Qui est comme toi ?

Un nouveau chant, composé et interprété par Corinna Eyer, à découvrir ici :

https://www.youtube.com/watch?v=JHVm4tUftRU

 

Un pasteur s’en va…

Par Michel Paret

L’actuel système capitaliste et l’éducation qui le conforte nous obligent à découper notre existence en périodes : études, travail, retraite. Ces coupures génèrent des situations heureuses et malheureuses que viennent amplifier les événements de la vie. La plupart d’entre nous travaillons ou avons travaillé pour (sur)vivre dans ce monde. Il n’en a pas toujours été ainsi. Il existe encore quelques groupes qui vivent sur un rythme naturel ; et plus près de nous, des familles et communautés alternatives avec des emphases différentes.

Comme beaucoup, l’Évangile m’a libéré, libéré pour servir. Jeune, j’ai découvert cette légèreté et choisi d’en vivre, devenant ainsi « socialement inclassable, politiquement indigestible, religieusement irrécupérable »[1]. Au long de ma vie professionnelle j’ai eu le privilège de servir et vivre de cette vocation. Néanmoins il m’est arrivé, pour de courtes périodes, de vendre mon activité, marchandiser ma vie pour avoir le droit de consommer. Hormis ces rares moments, je n’ai pas été prisonnier du travail salarié, menacé d’élimination économique ou d’obsolescence productive. Tout en vivant dans une certaine précarité, j’ai connu le bonheur que procure un service (diakonia) gratuit à autrui. En famille nous avons plutôt réussi à satisfaire nos besoins ou tout du moins à être satisfaits dans une vie relativement simplifiée.

À l’heure de la retraite, mon corps m’a déjà signifié qu’il fallait retrouver un rythme adapté, regardant en arrière, le constat est sans appel. Ma vie professionnelle (ou vie active !) a été caractérisée par la gratuité et même une certaine forme d’inutilité. Rarement contraint ; mêlant vita activa et vita contemplativa, vivant à un rythme humain et non selon les horloges du « temps modernes », j’ai pu servir. D’ailleurs, pendant mes années d’aumônerie hospitalière, il aura été difficile à l’administration d’accepter que je n’aie pas d’horaires fixes, ni ne pointe, tout en restant salarié contractuel de la fonction publique.

Ce n’est pas le seul paradoxe d’une vie au service de l’Évangile et de l’Église. Tout d’abord parce que les deux ne sont pas toujours compatibles[2]… Et reste le sacro-saint statut de prêtrise donné par l’ensemble des fidèles au ministre tout en proclamant la doctrine du sacerdoce universel. Je regrette de ne pas avoir été plus porteur d’une parole de libération, me contentant souvent d’un service pastoral proche de l’aumônerie d’un troupeau quand il aurait fallu être prophète. Ce qui interroge sur le ministère pastoral aujourd’hui et sa formation. De son côté, Bernard Raymond écrit : « Qu’elle soit grande ou petite, un pasteur n’est jamais au service d’une Église. Plus exactement, le seul et meilleur service qu’il puisse lui rendre est d’être opiniâtrement en son sein un serviteur de la parole de Dieu. C’est très différent, car il n’est pas là pour satisfaire aux différents caprices de la communauté au sein de laquelle il exerce son ministère, mais pour la faire bénéficier des échos de cette parole »[3].

Ces dernières années, le ministère pastoral a été mon métier. J’en suis heureux. Pas forcément content de moi ou satisfait de vous, mais profondément en paix parce que j’ai l’intime conviction que j’ai servi.

Pour conclure, je vous laisse méditer cette phrase d’Elisée Reclus[4] : « Ah ! Mes amis, rien ne déprave comme le succès ! Tant que notre triomphe ne sera pas en même temps celui de tous, ayons la chance de ne jamais réussir ; soyons toujours vaincus ! ».

Michel Paret, pasteur

Photo : Luke Stackepoole

 

[1]     Jean Abel, A la recherche, L’autre incertain, 2012, p. 42.

[2]     Robin R. Meyers, Saving Jesus from the Church, Harper One, 2009.

[3]     Bernard Raymond, Le protestantisme et ses pasteurs, une belle histoire bientôt finie ?, Labor et Fides, 2007, p. 26.

[4]     Elisée Reclus (1830-1905) citoyen du monde, précurseur de la géographie-sociale, politique, historique, de l’écologie… végétarien, naturiste, espérantiste et d’origine protestante.

Dimanche pour la paix 2021 : Agir en tant qu’enfant de Dieu aujourd’hui

« La Commission de Réflexion pour la Paix (CRP) vous propose pour le Dimanche pour la Paix du 14 mars 2021
un Dossier dont le thème est Agir en tant qu’enfant de Dieu aujourd’hui »

Le dossier de préparation du culte inclut :

  • une proposition de déroulement du culte, incluant des chants et des prières, proposée par Silvie Hege
  • un canevas pour la prédication par Frédéric de Coninck
  • un témoignage d’une expérience d’accueil de migrants
  • une histoire pour les enfants, proposée par Corentin Haldemann
  • une proposition d’offrande destinée à l’organisation United4Rescue qui s’engage pour le sauvetage en mer de femmes et d’hommes qui cherchent refuge en Europe.

Le dossier est disponible pour le téléchargement.

Chaque année, la Commission de Réflexion pour la Paix des Eglises mennonites de France propose ce Dimanche pour la paix, ainsi qu’un dossier de réflexion et de préparation du culte.

Une émission de Radio Oméga consacrée au dernier Dossier de Christ Seul

L’émission de Radio Oméga « Le Quarante-cinq » du 28 janvier 2021 était consacrée au Dossier 3/2020 Bioéthique et fin  de vie – Témoignages commentés de Luc Olekhnovitch et Bernard Wary. Au micro : Jean-Philippe Gueutal.

Le podcast est sur le site de Radio Oméga : http://www.radioomega.fr/site/podcast-OMCDAFAC.html

Radio Oméga est une radio chrétienne de l’Aire Urbaine Belfort Héricourt Delle Montbéliard

Le plus petit de mes frères

« Suis-je le gardien de mon frère ? »¹ À l’heure où la liberté individuelle est valorisée comme jamais, il est tentant de faire nôtre cette question que Caïn, le meurtrier, oppose à Dieu qui lui a demandé où était son frère.

« Qu’as-tu fait de ton frère ? » Les raisonnements biaisés ne tiennent pas devant Dieu. Nous avons une responsabilité à l’égard des autres. Parmi eux, Jésus nous confie plus particulièrement « le plus petit de [ses] frères »². C’est pour ce « plus petit » que des chrétiens s’engagent dans le domaine de la bioéthique, parce qu’ils croient qu’aucune vie humaine n’est indifférente à Dieu.

Une difficulté est que ce petit frère est souvent caché à nos yeux. Jésus a entendu le cri de celui qu’on a voulu lui rendre invisible (p.16). Saurons-nous, nous aussi, être attentifs et reconnaître celui dont le Seigneur nous demande de prendre soin ?

Dans le village global qu’est devenue notre planète, nous ne pouvons ignorer que nous sommes liés, interdépendants, avec des hommes, des femmes, des enfants vivant à des milliers de kilomètres, parce qu’ils produisent les biens que nous consommons (p.22), ou parce qu’ils subissent les effets du changement climatique.

Nos choix de citoyens, de consommateurs, nos modes de vie ont un impact. Nos prières aussi. Certes, nous ne pouvons pas tout porter, mais nous avons dans nos sociétés démocratiques une liberté et des moyens de mettre en lumière, nous exprimer et agir. La première étape consiste à s’informer et engager une réflexion. C’est ce à quoi ce numéro de Christ Seul voudrait vous inviter.

D U N O U V E A U !

Au fil des pages, vous découvrirez quelques nouveautés. En effet, le comité de rédaction a à coeur de faire vivre votre magazine, de le faire évoluer en étant à l’écoute de vos remarques. Ainsi la méditation « À la source » (p.16) devient-elle mensuelle. Tout au long de cette année, elle explore le thème « Rencontre avec Jésus ». La nouvelle rubrique « Regard » (p.6) propose une réflexion sur un sujet d’actualité développée sur deux pages. Enfin, l’Église d’Altkirch nous a fait l’amitié d’accepter d’inaugurer une série d’articles « Zoom » (p.24) qui, chaque mois, nous fera visiter une assemblée mennonite. Bonne découverte !

¹Genèse 4.9
²Matthieu 25.40

La bioéthique pour comprendre et agir en chrétien

DE QUOI PARLE-T-ON  ?

Quand on parle de bioéthique, on parle très souvent de décisions médicales, mais dont l’enjeu dépasse la médecine, car elles impliquent la vie ou la mort d’un être humain : décisions de mettre fin à la vie d’un enfant avant sa naissance, parce qu’il est handicapé ou juste malvenu, d’arrêter un traitement vital pour une personne atteinte de lésions cérébrales irréversibles, etc. Si ces situations ont été créées par les progrès de la médecine, ces choix éthiques dépendent de la considération accordée aux plus vulnérables et du soutien que trouvent, ou pas, dans notre société les personnes confrontées à ces situations. Mais la bioéthique ne concerne pas que des situations extrêmes de début ou de fin de vie.

Prenons l’exemple du vaccin anti-Covid. On peut le faire passer par une grille d’analyse classique en bioéthique. Pour l’administrer veille-t-on au respect du consentement du patient ? Ce principe de respect de l’autonomie de décision du patient, fondamental en bioéthique, est issu de la condamnation des expériences des médecins nazis sur les détenus. Respecte-t-on les principes de non-malfaisance et de bienfaisance médicale par des essais cliniques s’assurant que le vaccin n’est pas nocif pour la santé et que le patient en tirera un bénéfice réel ? Enfin, principe de justice : ce vaccin sera-t-il accessible, dans la mesure du possible, à tous ceux qui en ont besoin ? Ces principes bioéthiques sont beaux et bons mais comment s’assurer qu’une personne démente en EHPAD soit respectée dans sa dignité de consentir ou non à la vaccination ? C’est possible uniquement dans une relation de confiance soignant/patient, mais aussi dans un cadre institutionnel qui valorise cette relation, au lieu de réduire le soin à une question de technique, de coût financier et… de prévention des poursuites judiciaires ! Pour penser cette relation de confiance, des éthiciens ont emprunté à la Bible la notion d’alliance pour forger le beau concept « d’alliance thérapeutique ».

POURQUOI LES CHRÉTIENS DEVAIENT-ILS SE PRÉOCCUPER DE BIOÉTHIQUE ?

Crédit photo CDC

Parce que les idées sont comme des virus ! Certaines rendent la société malade : des personnes ne seraient plus dignes de vivre, chacun pour soi et la biomédecine pour tous, j’ai droit à un enfant comme je veux, etc. Les chrétiens devraient réagir à ces idées folles comme un système immunitaire. Mais on peut distinguer les niveaux. Le premier, c’est d’agir avec amour face au prochain vulnérable que Dieu met sur notre route. Cependant, nous pouvons parfois nous sentir dépassés par certaines situations de détresse, nous pouvons alors légitimement passer le relais à des institutions. Mais assurons-nous qu’elles prennent effectivement soin de la personne et la respectent.

Et puis, il y a l’amour du prochain au niveau social, qu’on pourrait nommer « justice ». Il faut oser dire qu’une Procréation médicalement assistée (PMA) qui prive délibérément un enfant de père est une injustice. Témoignons que la vie n’est pas un projet mais un don de Dieu. Sur la fin de vie, beaucoup, par peur et ignorance, ont un avis tranché, « yaka débrancher ». Évitons de parler à la place de ceux qui souffrent, écoutons et proposons respectueusement des solutions qui soulagent, un soutien personnel, une information qui aide : « Savez-vous qu’une équipe de soins palliatifs peut venir à domicile ? » Le niveau politique : écrire à son député, s’engager dans une association comme le Comité Protestant évangélique pour la Dignité Humaine.

Alors c’est vrai, nous pouvons être découragés par l’évolution des mœurs et de la législation qui s’éloignent de plus en plus des valeurs chrétiennes, nous dire que ces questions sont compliquées (c’est vrai, mais on peut se former !) et être tentés par le repli, nous croyant à l’abri dans nos Églises… Erreur et faute. Erreur : pensons à nos enfants, ils ne sont pas immunisés contre ces idées folles… et nous-mêmes d’ailleurs ? Faute : qui plaidera pour les plus faibles si les chrétiens se taisent ?

Chrétien, lève-toi ! « Défends la vérité, la douceur et la justice ! » Psaume 45.4

LUC OLEKHNOVITCH

Fortifie-toi et prends courage !

LE COURAGE DANS LE PREMIER CHAPITRE DE JOSUÉ

« Fortifie-toi et prends courage » (Josué 1.6) est un verset que nous connaissons bien car il nous rappelle que Dieu ne nous abandonne pas dans les épreuves. Dans ce premier chapitre de Josué, Dieu le répète trois fois, et ces paroles sont reprises une quatrième fois par le peuple de Dieu. C’est donc un verset que nous devons absolument retenir. Il est vrai qu’il se révèle efficace dans notre vie de foi et même dans notre vie de tous les jours. Mais qu’est-ce que le courage ?

LA DÉFINITION DU COURAGE

D’après le dictionnaire Larousse, le courage signifie la « fermeté, la force de caractère qui permet d’affronter le danger, la souffrance, les revers, les circonstances difficiles ». D’après Wikipédia, le courage se définit également comme une « vertu » permettant d’affronter la peur, les souffrances et la fatigue. Je pense que nous avons tous affronté tout cela au moins une fois dans notre vie : nous avons tous eu des peurs, des problèmes familiaux ou professionnels à gérer, etc. Parfois nous faisons appel au courage pour nous lever le matin et aller au travail (surtout quand nous voyons les congés avancer à grands pas). Ce qui est étonnant, c’est que ce sont justement la fatigue, les difficultés et la peur qui font que nous faisons appel au courage. Dans « courage », on reconnaît aussi le mot « cœur ». On pourrait donc penser que c’est quelque chose qui vient de notre être intérieur.

LE COURAGE DE JOSUÉ

Après quarante ans de marche dans le désert, voilà que le peuple de Dieu arrive enfin aux portes de la Terre Promise. Mais elle n’est pas encore gagnée. De l’autre côté des murailles de Jéricho se trouvent des peuples et des rois qui ne sont pas prêts à laisser ce territoire aux Israélites. J’imagine que cela devait être inquiétant pour Josué et ce peuple, qui, après un très long périple, devaient affronter une armée pour enfin voir la promesse de Dieu se réaliser. Il était normal d’avoir peur. Dieu ordonne à Josué d’affronter ces peurs et de se fortifier ainsi que de prendre courage. C’était la part du serviteur de Dieu de ne pas céder à la lâcheté, de se lever et d’avancer avec le peuple malgré les peurs et certainement la fatigue. Heureusement que Dieu connaît nos faiblesses et qu’il est patient avec nous ! Il ne se lasse pas de dire : « Fortifie-toi et prends courage », et d’ajouter cette parole : « Je ne te délaisserai pas et je ne t’abandonnerai pas ». Ces promesses réitérées par Dieu nous aident à être courageux et à affronter les difficultés de nos vies. Mais le courage ne va pas sans l’obéissance à notre Père.

L’OBÉISSANCE À DIEU POUR RÉUSSIR À AFFRONTER LA PEUR ET LES DANGERS

Dieu nous aime et veut le meilleur pour nous. Il est donc normal d’écouter Sa parole et d’être soumis à Sa volonté. Dieu nous promet des bénédictions, mais nous y avons une part de responsabilité. Ainsi, Dieu dit à Josué : « Seulement, fortifie-toi et prends courage en te conformant fidèlement à toute la loi que Moïse, mon serviteur, t’a prescrite. Ne t’en écarte ni à droite ni à gauche afin de réussir où que tu ailles » (Josué 1.7). Le courage n’est pas le synonyme de l’audace motivée par l’orgueil, sans justement aucune peur, et qui conduit à des actions non réfléchies ou sans prise en compte les conséquences. Au contraire, c’est lorsqu’on réalise que nous sommes vulnérables que vient le courage. Dans notre vie de foi, cette conscience de nos faiblesses nous conduit à nous soumettre à Dieu pour pouvoir avancer. Nous ne pouvons pas affronter les difficultés avec nos propres forces car nous ne voyons pas ce qu’il y au-delà des murailles alors que notre Père a une vue d’ensemble.

On peut donc réussir à prendre courage en se rappelant les promesses de Dieu. Cela nécessite de suivre Ses voies en retour et d’avoir une pleine confiance en Lui ainsi que de l’aimer de tout notre cœur : « Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Romains 8.28).

Continuons à entretenir cette relation profonde avec Dieu, à suivre Son plan afin de faire face, avec courage, aux murailles s’élevant sur notre route.

Fais-moi signe !

Avez-vous déjà essayé de communiquer avec des personnes qui n’ont aucune langue commune avec vous ? Quand on vit à l’étranger comme nous, c’est inévitable ! Il y a quelques jours, lors d’une fête à la maison, dix nationalités étaient représentées. C’était beau à voir. Mais c’était aussi frustrant : je n’arrivais pas à bavarder avec une Coréenne qui ne s’exprime que dans sa langue maternelle. Cette situation m’a fait penser aux 70 000 personnes qui sont sourdes, muettes ou malentendantes au Laos, et qui doivent gérer une tout autre frustration !

ÊTRE SOURD AU LAOS

Voici quelques détails pour vous donner une idée des défis auxquels fait face cette communauté : il n’existe que trois écoles à travers tout le Laos pour instruire les enfants sourds et muets, d’une capacité totale limitée à 200 enfants ; ils n’ont pas accès aux formations professionnelles ; la langue des signes lao est récente (2003), encore en phase de construction. Même leurs bases ne semblent pas très stables (toutes les semaines, je mets à jour au moins un signe qui a été changé). Beaucoup de ces personnes sourdes dans les provinces n’apprendront jamais la langue des signes et vivront isolées dans leur propre famille tout en en étant dépendantes. Un monde les entoure et elles sont incapables de le décrire. Or qui aurait pu deviner, avant qu’on ne le leur enseigne, que les couleurs ont un nom ? Que les aliments que nous mangeons ont un goût qui se décrit ? Que ces personnes qui nous entourent ont une vie qui se raconte ?

GOOD HANDS

Lydia traduit l’échange entre les élèves et Namphone, enseignante du groupe Good Hands. Crédit photo Sarah Müller

Envoyée du SFE au Laos depuis 2014, j’ai rejoint depuis quelque temps le groupe Good Hands. Le premier axe de notre projet est de développer une formation professionnelle en lien avec le café JoMa pour que des jeunes sourds et muets puissent avoir un métier qui leur permette de subvenir dignement à leurs besoins et à ceux de leur famille. Fonder une famille devient enfin une possibilité pour eux ! Le deuxième axe, dont je suis responsable, est de développer un programme d’apprentissage de la langue des signes lao. Nous avons l’opportunité de le tester dans une grande école internationale de Vientiane en l’enseignant à des élèves bien entendants. J’aimerais un jour pouvoir étendre ce projet aux provinces éloignées pour que les enfants sourds et muets des villages puissent enfin communiquer avec leurs parents.

Si le projet t’intéresse, fais-moi signe !

Éthique des entreprises : tous concernés

Le 29 novembre 2020, le peuple suisse a voté sur l’initiative « multinationales responsables ». Cette initiative, lancée en 2016 par une large coalition d’ONG, avait pour objectif de permettre, en cas de violation des droits humains ou de destruction de l’environnement à l’étranger, de poursuivre devant la justice suisse des multinationales ayant leur siège en Suisse. Ceci aurait permis d’éviter que certaines entreprises continuent à profiter de la situation de pays ne disposant pas d’une justice fonctionnelle. Ces entreprises « moutons noirs » auraient pu ainsi être tenues responsables lorsqu’elles contaminent des cours d’eau ou recourent au travail des enfants.

ENGAGEMENT CITOYEN

L’initiative a bénéficié d’un soutien très large avec le ralliement de nombreuses personnalités de gauche comme de droite, ce qui est assez rare en Suisse. De plus, les chrétiens ont fait preuve d’unité puisque les Églises catholiques, protestantes et le réseau évangélique ont apporté leur soutien. Un énorme élan de la société civile a accompagné la campagne de votation. J’ai eu le plaisir de faire partie des 7000 bénévoles engagés en faveur de l’initiative. C’est la première fois qu’il y avait une mobilisation citoyenne aussi forte.

Cette initiative était pour moi complètement alignée avec mes valeurs chrétiennes. En effet, Dieu nous encourage à exercer la justice envers les plus faibles, comme par exemple à travers la bouche du prophète Esaïe : « Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez l’opprimé, faites droit à l’orphelin, défendez la veuve ! » (Es 1.17). De plus, Dieu nous met en garde contre les richesses injustement acquises : « Le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs et dont vous les avez frustrés crie, et les cris des moissonneurs sont parvenus jusqu’aux oreilles du Seigneur de l’univers. » (Jc 5.4)

LA POPULATION SENSIBILISÉE

Stand au marché de Carouge (GE) en juin 2019. Crédit photo Elisabeth Baecher

Le but de l’initiative était de permettre que les entreprises soient rendues responsables de leurs actes. Il n’est pas acceptable que nous bénéficiions en Suisse de richesses engrangées sur le dos de nos « prochains » du Sud. Pendant deux ans, au sein du groupe local de Carouge, j’ai eu l’occasion de participer à différentes actions de sensibilisation, comme la recherche de signatures de pétitions ou la tenue de stands d’information au marché. J’ai été très touchée par l’attitude générale des gens rencontrés dans ce cadre qui étaient, dans la grande majorité, très ouverts à nos arguments. Une des actions les plus visibles de cette initiative a été de proposer aux gens d’accrocher un drapeau orange à leurs fenêtres ou balcons pour signifier leur soutien. À la fin de la campagne, plus de 30 000 drapeaux étaient visibles dans toute la Suisse. Pour notre famille, c’était presque devenu un jeu à qui trouverait le plus de drapeaux.

L’IMPACT DE LA CRISE SANITAIRE

Bien que je sois active au sein de ChristNet depuis des années, c’était la première fois que je participais aussi activement à une campagne politique. Et c’était aussi le cas de beaucoup de bénévoles. Les gens du comité de Carouge venaient de multiples horizons et ça a été très enrichissant de militer ensemble.

Le Covid est malheureusement venu jouer les trouble-fête et nous avons vécu une fin de campagne un peu bizarre, dans la mesure où beaucoup d’événements ont dû être annulés. J’ai eu l’impression de ne pas pouvoir finir correctement la campagne. Il était frustrant de rester à la maison et d’assister de manière un peu impuissante au matraquage de contrevérités, sur cette initiative, par les milieux économiques.

MAJORITÉ DES VOIX , PAS DES CANTONS

Dès les premières heures de résultats, le dimanche 29 novembre, il était assez clair que nous n’aurions pas la majorité des cantons (l’initiative, qui demandait un changement de la Constitution fédérale, devait obtenir la double majorité du peuple et des cantons pour être acceptée). Nous avons tout de même obtenu la majorité du peuple, 50,7 % des électeurs ayant voté pour le texte. C’est quand même une petite victoire de penser que la majorité des Suisses nous ont soutenus. Évidemment, cela a été une grosse déception, car vu de Genève, nous avions l’impression que l’initiative n’aurait aucun mal à passer.

Malgré tout, l’approche favorisant l’inclusion forte de la société civile dans la campagne au travers de pas moins de 450 groupes locaux a permis de rendre les thématiques de responsabilité des entreprises et de justice envers les peuples du Sud très visibles et un vrai débat a pu être lancé au sein de la population. Ce fort soutien bénévole reste un des aspects les plus marquants de cette votation. Même si l’initiative n’a pas été acceptée, le sujet est maintenant sur la table et, si cette fois n’était pas la bonne, je suis convaincue qu’une législation digne de ce nom devra être adoptée tôt ou tard par la Suisse. Nous avons manqué une occasion d’être des précurseurs en Europe. Cependant le mouvement est déjà en marche car l’Union européenne devrait se doter dans les prochaines années d’une législation similaire à ce que demandait l’initiative. J’espère que la Suisse ne tardera pas à suivre.

 

Minuit, chrétiens !

Cadeau de Noël : Minuit, chrétiens ! interprété par Mosaïc Orchestra :

https://www.youtube.com/watch?v=OGlRGcZdFYA