B comme béatitudes

Les Béatitudes (Mt 5.3-11) forment l’un des plus célèbres textes de la Bible. La Fraternité des Veilleurs récite quotidiennement les Béatitudes en milieu de journée, les considérant comme « le Credo de vie que nous a donné Jésus ».

Mais qui concernent-elles ? Qui, parmi les privilégiés de l’Occident démocratique, se comptera parmi les pauvres ou les persécutés ? À qui, parmi les millions de miséreux de la planète, osera-t-on prêcher : « Heureux les pauvres ! Heureux ceux qui pleurent ! » ? Et les Béatitudes ne présentent-elles pas un idéal de pureté, de justice, de paix, humainement impossible à atteindre ?

IDÉAL IMPOSSIBLE À ATTEINDRE ?

De nombreux commentateurs le pensent, mais pas la tradition anabaptiste. Le Sermon sur la Montagne (Mt 5-7), et tout particulièrement les Béatitudes, a largement inspiré sa vision de la vie chrétienne et de l’Église. « Jésus enseigne à ses disciples la pauvreté en esprit, les larmes saintes, la douceur, la pureté du cœur, la miséricorde, la paix, la patience dans la persécution pour la justice, et la joie intérieure quand ils sont méprisés et insultés à cause de son nom », écrivait Dirk Philips (1504-1568).

Le Sermon sur la Montagne débute par un appel au bonheur ! Précisons : « Il ne s’agit pas du bonheur que produit la satiété, il ne s’agit pas de la jouissance des désirs satisfaits, mais bien du bonheur plus profond qui est donné aux yeux et aux cœurs ouverts. Pour être ouvert à Dieu, à sa richesse et à ses dons sans cesse renouvelés, il faut se sentir pauvre et vide, assoiffé et affamé. » (Eberhard Arnold, 1883-1935)

Les Béatitudes apportent une espérance qui dépasse les misères de la vie terrestre. Mais elles proclament également la bénédiction d’une vie guidée par Dieu, un nouvel ordre des choses, un bonheur en Christ déjà possible. Le Sermon sur la Montagne exhorte à concrétiser les Béatitudes par le pardon, l’amour des ennemis, la confiance en Dieu… Et tout l’Évangile dévoile l’accomplissement des Béatitudes dans la personne de Jésus. Le Christ, doux et humble de cœur (Mt 11.29), a souffert et pleuré. En lui, pureté, paix, amour, miséricorde ont pris un visage.

Les Béatitudes expriment la joie du Royaume, le bonheur du salut, destinés à devenir visibles dans l’Église de Jésus-Christ : « La bénédiction du Seigneur descend sur une assemblée qui vit dans la paix. Dieu lui-même veut vivre en elle. C’est pourquoi le Seigneur Jésus-Christ loue les artisans de paix ; il les déclare heureux d’être appelés enfants de Dieu ! » (Dirk Philips)

Recevons les Béatitudes comme une promesse qui fait vivre. Elles annoncent « un joyeux témoignage, un accomplissement de la puissance de l’Esprit ». (Pilgram Marpeck, v. 1495-1556)

« Heureux l’homme qui place en l’éternel sa confiance ! » Psaume 40.5

Vers une formation théologique anabaptiste en ligne

Ce programme a pour but de développer et de mettre à disposition des formations en ligne liées à la théologie anabaptiste, et particulièrement aux thèmes de la paix, de la justice et de la réconciliation.

La mise en place et le suivi du programme sont assurés par le comité de pilotage qui vient de se réunir en septembre 2018. Il est constitué par Roger N’dri, théologien et informaticien, responsable du Département de Développement Holistique de la Faculté évangélique de l’Alliance Chrétienne (FATEAC) à Abidjan, John Masebi du Centre Universitaire de Missiologie (Kinshasa), Matthew Krabill, de la Faculté de Théologie Fuller (Californie) et bientôt au Centre Mennonite de Paris, et par l’auteur de ces lignes. Avec sa femme Toni, Matthew Krabill possède une expérience de la mise en place de programmes en ligne à Fuller. Toni Krabill et Martine Audéoud, professeur à la FATEAC, pourront jouer un rôle de conseil technique à côté de l’expertise de Roger N’dri.

UN PROGRAMME HÉBERGÉ À ABIDJAN

Photo : www.pixabay.com – kalhh

En raison d’une panne d’avion, John Masebi n’a malheureusement pas pu être présent à la rencontre, mais la communication via Skype et téléphone a été possible. L’aspect le plus marquant de cette rencontre a été l’examen du programme en ligne du Département de Développement Holistique de la FATEAC à Abidjan, et la découverte d’une vingtaine de cours qui pourront facilement entrer dans le projet envisagé : par exemple, « Partenariat et réseaux », « Culture, Ethnicité et Diversité », « Gestion des conflits », « Analyse de situation », « Église, Shalom et résilience des populations vulnérables », « Leadership, paix et réconciliation ».

La FATEAC, en voie de devenir une université, propose ces cours en ligne aux niveaux master et doctorat. Ils ont été développés en grande partie par Martine Audéoud. Celle-ci, qui vient de rentrer en Alsace avec sa famille, a travaillé à la FATEAC en lien avec Mennonite Mission Network et elle continuera son engagement en Côte d’Ivoire avec plusieurs visites par an.

L’ensemble des partenaires concernés (voir encadré ci-dessous) mettra en place le « Centre de formation à la justice et à la paix » qui sera hébergé à la FATEAC à Abidjan, faculté qui a des liens avec les mennonites depuis un certain temps déjà. Le Centre de formation à la justice et à la paix entrera donc dans le département de développement holistique qui, par la FATEAC, bénéficie d’une accréditation universitaire valable sur les trois continents concernés.

DIFFÉRENTS NIVEAUX D’ÉTUDES

Chaque école partenaire créera des cours qui pourront entrer dans le curriculum qui vise d’abord le niveau master et ensuite le niveau doctorat, sans oublier des cours de base en théologie et histoire anabaptistes. Les crédits pour les cours suivis pourront être ensuite reconnus par l’école où se trouve inscrit l’étudiant en question.

Le défi est grand, car il faudra à l’avenir trouver des ressources, créer des cours et un curriculum cohérent. Cependant, le modèle et l’expérience du Département de Développement Holistique à Abidjan (qui compte plusieurs centaines d’étudiants des pays africains), ainsi que les cours déjà construits, ont été un signe concret que le projet pourra se réaliser.

INTERCULTURALITÉ

Lors de la première rencontre de 2017, Jean-Claude Girondin, pasteur de l’Église mennonite de Villeneuve-le-Comte, a insisté auprès des participants sur l’importance d’une véritable « interculturalité » du projet et sur le respect mutuel nécessaire entre les partenaires. Travailler ensemble entre partenaires de trois continents, sachant que la grande majorité des mennonites francophones se trouvent en Afrique, voilà un enjeu de taille.

 

Historique

En septembre 2017, à Abidjan, des représentants de neuf écoles bibliques ou théologiques et six institutions partenaires ont signé une convention de collaboration pour créer un « Consortium des institutions offrant des formations théologiques et bibliques anabaptistes ».

Ces écoles et partenaires viennent de trois continents et de neuf pays francophones et cherchent à réaliser un souhait qui s’exprime depuis un certain temps au sein du Réseau mennonite francophone. S’y trouvent évidemment des membres de ce Réseau représentant la France, la Suisse, la République Démocratique du Congo (RDC), le Burkina Faso et le Québec, ainsi que des agences missionnaires ayant des liens avec ces Églises et écoles. En même temps, étant donné les liens existant depuis longtemps entre les mennonites et d’autres Églises en Afrique et l’intérêt de ces Églises pour le projet, des écoles non mennonites, plutôt interdénominationnelles, ont aussi signé la convention. Celles-ci se trouvent au Bénin, en Côte d’Ivoire, en RDC et au Tchad.

 

Le numérique comme veau d’or ?

En quelques années, la France a fait de rapides « avancées » dans la digitalisation de son administration, le Gouvernement actuel étant bien décidé à passer au « tout numérique » d’ici 2022. Il est poussé/porté par un double objectif : celui, d’une part, de simplifier des démarches administratives et d’en améliorer l’efficacité et, par-delà, de faire des économies. Celui, d’autre part, de renforcer l’accès des dispositifs au plus grand nombre. Or, contrairement à ce qui est souhaité, pour de plus en plus de personnes, cette virtualisation de l’administration n’est pas synonyme d’égalité, mais bien de mise à l’écart.

E-EXCLUSION ?

Photo : www.pixabay.com

Certaines voix – travailleurs sociaux, représentants associatifs, etc. – se font aujourd’hui entendre pour alerter sur les risques de précarisation induits par la digitalisation accrue – et contrainte – des relations administratives. Les personnes en situation de fragilité cumulent souvent des difficultés d’accès, d’usage et de cognition¹ dans leurs démarches administratives. Elles peinent à accéder aux dispositifs, à trouver les informations souhaitées, de même qu’à entrer en contact et à communiquer avec les professionnels. Ces nouvelles injonctions/obligations représentent ainsi autant de nouvelles barrières qui se dressent devant elles, les conduisant parfois à abandonner leurs démarches. Pour peu qu’elles ne disposent pas dans leur réseau de personnes capables de leur servir d’intermédiaires et de les accompagner dans ce dédale technologique, elles peuvent alors se retrouver privées de leurs droits (Défenseur des droits, 2017).

VERS UNE SOLIDARITÉ NUMÉRIQUE ?

Cette situation nous amène à prendre conscience, en tant que chrétiens, des nouveaux visages de la précarité et nous sensibilise aux besoins grandissants d’accompagnement numérique que rencontrent un certain nombre de nos prochains. Un encouragement à développer et pratiquer l’entraide, également sur la Toile…

Plus largement, cette situation nous incite également à réfléchir sur la place et le rôle que notre société – et nous-mêmes – confère à la technologie ; elle représente en cela une invitation à la « prudence » et un appel à la sagesse pour éviter de succomber aux chants de la toute-puissance technologique et pour se garder de lui déléguer de manière irréfléchie de trop grands pans de notre existence. Veillons ainsi à ce que ces technologies ne fassent figure ni de tour de Babel, ni de veau d’or dans nos vies, mais que celles-ci soient de plus en plus des outils au service du plus grand nombre. Et continuons à remettre la conduite de notre existence en premier lieu aux mains de notre Seigneur.

Note

1. Ou littéracie : connaissances fondamentales en lecture et écriture permettant à une personne d’être fonctionnelle en société.

Pour aller plus loin… www.christnet.ch (forum chrétien de réflexion sociale, économique et environnementale)

Il y a 100 ans, c’était la fin de la première guerre mondiale

Lundi 11 novembre 1918, Georges Clemenceau, le chef du gouvernement français, présente officiellement devant les députés le texte de l’armistice. Les sonneries des cloches de toutes les églises de Paris annoncent la capitulation allemande. L’Alsace et la Lorraine, annexées par les Allemands dès 1870, reviennent à la France. En ce 11 novembre 1918, la France compte approximativement 1 322 000 Français morts ou disparus et au moins 4 266 000 blessés graves dans la guerre de 14-18. L’historien et académicien Max Gallo écrit dans son livre (p. 32), 1918 : la terrible victoire : « En France pas un village, pas un quartier des villes de la République, où l’on ne croise femmes, enfants, vieux hommes en deuil, brassard funèbre au bras, voile noir cachant les visages ravagés des épouses, des sœurs, des mères. Et l’on ne remarque même plus les mutilés tant ils sont nombreux. » à ces mutilés de guerre appartiennent ceux que l’historienne Sophie Laporte décrit, dans un ouvrage au titre évocateur, Les gueules cassées.

La haine et le sentiment de vengeance ont dominé cette fin de la guerre la plus meurtrière de l’histoire d’Europe jusqu’alors.

HARTMANNWILLERKOPF

La Première Guerre mondiale a été une guerre de tranchées : ici, dans la Somme en 1916. Photo : Wikipédia

Quand le Président allemand Joachim Gauck et le Président français François Hollande se sont rencontrés au Hartmannswillerkopf le 3 août 2014 pour commémorer le début de la Première Guerre mondiale 100 ans après, la France et l’Allemagne ont fait un grand pas vers la réconciliation. Au Hartmannswillerkopf même, 30 000 soldats français et allemands sont morts pendant la guerre de 14-18. Lors de la cérémonie de commémoration de 2014, 100 jeunes Allemands et Français présents ont rédigé ensemble un message de paix entre les deux pays.

La commémoration des 100 ans de la fin de cette guerre qui a coûté la vie à environ 20 millions de personnes ne peut se faire sans mener une réflexion sur la guerre et attirer l’attention sur le rôle des chrétiens face à ce mal qui n’a cessé de hanter l’humanité.

Aujourd’hui, la montée des idées nationalistes extrêmes replie les pays européens sur eux-mêmes, et il est à craindre des populismes qu’ils n’hésitent pas à réveiller les vieilles haines des deux dernières guerres mondiales. Allons-nous vers une troisième guerre mondiale ?

RAISONS ET CAUSES DES GUERRES

Dans son ouvrage critique, Karl Barth and the Problem of War, le théologien mennonite John H. Yoder rappelle comment naissent les guerres entre les pays. La raison principale tient au fait qu’un peuple, par la faute d’un autre peuple, doit choisir entre sa propre disparition ou son auto-défense. D’autres raisons conduisant à la guerre sont par exemple l’idée d’une mission historique d’une nation, la défense de l’ordre international contre une menace supposée ou la défense de l’honneur national.

à ces raisons conduisant aux guerres s’ajoutent les causes liées aux guerres civiles qui ont émaillé les 30 dernières années (ex-Yougoslavie, Libéria, Rwanda, République Démocratique du Congo, Libye, Syrie, Yémen, etc.). Plusieurs de ces guerres, d’abord internes, sont causées par la recherche de liberté et de justice.

Le monde qui commémore cette année le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale n’est pas à l’abri des menaces de mini-guerres urbaines, comme celle de la ville allemande de Chemnitz en août 2018.

VEILLER !

Les chrétiens et l’Église ont-ils un rôle à jouer dans le domaine public ? Le prophète Jérémie a certes appelé à la soumission à Babylone (Jr 27). Mais pour les chrétiens, la soumission n’exclut pas la critique du pouvoir public. C’est pour cela que nous pouvons vivre dans nos pays et exprimer notre opposition à la vente d’armes (Eurosatory), à la mobilisation des jeunes pour le service national obligatoire, à la politique anti-immigration.

Il nous faut être vigilants devant les populismes qui construisent leur discours sur la peur : peur de l’étranger, peur de la diminution du pouvoir d’achat, peur de la perte des normes et des valeurs traditionnelles.

Alors que nous commémorons le centenaire de la Première Guerre mondiale, nous sommes à l’ère des nouvelles guerres entre les pays et des guerres internes accélérées par les technologies nouvelles (drones, attaques informatiques, réseaux sociaux mal utilisés). Les chrétiens pacifistes de notre temps sont exhortés à veiller davantage en comptant sur l’aide du Saint-Esprit.

Éditions Mennonites 2018-10-22 14:35:07

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat(GIEC) de l’ONU a publié, le 8 octobre, un rapport sur les conséquences d’un réchauffement des températures de la planète de 1,5 °C par rapport à la période préindustrielle : canicules et sécheresses, extinction d’espèces, acidification et montées des océans, baisse de rendement des cultures… Limiter l’augmentation à 1,5 °C est un objectif exigeant : réduction des émissions de CO2 de 45 % d’ici 2030 et « neutralité carbone » en 2050.

Le consensus scientifique est massif : c’est bien l’activité humaine qui est la cause du réchauffement climatique. Pourtant, pris dans un système en surchauffe, les décideurs politico-économiques et les citoyens que nous sommes continuent, globalement, à polluer la planète sans vergogne et à se réjouir d’un été indien qui n’en finit pas… Il en coûte de changer, vraiment.

UN DIEU TROP PETIT

Et les chrétiens ? Notre Dieu est souvent trop petit. Nous négligeons le fait qu’il est le Créateur du ciel et de la terre et qu’il les transformera un jour. Cette Création, il y tient et l’a confiée à la gestion des êtres humains. Il ne souhaite pas la mettre à la poubelle parce que défigurée, mais la rendre plus belle (Rm 8.20-21).

Jean-François Mouhot, directeur du Centre A Rocha des Courmettes, interpelle : « Comment prétendre aimer le Créateur et laisser se détériorer tout ce qu’il a créé ? Ce serait un petit peu comme dire « J’aime Chagall » et laisser une bande de jeunes taguer ses toiles et brûler son musée sans réagir. Comment peut-on laisser la planète se réchauffer[…] sans se préoccuper des générations futures ou de ceux […] qui souffrent déjà des dérèglements climatiques ? » L’amour pour Dieu et pour le prochain conduisent au soin pour la Création. Tout est lié.

Plusieurs Églises mennonites de France ont construit, construisent ou vont construire de nouveaux bâtiments (p. 22-23). Verts ? Posons maintenant des signes, en Église et personnellement, du jour où (Ap 22.2) les feuilles de l’arbre de vie serviront à la guérison des nations et où (Ap 7.17) l’Agneau conduira les siens aux sources des eaux de la vie.

CME 2018 : les vidéos des plénières sont à nouveau disponibles !

Les vidéos des séances plénières de la Conférence Mennonite Européenne (CME) à Montbéliard du 10 au 13 mai 2018 sont à nouveau en ligne sur le site de la CME 2018.

Elles seront disponibles pour un temps limité. Si l’on souhaite les visionner ultérieurement ou les conserver, il faut donc les télécharger.

Par ailleurs, 576 photos de la CME 2018 sont disponibles ici.

Enfin, le spectacle d’ouverture, « Loin de chez nous », qui retrace 500 ans d’histoire anabaptiste-mennonite, est disponible en DVD. Plus de 200 personnes ont participé à la réalisation de ce spectacle. Commandes : contact@cme2018.com au prix de 20 €.

AEDE : un nouvel aumônier

Après le départ de Thierry Seewald, un nouvel aumônier, catholique, a pris le relais à l’AEDE (Association des établissements du Domaine Emmanuel), qui accueille des personnes en situation de handicap.

Christ Seul : Quelles sont les raisons vous ayant convaincu de vous engager comme aumônier au sein de l’AEDE ?

Frère Marc : Je suis en charge de la Pastorale des Personnes Handicapées du diocèse de Meaux depuis près de 10 ans, et dans ce cadre, j’accompagne déjà de nombreux résidents de l’AEDE. J’ai ainsi pu développer une relation de confiance avec le pasteur Thierry Seewald, dont j’ai toujours apprécié l’engagement et l’ouverture d’esprit. Il a permis une collaboration amicale et efficace qui a porté des fruits. Je lui en suis très reconnaissant.

L’AEDE est à ce jour la seule association de la région qui assure la présence de l’aumônerie au sein de tous ses établissements. J’ai conscience que c’est un trésor qu’il faut protéger et développer !

Par ailleurs, j’ai toujours apprécié le professionnalisme de l’association et de ses cadres, que j’ai pu fréquenter dans le cadre de mon travail de Directeur d’établissement.

C’est donc avec enthousiasme que je m’engage dans cette mission. Je sais pouvoir m’appuyer sur une belle équipe de bénévoles, dont je connais le dynamisme et la générosité, ainsi que sur le soutien des frères de ma communauté.

C.S. : Quel est le rôle d’une aumônerie auprès de personnes en situation de handicap ?

Frère Marc : Les personnes en situation de handicap sont capables d’une profonde vie spirituelle. Elles sont même souvent pour nous des modèles par la sincérité de leur foi ; mais cette foi a besoin d’être soutenue par une communauté de vie chrétienne, aussi bien dans le quotidien que lors des événements importants de la vie.

Dans les établissements, l’aumônerie doit jouer ce rôle, en proposant des temps de célébration, de partage, de prière ou de catéchèse. Elle doit également permettre aux résidents de développer des liens à l’extérieur de l’établissement, par les collaborations avec les Églises locales et les paroisses. Cette dimension paraît d’autant plus importante qu’un certain nombre de résidents n’ont que peu de relations avec leur famille.

C.S. : Vous êtes le premier aumônier catholique au sein d’une institution issue des églises mennonites de France. En quoi est-ce une chance et quels sont les écueils à éviter ?

Frère Marc : Je considère avant tout cela comme un honneur et une responsabilité. Je m’inscris dans l’histoire d’une institution et je veillerai à y être fidèle. Je compte pour cela sur le soutien et les conseils des membres de la Direction et du Comité d’aumônerie. Par un travail commun respectueux et attentif, nous aurons la grâce d’un véritable enrichissement mutuel.

Autour des personnes en situation de handicap, nous apprenons à abandonner nos certitudes, à dépasser les barrières et à nous émerveiller des dons donnés par Dieu à chacun. « Chacun reçoit le don de l’Esprit en vue du bien de tous » (1Co 12.7) : c’est, je le crois, ce qui est déjà vécu aujourd’hui au sein de l’aumônerie de l’AEDE, animée par des équipes de bénévoles issus de différentes traditions chrétiennes. Avec l’aide de l’Esprit, nous sommes ainsi appelés à faire communauté autour du Christ, qui seul fait notre unité.

Pour cela, il faut chercher à proposer non pas le plus petit dénominateur commun, mais une expression de la foi riche des dons et traditions de chacun, afin que tous les résidents puissent y trouver l’environnement favorable à l’épanouissement de leur vie spirituelle.

Propos recueillis par Michel Sommer

Présentation en bref

Marc de Maistre, 44 ans, Frère de Jésus Serviteur (communauté engagée au service des personnes en situation de handicap et de leur famille).

Études : polytechnicien, ingénieur des eaux et forêts.

Parcours professionnel : Groupe Suez Environnement, directeur opérationnel Groupe Sodexo et directeur de la Mission Handicap et Diversité, directeur d’Ehpad.

Lettre de Martin Luther King aux Églises du 21e siècle

 

Chers frères et sœurs en Christ,

J’ai longtemps espéré avoir le temps de vous visiter, mais les récents événements locaux me conduisent à repousser ce projet. C’est pourquoi cette lettre, en attendant de vous rencontrer à l’occasion de ma prochaine venue en Europe.

Ces derniers mois, mon bien-aimé pays, le fameux « Sweet Land of Liberty », ne fait plus rêver lorsque des gosses s’y voient séparés de leurs parents. Cela réveille en moi une mémoire enfouie, celle de ces enfants noirs vendus séparément de leur famille. Par ailleurs, je suis attentivement les développements de la crise migratoire à laquelle vous êtes confrontés.

Et à chaque fois, même constat, même stupeur, même incompréhension. Où sommes-nous, sur quel terrain agissons-nous puisque l’Évangile qui nous tient tant à cœur n’a pas l’air de concerner ces situations ? Que se passe-t-il en notre for intérieur ? Jusqu’à quand resterons-nous voyeurs de l’injustice au lieu d’en être les témoins ? Je vous l’avoue, j’ai mal à l’Église, tout comme dans les années 1960 où 11 h le dimanche m’apparaissait, sous un vernis religieux, comme l’heure la plus raciste de mon pays.

THERMOMÈTRE ou THERMOSTAT

J’ai beaucoup rêvé – on me l’a assez reproché –, mais rêve encore que l’Église chrétienne ne soit pas une simple société appelée à indiquer comme un thermomètre la température de notre monde. Elle doit jouer un rôle de thermostat et refuser de continuer à proférer de belles paroles qui ne lui coûtent rien. Qu’elle cesse de prier « Que ton règne vienne » tant qu’elle ne s’engage pas à donner corps et chair à ses intentions, jusqu’à ce que paix et justice s’embrassent.

Que l’Église arrête de débattre de foi et de politique, au lieu de relire les prophètes qui ne s’embarrassaient pas de telles arguties. « Que la justice coule comme un torrent » : voilà une parole limpide, qui exige, il est vrai, du courage de notre part pour que le message dépasse la rhétorique.

« Y A QU’À » ET « IL FAUT QUE »

Alors, plutôt que de servir aux instances politiques des « y a qu’à » ou des « il faut que », nous, Églises chrétiennes, devons appeler nos membres à laisser Dieu les bousculer pour qu’ils ne prononcent plus le mot amour tant que celui-ci n’infusera pas, concrètement et à grand prix, leur agir.

Le temps n’arrangera pas les choses. C’est un mythe. C’est au contraire notre devoir d’aider le temps et de comprendre que c’est toujours le bon moment d’accomplir le bien.

OÙ ÉTAIS-TU ?

L’Église ne vit que par la grâce étonnante de notre Dieu « capable d’ouvrir un chemin là où il n’y en a pas », comme le chante ma tradition. Aussi lui doit-elle obéissance et service, au risque de perdre son âme. Un jour, elle fera face au Dieu de l’Histoire. Elle mentionnera certainement ses campagnes d’évangélisation, se targuera d’avoir mis la Bible à portée de tous, se vantera de…, mais je crains fort qu’elle n’entende une voix lui répondre : « C’était insuffisant ! Où étais-tu lorsque Trayvon Martin se faisait descendre comme un lapin ? Lorsqu’Aylan s’est échoué sur le rivage de Bodrum ? Lorsque j’ai eu faim ? Lorsque je me suis retrouvé une fois encore sur les routes… ? Où étais-tu ? »

Mes bien-aimés en Christ, je vous le concède, je n’ai pas lu les dernières publications en théologie, mais je sais que ces gosses séparés de leurs parents, comme tous leurs grands frères et sœurs embarqués sur l’Atlantique, nous parlent. Qu’attendons-nous pour leur répondre ?

Fraternellement en Christ,

Martin

P.S Cette lettre de Martin Luther King (1929-1968) est bien sûr fictive et n’engage que son rédacteur, Serge Molla, pasteur réformé en Suisse romande et auteur de Martin Luther King, prophète (Genève, Labor et Fides, 2018).

Être Église à la campagne

Je suis un citadin, j’aime la ville et me voici à écrire sur les Églises dans le monde rural… Je crois à l’importance pour les Églises et leur stratégie missionnaire de penser aux villes, de s’y installer, de ne pas fuir les villes comme autant de lieux de perdition…

LE MONDE RURAL

Mais il est temps aussi de valoriser la présence et le témoignage des Églises dans le monde rural. Dans un article récent, Pierre Maignial, pasteur d’une Église évangélique de la Fédération baptiste à Mirecourt dans les Vosges, plaide pour une compréhension du contexte de ruralité profonde (à distinguer de la ruralité de surface) où les mentalités traditionnelles perdurent. Celles-ci se manifestent souvent par l’autodépréciation (ou alors à l’inverse la fierté), la méfiance envers la nouveauté et les influences extérieures, la puissance du qu’en-dira-t-on, le fonctionnement en temps long.

A cela s’ajoutent les caractéristiques générales du monde rural : vieillissement de la population, déclin économique, désengagement de l’État…. Si ce panorama est plutôt déprimant, il est surtout important de comprendre plus en profondeur ce qui s’y joue. Auteur d’un livre sur les Églises rurales, primé en 2018 par le magazine Christianity Today, Brad Roth, pasteur mennonite dans l’état du Kansas aux états-Unis, estime que « le mot «’’rural’’ ne désigne pas seulement une population. C’est une manière de voir le monde. »

SYNDROME DU BOCAL

Dans le monde monde rural en France, la majorité des Églises évangéliques sont d’implantation relativement récente (moins de 30-40 ans), selon Pierre Maignial. Certaines des Églises mennonites en France ou en Suisse en contexte rural font exception à cet égard, en raison de leur histoire. Les Églises de la ruralité forment souvent « de petites structures, qui pâtissent d’une faiblesse numérique chronique ». Lorsqu’on est 15 membres par exemple, le fonctionnement de l’Église est lourd, y compris financier si l’on paie un ministère même partiellement. Les jeunes quittent souvent la région. Le contexte ne permet guère d’espérer une croissance numérique substantielle… Ce qui peut donner lieu à ce que Pierre Maignial appelle le « syndrome du bocal » : un fonctionnement en vase clos, en circuit fermé, soit par la force des choses soit par fatigue.

Le pasteur baptiste souligne encore la modestie des moyens humains des Églises rurales : modestie financière, modestie des compétences humaines. Tout cela empêche ces Églises de fonctionner selon la culture d’entreprise, modèle implicite ou explicite fréquent de la croissance des Églises urbaines.

FAIBLESSES ET ATOUTS

Ces constats peuvent sembler décourageants. C’est vrai. Peut-être faut-il que les citadins en prennent d’abord la mesure, par compréhension et solidarité. Car il peut arriver que les Églises rurales souffrent d’acédie (mal-être, négligence, indifférence) selon Brad Roth : le sentiment que tout ce que l’on fait est insignifiant et sans but.

Mais les Églises rurales ont aussi des atouts : la forte mobilisation des membres, la réactivité dans l’urgence, la souplesse de fonctionnement, une « beauté morale » selon Brad Roth (ce qui n’exclut pas des « ombres morales »). Pour Pierre Maignial, peut-être faut-il considérer les Églises de la ruralité profonde comme des laboratoires de spiritualité profonde : de l’authenticité dans des relations vraies, un vécu commun à long terme, la priorité des relations sur les activités, la persévérance dans la durée, l’exposition de l’Église et des chrétiens au regard de tous…

APPRENDRE DES ÉGLISES RURALES

En fait, les Églises en contexte rural interrogent à leur manière certaines tendances actuelles : la culture d’entreprise débridée, les stratégies d’évangélisation ou d’implantations d’Églises basées sur les chiffres ou les fruits, la bougeotte en matière d’Églises, la mentalité de consommateurs, satisfaits ou remboursés, appliquée à la vie d’Église… Peut-être les chrétiens citadins ont-ils à apprendre des chrétiens ruraux, en matière de fidélité plutôt que de succès ou de résultats.

En ce sens, la présence d’Églises évangéliques et mennonites dans des lieux ruraux, comme aussi de paroisses catholiques ou protestantes, est un signe important.

AVENIR

Quel avenir pour les Églises en ruralité profonde ? Il peut arriver qu’il faille apprendre à mourir et à accompagner ce processus douloureux. L’histoire mennonite en sait un peu quelque chose. D’autres fois, l’invitation est à persévérer jusqu’au temps de Dieu. Pour Brad Roth, la croissance est possible en milieu rural, à son niveau, ce qui demande d’aimer son lieu, les gens de son lieu, de les écouter en profondeur, d’en devenir les amis, d’être ouvert aux nouveaux venus, d’oser du neuf par la créativité adaptée au contexte…

Il serait erroné de figer les différences entre monde rural et monde urbain, surtout à l’époque de la mondialisation. Mais peut-être pouvons-nous tous redécouvrir la promesse et l’engagement de Dieu d’être avec tous les peuples, partout, et de se tenir auprès de toute personne en tout lieu, même reculé. Pour la réconciliation des citadins et des ruraux, avec Lui et entre eux.

Pour aller plus loin…

• Pierre Maignial, « Le pasteur en milieu rural », in : Les Cahiers de l’Ecole pastoralen° 108, 2e trim. 2018, p.  61-77 ou en ligne : www.publicroire.com/cahiers-ecole-pastorale/ministere-pastoral/article/le-pasteur-en-milieu-rural

• Brad Roth, God’s Country – Faith, Hope, and the Future of the Rural Church, Harrisonburg, Herald Press, 2017.

Banians et Bananiers ou comment former des responsables

Quand j’entends l’expression « leader charismatique » à propos d’une personnalité de l’Église, je suis mal à l’aise. Serait-ce mon vieux fond anabaptiste… ? Mais, dans mes lectures, je note aussi que célébrité ne rime pas forcément avec authenticité évangélique.

FORMER DES DISCIPLES OU DES LEADERS ?

Christopher Wright, directeur de Langham Partnership¹, écrivait en 2015 à propos des leaders chrétiens : « Les Églises aiment se donner des dirigeants populaires, célèbres, pour pouvoir se vanter des retombées de gloire de leur renommé pasteur. C’est comme ça que l’idolâtrie du succès et de la célébrité peut devenir un cercle vicieux, sorte de connivence réciproque entre l’ambition d’autoglorification du leader et les fanfaronnades d’autosatisfaction de ceux qui le suivent². »

Wright le souligne : dans l’Église , le processus de formation semble plus axé sur la formation des leaders que sur celle des disciples. Pour lui, selon les Écritures, la priorité est de faire des disciples. Il incombe ensuite, parmi ceux qui montrent toutes les qualités du disciple, de reconnaître qui aura les qualités de leader. Toute autre démarche conduit à suivre les modèles de leadership du monde, alors que Jésus avait veillé à mettre ses disciples en garde.

FORMER POUR SON CLOCHER OU POUR L’ÉGLISE ?

Bananiers avec leurs pousses secondaires. Photo : 123RF – Jacek Sopotnicki

Plus de 20 ans auparavant, Paul Hiebert dénonçait un autre travers dans la mission, celui de former des disciples de sa propre cause, de son propre clocher, plutôt que de former des leaders pour l’Église. Missionnaire en Inde et fin observateur de la culture, Hiebert en avait retiré quelque sagesse³.

« Rien ne pousse sous un banian. » Ce proverbe de l’Inde du sud illustre les différents styles de leadership. Arbre immense, le banian étale ses branches très loin, il a des racines aériennes, il peut développer un tronc secondaire. Il y en a partout en Inde. Adulte, il peut couvrir un demi-hectare. Oiseaux, animaux, humains trouvent abri sous son ombre. Mais rien ne pousse sous son feuillage dense, et quand il meurt, le sol reste sec et stérile.

Le bananier est tout l’opposé : six mois après sa sortie de terre, de petits rejets surgissent tout autour de lui. À 12 mois, un second cycle de pousses apparaît à côté des premières qui ont maintenant six mois. À 18 mois, le tronc principal commence à donner des bananes qui nourrissent des oiseaux, des animaux et des gens, et puis il meurt. Mais les premières pousses secondaires ont assez grandi et dans six mois, elles porteront du fruit et mourront à leur tour. Et le cycle continue : de nouvelles pousses apparaissent tous les six mois, grandissent, donnent naissance à de nouvelles pousses, portent du fruit et meurent.

QUELS DISCIPLES ?

Beaucoup de leaders sont comme des banians. Ils ont un ministère formidable, spectaculaire, mais le jour où ils s’en vont, il n’y a pas de relève, car ils avaient formé des disciples de leur propre cause, des suiveurs et non des responsables.

Il est gratifiant de se faire des disciples. Leur admiration nous fait nous sentir importants. Ils imitent nos manies, ils ne remettent pas en question notre ligne de pensée et ne cherchent pas à aller au-delà de ce que nous enseignons.

Il est facile de former de tels disciples. Nous décidons de ce qu’ils doivent savoir et comment ils devraient l’apprendre. Nous les encourageons à poser des questions, mais nous leur donnons nos réponses. Nous leur enseignons à suivre nos directives et à deviner nos intentions…

Former de tels disciples procure un succès rapide. Il est facile d’en mobiliser plusieurs pour exécuter nos programmes. C’est une approche efficace.

FORMER DES RESPONSABLES

Former des responsables est moins gratifiant pour notre ego. Il faut enseigner à penser et à décider par soi-même, à remettre en question nos croyances et à discuter nos décisions. À la relève, ils nous dépasseront et s’attribueront le mérite de leur croissance et de leurs réussites.

Former des responsables est plus difficile. Il faut apprécier leur avis et les encourager à passer au crible toutes nos paroles. Nous devons les noter non selon leur degré d’accord avec nous, mais plutôt selon l’étendue de leur réflexion personnelle. Nous ne leur demandons pas d’aller au devant de nos vœux, nous évitons de les rabaisser, même si leurs opinions semblent naïves ou simplistes. Nous devons nous concentrer sur les problèmes qu’ils doivent résoudre, plutôt que sur des procédures toutes faites à appliquer.

Former des responsables est moins efficace à première vue. Il faut négocier les décisions, constamment changer les plans, revoir les emplois du temps et les objectifs. Mais c’est plus efficace à long terme. Notre récompense sera d’être entourés de jeunes responsables qui découvrent leurs propres capacités, assument de nouvelles responsabilités et n’attendent que le moment d’aller au-delà de ce que nous avons nous-mêmes atteint.

Paul écrit : « Et ce que tu as entendu de moi en présence de beaucoup de témoins, confie-le à des gens dignes de confiance qui seront capables, à leur tour, de l’enseigner à d’autres. » (2Tm 2.2)

 

Notes

1. Christopher Wright, https://uk.langham.org, auteur aussi du récent La mission de Dieu, Charols, Excelsis, 2012.

2. « Humility, Integrity, and Simplicity », International Bulletin of Missionary Research, vol. 39, 2015, n° 4.

3. Paul Hiebert, Anthropological reflections on missiological issues, Grand Rapids, Baker Books, 1994, p. 173 à 175.

4. Figuier de l’Inde : ses branches émettent des racines aériennes qui descendent jusqu’au sol et s’y développent, fournissant à l’arbre soutien et nourriture (Larousse).