La promesse du Saint-Esprit

Comment bien comprendre la promesse du don du Saint-Esprit, réalisée à la Pentecôte ? Recentrage sur l’essentiel par l’un des enseignants de la nouvelle Haute école de Théologie en Suisse romande, longtemps pasteur au sein des églises évangéliques de Réveil.

La promesse de l’Esprit au début des Actes des apôtres a généré bien des questions : les disciples étaient-ils régénérés auparavant ? Comment la promesse peut-elle nous être appliquée aujourd’hui ? Combien d’expériences fondatrices le chrétien doit-il vivre ?
Or, le tintamarre des controverses peut parfois nous rendre sourds à la voix du Christ. Il est souvent salutaire de reprendre notre souffle (c’est bien le sujet !), de nous taire et de laisser la Parole de Dieu reprendre ses droits.
Jésus doit aussi recadrer ses disciples de manière similaire. Il leur rappelle que Jean-Baptiste a prédit une immersion dans l’Esprit et il leur demande de rester à Jérusalem pour recevoir « ce que le Père a promis » (Ac 1.4). Et, patatras ! les voilà qui s’interrogent sur la restauration du royaume d’Israël ! Jésus coupe court à ces spéculations eschatologiques et les ramène au sens de la promesse : « Bien au contraire ! Vous recevrez de la puissance, lorsque le Saint-Esprit surviendra sur vous. Et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre¹. »
Je nous propose donc de mettre de côté débats et controverses et de laisser cette parole du Seigneur nous toucher dans la simplicité de son énoncé.

LE SAINT ESPRIT, UNE PERSONNE

L’ancienne version Segond pouvait faire croire que l’Esprit-Saint était une « puissance »². Or, la construction grammaticale dans l’original distingue la venue de l’Esprit de la puissance qui en est l’effet.
L’Esprit est une personne. Son œuvre est personnelle : amour pour notre Père par l’Esprit qui nous révèle notre statut d’enfants de Dieu (Ga 4.6 ; Rm 8.15) ; amour du prochain, déjà aimé du Seigneur.
L’Esprit n’est pas une sorte de « fluide », d’électricité supérieure. Il est la personne qui nous met en communion avec le Père et le Fils.
Rappelons-nous toujours que l’Esprit est la présence personnelle de Dieu en nous, avec qui nous sommes appelés à entrer en relation.

UNE PUISSANCE NI DE NOUS-MÊMES NI POUR NOUS-MÊMES

Si la puissance doit être reçue, c’est qu’elle ne vient pas des disciples.
L’Esprit en est la source. Toujours et tout le temps.Nous ne devenons pas les seigneurs de la puissance que nous confère l’Esprit. Dieu sait ce qui arriverait, si nous nourrissions nos désirs infantiles de toute-puissance, en croyant que l’Esprit nous donne un pouvoir autonome !
Ainsi, jamais les apôtres ne disent posséder l’Esprit ; toujours ils confessent que la puissance est à Dieu. Seul Simon l’occultiste samaritain a cru que la puissance de l’Esprit pouvait s’acheter comme un grimoire ou une potion magique – péché gravissime (Ac 8.18-24) !
Si nous voulons recevoir la puissance de l’Esprit, avons-nous bien réglé notre rapport au pouvoir ? Renonçons à être des maîtres, surtout en prenant l’Esprit comme otage de nos désirs désordonnés.

PAR L’ESPRIT NOUS SOMMES TÉMOINS DE JÉSUS

Ici, l’œuvre de l’Esprit n’est pas intimisme, ni activisme. Le mouvement jusqu’aux confins de la terre est présidé par le verbe être : « Soyez mes témoins… » Par l’Esprit, l’être précède ainsi le faire.
Ne faisons pas de nos activités le paravent d’un vide intérieur ! Et nous sommes témoins… de Jésus : Jésus proclamé, Jésus imité, Jésus servi.
Pour reprendre la thématique du rapport au pouvoir, l’Esprit lui-même nous montre le chemin : pleinement Dieu, il oriente le message de l’Église, non vers lui-même, mais vers le Fils, chef de l’humanité. L’Esprit produit une piété « christienne » : il élève Jésus.
Et laissons l’Esprit nous inspirer des paroles et des actes dont Jésus est le centre.
Ainsi, j’espère, cette promesse nous aura parlé, hors controverses, de quelques réalités essentielles concernant notre Hôte divin. Qu’elle nous amène ainsi à communier avec l’Esprit et à l’honorer, afin d’être encore mieux témoins de Jésus, notre Seigneur !

Notes
1. Ac 1.8 – NBS, modifiée pour souligner que le grec introduit la promesse par un « mais » affirmé.
2. « Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous » pourrait amener à voir dans l’Esprit un terme apposé à la puissance et la décrivant.

Fêter la Pentecôte avec les enfants

Lors du culte de Pentecôte ou en famille, voici des pistes pour célébrer le don du Saint-Esprit avec des enfants.

Textes bibliques, images, textes évocateurs, chant, prière. Bon usage !

 

LE SAINT-ESPRIT EST COMME LE VENT

Textes bibliques : Ec 8.8 ; Ec 11.5 ; Ps 104.29-30 ; Ac 2.2

« On ne le voit pas, mais il est en mouvement.

On l’appelle brise, quand il caresse, il est vent quand il dérange, et ouragan quand il détruit.

Il a la force de soulever le cerf-volant, de faire tourner les ailes du moulin, de pousser le voilier,

de soutenir l’avion, de permettre aux oiseaux de voler…

De faire que toi, les animaux et les plantes puissiez respirer… et vivre ! » *

 

LE SAINT-ESPRIT EST COMME UN FEU

Textes bibliques : Lc 12.49 ; Jr 20.9 ; Ac 2.3

« Il est rouge, orange et jaune, bleu, blanc et noir…et toujours

différent.

Petit quand il s’allume, grand quand il croît, terrible quand il

s’étend, mauvais quand il brûle.

Mais il est bon quand il réchauffe, il est bon pour mouvoir, pour

cuire, pour forger, pour créer. » *

 

 

LE SAINT-ESPRIT EST COMME DE L’EAU

Texte biblique : Jn 7.3-7

« Elle est là, dans le verre pour désaltérer, au robinet pour laver,

dans l’arrosoir pour arroser, dans la rivière pour rafraîchir,

dans le barrage pour nous donner la lumière, dans la mer pour naviguer

et partout, pour vivre. » *

 

CHANT

Le chant JEM n° 556 reprend ces trois images du Saint-Esprit : « Viens par ton vent, viens par ta pluie,

viens par ton feu. »

Proposition : modifier le début du troisième couplet et chanter « Viens par ton feu brûler le mal qui est en moi »,

plutôt que « … brûler l’offrande que je suis », qui peut être mal compris par nos contemporains.

 

PRIÈRE

Esprit de Dieu, souffle sur moi

Quand je ne bouge plus

Comme un bateau sans vent

Regonfle mes voiles.

Esprit de Dieu, souffle sur moi

Quand je m’éteins

Comme un feu fatigué

Ravive mes flammes.

Esprit de Dieu, souffle sur moi

Quand je me ferme

Comme un oiseau blessé

Relève mes ailes.

Esprit de Dieu, souffle sur moi

Quand je me flétris

Comme une plante assoiffée

Viens me désaltérer.

Esprit de Dieu, souffle sur moi.

 

Note
* Joseph M. Parramon, Les quatre éléments, Bordas, 1988

 

 

 

M comme moine

Les mennonites seraient-ils les moines du protestantisme ?! Question sérieuse, au vu de certaines affinités de fond entre la démarche monastique et le mouvement anabaptiste. Explications.

On peut relever des affinités entre la vie monastique et le mouvement anabaptiste. Déjà au 16e siècle, on se moquait de la vie spirituelle et de l’aspiration à la sainteté des anabaptistes en les traitant de « nouveaux moines ». Les mennonites seraient-ils les moines du protestantisme ? Leur volonté de suivre le Christ dans l’obéissance, de signifier leur vie nouvelle par un engagement pris à l’âge adulte, de vivre dans un certain retrait du monde, pourrait le laisser penser. Hospitalité, humilité, communauté, repentance, sont des valeurs fortes partagées par les uns et les autres. On comptait d’ailleurs d’anciens moines parmi les premiers anabaptistes. La prédication d’un ex-bénédictin comme Michaël Sattler († 1527) aurait simplement fait sortir l’ascèse et la sainteté des cloîtres…

MAUVAISE PRESSE EN PROTESTANTISME

Photo : www.pixabay.com

Les monastères n’ont pas eu bonne presse dans le protestantisme. En France, c’est frère Roger Schutz (1915-2005) qui, non sans difficultés, a fait renaître à partir de 1940 un monachisme d’origine protestante à Taizé. Pourtant, dès le 16e siècle, les communautés houttériennes avaient adopté, au sein de l’anabaptisme, un style de vie très proche de celui des monastères. Elles ont été rejointes au 20e siècle par les frères et sœurs du Bruderhof.
Plus étonnant encore, le premier monastère protestant avait des origines… anabaptistes ! Il s’agit du couvent d’Ephrata (Ephrata Cloister), fondé en 1735 en Pennsylvanie sous la conduite de Johann Conrad Beissel, issu des Brethren, et auquel se sont joints plusieurs mennonites. À Ephrata vivait une communauté de frères, puis aussi de sœurs, unis par un même engagement dans la prière, le travail et l’activité missionnaire, et porteurs d’un rayonnant témoignage de miséricorde et de paix. Ils ont largement contribué à la réédition de sources essentielles de l’anabaptisme primitif, notamment du Miroir des Martyrs.

ENGAGEMENT RADICAL

Faut-il s’étonner de cet anabaptisme monastique ? Après tout, frères moines et « frères suisses » ne puisaient-ils pas à la même source évangélique ? N’étaient-ils pas animés par un même élan : tout laisser pour ne suivre que Jésus ? La pauvreté, la vie communautaire, la prière, font partie des moyens pour y parvenir.
Aujourd’hui, bien des chrétiens reconnaissent la valeur de ces choix. On parle de « l’option bénédictine » (The Benedict Option), d’un « nouveau monachisme » (New Monasticism), de « monachisme urbain »… Dans un monde sécularisé, l’authenticité d’une vie de disciple interroge. Soyons dans le monde, sans être du monde…

Entre les élections

Si le pire a été contenu lors de l’élection présidentielle, les problèmes du pays ne se sont pas évanouis. Un Français sur trois a voté pour l’extrême-droite au second tour. Même si c’est moins que pressenti, on ne doit pas s’y habituer. Voici cinq cailloux sur le chemin qui mène de l’élection présidentielle aux élections législatives – et au-delà.

1. Laissons une chance au président et au gouvernement. Sans nous faire d’illusion sur les gouvernants, la sagesse veut de juger de la recomposition en cours par les mesures prises, les actes posés, les processus enclenchés – en donnant du temps au temps. Et en priant.

2. En parallèle aux autorités à divers niveaux, tous les hommes et femmes de bonne volonté sont invités à faire leur part en matière de solidarité et de lien social. Quand le capitaine du bateau peine à redresser la barre, les passagers peuvent y contribuer…

3. L’exhortation de la commission Foi & Vie de nos Églises à ne pas voter pour le Front national (voir Christ Seul, mai 2017, p. 20-21) vaut certainement aussi pour les élections législatives du mois de juin. « L’idolâtrie de la nation » (Sébastien Fath) véhiculée par ce parti n’est pas compatible avec les valeurs de la foi chrétienne.

4. Comment rejoindre les préoccupations de nos concitoyens attirés par les idées de l’extrême-droite ? Dans nos relations avec eux, écoutons, dialoguons, répondons, faisons réfléchir, invitons à adopter le point de vue de l’autre… À titre d’exemple, listons toutes les bonnes expériences faites au contact d’étrangers ou de musulmans.

5. Dans la logique de l’Esprit répandu à la Pentecôte (voir pages 8-12), oeuvrons pour une Église fraternelle et accueillante pour quiconque ! C’est le lieu de l’engagement « politique » premier des chrétiens. C’est le groupe qui a pour vocation d’être le sel et la lumière de la terre. C’est le moyen choisi par Dieu pour porter au monde la sagesse infiniment variée de Dieu.

Vie d’Eglise, vie personnelle et familiale, vie professionnelle : quels (dés)équilibres ?

Le 1er mai dernier, les responsables des Eglises mennonites de France se sont retrouvés à Valdoie (territoire de Belfort) pour leur journée annuelle de pastorale, consacré au thème suivant : “Vie d’Eglise, vie personnelle et familiale, vie professionnelle : quels (dés)équilibres ?”

On trouve ci-dessous l’enregistrement et la version écrite des exposés de Jean-Claude Girondin, pasteur à l’Eglise mennonite de Villeneuve-le-Comte et responsable de la formation à Agapé France, et  de Claude Grandjean, ancien président de l’Alliance évangélique française, responsable d’Eglise et responsable d’entreprise à la retraite.

Ces exposés sont complétés par le témoignage audio et écrit de Daniel Nussbaumer, l’un des responsables de l’Eglise mennonite du Birkenhof et cadre dans le domaine public depuis de nombreuses années.

Merci à Yann Kempf pour les enregistrements !

 

Exposé de Jean-Claude Girondin : “Approche sociologique : du point de vue de la famille et des loisirs, les évolutions de notre société et leur impact sur nos modes de vie actuels et nos engagements dans l’Eglise”. Texte écrit à venir.

 

Exposé de Claude Grandjean : “Dans le plan de Dieu, la place de la famille et du travail versus l’engagement dans l’Eglise”. Texte écrit à télécharger ici.

 

Témoignage de Daniel Nussbaumer. Texte écrit à télécharger ici.

 

Bonne écoute ou bonne lecture !

Pourquoi j’ai demandé pardon – en tant que Français – en RCA

Découvrant le sentiment antifrançais en République centrafricaine, lié à ce qu’il est convenu d’appeler la Françafrique…, Alain Stamp demande pardon comme Français lors d’un congrès à Bangui, puis devant le président de la République centrafricaine. Récit.

En avril 2015 s’est tenu le Forum des évangélistes1 (FDE) à Yaoudé au Cameroun, auquel j’ai participé en tant que chargé du développement du mentorat et des communautés d’apprentissage de mentors du FDE francophone.

À cette occasion j’ai rencontré le pasteur Anatole Banga, vice-président de l’Alliance Evangélique Centrafricaine, qui conduisait une délégation d’évangélistes. J’ai été bouleversé d’entendre leurs témoignages, apprendre les épreuves traversées par l’Eglise de Jésus et ses serviteurs, victime des Sélékas, groupe armé anti-chrétiens2 : églises et maisons brulées, pasteurs et hommes assassinés, femmes et filles violées, outils de travail et commerces détruits, populations déplacées, etc.

J’ai demandé au pasteur Banga ce qui pourrait constituer une aide pour son pays. « Venez faire un FDE en Centrafrique pour nous encourager à retrouver notre confiance dans notre ministère. » J’ai suggéré : « Mais pas sans prendre au préalable deux jours pour vous offrir un temps de guérison et de restauration ! »

Grâce à Dieu et après bien des hésitations, le FDE de Bangui s’est tenu du 13 au 15 octobre 2016, précédé d’un séminaire de « guérison des cœurs brisés et de réconciliation », les 11 et 12. Le dimanche précédent, j’ai eu un entretien avec un pasteur, haut magistrat, qui m’a révélé le rôle de la France en Centrafrique, les méfaits horribles de la colonisation, ses responsabilités dans la situation actuelle de misère, comme dans la guerre civile qui y a sévi il y a trois ans, et qui perdure sporadiquement.

LES INTÉRÊTS DE LA FRANCE

Depuis l’indépendance dans les années 60, la France s’est arrogé un droit de préemption sur les importantes richesses du sous-sol : pétrole, diamants, uranium, etc. (Souvenez-vous des diamants de Bokassa sous Giscard d’Estaing et de l’affaire Areva en 2007). Elle a toujours entravé l’exploitation des richesses du sous-sol pour préserver ses propres intérêts.

Mon interlocuteur a ensuite souligné que la France à longtemps joué sur un deuxième tableau, bien connu : celui des ventes d’armes.

Ce conflit, qui perdure en RCA, a de terribles conséquences pour les chrétiens en particulier. La situation économique du pays et de l’Eglise de Jésus, sont catastrophiques. Et j’ai été scandalisé, profondément choqué, déstabilisé. C’est aussi ce qui explique que beaucoup de Centrafricains ont un très fort sentiment anti-français, et parfois une haine profonde.

DEMANDE DE PARDON

Or, j’étais le premier orateur à devoir prendre la parole pour ouvrir les deux jours de séminaire, et traiter le sujet : « Face à la souffrance et l’épreuve ». J’ai compris que je ne pourrais être ni écouté ni entendu par la grande majorité des 350 pasteurs et évangélistes présents.

J’ai demandé au Seigneur de me guider. J’ai commencé mon intervention en disant : « Je crois que j’ai un double handicap : je suis blanc et je suis Français. » Des dizaines et des dizaines de têtes ont approuvé ostensiblement ce que je venais de dire. J’ai alors simplement demandé pardon pour les actions graves inadmissibles et révoltantes que mon pays a commis en Centrafrique, et exprimé mes regrets et ma compassion.

Par l’intermédiaire d’un pasteur, j’ai demandé si les chrétiens centrafricains présents pouvaient me pardonner. Il leur a posé la question en sango, langue vernaculaire, et la réaction a été merveilleuse et bruyante de joie ! Très rapidement, les responsables centrafricains ont qualifié ma démarche de pardon d’« acte fondateur du Forum ».

Les deux jours de séminaire ont été essentiellement animés par Albert Mabasi Sindao, pasteur rwandais, délégué par African Enterprise, qui a perdu toute sa famille durant le génocide et qui a traité de manière exceptionnelle, et africaine, les questions de guérison intérieure, de pardon et de réconciliation.

Nous avons placé devant l’estrade, trois grandes croix en bois, deux pour pouvoir y accrocher des papiers pour confesser ses péchés. Une avec une « Boîte à tristesses » pour déposer symboliquement à la croix ses tristesses, deuils, pertes, et toutes souffrances dont Jésus seul peut consoler. Nous avons assisté à de très nombreuses repentances et de nombreuses guérisons intérieures. Certaines personnes sont venues à la croix à plusieurs reprises, même durant les jours suivants. La suite du FDE a été un temps profondément béni et encourageant pour les évangélistes centrafricains qui sont repartis particulièrement nourris et encouragés.

Durant la semaine, les Sélékas ont tués plusieurs dizaines de personnes au nord du pays. Le président de l’Alliance évangélique centrafricaine (AEC), qui regroupe l’essentiel des 52 % de chrétiens évangéliques du pays, a partagé que la RCA se trouvait à nouveau au bord de la guerre civile, et que les chrétiens avaient un rôle modérateur essentiel à jouer. C’est pourquoi il a invité le Président de la République de Centrafrique, Faustin-Archange Touadéra, à assister à la cérémonie de clôture du Forum. Celui-ci est un chrétien convaincu.

RENCONTRE AVEC LE PRÉSIDENT CENTRAFRICAIN

Le président de l’AEC m’a demandé si j’étais prêt à renouveler ma demande de pardon, l’« acte fondateur », en présence du Président de la République. J’ai ainsi eu l’occasion de m’adresser au président de la RCA, ainsi qu’au Ministre de l’Intérieur – fils de feu l’empereur Bokassa, converti à Jésus – pour rappeler comment était né ce projet de FDE précédé d’un séminaire, et comment à mon arrivée en RCA, j’avais découvert le rôle de la France dans leur pays.

Je leur ai demandé pardon en précisant que je n’étais pas mandaté pour cette demande de pardon, que je parlais au nom de mes trois collègues européens présents, mais que je m’engageais à expliquer en France la raison de la démarche que j’accomplissais à leur égard et les raisons de celle-ci.

J’ai été ensuite conduit vers le président et nous nous sommes donné une longue accolade sous les applaudissements et les cris de joie des participants. Florent Varak, intervenant français du FDE de Bangui, a longuement prié pour le président, alors que je tenais les mains de celui-ci dans les miennes.

PORTÉE NATIONALE

Deux jours plus tard le lundi, plusieurs responsables, dont le doyen de la faculté de théologie de l’Union des Eglises Evangéliques des Frères, m’ont affirmé que mon geste de demande de pardon avait une portée nationale, que mes propos avaient été diffusés sur la radio nationale et que les gens en parlaient dans les quartiers ! Ces frères m’ont dit : « C’est la première fois qu’un Français demande pardon. C’est un geste chrétien et un signe d’humilité. »

J’écris ces lignes pour témoigner de la fidélité de Dieu et tenir mon engagement d’expliquer, en Europe ou plus loin, pourquoi j’ai effectué, en tant que Français, cette demande de pardon envers mes frères et sœurs en Christ de RCA.

Merci de prier pour ce pays, pour l’Eglise qui souffre, mais qui désire ardemment témoigner du Seigneur, tant dans les affaires de ce pays, que dans l’évangélisation.A Dieu toute la gloire !

Chrétiens et musulmans : interview vidéo d’Evelyne Reisacher

 

Le contexte actuel rend les relations entre musulmans et chrétiens tendues. Entre angélisme et outrances, la voie chrétienne cherche à allier vérité et amour, pour œuvrer à un vivre ensemble pacifié.

Evelyne Reisacher, professeure associée d’islamologie et de relations interculturelles au Séminaire théologie de Fuller en Californie, est bien placée pour parler de l’islam et des musulmans. Elle a une longue expérience de relations avec des musulmans en France, aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde.

Cette interview a été réalisée au Centre de Formation du Bienenberg, où Evelyne Reisacher a donné un cours sur l’islam dans le cadre de la Formation Biblique pour le Service dans l’Eglise les 17-18 mars 2017.

 

Pour aller plus loin :

Ils en parlent – La souffrance, un chemin de vie ?

Le numéro Avril 2017 du magazine Le Christianisme aujourd’hui a publié une brève recension Dossier de Christ Seul écrit par Linda Oyer, La souffrance, un chemin de vie ?

“Il est paradoxal qu’un livre aussi court traite avec autant de profondeur l’éternelle question de la souffrance et des épreuves permises dans nos vies par un Dieu tout puissant et plein d’amour. Un ouvrage simple sans être simpliste, qui peut se lire même au sein de difficultés.”

A commander ici.

Linda Oyer a aussi publié aux Editions Mennonites “Cheminer avec Dieu. La foi au quotidien” et “Dieu à nos pieds. Une étude du lavement de pieds“.

 

 

Face à la crise politique : jeûner…. et résister

Partager un bon repas est un bienfait pour le corps et l’esprit. Qui n’en conviendrait ? Manger, c’est aussi recevoir ce qu’il nous faut pour vivre. Cependant, c’est le jeûne qui nous réapprend à apprécier ce don de la Création et à en jouir avec modération. Le jeûne, c’est un choix autodéterminé qui nous donne des impulsions pour développer un style de vie et d’économie solidaire, empreint de contentement.
« Jeûner face à la crise politique ». Voici le titre d’une semaine de jeûne qui a eu lieu fin mars et a réuni un groupe de personnes de divers horizons à l’église mennonite de Berne (CH), en collaboration avec ChristNet. En tant qu’animatrice de temps de jeûne avec accréditation médicale, je constate que le jeûne, tout en procurant du repos à notre système digestif, rend notre esprit plus libre et réceptif. Il nous permet d’être à nouveau attentifs aux choses que nous ne voyions plus, aux mots et aux odeurs… Tous nos sens se réveillent et nous rendent sensibles à nous-mêmes, à notre environnement, à nos prochains. Le jeûne casse des comportements bien rodés et nous invite à essayer quelque chose de nouveau qui fait du bien à nous-mêmes et aux autres.

CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE

C’est exactement l’état qu’il faut pour regarder de plus près et sans œillères ce qui se passe dans le monde. Ne sommes-nous pas tous inquiets face à ces hommes forts, avides de pouvoir, tout en étant embrouillés dans la violence et la corruption ? Ces hommes qui exercent (à nouveau) une force d’attraction apparemment irrésistible ? Et non seulement des hommes : des femmes aussi empruntent le chemin du populisme pour obtenir le pouvoir. Comment est-il possible que des personnes qui proposent un programme politique basé sur l’exclusion, le racisme et l’appropriation illégitime puissent gagner des élections ? Que pouvons-nous faire ?

 

VOLONTÉ DE RÉSISTER…

Démêler les racines de ce problème est très complexe et, lors de notre semaine de jeûne… non, nous n’avons pas trouvé de réponses et de solutions toutes faites. Mais nous avons trouvé la volonté de résister. C’est dans la résistance non-violente que la beauté et le potentiel créatif de l’humanité brillent le plus fort. Pour cela, il nous faut, d’une part, cheminer et prier ensemble afin de rester dans la cible. Il nous faut, d’autre part, nourrir notre conscience au quotidien afin de trouver des pistes concrètes, comme par exemple choisir un mode alimentaire qui ne nuise pas à nos prochains du Sud.

  … DANS LE SILENCE ET LA LENTEUR

Dieu manifeste sa puissance en tant que force de création, de vie, d’amour et de bienveillance. Il crée la vie dans le silence et la lenteur. De la même manière, nous voulons exprimer notre résistance face aux puissances et aux autorités par la foi, l’amour et l’espérance. Tel pourrait être le bilan de cette semaine de jeûne.

Un mennonite mort en oeuvrant pour la paix en RDC

Le 12 mars dernier, deux experts de l’ONU, Mike Sharp et Zaida Catalan – et leur interprète Betu Tshintela – ont été kidnappés en République Démocratique du Congo (RDC), alors qu’ils étaient en route avec trois autres Congolais. Le 27 mars, leurs corps ont été retrouvés près de Ngombe. On est sans nouvelles des trois chauffeurs. Les communautés mennonites américaines et allemandes sont particulièrement émues par ces événements. En effet, Mike Sharp, qui n’avait que 34 ans, était mennonite, il avait étudié à Eastern Mennonite University aux USA et travaillé en Allemagne avec le Comité mennonite allemand pour la paix dans le réseau de soutien aux soldats états-uniens voulant quitter l’armée. Après son Master sur les conflits internationaux à Marburg, il était parti en RDC comme volontaire du Mennonite Central Committee. Là, il avait participé aux efforts de rapatriement de réfugiés rwandais dans leur pays et à des négociations avec des chefs rebelles dans l’Est du pays. Grâce à ce programme, plus de 1 600 miliciens avaient abandonné la lutte armée. Depuis 2015, il travaillait pour la Monusco, la mission de l’ONU pour le maintien de la paix en RDC.

GUERRE CIVILE

Depuis la fin du régime de Mobutu en 1997, la RDC n’a pas connu la paix. D’innombrables milices rivales rwandaises ou ougandaises s’affrontent avec les forces gouvernementales, surtout dans l’Est du pays. Les villageois sont les premières victimes de cette lutte dont les enjeux économiques locaux et internationaux sont considérables. La guerre civile a causé la mort de millions de personnes.

 

MILICES ET FORCES GOUVERNEMENTALES

Jusque récemment, le Kasaï, au centre du pays, avait été épargné par la violence. Mais au début de 2016 a éclaté un mouvement de rébellion lancé par Kamuina Nsapu, chef coutumier frustré de l’ingérence gouvernementale dans les structures locales traditionnelles. La mort du chef de la rébellion a exacerbé le mouvement. Bilan au bout d’un an : plus de 400 morts, 216 000 personnes déplacées. Les milices accusées d’atrocités, les forces gouvernementales soupçonnées de répression brutale. Va-t-on vers un embrasement de tout le pays ? C’est ici qu’intervient la mission de l’ONU qui charge Mike et sa collègue suédoise d’enquêter : sur les groupes armés, les violations des droits humains et les possibles violations d’un embargo sur les armes dans le pays. Les milices sont-elles responsables de leur mort ? Les forces gouvernementales avaient-elles intérêt à les empêcher de faire leur travail d’investigation ? Une enquête sur leur enlèvement et leur assassinat est promise.

PLEURS

Nos Églises ont perdu un jeune homme consacré à son Seigneur et prêt à le servir dans un contexte des plus difficiles. Sa foi et son engagement sont un exemple lumineux, une illustration de la béatitude, « heureux les artisans de paix ». Nous le pleurons. Lui nous encouragerait sans doute à pleurer plutôt sur les millions de victimes anonymes de la guerre en RDC.

Légende photo : Michael Sharp en République Démocratique du Congo, lorsqu’il travaillait pour le Mennonite Central Committee. Crédit : Copyright © 2017 DMFK

Pour aller plus loin…

http://wboi.org/post/remembering-michael-sharp-he-risked-his-life-make-peace#stream/0
https://www.theguardian.com/global-development/2017/apr/05/trump-double-tragedy-congo-us-aid-un-investigators-michael-sharp-zaida-catalan
http://www.mennonews.de/archiv/2017/03/29/entfuehrte-un-mitarbeiter-tot-aufgefunden/
http://mennoworld.org/2017/03/29/news/sharp-pursued-peace-around-the-globe/