« La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. »

S’il y a bien un lieu où cette parole de Jésus résonne en ce moment, c’est en France. Beaucoup d’Églises peinent à recruter des pasteurs et des responsables laïcs : le vieillissement du corps pastoral, la multiplication des lieux de culte créent des besoins qui ne peuvent être satisfaits.

Les Églises mennonites ne sont pas en reste, puisque toute une génération de pasteurs et d’enseignants arrive à l’âge de la retraite. Et le renouvellement des anciens et prédicateurs laïcs est parfois compliqué. La Commission des Ministères se préoccupe de cette situation et organise depuis plusieurs années une rencontre annuelle avec les personnes de nos Églises, surtout des jeunes, engagées dans une formation théologique, afin de les accompagner et de les aider à trouver leur voie.

Pourquoi se former en théologie ? Dans bien des services, la bonne volonté ne suffit-elle pas ? Dans le Grand angle de ce numéro, Christophe Paya souligne combien il est important que ceux qui veulent s’engager dans un ministère laïc ou à plein temps se donnent les outils nécessaires à son accomplissement.

Mais il ne faudrait pas avoir une vue purement utilitariste de ces formations. Nombreux sont les anciens étudiants à reconnaître que ce sont aussi des lieux qui permettent un enrichissement personnel. La vie communautaire, la rencontre d’étudiants d’horizons divers, le temps consacré à lire et étudier la Bible sont autant d’occasions de grandir en maturité. Et cette école de vie peut dessiner de nouveaux parcours.

Alors pourquoi ne pas mettre à part une ou plusieurs années pour se lancer dans une formation théologique ? Et si ce n’est pas possible, les formations ponctuelles offrent aussi de belles opportunités, qu’elles aient lieu le weekend, en semaine ou pendant le temps d’été.

Et justement, l’été, nous y voici. Même s’il n’est pas toujours synonyme de vacances, de nombreuses activités d’Église font une pause et libèrent du temps. Cette période est plus propice au repos, avec davantage de disponibilités. Il est parfois difficile dans le tourbillon du quotidien de lever le nez des occupations et voir plus loin.

Alors pourquoi ne pas profiter de ce temps d’été pour réfléchir à nos engagements, à nos orientations de vie ?

Qui sait, peut-être Dieu pourrait-il nous interpeller et nous ouvrir de nouveaux horizons.

Le plaidoyer pour la paix de Denis Mukwege

C’est par un discours puissant et alarmiste que le médecin congolais Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, a ouvert le Forum mondial sur la paix le 4 juin dernier à Caen, à la veille des célébrations du 75e anniversaire du Débarquement.

Évoquant les millions de morts de la 2e guerre mondiale et l’injonction du « plus jamais ça », il note que  « nous constatons que les acquis si chèrement gagnés sont menacés. Ce qui semblait solide apparaît désormais comme fragile. » « Avec effroi, nous assistons en ce début du 21e siècle à une régression face à nos droits, à nos libertés fondamentales… ». Il est urgent de sortir de « cet état d’anesthésie dans lequel nous semblons plonger sans réagir ».
Le Monde

L’intégralité du discours est disponible en vidéo sur la chaine de la Région Normandie.

Le discours du Dr Mukwege commence à 33mn environ.

Affaire Vincent Lambert : un regard évangélique

L’affaire Vincent Lambert suscite bien des questions et des prises de position venant d’horizons très variés.

Des pasteur et des médecins de sensibilité évangélique ont publié une déclaration à lire sur le site de Réforme :

Affaire Vincent Lambert : un regard évangélique

Ma poutre et les autres

Frères et sœurs sensibles à la justice sociale, vous a-t-il déjà semblé plus simple d’aimer la requérante d’asile déboutée plutôt que le quasi fasciste du coin ? Peut-être avez-vous ressenti bien plus d’affinités avec l’écolo de votre potager communautaire qu’avec votre frère en Christ éperdu de tours à moto ?

INÉGALITÉS SOCIALES ET CLOISONNEMENTS

La persistance du mouvement des gilets jaunes en est une énième démonstration : tout ne tourne pas rond. Notre monde actuel comprend son lot d’incompréhensions et de révoltes, donnant matière à ériger des murs entre diverses catégories de personnes.

Le risque est grand de prendre les maux du siècle pour en faire un problème personnel. Face aux signes continuels d’inégalités frappant nos pays, prenons du recul et penchons-nous sur nos relations plus directes. Mesurons la portée de notre désir d’équité, là où l’on ne pense généralement pas en termes de « justice sociale ».

Il est tentant d’évaluer son prochain à l’aune de nos propres critères. Pourtant, en défendant les causes qui nous paraissent les plus respectables, nous avons toujours autant désespérément besoin du Dieu de miséricorde et de justice que la personne qui ne partage pas notre opinion.

Face à cette réalité, attardons-nous sur une vérité relationnelle de l’Évangile :

UN PREMIER GESTE DE CHARITÉ : ÔTER LA POUTRE DE SON ŒIL

À force de travailler le bois, Jésus le charpentier en retire une image fort bien sculptée : « Comment peux-tu dire à ton frère : ‘Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil’, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. » (Lc 6.42)

C’est bien là le premier geste de charité à effectuer : savoir reconnaître ses torts. Avoir de belles idées et de bonnes valeurs ne nous dédouane jamais de la poursuite de l’humilité et de l’intégrité. Ces dernières nous invitent alors à interpeller l’autre sans arrogance, dans une démarche fructueuse pour les deux parties.

UN AMOUR RENVERSANT

Cet aspect est révolutionnaire, avant tout dans les petits détails de nos vies. L’amour mis en pratique ne comprend pas uniquement les actes de bravoure et de compassion retentissants, mais aussi toute forme d’honnêteté avec soi-même.

Alors que nous évoluons dans un climat de polarisation, de démesure et d’extrêmes, gardons-nous de mépriser autrui et agissons au contraire pour son bien, même lorsqu’il n’attire pas la sympathie. Jésus le souligne : nos engagements sociaux n’ont de valeur que s’ils sont enracinés dans un cœur et des relations transformés.

NOTE : Inspiré du livre de Tom Holladay, Les relations : le modèle de Jésus, Ourania, 2010, 320 p.

Résister, à la manière de Jésus

Résistance et résister sont mentionnés 16 fois dans le Nouveau Testament. Résister, c’est se dresser contre quelque chose ou quelqu’un. Il ne peut s’agir d’un comportement de principe, mais d’une nécessité. La Bible est pleine d’histoires de refus de collaborer avec le mal sous diverses formes, passant d’un désaccord tranquille à une désobéissance ouverte. La soumission exigée aux autorités humaines n’implique pas une obéissance aveugle. Les croyants sont appelés à résister aux forces du mal. Le Seigneur « résiste aux orgueilleux, mais se montre favorable aux humbles » (Pr 3.34 repris par Jc 4.6 et 1 P 5.5). Caïn fut appelé par Dieu à résister à la tentation du meurtre, Moïse, sur l’ordre de Dieu, a résisté activement, mais sans arme, au pouvoir du pharaon esclavagiste. Daniel, Mardochée (cf. Est 3.2 et 8) et Esther (4.16) ont refusé de se plier à des lois iniques. Les formes de résistance violentes par l’épée ont pourtant été rejetées par Jésus, dépassant la spirale infernale du massacre pour massacre.

RÉSISTER MAIS SANS VIOLENCE

La résistance chrétienne s’inspire de Jésus, mais aussi du principe laissé par Pierre qui dit au sanhédrin : « Il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5.29). Il existe donc un devoir d’insoumission lorsqu’un pouvoir ne respecte plus les raisons fondamentales de son mandat. Il fait partie de la « non-conformité au monde ».

Jésus a résisté au mal de façon non violente, il l’a affronté en vue d’une œuvre sans pareille : la réconciliation. C’est là la différence chrétienne. En premier lieu, il a résisté aux tentations qui se présentaient à lui, puis, par amour, a refusé de se défendre par la violence en s’en remettant à la seule défense de Dieu (Rm 12.19). La croix illustre cette manière de résister au mal tout en gardant aux pécheurs la possibilité de changer. C’est la vie du monde. Par l’annonce de la bonne nouvelle de la résurrection, le monde entier peut être touché par cet amour, à salut (Mt 28.19 ; Ap 12.11).

VIVRE ET TÉMOIGNER DE L’ÉVANGILE

Le combat spirituel, c’est le même combat, il oriente la vie concrète de ceux qui se réclament de Jésus (Ep 6.12). La lutte à mener est normale. S’opposer aux « puissances » d’oppression suppose déjà qu’on les dévoile et les nomme. C’est l’une des fonctions de la prédication : affirmer la dignité de tous les humains et exhorter à la bonne gestion du monde que Dieu a créé, soit le royaume de Dieu.

Dire « non » à toute forme de mal et d’oppression ne nous dispense pas de confesser nos propres lâchetés, compromissions, mais toujours en cherchant à trouver des solutions positives, en Église comme dans le voisinage et la société. Se contenter de critiquer n’est souvent qu’une manière de dire qu’on n’est pas prêt à s’engager ou à aimer. Renoncer à la violence ne signifie pas abandonner le souci du cours des évènements, mais témoigner qu’il y a une autre solution en Jésus. L’apôtre Paul a même résisté à l’apôtre Pierre selon Galates (2.11), car il « ne marchait pas droit selon la vérité de l’Évangile », c’est-à-dire ne vivait pas d’une manière cohérente avec la foi en Jésus pour tous les humains.

AGIR DANS NOTRE CONTEXTE

Cependant, l’attitude qui domine, y compris parmi ceux qui se réclament du Christ, c’est « la cécité complaisante », qui consiste finalement à « faire comme tout le monde », à « suivre la foule », à « ne pas faire de vagues », bref à se conformer à une société ou une religiosité malade.

Il existe dans les sociétés démocratiques des manières contemporaines de résister au mal :

• le droit d’initiative et de référendum (en Suisse), les élections

• l’objection de conscience, par ex. à la participation aux armées

• diverses formes de désobéissance civile

• la non-coopération, le boycott de produits nés de l’injustice, le lobbying

• la prière pour les autorités.

Manquerions-nous d’entraînement et d’espérance pour mener « le bon combat » ? Il faut commencer par de petites choses…

Je connais un jeune qui vient de mourir, ce n’est pas juste !

Je comprends ton déchirement intérieur. Dire au revoir aux gens qu’on aime et qui comptent pour nous est une des choses les plus douloureuses à vivre. En partant, ces personnes laissent un grand vide qui nous accompagne parfois toute notre vie et que rien ne semble pouvoir combler. On repense alors à tout ce que nous aurions encore aimé vivre avec cette personne, à tout ce que nous aurions voulu lui dire sans que la vie ne nous en laisse le temps. Les bons souvenirs ne remplacent pas la présence, et l’absence laisse souvent place à de nombreux « pourquoi ? ». Pourquoi lui ? Pourquoi elle ? Pourquoi maintenant ? Cela semble si arbitraire et révoltant qu’un être aimé puisse nous être pris ainsi !

En effet, comment penser, comme la Bible l’affirme, que Dieu est bon, qu’il n’est pas le créateur du mal mais qu’il permet que celui-ci s’introduise ainsi dans nos vies en nous coupant des personnes les plus précieuses autour de nous ? Lorsque la personne décédée est jeune, notre incompréhension et notre sentiment d’injustice grandissent encore davantage.

Crédit photo : pexels.com

« Elle n’avait pas terminé sa vie, Seigneur ! », « Il avait encore tant de choses à vivre ! ». Nous imaginons alors avec douleur ce qui aurait pu être si les circonstances avaient été autres.

Ce sentiment d’injustice est d’autant plus fort que nous vivons dans une société riche dans laquelle la médecine peut bien souvent guérir et sauver de la mort. Alors que, dans beaucoup de pays du monde, la mort à tous âges fait partie de la vie, nous considérons la guérison et le vieillissement comme un acquis. Pourtant, combien d’entre nous ne seraient déjà plus là sans la médecine contemporaine ? Quand un jeune meurt, nous pensons que cela est bien injuste…

Au milieu de tes questions et de tes incompréhensions, Dieu est présent à tes côtés. Même si, comme le psalmiste, tu doutes et que la tempête te secoue jusque dans tes fondations, tu peux exprimer ta douleur à Dieu face à la perte de cet ami. Il ne lâchera pas ta main. Bien plus, il promet son soutien à ceux qui souffrent l’injustice du mal (Ps 9.17 ; 10.18 ; 94.16-17). Comme le dit si justement Paul Claudel, « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est même pas venu l’expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence. »

Quand la mort frappe de près, nous sommes bien souvent désorientés et nous avons du mal à nous diriger dans les ténèbres que nous traversons. La Parole de Dieu nous encourage à continuer à avancer pas après pas sur un chemin d’espérance. Elle nous rappelle que :

DIEU EST BON

Vraiment bon. Tellement bon qu’il a donné sa vie pour toi et pour ce jeune que tu pleures. Jésus a connu la mort de Lazare, un ami parti trop tôt. Le Père a connu la mort de son propre fils. Il sait ce que tu traverses et veut t’assurer de sa bonté.

DIEU A TOUTES CHOSES ENTRE SES MAINS (MT 10.29-30)

« Il est l’alpha et l’oméga » (Ap 1.8 ; 22.13), le début et la fin, et il tient tout entre ses mains : ce que nous voyons et ce que nous ne voyons pas. Il a un projet pour l’humanité et il le mènera à son terme avec ce que nous comprenons et ce qui reste encore caché à nos yeux. Il nous invite à lui faire confiance et à emboîter le pas de son fils Jésus pour découvrir ce projet.

LA MORT EST TEMPORAIREMENT LA DESTINÉE DE CHAQUE ÊTRE VIVANT

Les amis partent toujours prématurément. Même Lazare, qui a été ressuscité des morts par Jésus, a fini par mourir à nouveau. Son décès et les départs de ceux qui nous ont précédés sur cette terre, nous ramènent douloureusement à notre propre fragilité et notre propre mortalité. Nous ne sommes que des étrangers et des voyageurs de passage sur cette terre (Hé 11.13-16).

LA MORT N’AURA PAS LE DERNIER MOT

C’est ce que nous avons célébré à Pâques avec la résurrection de Jésus. Alors que les puissances du mal semblaient avoir gagné avec la crucifixion de Jésus, Dieu l’a ressuscité d’entre les morts. Il a pénétré les zones les plus sombres du mal et il les a vaincues à la croix. « Un jour, la mort ne sera plus et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur » (Ap 21.4). Cette espérance, nous la proclamons dès à présent dans un monde encore fracturé par l’action du mal.

Dans ta douleur, je prie pour que brille l’espérance.

Accueillir la souffrance qui dure

Nous connaissons tous des personnes qui cumulent les malheurs, qui vivent injustement drame après drame. Le prophète Jérémie était de ceux-là. Être prophète aux temps bibliques n’était certes pas une sinécure, mais Jérémie semble avoir été particulièrement mal loti. Pourtant, contre toute attente, les chrétiens que nous sommes ont pris l’habitude d’associer à cet homme, non des paroles de détresse, mais des paroles d’espérance. Réfléchissez un instant aux versets qui vous viennent en tête à l’évocation des livres de Jérémie. Il y a de bonnes chances que vous pensiez à Jérémie 29.11 et Lamentations 3.22-23. Jérémie, pardonne-nous de faire aussi peu de cas de tes souffrances ! N’avez-vous jamais envoyé ou reçu ces versets, sur fond de pré en fleurs ou de coucher de soleil, dans des temps difficiles ? Pourtant, ce n’est pas vraiment aidant, quand on va mal. Quand on est au fond du puits, parler d’espérance ne suffit pas à la rendre. « Oh tiens, je n’y avais pas pensé ! » Bien sûr que si que j’y pense, tous les jours, et ça me ronge de ne plus avoir d’espoir.

FACE AUX PLAINTES

À la relecture, on remarque vite que ces versets d’espérance sont noyés dans des lamentations. Rien n’est plus insupportable que des lamentations. Est-ce que vous avez déjà vu des gens se lamenter ? Des personnes qui quittent toute attitude de prestance, voire de dignité, et se répandent en plaintes, sanglotent, se mouchent bruyamment. Balayant tout sur leur passage – conjoint, enfants, travail, amis, Église. C’est un spectacle désagréable et dérangeant. Impossible de raisonner ces plaintes. Impossible de leur venir en aide. Car le but de la plainte n’est pas de recevoir de l’aide, mais de s’épancher. Que ça sorte ! Dire ce qui déborde, me saborde et me donne envie de tout abandonner. Et si je pouvais, je partirais, je laisserais tout en plan. Qu’est-ce que j’ai à perdre de toute façon, Dieu lui-même m’a abandonné. Mon frère, ma sœur, toi qui passes par la souffrance et la plainte, souviens-toi : Jésus aussi s’est senti abandonné (Mt 27.46).

L’IMPUISSANCE DU SPECTATEUR

crédit photo : Gavin Spear

« Tu m’as banni loin de la paix, je ne sais plus quel goût a le bonheur » (Lm 3.17). Nous voulons de tout cœur apporter des solutions face au désespoir et à la peine. Or, la lamentation nous place dans la position intenable de spectateur. Non que nous soyons à court d’idées, de plans de sauvetage : proposons-les, ils seront balayés du revers de la main, même les plus pertinents. Le temps de la plainte n’est pas le temps du secours. Ce temps-là n’admet pas de parole. Soyez brillants, composez le plus éloquent des discours, quand bien même il serait écouté, il ne produirait rien. Il y a un temps pour tout, dit l’Ecclésiaste.

UN MOUVEMENT INTIME

Ne soyons pas nos propres dupes. Nous aimons l’efficacité, les changements de vie radicaux et les guérisons instantanées. Or, nous sommes impuissants à mobiliser les autres. À peine sommes-nous responsables de nous-mêmes. Paul nous invite à devenir des adultes qui se comportent comme des adultes. Être adulte, c’est notamment développer la capacité de faire des choix et de les assumer. Le choix libre et adulte de Jérémie, d’après le troisième chapitre de ses Lamentations, c’est de croire en la bonté de Dieu au moment où il n’en a aucun signe. Nul ne sait ce qui se passe entre les versets 20 et 21, entre la plainte et l’espérance. Jérémie soudain se remémore la bonté passée de son Dieu, mais nous ne savons pas comment cette pensée éclot. Nous ne pouvons pas susciter le désir de continuer à vivre chez l’autre. Il y a un mouvement intime qui ne peut se faire qu’en celui qui traverse la souffrance. C’est le lieu de la rencontre avec le Père tout-aimant, celui qui a donné le souffle de vie à Adam. Lui seul vivifie.

CROIRE EN LA BONTÉ DE DIEU

C’est pourquoi la souffrance des autres nous met en échec, si nous nous donnons pour tâche de les aider à aller mieux. Il nous faut déplacer l’objectif. Nous ne pouvons pas relever les autres, mais notre attitude peut les encourager ou non à chercher en Dieu l’espérance qui fait défaut. La responsabilité d’une personne qui souffre, en tant que chrétien, c’est de parvenir à croire en la bonté de Dieu, au cœur même de sa souffrance ; c’est là que la foi se démontre. Quel est alors le rôle de ceux qui sont à côté de lui ? Veiller à ne pas entraver ce processus, en premier lieu. Exemples d’erreurs à ne pas commettre : attirer le regard sur soi plutôt que sur Dieu. Prendre la place du sauveur plutôt que de l’ami. Opposer nos propres réponses à ses questions.

Nous ne savons pas accueillir la souffrance des autres. La souffrance nous gêne, nous dérange, nous déstabilise. Et c’est tant mieux. Cet inconfort nous rappelle que la souffrance ne fait pas partie du projet de Dieu pour l’humanité. Accepter ce malaise nous permet d’affirmer avec force cette vérité porteuse d’espérance : le malheur ne vient pas de Dieu, et le mal aura une fin. Pénétrés de cette conviction, nous pourrons – par grâce – communiquer l’espérance tarie, au-delà des mots, comme des disciples de la Parole faite chair.

Résister

Connaissez-vous Adelaïde Hautval ? Cette médecin protestante s’est solidarisée avec des femmes juives durant l’occupation, jusqu’à être déportée avec elles à Auschwitz. Son courage, comme celui du jeune mennonite Jean-Paul Krémer, qui refusa avec obstination de faire le salut hitlérien (p.11), force l’admiration.

Lorsqu’en février 2015 la ville de Khabour, en Syrie, est passée sous la coupe des islamistes de Daech, alors que leurs voisins fuyaient, certains chrétiens ont fait le choix de rester, coûte que coûte, déterminés à reconstruire dès que possible leur église.

DES SIGNES D’ESPÉRANCE

Dans les temps les plus sombres, des hommes, des femmes se lèvent et s’opposent à un cours des évènements qui paraît irrésistible. Quand le mal semble triompher, ils sont des signes, des lumières dans la nuit. Ils cultivent l’espérance.

À l’évocation de ces héros de la foi, nous pouvons nous sentir écrasés. Qu’aurais-je fait dans leur situation ?… (Qui peut affirmer ce qu’il ferait ?) Nous pouvons aussi, simplement, nous laisser inspirer par leur exemple et nous mettre en route, là où nous sommes : si des chrétiens ont su se comporter ainsi alors qu’ils risquaient le pire, je dois pouvoir moi aussi manifester cet esprit de résistance dans mon contexte. La fidélité à l’Évangile se vit d’abord au quotidien. À quoi suis-je appelé(e) à résister ?

DEVENIR ACTEURS

Imprégnés par les discours ambiants, l’air du temps, influencés par les « modèles » qu’on nous donne, exposés à la pression du groupe, nous sommes presque « naturellement » portés à suivre le mouvement. Et il est si facile, si confortable, de se couler dans le moule, se conformer, porter le discours dominant. Que le Seigneur nous préserve de nous laisser ainsi entraîner à participer à ce qui, peut-être, s’oppose de Lui, à nous laisser emporter loin de Lui. Il nous faut toujours et encore apprendre à discerner, afin de garder ce qui est bon (il y a aussi des évolutions positives !) et refuser ce qui ne l’est pas. Ceux qui ont résisté au pire nous pressent de quitter la passivité, ou le fatalisme, et de devenir acteurs.

UN SEUL FONDEMENT

Ceci est un défi aussi pour Christ Seul : nous voulons être à l’écoute de notre époque, aller à la rencontre de nos contemporains, sans nous égarer. La clé ? Nos prédécesseurs nous l’ont laissée. Elle est dans le nom même de notre mensuel : être fondés sur Jésus-Christ, et Jésus-Christ seul.

Que le Seigneur nous trouve en éveil.

 

Une année de Points chauds!

Les 30 participants de la formation Points chauds, organisée par le Centre de Formation du Bienenberg à Pulversheim, ont terminé leur première année. Échos d’un participant.

Dialoguer dans le respect et repérer les clés d’interprétation de la Bible, voilà les deux exercices auxquels nous sommes soumis durant les cinq samedis de cette saison 1 de la formation Points chauds.

Pour ce faire, il nous est proposé un sujet, de préférence délicat, d’ordre théologique, biblique ou de société ; ensuite nous écoutons tour à tour (2 x 1 h 20) deux orateurs chevronnés exposer chacun leur position (divergente) sur le thème. À cela, ajoutons deux bonnes heures de débat entre les intervenants et avec nous les participants.

DIALOGUER SUR DES SUJETS CHAUDS

Dialoguer dans le respect ! Toute une façon d’être ! J’avoue que l’exercice n’est pas de tout repos ! Particulièrement lorsque je me sens en désaccord avec l’une des positions. Alors se réveillent en moi des sentiments liés à des tensions qui viennent briser mon besoin d’intégrité et d’harmonie. Ayant été façonné à penser de façon binaire et donc à opposer souvent les choses entre elles, il me semble avoir un handicap de départ !

Mais pas à pas sur ce chemin, je sens de nouvelles choses naître en moi. Comme un sentiment de paix malgré le désaccord. Moins soumis à l’influence de la passion, je me sens plus libre d’écouter avec considération celui avec qui je ne suis pas d’accord. Serait-ce un signe de transformation vers quelque chose de plus réconcilié ?

INTERPRÉTER LA BIBLE

Pour ce qui est des clés d’interprétation de la Bible, il me semble en avoir reconnu au moins deux au cours de ces différents Points chauds. Deux approches qui conduisent généralement à une compréhension et à une application du texte très différentes.

Guillaume Bourin et Marie-Noëlle Yoder, intervenants contre et pour le ministère pastoral féminin, avec des lunettes d’interprétation « croisées » pour la photo. Photo : Rachel Goldschmidt

Guillaume Bourin et Marie-Noëlle Yoder, intervenants contre et pour le ministère pastoral féminin, avec des lunettes d’interprétation « croisées » pour la photo. Photo : Rachel Goldschmidt.

La première approche, que je perçois comme plus statique, lit, étudie et pense le texte biblique de près, de très près, pour y voir sa richesse et sa force, mais ensuite « oublie », ou plutôt manque, de faire un zoom arrière pour considérer l’ensemble du projet de Dieu et la direction vers laquelle il tend. Au risque d’être un peu caricatural : à force d’avoir le nez dans le guidon, mon champ de vision se restreint !

La seconde approche, que je qualifierais de plus dynamique, ose le zoom arrière pour découvrir le mouvement d’ensemble que Dieu donne au monde depuis le début de la création et dont l’axe central est en Christ, un mouvement qui pointe vers un monde nouveau et réconcilié.

Il me semble trouver là une approche davantage marquée par l’espérance et plus féconde qui, à condition de rester centrée sur le Christ, sa vie, son œuvre et son enseignement, m’éloigne de la tristement célèbre guerre des versets (qui me donne d’ailleurs des boutons !) et qui nous projette très souvent, il faut le reconnaître, dans des oppositions stériles.

IMPRESSIONS ET LEÇONS

En cette fin de saison 1, je considère avoir été conforté dans mes convictions dans certaines situations et aussi questionné dans d’autres.

Je remarque que quasiment tous les thèmes de la formation Points chauds sont clivants et conduisent à nous diviser, s’ils sont abordés uniquement à partir de soi-même, son histoire, sa propre compréhension de la vérité, etc. Il nous semble alors devoir défendre quelque chose !

Dois-je vraiment me battre pour ou contre l’homosexualité ? Je dis bien : pour ou contre ! Idem pour l’œcuménisme, le ministère féminin ou tout autre thème ! Le pour et le contre me paraissent être l’un comme l’autre des outils cruels produisant victimes et agresseurs !

J’ai été encouragé à plusieurs reprises durant cette formation, quand certains intervenants ont élevé le débat, non pas pour en relativiser l’enjeu, mais pour le placer sur un plan… (je cherche mes mots !) … plus annonciateur du Royaume à venir, c’est-à-dire un plan où l’on travaille davantage dans le sens de la réconciliation et du changement des mentalités, plutôt qu’au jugement et à la mise à l’index.

La foule qui s’est mobilisée, prête à lapider la femme adultère (Jn 8.1-11), savait qu’elle avait raison ; elle disposait de versets bibliques pour le prouver. Pourtant, Jésus va briser son envoûtement. Jésus va amener chacun à une réflexion individuelle et ainsi sauver une vie, mais aussi permettre à toutes les parties de cheminer vers la transformation. Le jet de pierres ne l’aurait pas permis, seuls l’amour et le pardon le peuvent.

Sur ce chemin de formation et de transformation, je suis heureux. Je ne suis pas seul. Car avec les huit participants de notre assemblée et plus largement en Église, nous construisons conjointe ment un espace de confiance, de dialogue et de restauration qui tend même à modifier un point chaud en un point chaleureux !

POUR ALLER PLUS LOIN…

Programme et intervenants de l’année 2019-2020 à retrouver sur le site du CeFor Bienenberg.

Photo  : Guillaume Bourin et Marie-Noëlle Yoder, intervenants contre et pour le ministère pastoral féminin, avec des lunettes d’interprétation « croisées » pour la photo. Photo : Rachel Goldschmidt

Journée de rencontre et de réconciliation entre les mennonites et le canton de Berne

Une cérémonie de réconciliation a lieu entre les mennonites et le gouvernement du canton de Berne le 20 avril dernier à Tavannes, dans le Jura bernois. Cette journée fait suite à la demande de pardon formulée en novembre 2017 par Christoph Neuhaus, le président du conseil exécutif du canton de Berne. Dans une déclaration officielle, les mennonites communiquent avoir pardonné au gouvernement les souffrances qu’il a infligées à leurs ancêtres anabaptistes du 16e au 18e siècle. Si des gestes de réconciliation ont déjà eu lieu entre les mennonites et l’Église réformée, c’est la première fois qu’une autorité civile s’engage officiellement dans une telle démarche.

Pour plus d’information, voir le site de la Conférence mennonite suisse.

Le texte de la déclaration en pdf à télécharger