre soin de la création.

EFFET REBOND

Pourtant, le sujet n’a pas la même priorité pour tous les chrétiens. Et il nous renvoie tous à nos incohérences. Un exemple : on isole les maisons pour diminuer les dépenses énergétiques, mais on installe la climatisation à tout va ou à tout vent… L’« effet rebond » donne aussi à penser : on pratique le recyclage, et on consomme davantage en toute bonne conscience. La question écologique interroge donc en profondeur nos modes de vie, nos critères de choix, notre état d’esprit même.

GOUTTE D’EAU DANS L’OCÉAN

Le sentiment d’apporter une goutte d’eau dans la mer peut décourager. Et les dilemmes pratiques ont tendance à bloquer toute action. Je propose trois manières complémentaires de faire des pas dans la bonne direction : stop, moins, autrement. On peut parfois dire stop à l’usage d’une voiture et se déplacer uniquement à vélo et en transports publics. Dans d’autres situations, on peut diminuer son usage de la voiture. Enfin, on peut recourir à la voiture autrement, par le covoiturage ou avec un véhicule moins polluant. À chacun de faire sa part, à sa mesure, soutenu par cette prière réaliste de Frédéric de Coninck parue dans un précédent numéro de Christ Seul : « Seigneur, apprends-nous à vivre avec moins de pétrole ! » Et profitons de l’été pour découvrir – comme le disait François d’Assise – frère Soleil et soeur Lune, et leur sagesse…

500 ans des réformes – Réformer l’image l’Église par la vérité et l’amour

Sixième article de cette série, par Marc Kuhn, pasteur jeunesse des Eglises mennonites de France.

S’il y a une réforme dont l’Église aurait besoin, c’est de faire évoluer son image auprès de la société actuelle. En France en tout cas, on ne peut pas dire qu’aujourd’hui les Églises ont bonne presse, et cela, quelle que soit leur étiquette confessionnelle. Selon un sondage réalisé par Odoxa en 20161, une majorité de Français (56 % contre 43 %) a une mauvaise image de l’Église catholique. Toujours selon cette même étude, l’Église en question apparaît à la fois « très/trop conservatrice » (83 %), « trop éloignée du quotidien des Français » (64 %) et « pas transparente » (81 %). L’Église catholique c’est vrai est malheureusement entachée entre autres de scandales sexuels, mais les Églises luthéro-réformées et évangéliques n’ont pas forcément une bonne image pour autant : austères ou sectaires, voilà parfois ce qu’on peut aussi penser d’elles.

Beaucoup trop d’a priori collent encore à la peau de l’Église. En tant que chrétiens, nous devons avoir l’honnêteté de reconnaître que, parmi ces a priori, certains sont malheureusement justifiés et encore en accord avec la réalité. L’histoire proche ou lointaine de nos Églises a souvent aidé à enraciner profondément cette image négative jusqu’à aujourd’hui dans l’imaginaire collectif et parfois même dans celui des chrétiens eux-mêmes.

L’image des Églises risque de rester négative, si le mot « Église » continue de rimer avant tout avec « bâtiment » ou avec « institution ». L’Église n’est-elle pas d’abord une communauté, celle des disciples de Jésus-Christ, prête à sortir de ses murs et de ses mauvaises habitudes,  plutôt qu’un beau monument historique ou une organisation bien figée depuis des siècles ? L’Église se fait-elle connaître d’abord par ce magnifique message de la Bonne Nouvelle qu’elle porte, plutôt que par ses positions éthiques conservatrices ou ses valeurs humanistes ? L’Église se vit-elle au quotidien dans la réalité de la vie de tous les jours de la semaine ou n’est-elle qu’une simple occupation du dimanche matin pour des hommes et des femmes qui ne vivent pas la cohérence entre ce qu’ils prêchent et ce qu’ils vivent ?

Néanmoins, le tableau n’est pas toujours si noir. Et localement, de nombreuses Églises cherchent à faire tomber les a priori. Des Églises continuent de se réformer !

Eglise de témoins

Mais toutes ces réformes ne vont pas toujours dans le bon sens. Certaines communautés ont opéré des changements dans le simple but d’être plus attractives, plus jeunes ou plus modernes. L’Église ne doit pas se réformer seulement par des artifices, par des innovations, par l’apparence. La coquille doit être belle, c’est vrai, mais si elle est vide ou pourrie, sa beauté ne sera qu’une façade. Changer son image ou avoir une meilleure réputation ne doit pas être le but en soi et la mission de l’Église. L’Église est appelée à être témoin de Dieu dans le monde. L’Eglise doit se réformer pour faire la volonté de Dieu, pas pour faire plaisir aux hommes et aux femmes. L’Église doit se réformer en acceptant de se laisser transformer par le Saint-Esprit, pas en se figeant sur son expérience ou en faisant simplement « fonctionner » ses activités.  Dieu ne change pas c’est vrai, mais son Eglise doit changer comme Dieu le veut. Si elle ne se laisse pas changer par lui, elle se meurt.

Le message et l’accueil de l’Église doivent rester pertinents aujourd’hui : « En disant la vérité, dans l’amour, nous croîtrons à tous égards en celui qui est la tête, le Christ. » (Ep 4.15). Vérité et amour doivent aller ensemble : voilà le premier pas à faire pour aller dans le sens d’une réforme continuelle.

Vérité de la Bible

L’élément déclencheur des Réformes du 16ème  siècle a été la redécouverte et la diffusion du texte biblique. Encore aujourd’hui L’Église doit redécouvrir la Bible et la diffuser par les nouveaux moyens qui s’offrent à elle. Elle doit accepter de se laisser surprendre, interpeller et nourrir par la Bible. À travers elle, l’Église doit chercher à écouter Dieu et à discerner sa volonté pour aujourd’hui. L’Église doit donc remettre en question son fonctionnement, ce qui implique que toute pratique d’Eglise en décalage avec les enseignements de la Parole de Dieu doit être réformée. Elle ne doit pas édulcorer ce message, elle doit annoncer toutes les bonnes nouvelles : même celles qui ne sont pas particulièrement agréables… L’Église doit donc continuer à oser à prêcher la vérité, peut-être d’abord pour elle-même, tout autant qu’en dehors de ses murs. L’Église doit se (re)passionner pour la lecture de la Bible, pour communiquer cette même passion aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui.

Amour et accueil

Cette vérité ne pourra être entendue et acceptée que s’il y aussi de l’amour : l’Église doit réformer son accueil. Accueillir, ça ne signifie ni se compromettre, ni tout accepter. C’est simplement montrer que l’Église est faite d’abord d’enfants de Dieu, qui sont conscients de leur imperfection, qui dépendent de la grâce de Dieu, mais qui décident aussi de le suivre et de lui obéir. L’Église n’est pas composée de spécialistes ou d’initiés, mais d’enfants spirituels en croissance.

Chacun doit donc se sentir la liberté de venir à l’Église comme il est… sans se poser la question de son éventuel code vestimentaire ou social, sans avoir peur de déranger si leurs enfants font du bruit, sans s’imaginer qu’il pourrait peut-être s’y ennuyer…

L’Église doit donner envie de venir rencontrer un Dieu vivant, libérateur et fidèle dans son amour.

Marc Kuhn, pasteur jeunesse des Eglises mennonites de France

 

Note

1. http://www.lexpress.fr/actualites/1/styles/sondage-56-des-francais-ont-une-mauvaise-image-de-l-eglise-catholique_1775021.html