Elle a participé à toutes les Conférences Mennonites Européennes !

Brunhilde Horsch, présente aux 10 Conférences Mennonites Européennes (CME) qui ont eu lieu jusque-là dont celle de Montbéliard du 10 au 13 mai 2018, raconte… Interview.

Christ Seul : D’où venez-vous et quel est votre lien avec l’Église mennonite ?

Brunhilde Horsch : Mon nom est Brunhilde Horsch et j’ai 82 ans. Enfant de parents mennonites, j’ai grandi dans une ferme du Deutschhof, lieu d’implantation d’une communauté mennonite du milieu du XVIIIe siècle, près de la frontière alsacienne dans le Palatinat. C’est là que j’ai été baptisée. Plus tard, j’ai passé un an en tant que jeune fille au pair dans le Pays de Gex chez Willy et Gisèle Müller. Cela a été une expérience formidable pour moi. Au cours de cette année, j’ai appris à voir beaucoup de choses avec un regard différent et cela m’a été très utile.

C S : Quelle communauté fréquentez-vous en ce moment ?

Brunhilde Horsch : Il y a 60 ans, je suis arrivée en Bavière, de l’autre côté de l’Allemagne, suite à mon mariage. Depuis, je suis membre de la communauté d’origine de mon mari, la communauté mennonite de Regensburg. Pour moi, c’était un grand changement de devoir rouler 50 km pour aller à l’église, alors que chez moi, l’église est juste au coin de la rue.

Suite à l’implantation de deux nouvelles communautés dans la dernière décennie, notre communauté a diminué de près de la moitié (elle compte aujourd’hui 80 membres). C’était une perte énorme pour nous. Après une période difficile, les choses repartent vers le haut dans notre communauté. Il y a toujours de nouvelles personnes qui nous rejoignent. Les choses sont comme elles doivent l’être, nous en sommes reconnaissants, même si c’est très différent.

C S : Quelles sont vos passions/hobbies dans la vie ?

Brunhilde Horsch

Brunhilde Horsch : Je suis passionné de théologie et d’histoire, en particulier l’histoire anabaptiste. Cela est certainement lié au fait que ma communauté d’origine, un groupe fermé, était assez conservatrice et attachée aux traditions. Cela a soulevé beaucoup d’interrogation en moi au sujet de ce que nous croyons, pourquoi nous le croyons et comment nous croyons. Au fil des années, beaucoup de mes questions ont trouvé des réponses. Même dans mon grand âge, les questions ne s’arrêtent pas. C’est comme si je travaillais sur une mosaïque à laquelle j’ajoute une pierre à chaque nouvel apprentissage, de sorte qu’une image globale se révèle à moi un peu plus. Ainsi je peux dire que mes passions rendent ma vie extrêmement passionnante et riche.

C S : Quelle CME vous a le plus marquée ? Pourquoi ?

Brunhilde Horsch : C’est très certainement la toute première CME en 1975, au Bienenberg.

Rencontrer des frères et sœurs dans la foi au niveau européen était quelque chose de complètement nouveau pour moi. Je me souviens avoir rencontré pour la première fois des frères et sœurs des Pays-Bas. Beaucoup d’entre eux étaient très différents de ce que nous considérions comme typiquement mennonite. J’ai pris conscience pour la première fois du fait que nous sommes tous très fortement influencés par la culture dans laquelle nous vivons, et ce même si nous ne voulons parfois pas l’admettre.

Je me souviens d’un Néerlandais aisé que l’on trouvait toujours au restaurant, perdu dans un quotidien et entouré de nombreuses tasses de café vides posées sur la table. Depuis, je sais que les Néerlandais aiment le café !

Le thème de la CME à l’époque portait sur la Confession de Schleitheim. C’était la première fois que j’entendais parler de cette confession. Cela m’a encouragée à approfondir l’héritage spirituel de nos ancêtres anabaptistes.

C S : Qu’est-ce qui a, selon vous, le plus évolué dans les CME depuis 1975 ?

Brunhilde Horsch : Lors de la première CME, mon mari avait été sollicité pour distribuer la cène. Problème : il n’avait pas de cravate. J’ai trouvé cela superflu. Son problème a été résolu rapidement, il a pu en emprunter une. Aujourd’hui, tout est devenu beaucoup plus décontracté. On a pu le constater clairement à Montbéliard.

La manière dont la table de la cène était organisée était pour moi une belle image d’unité. Simplement un mélange de chacun d’entre nous, tels que nous sommes : des hommes comme des femmes, jeunes et vieux, et même sans cravate, très décontracté.

Une autre évolution que je constate est qu’aujourd’hui, il est devenu évident que les femmes soient impliquées dans tous les aspects du programme, même à la prédication. Néanmoins, je dois dire que les femmes m’ont manqué à Montbéliard dans les plénières.

Ce qui a aussi beaucoup changé depuis la première CME est le style musical et l’implication des groupes de musique dans les événements.

Nous ne chantons presque jamais de cantiques. Nos chants d’assemblée aujourd’hui sont déterminés par des chants modernes, qui correspondent simplement davantage à notre époque.

C S : Que gardez-vous de cette 10e CME ?

Brunhilde Horsch : Cette conférence était très encourageante pour moi.

En soi, le grand nombre de participants montre que l’intérêt pour la CME augmente, et ce à une époque où nos communautés décroissent à travers l’Europe.

Ce que je considère être la caractéristique la plus marquante de cette CME est la coopération de la plupart des organisations mennonites européennes à tous les niveaux de la conférence, malgré nos différences théologiques et culturelles.

Pour moi, cette conférence est également une étape importante dans notre relation avec nos frères et sœurs revenus de Russie auprès desquels nous avons fait les premiers pas. Cette rencontre a renforcé mon espoir qu’un jour nous pourrions trouver un langage commun.

J’ai trouvé que le remplissage des seaux de secours comme travail communautaire et le chargement du conteneur était un bon exercice pour mettre en pratique ce dont nous discutons toujours théoriquement lors de nos conférences. Voir le conteneur se remplir petit à petit et enfin se préparer à partir était pour moi une image forte de la réalisation du thème de la conférence : « Ce que tu ne peux pas garder pour toi » : transmettre l’amour de Jésus aux personnes dans le besoin…

C S : Un message pour la jeune génération ?

Brunhilde Horsch : Je voudrais encourager nos jeunes et leur dire : venez aux CME, car cela en vaut la peine, aussi de rencontrer d’autres personnes très différentes, et d’être en communion avec elles. La communauté est importante pour nous, mennonites, mais c’est plus que simplement nous rencontrer. Pour nous, la communauté signifie une communion réconciliée et pacifique, c’est la tâche que Dieu nous confie ! En venant à la CME, vous pouvez contribuer à ce que cette communion se réalise, en l’honneur de notre Dieu.

Propos recueillis par Valentin dos Santos

Les CME dans le passé

1975 : Bienenberg, Suisse

1977 : Elspeet, Pays-Bas

1981 : Enkenbach, Allemagne

1988 : Tramelan, Suisse

1993 : Colmar, France

1996 : Elspeet, Pays-Bas

2000 : Ludwigshafen, Allemagne

2006 : Barcelona, Espagne

2012 : Sumiswald, Suisse

2018 : Montbéliard, France

 

L’église comme une chorale !

Ceci n’est pas un article sur le chant d’assemblée ni sur les chorales d’Eglise, mais sur l’unité et la diversité dans la communauté chrétienne ! La tension entre unité et diversité a accompagné le christianisme depuis sa naissance. Même si Jésus a prié pour l’unité (Jn 17.21), on trouve, depuis le début, les personnalités, les dons et les opinions les plus divers chez ceux qui suivent Jésus. Et même si Paul prône l’unité dans l’Esprit (Ep 4.4), nous remarquons dès l’Eglise primitive des débats et des controverses au sujet de questions de doctrine et d’éthique (Ac 15). Je passe sous silence le reste de l’histoire de l’Eglise. A tous les niveaux, nous connaissons le caractère multiforme de la communauté chrétienne, souvent enrichissant, mais présentant aussi un réel défi : dans les Eglises locales, au sein du mouvement mennonite et dans l’ensemble du monde oecuménique.

UNITÉ ET DIVERSITÉ

Le choeur à plusieurs voix est devenu pour moi une image pour concilier unité et diversité dans l’Eglise. Comme toujours, une image ne peut tout expliquer, mais elle m’a aidé à discerner quelques aspects. La beauté d’un choeur à plusieurs voix est fascinante. Mais tous ceux qui ont déjà chanté dans une chorale savent que le chant en commun ne peut devenir harmonieux qu’à certaines conditions. J’aimerais partager quelques conditions de réussite à l’aide de la métaphore du choeur.

LA MÊME PARTITION

Il faut que tous regardent le même chef de choeur. Photo : www.shutterstock.com

Il faut que tous chantent la même partition. Imaginons un choeur où chacun et chacune ont une autre partition ou dans lequel se forment de petits groupes dont chacun crée ses phrases musicales. L’unité du choeur est brisée si certains commencent à ignorer une partie des phrases musicales proposées ou ajoutent leurs propres lignes mélodiques ou d’autres strophes. De même, il est indispensable que, dans le choeur qu’est l’Eglise chrétienne, tous s’orientent obligatoirement et fidèlement d’après la musique normative indiquée par la Bible.

REGARDER LE MÊME CHEF DE CHŒUR

Il faut que tous regardent le même chef de choeur. L’attention sans partage et concentrée sur le chef est la base de la réussite de chaque répétition et de chaque exécution. Les chefs de chorales en savent quelque chose. Celui qui ne regarde pas le chef rate les entrées et perd facilement le bon rythme. Le Christ est le point de repère de l’Eglise et la diversité dans l’unité n’est possible que si tous, sans exception, ne regardent qu’à lui.

S’ÉCOUTER MUTUELLEMENT

Il faut que chanteuses et chanteurs s’écoutent mutuellement. Et moi aussi, je dois m’écouter moi-même. C’est ce qui me paraît être le plus difficile : entendre ma propre voix, en même temps écouter les autres et arriver à combiner le tout harmonieusement. Souvent, il n’en va pas autrement dans les relations entre chrétiens. Il n’est pas rare que la conscience de soi-même et, tout aussi souvent, la volonté ou la capacité d’écouter l’autre, fassent défaut. Mais la diversité dans l’unité n’est possible que si nous avons le sens de notre propre rythme, si nous sommes conscients de notre propre voix et si nous percevons comment les autres fonctionnent et résonnent. Et il arrive qu’il faille faire remarquer à quelqu’un qu’il chante faux.

CONNAÎTRE SA PARTITION

Il faut connaître la partition du pupitre auquel on appartient. La concentration sur la même partition et sur le même chef ne signifie pas que tous chantent à l’unisson. On n’atteint la plénitude dans la résonance des différentes voix que grâce à la diversité des lignes mélodiques et des hauteurs de voix. Mais ce n’est possible que si les différentes voix sont chantées avec justesse, ce qui exige des répétitions par pupitre dans différents groupes. Ceci vaut-il aussi pour le grand choeur de toute l’Eglise dans le monde ? Nous avons besoin d’endroits où nous nous exerçons au chant anabaptiste pour faire entrer ensuite notre voix, sûre et originale, dans le grand choeur de l’Eglise de par le monde.

POLYPHONIE RÉCONCILIÉE

Jésus prie pour son Eglise, « afin que tous soient un… pour que le monde croie que tu m’as envoyé »  (Jn 17.21). Le Nouveau Testament nous dit que cette unité ne signifie pas uniformité et grand mélange unitaire, mais plutôt polyphonie réconciliée. Comment cela est-il possible ? L’image du choeur peut nous aider à nous représenter cette réalité concrètement et à nous exercer à la vivre, sur tous les plans : dans l’Eglise locale, à l’intérieur du mouvement anabaptiste et en relation avec les autres Eglises. « Pour que le monde reconnaisse Jésus … » Ce n’est donc pas un mal nécessaire, mais c’est notre mission.

La CME 2018 du côté des jeunes

Autant pour les jeunes que pour l’ensemble des participants, la CME 2018 a été un moment fort qui a réuni plus de 2 000 mennonites de toute l’Europe à Montbéliard, et parmi eux presque 200 jeunes. En journée, ils étaient dispersés dans les séances plénières et les ateliers, participaient aux différents spectacles et événements que proposait la CME (sport, flashmob, spectacles, chorales, jeux, entraide, services…). Tard le soir, après la dernière plénière, le programme « jeunes » commençait. Les jeunes représentants des différents pays avaient concocté le programme suivant :

Concert du jeudi soir avec Prai’Rythme. Photo : Philippe Roess

Jeudi soir : la France et l’Espagne ont organisé un concert avec Prai’Rythme et des jeux, puis un « 5e » pour faire plus ample connaissance.

Vendredi soir : l’Allemagne et l’Ukraine nous ont offert un beau concert de louange avec un groupe allemand ; un pasteur ukrainien a ensuite apporté un message/témoignage sur les défis d’être chrétien en Ukraine.

Samedi soir : la Suisse et les Pays-Bas avaient préparé un concert donné par un groupe ukrainien avec des reprises rock et louange, suivi par un groupe folk néerlandais, concerts entrecoupés d’un moment de jeux et d’un temps spirituel.

Le thème de la CME était Transmission. Dans cet esprit, je suis allée à la rencontre de jeunes pour voir ce qu’ils avaient appris et ce qu’ils veulent transmettre.

Si tu pouvais décrire la CME en 3 mots ou plus… ?

« Fromage – Variété – Unité – Espoir – Nouvelles perspectives pour la foi et la communauté » Allemagne

« Amitiés – Paix – Joie » Pays-Bas

« Communauté – Manque de sommeil – Diversité – Brandade » Suisse

« Maison – Découverte »Ukraine

« Rassemblement – Différences – Unité en Christ » France

« Enrichissement – Encouragement – Partage » France

Comment as-tu vécu cette CME ?

« C’était très cool. J’ai apprécié la variété des musiques et expressions artistiques. Nous sommes tous de pays différents, mais unis en tant que mennonites. Quelle richesse, cette diversité dans l’unité ! » Allemagne

« C’était ma première CME, j’ai appris beaucoup de choses. J’ai trouvé ça tellement beau de pouvoir louer tous ensemble et découvrir comment chaque pays vit sa foi différemment. J’ai aussi pu rencontrer plein de nouvelles personnes. » Pays-Bas

« Sincèrement et à coeur ouvert. Le café m’a beaucoup aidé à rester en forme. Beaucoup d’informations internationales et de projets à découvrir. »Suisse

« C’était quelque chose de nouveau pour moi : l’organisation, le service, les repas. Tout était génial, pas parfait (parce que rien ni personne ne peut l’être), mais vraiment génialissime. De nouveaux amis, des encouragements neufs pour la mission : merci à la CME ! » Ukraine

« Au travers des enseignements, des ateliers et des discussions, j’ai pu redécouvrir l’amour de Dieu pour nous, pour moi, et sa puissance qui dépasse tout ce que l’on peut imaginer.C’était aussi une vraie joie de voir des chrétiens d’autres pays partageant la même foi et réunis là pour Dieu ! Dieu veut construire une relation avec chacun d’entre nous ; il désire plus que tout faire partie de notre vie et être le premier. C’est à nous d’avoir la foi, d’oser nous lancer et de faire le premier pas, même si ça nous paraît un peu fou. Et c’est également à nous de partager cela auxpersonnes qui nous entourent, de parler de Lui ouvertement et de passer le témoin, le relais. » France

Qu’est-ce que tu as appris ou vécu à la CME que tu ne peux pas garder pour toi ?

« Cela vaut la peine d’aller vers les autres : même si on ne les connaît pas, on a un point commun qui est la foi. » Allemagne

« Voir la foi vécue différemment et selon le pays d’où l’on vient permet de s’ouvrir à de nouvelles perspectives. » Pays-Bas

« J’ai déjà participé à plusieurs CME, et à celle-ci j’ai appris un peu de français et de néerlandais. Savoir se concentrer sur le positif, même quand cela semble sans espoir, car nous pouvons toujours faire quelque chose. Exemple : les kits préparés pour la Syrie. Avec plus d’actions, nous pouvons changer le monde pour qu’il soit meilleur. Ensemble, nous pouvons faire de grandes choses, comme remplir le container pour la Syrie ! » Suisse

« La fraternité serait le mot. Rencontrer des jeunes motivés de tout pays. Voir qu’il n’y a pas qu’en France que les jeunes bougent pour Dieu. C’est aussi rencontrer des gens qui ont mis du temps à part pour aider au bon fonctionnement d’un tel événement, et le tout avec le sourire. » France

« Soyons de petites lumières qui rayonnent de la gloire de Dieu partout où nous allons, semons de l’amour et de la paix pour montrer qui Il est et ce qu’Il a changé dans nos vies ! » France

Impressions de la Conférence Mennonite Européenne 2018

Un Saint-Exupéry actuel (si possible mennonite) pourrait écrire : « Pour unir les mennos, faites-leur construire une CME ! » Ce fut en effet le cas à l’Axone de Montbéliard en ce joli mois de mai 2018. Mais si la fête fut vaste et belle, on le doit aux bénévoles, plein de bénévoles, aux organisateurs, plein d’organisateurs et au « bon grand géant » qui les dirigeait. Il y avait aussi des caméras et des projecteurs, des chanteurs et des chanteuses, mais… pas de raton laveur. Il y avait des rappeurs et des rappeuses, des clowns, des danseurs et des danseuses, mais… toujours pas de raton laveur. Il y avait des tambours et des violons, des tubas et des guitares, des grosses caisses et des petites, mais… encore moins de raton laveur.

Mosaïc Orchestra, sous la direction de Pascal Ferraro, le samedi soir 12 mai à l’Axone lors de la CME. Photo : Philippe Roess

Ce fut aussi pour moi l’occasion, avec application et dans l’ordre :

• D’entendre le message d’une théologienne néerlandaise censée me démontrer qu’il me fallait être DANS LE MONDE sans être DU MONDE, mais en même temps DU MONDE sans être DANS LE MONDE. Mettant mon incompréhension de la chose sur la vétusté des engrenages de mon esprit ou sur une traduction approximative, j’ai été rassuré par des personnes compétentes me confirmant que, parfois, la théologie batave était compliquée à interpréter…

• De constater que l’habituelle fraternité entre copains de régiment (une pratique qu’heureusement les moins de 40 et 50 ans ne peuvent pas connaître) n’est pas réservée aux hommes : mon épouse s’est, au détour d’un couloir, retrouvée nez à nez avec une copine allemande côtoyée une année durant au Hesston College et lors d’un périple épique au travers des US. Ces deux-là ont passé une bonne partie de leur temps libre à évoquer un passé vieux de près de 60 ans, au grand dam d’un mari frustré car incapable de comprendre l’anglais, unique véhicule de leur conversation…

• De mesurer le désarroi, et même plus, de Linda Oyer et Susan Clifton (j’ai la prétention de compter parmi leurs amis) si fortement imprégnées de culture française qu’à l’orée d’une retraite prévue aux US, elles paniquent à l’idée de fréquenter le monde merveilleux de Trump.

• De regretter par moments avoir conservé mon ouïe de jeune homme. En effet, le débranchement momentané d’une prothèse auditive aurait certainement constitué une protection efficace lors des explosions intempestives de décibels (dont l’une particulièrement sévère justement lors de la prestation des jeunes de ma propre église)…

• D’enregistrer et de valider les fulminations d’un citoyen d’Alsace (terre à la fois de tradition et de grande rectitude) constatant l’absence de prière à la fin d’un culte au Seigneur.

• D’avoir consacré une grande partie de ces trois journées à renouer avec les rescapés d’une époque dont la nostalgie se fait de plus en plus prégnante…

Maintenant, si vous voulez avoir des renseignements sur ce qui s’est vraiment passé, adressez-vous à des gens compétents : on n’est plus sérieux quand on a 80 ans !

Mennonites Français et appartenance protestante et évangélique

Comment les mennonites français peuvent-ils se situer dans l’ensemble du protestantisme français ? Nous sommes une petite minorité au sein de la minorité protestante française, elle-même composée de familles nombreuses. Ces familles ont leurs origines – directement ou indirectement – dans la Réforme protestante. Depuis, les protestants ont continué à se diviser et comptent aujourd’hui plusieurs milliers de dénominations dans le monde.

Nés dans les premières années de la Réforme, les mennonites ont connu le rejet et la persécution, ce qui a fait d’eux des marginaux, souvent contraints à l’émigration. Pendant longtemps, à cause de cette histoire, les liens avec les protestants luthériens et réformés n’ont pas été évidents. Vers la fin du 17e siècle est apparu un mouvement de renouveau au sein du luthéranisme appelé le piétisme. Ce mouvement s’est beaucoup répandu et a eu une influence importante sur les mennonites français et européens. Beaucoup d’Eglises évangéliques d’aujourd’hui ont leurs racines dans le piétisme et les réveils qui en sont issus. C’est un milieu dans lequel les mennonites français se sentent à l’aise.

FPF

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Mais que faire malgré tout en réponse au fractionnement protestant ? En 1905, la Fédération Protestante de France (FPF) est née, avec l’intention de créer une plate-forme où les protestants pouvaient collaborer, et dialoguer avec la société environnante. Dans cette fédération, essentiellement composée de réformés et de luthériens, il y a cependant eu des membres évangéliques depuis ses origines, ce qui est encore le cas aujourd’hui.

Plusieurs assemblées mennonites ont une histoire de collaboration avec les protestants, notamment par le partage de lieux de culte (Toul, Saint-Genis, Bar-le-Duc, Châtenay-Malabry, Pontarlier). Les œuvres sociales mennonites sont membres de la Fédération de l’ Entraide Protestante qui, elle, fait partie de la FPF.

Ainsi, une discussion a été lancée au sein des assemblées mennonites de France pour savoir si elles voulaient adhérer à la FPF. En 2007, une réponse négative a été donnée à la question. Néanmoins, le bureau de l’Association des Eglises Evangéliques Mennonites de France (AEEMF) d’alors a constaté qu’une majorité significative (voir ci-dessous) avait voté en faveur de l’adhésion ; il a fait savoir que ce fait ne pouvait être négligé et que la question serait un jour reposée.

CNEF

Entre temps est né le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) en 2010, composé d’un nombre important d’Eglises évangéliques. Parmi ces Eglises, certaines ne veulent pas être associées à la FPF, à leurs yeux trop « libérale », tandis que d’autres sont membres des deux (CNEF et FPF). Comment les mennonites de France se positionnent-ils dans cette configuration nouvelle ?

DOUBLE ADHÉSION ?

Pour répondre à cette question, un groupe de travail, composé de membres du bureau de l’AEEMF et de la commission Foi et Vie, collaborant avec des représentants des assemblées qui voulaient discuter de la question, a proposé une adhésion aux deux entités en 2012. Quelles étaient les raisons de cette proposition ?

• Le constat que 66 % des membres des assemblées et 65 % des assemblées avaient exprimé le désir d’appartenance à la FPF et que les racines historiques des mennonites remontent à la Réforme protestante.

• L’enracinement évident des mennonites dans le milieu évangélique et les nombreuses collaborations déjà existantes.

• Dans un contexte où l’entente entre protestants de différentes tendances (luthéro-réformés et évangéliques) n’est pas toujours facile, l’accent mennonite sur l’appel à être « artisans de paix » pourrait être exprimé par une double adhésion, ouvrant la possibilité d’être un « pont » entre les deux mondes.

• L’importance pour les assemblées mennonites de réfléchir au bien de l’ensemble de l’union d’églises et pas seulement à partir du contexte local. Pourquoi priver les uns ou les autres de la possibilité d’approfondir des liens et des collaborations déjà existants ?

Cette proposition de double adhésion n’a pas fait l’unanimité. La décision récente de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF) de laisser aux pasteurs le choix de bénir des couples homosexuels a compliqué le débat. L’EPUdF est l’un des membres de la FPF, ses paroisses ne sont pas toutes d’accord sur cette décision et les membres évangéliques de la FPF s’y opposent.

En réponse, certaines assemblées mennonites ont proposé de pouvoir se décider séparément pour l’une ou l’autre entité (FPF ou CNEF), proposition qui n’a pas remporté la majorité. Ainsi, la procédure s’est ralentie pour laisser place à un temps de réflexion et de discussion, dans lequel nous sommes actuellement.

Les enjeux sont importants, car les mennonites ne peuvent pas se contenter d’exister seuls, sans lien avec les autres protestants, luthéro-réformés et évangéliques. La difficulté semble être la manière de se positionner face aux questions pour lesquelles il y a des avis différents au sein des mennonites français.

POUR OU CONTRE

En ce qui concerne la FPF, pour les uns, face à la théologie libérale, il n’y a pas de possibilité de lien. Pour les autres, il s’agit de représenter notre position en discussion avec les autres, sachant qu’au sein de la FPF, il y a des Eglises qui souhaiteraient l’arrivée des mennonites pour se sentir renforcées. Les membres de la FPF signent une charte de collaboration, mais chaque Eglise garde sa confession de foi et ses pratiques. Aucune obligation de changer de théologie.

Quant au CNEF, le choix semble plus facile pour beaucoup. Ne sommes-nous pas des évangéliques ? Certains répondront qu’il y a aussi des débats importants au sein du monde évangélique : il y en a qui baptisent les enfants, la plupart ne partagent pas notre positionnement concernant la non-violence, et on constate les dérives politiques possibles chez les évangéliques d’autres pays comme les USA.

Nous avons beaucoup d’amis et de choses communes dans les deux mondes protestants. La question de fond semble être : que faire devant les désaccords entre chrétiens ? Y aller pour témoigner et discuter ou refuser d’être présents là où l’on ne se sent pas à l’aise.

Mennoland, Menno Voice

L’appartenance dénominationnelle a du plomb dans l’aile : pourquoi mettre l’accent sur ce qui distingue, ce qui est caractéristique d’une sous-culture, sur ce qui sépare même ? Ne vaut-il pas mieux minimiser ces différences voire les ignorer, pour aller vers davantage de collaboration et d’unité avec d’autres chrétiens ? La mondialisation et Internet favorisent l’appartenance en réseau. Les jeunes préfèrent s’engager dans tel projet ciblé plutôt que de participer à un « gros machin », comme peut l’être une dénomination, ses structures, sa complexité voire sa lourdeur.

Dans ce contexte, il est tout simplement étonnant que la Conférence Mennonite Européenne 2018, à laquelle nous consacrons 14 pages dans ce numéro, ait rassemblé davantage de monde qu’aucune édition précédente, soit 2 300 personnes au total ! Le lieu, le programme attrayant, la mobilisation des jeunes, la capacité de rassemblement de l’équipe d’organisation ont pu jouer. Dans tous les cas, c’est un signe réjouissant et qui donne de l’espoir.

Si l’on gratte un peu sous la surface, les sujets de désaccords théologiques ne manqueraient pas et le déclin numérique est préoccupant dans certaines parties du Mennoland européen. À Montbéliard, on aurait pu souhaiter davantage de place pour la prière en plénières et favoriser un rassemblement encore plus « vert » – comme la troupe des Lightclubberz nous y a invités !

Malgré ces bémols, cette conférence était une réussite. La « trans- mission », thème retenu, est en marche, même si elle est à soigner et à travailler, pour ce qui relève de notre part… Ce que l’on ne peut garder pour soi, le Royaume de Dieu inauguré en Jésus-Christ, célébrons-le ! Découvrons-en les implications dans tous les domaines de la vie. Reconnaissons nos peurs et nos infidélités. Faisons de nos Églises des ambassades rayonnantes de ce Royaume, pour le bien de tous.

Et l’appartenance dénominationnelle, notre compréhension de ce Royaume, trouve sa place au sein du grand choeur de l’Église universelle (voir les articles de Bernhard Ott en pages 16-17 et de Neal Blough en pages 20-21). Chantons notre voix de manière assurée en vue d’une « polyphonie réconciliée » !

Vivez ou revivez la CME 2018 en vidéo !

Les vidéos des différentes plénières de la Conférence Mennonite Européenne 2018 (CME) sont disponibles ici. 

Vivez ou revivez ces moments de célébrations, d’histoires, de prédications, d’expériences artistiques et musicales…

La CME a eu lieu à Montbéliard du 10 au 13 mai 2018 et a rassemblé près de 2300 personnes le dimanche matin pour le culte final, venues de toute l’Europe et d’au-delà. Ces rassemblements ont lieu tous les six ans.

Le numéro Juin 2018 du magazine Christ Seul (arrivée imminente dans les boîtes aux lettres) consacre deux pages de reportage-photos. Le numéro Juillet 2018 reviendra largement (10 pages) sur cet événement important pour les Eglises mennonites en Europe.

X comme Xénophilie

La xénophilie désigne l’amitié pour les étrangers. Inutile de préciser combien cette notion est d’actualité ! L’Europe est devenue un espace de refuge et d’espérance, mais pas toujours d’asile, pour des milliers de réfugiés.

Origine étrangère

La xénophilie appartient à l’essence du peuple de Dieu. L’Éternel avait choisi un peuple d’errants, de nomades, pour se révéler. Les Hébreux se souvenaient : « Mon père était un Araméen errant. Il est descendu en Égypte, où il a vécu en émigré. » (Dt 26.5). Ils se rappelaient les difficultés de leur condition d’étrangers en Égypte, et comment le Seigneur les avait délivrés de l’oppression. Aussi devaient-ils à leur tour respecter l’étranger, prendre soin de lui, l’aimer : « Tu n’exploiteras ni n’opprimeras l’émigré, car vous avez été des émigrés au pays d’Égypte. » (Ex 22.20). En effet, Dieu « aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. » (Dt 10.18)

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L’étranger comme modèle !

Jésus propose le Samaritain, un « étranger » (Lc 17.18), comme exemple d’amour du prochain (Lc 10.29-37). Il invite ses disciples non seulement à prendre soin de celui qui est dans le besoin, mais à s’identifier aux étrangers. Comme lui, ils n’ont « pas où poser la tête » (Lc 9.58). Le chrétien est dans le monde sans être du monde, « étranger et voyageur sur la terre » (Hé 11.13).

Une attitude spirituelle

La xénophilie est davantage qu’un comportement éthique. C’est une attitude spirituelle, une expression de la vie dans l’Esprit. Faisant allusion à l’hospitalité d’Abraham, l’épître aux Hébreux rappelle que « certains, sans le savoir, ont accueilli des anges » (Hé 13.2). Et Jésus dit : « J’étais un étranger et vous m’avez recueilli… Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Mt 25.35,40)

Dans l’histoire de l’église

C’est ainsi que la tradition monastique concevait l’hospitalité : « On recevra avec une sollicitude et un soin particuliers les pauvres et les voyageurs étrangers, parce que c’est principalement en leur personne qu’on reçoit le Christ. » (Règle de saint Benoît 53.15)

Les anabaptistes persécutés ont fait l’expérience de l’errance, et du besoin d’être accueillis en des zones de refuge. Mais ils ne limitaient pas leur hospitalité à leurs frères pourchassés. Le disciple de Jésus « habille ceux qui sont nus, nourrit les affamés, donne à boire à ceux qui ont soif, abrite les miséreux » (Menno Simons, en 1537). Les assemblées chrétiennes qui accueillent et soutiennent aujourd’hui des familles de réfugiés sont « bénies du Père » (Mt 25.34).

« Vous aimerez l’étranger comme vous-mêmes. » Lévitique 19.34

 

Trois observations face aux doutes sur Dieu.

Je peux imaginer les doutes que bien des jeunes peuvent avoir par rapport à la foi. Que ce soit des convertis ou non. D’autant plus que notre société, avec le siècle des Lumières et autres courants de pensée, n’aide pas non plus à bien se positionner.

J’aimerais à travers cet article nous inviter à reconsidérer ces interrogations en observant trois choses et en nous posant quelques questions.

1. La création : une question de hasard ?

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Arrêtons-nous un instant. Regardons ce qui nous entoure et posons-nous cette question : « Tout ce que je vois est-il le fruit du hasard ? »

En effet, observons les étoiles, le soleil, les nuages, l’univers et l’infiniment grand. Tout cela est-il vraiment arrivé tout seul ?

De même, étudions attentivement une cellule, une molécule, et l’infiniment petit. Pouvons-nous rester indifférents ?

Considérons aussi l’être humain. T’es-tu déjà posé la question : « Pourquoi je suis moi et je vis cette vie et non une autre ? » Regardons nos mains, nos pieds et demandons-nous si une telle complexité, des mécanismes aussi sophistiqués, peuvent être le fruit du hasard. Notre corps peut faire des choses incroyables, notre être est relationnel et doué d’intelligence, mais il est aussi fragile. Nous sommes des chefs-d’œuvre de Dieu.

« […] toutes ces choses et des milliers d’autres aspects de la création ne peuvent tout simplement pas être venus à l‘existence en dehors de l’activité d’un Créateur tout-puissant et infiniment sage. »¹

Lis Rm 1.20. Si nous sommes assez honnêtes avec nous-mêmes, nous ne pouvons nier qu’il y a bien quelqu’un derrière toutes ces choses.

2. La Bible

Dieu a inspiré les auteurs bibliques par le Saint-Esprit. Du coup, la Bible est Parole de Dieu. Par la Bible, Dieu parle aux hommes et se révèle aussi par ce biais-là (2Tm 3.16-17).

La Bible part toujours du principe que Dieu existe, elle n’essaye pas de le prouver, puisque c’est un fait. D’ailleurs, dès le premier verset de la Bible, il est écrit : « Au commencement, Dieu… » (Gn 1.1).

Dieu est le « Dieu de la vérité » (Ps 31.6 ; Nb 23.19). Puisqu’il est vrai, sa Parole l’est également. Ce point mériterait aussi d’être creusé…

Si nous croyons que la Bible dit la vérité (Jn 17.17), alors non seulement elle nous présente Dieu comme vivant et vrai, mais elle nous apprend en outre à connaître ce qu’il fait et ce qu’il est.

Pourquoi ne pas croire à ces paroles ?

3. La croix : une marque d’amour ?

Enfin, face au doute, j’aimerais poser cette question : quel Dieu, parce qu’il aime ses créatures et parce qu’il est juste et saint, est venu humblement sur la terre ? Quel Dieu s’est fait homme afin de payer le prix qui nous attendait ? Quel Dieu est venu pour réconcilier les hommes avec lui ? Quel Dieu est venu, est mort sur une croix, et est ressuscité pour que nous ayons la vie ?

Prenons la Bible et lisons trois passages très intéressants : 1Co 1.20-25, Rm 5.6-10 et Ph 2.6-11.

Quel est le message de ces passages ? Qu’apprends-tu sur toi et sur Dieu ?

– La croix est une folie aux yeux des hommes, mais cette folie est plus sage que notre sagesse.

– La croix est la marque de l’amour suprême de Dieu pour nous qui ne le méritons pas.

– La croix est l’emblème de l’obéissance et de l’humilité de Jésus pour nous sauver.

Si tu es honnête avec toi-même, tu sauras que le Dieu de la Bible est le seul Dieu vivant et vrai.

Conclusion

Nous pouvons avoir des questions. Et quand le doute surgit et remet en question ta foi, arrête-toi, pose-toi et observe la Création ; rappelle-toi que la Bible est vraie et que tu peux avoir confiance en ce qui est écrit même si tu ne comprends pas tout. Mais surtout regarde toujours à la CROIX : Dieu t’aime vraiment au point qu’il est venu en Jésus mourir sur la croix pour chacun, chacune, afin que nous soyons sauvés de la mort à cause du péché et que nous soyons réconciliés avec lui.

Nous pourrons donner tous les arguments que nous voulons. Mon but n’est pas de convaincre par A+B que Dieu existe, mais c’est Dieu lui-même qui, par son Esprit, va agir dans ta vie et te parler. Lorsqu’il le fera, que feras-tu ? L’accepteras-tu ou le nieras-tu ? Auras-tu la foi ou trouveras-tu d’autres excuses ?

 

1. Wayne Grudem, Théologie systématique, 2010, Excelsis, 2012, p. 137.

L’Apocalypse comme dévoilement des coulisses…

Christ Seul : Le sous-titre du livre que tu as écrit sur l’Apocalypse s’énonce ainsi : Les coulisses de l’Histoire. Peux-tu expliquer pourquoi ?

Nicolas Farelly : Ce que l’on remarque dès le tout début du livre (1.9-20), c’est que Jean, l’auteur de l’Apocalypse, a été emporté hors de ce monde dans une vision. Et là, il lui a été donné de voir le monde à partir d’une autre perspective spatiale (une perspective non plus simplement terrestre, mais céleste). De même, il lui a été donné de voir le futur de la création, notamment la Nouvelle Création qui vient. Jean écrit ce qu’il a vu dans cette vision, et celle-ci propose aux lecteurs une perspective sur le présent, sur l’Histoire qui se déroule, à partir d’un autre point de vue. Il est comme élevé au-dessus d’une scène (le monde) pour voir ce qui se passe en coulisses, ce qui s’y vit et ce qui s’y trame.

Qu’est-ce que cela apporte ?

Nicolas Farelly : On le sait, le commun des mortels n’a accès qu’à ce qu’il voit et expérimente dans les faits. Il voit la pièce de théâtre qui se déroule sous ses yeux, mais il ne sait pas ce qui se passe derrière le rideau, dans les coulisses. Cela peut être non seulement frustrant, mais c’est aussi et surtout une vision très limitée du monde et de l’Histoire. L’Apocalypse nous rappelle que, quand bien même le monde souffre, quand bien même l’injustice, la violence et toutes sortes de péchés sont là, Dieu règne et les croyants sont dans sa présence. Plus encore, il y a un combat qui fait rage dans les coulisses, dans les cieux. Les forces du mal influent sur le monde, mais Christ, l’agneau immolé, les a déjà vaincues et il vaincra encore.

Peux-tu en une phrase résumer le message de l’Apocalypse aux chrétiens du premier siècle après J.-C. dans leur contexte ?

Nicolas Farelly : Dans l’Empire romain, et face à la tyrannie de cet empire, n’abandonnez pas votre foi : persévérez, demeurez fidèles à votre Seigneur, car Christ est vainqueur et il vient.

Et aujourd’hui en Occident, que dirait Jean aux chrétiens ?

Nicolas Farelly : Dans ce monde perverti où l’injustice foisonne, où la consommation à outrance est une règle de vie, où la sexualité débridée est encouragée (etc., etc.), bref au sein de cette société tant oppressive qu’asservissante idéologiquement (comme un empire), résistez à la tentation du conformisme. Que Christ soit votre seul maître et seul sauveur ! Pour nous comme pour les lecteurs du premier siècle, la « victoire » (la vie dans la Nouvelle Création) ne sera atteinte que par la fidélité à Christ.

Qu’est-ce qui aide à comprendre le langage symbolique de l’Apocalypse ?

Nicolas Farelly : Dans le livre, j’écris que « Le symbolisme est ce que Jean utilise pour tenter d’exprimer l’inexprimable, ce qui excède les capacités humaines d’expression ». Il faut donc sans cesse se souvenir que le symbolisme est un langage plus proche de la poésie que de la prose. C’est une autre manière de parler de la réalité. Malheureusement, nous ne savons plus trop comment lire et comprendre ce type de langage aujourd’hui. Il nous manque à la fois des outils et l’habitude. Dans le livre, je reprends donc un tableau qui m’avait semblé très utile pour expliquer le sens des symboles les plus importants de l’Apocalypse (les chiffres, les couleurs, etc.). C’est en tout cas un bon point de départ.

Que dirais-tu aux personnes qui, aujourd’hui, comprennent l’Apocalypse comme un livre qui décrit l’actualité mondiale et prédit l’avenir ?

Nicolas Farelly : Je pense que ces interprétations se trompent, qu’elles n’ont pas saisi que cet écrit était en premier lieu destiné à des lecteurs chrétiens du premier siècle, et que le but recherché n’est pas tant de décrire l’avenir du monde (d’ailleurs, ces interprétations se concentrent essentiellement sur l’Occident et son actualité…), mais d’encourager, quelles que soient les circonstances oppressives, à persévérer dans la foi. Le livre de l’Apocalypse ne décrit donc pas notre actualité, mais il permet à tout un chacun, dans son actualité, dans son présent douloureux et difficile, de se souvenir de ce que Christ a fait, ce qu’il fait présentement, et ce qu’il fera demain.

Propos recueillis par Michel Sommer

Pour aller plus loin…

L’Apocalypse – Les coulisses de l’Histoire, par Nicolas Farelly, Dossier de Christ Seul 1/2018, Editions Mennonites, Montbéliard, 2018, 88 pages, 9 €.

A commander sur www.editions-mennonites.fr