Qu’est-ce que le handicap ?

Le handicap est défini par la loi comme « une altération durable ou définitive de la santé mentale, physique, psychologique, cognitive ou sensorielle ». Cette altération se traduit la plupart du temps par des difficultés de déplacement, d’expression ou de compréhension.

Le mot « handicap » vient de l’expression anglaise « hand in cap » (la main dans le chapeau), en référence à un jeu pratiqué au 16e siècle en Grande-Bretagne, et était un désavantage imposé aux concurrents (sens « sportif » du mot handicap). Le substantif « handicapé » apparaît en 1957, puis deviendra « personne handicapée » un peu plus tard.

QUELLE NORMALITÉ ?

Photo : www.unsplash.com- nathan-anderson

Aujourd’hui, nous parlons de « personne en situation de handicap », car ce qui crée la situation de handicap, c’est la différence avec la normalité que représente la majorité des gens dans un domaine précis. L’environnement inadapté pose davantage de problème que la déficience elle-même. Les déficients auditifs, les sourds gestuels, entre eux, ne sont pas en situation de handicap… Ils ont, entre eux, des relations normales, ils ne sont handicapés qu’avec des entendants à vrai dire¹.

Jésus a été interpellé sur cette question (Jn 9) lors de la guérison d’un aveugle de naissance. « Les disciples posèrent cette question à Jésus : Rabbi, qui a péché, pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? Jésus répondit : Ni lui ni ses parents. Mais c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! »

DIEU EN CHACUN

Ce passage nous dit tout du regard de Jésus sur la personne en situation de handicap ! Plutôt que de fouiller le passé à la recherche d’une ou plusieurs causes improbables, Jésus nous invite à prendre conscience de la réalité de Dieu en chacun. Si la parole de la personne en situation de handicap que je rencontre est limitée, la réalité de Dieu en chacun nous dit qu’il y a bien d’autres paroles que les mots… Si les gestes de la personne en situation de handicap n’ont pas cette cohérence à laquelle nous sommes habitués, la réalité de Dieu en chacun nous dit que le corps est beaucoup plus grand que les limites qu’il révèle.

INTERDÉPENDANCE

À la suite de Jésus, nous cherchons à exercer notre regard dans l’amour et le respect des gens qui vivent un mode d’existence différent, avec l’impossibilité pour les invalides d’accéder aux choses, à la dépendance, à l’indépendance, à l’interdépendance, comme le dit Kathy Black², pasteure et elle-même atteinte d’un handicap, qui a ressenti à quel point une communauté interdépendante peut être bienfaisante et réconfortante. Que les œuvres de Dieu se manifestent dans nos Églises, à travers notre vivre-ensemble, avec les personnes en situation de handicap qui les fréquentent !

Notes

1. Frédéric de Coninck, « Tout est relation – L’apport de la sociologie relativiste à la compréhension du handicap », in : Actes du colloque AEDE,Relativité et Handicap, 2005.

2. Kathy Black, Évangile et handicap – Une prédication pour restaurer la vie, Genève, Labor et Fides, collection Pratiques, 1999, p. 11.

L’affaire du siècle

Une vidéo dépassant 13 millions de vues sur Facebook, une pétition record signée par deux millions de Français en 15 jours, un courrier « ultimatum » transmis au gouvernement sous peine d’une action en justice sous deux mois… Tels sont les ingrédients de la campagne de justice climatique lancée en France par quatre ONG écologistes le 18 décembre 2018.

JUDICIAIRE CONTRE EXÉCUTIF

Concrètement, Greenpeace France, OXFAM, la Fondation pour la Nature et l’Homme et Notre affaire à tous, associations soutenues par divers collectifs et personnalités (voir laffairedusiecle.net), comptent attaquer l’état français en justice pour « inaction climatique » d’ici mars prochain, via un recours en « carence fautive » qui pourrait mener à un procès¹. Traités (ex : Accord de Paris), textes de lois et données climatiques à l’appui, elles espèrent que la justice établira que l’état est en faute, dans les retards déjà pris sur ses engagements, et la mise en danger de ses populations et territoires ; et qu’une injonction du tribunal contraindra l’exécutif à « rectifier le tir ».

UNE RESPONSABILITÉ EN DÉBAT

Photo : www.flickr.com- Takver

Récemment, les écologistes ont gagné des actions similaires à l’étranger (Pays-Bas, Colombie, Pakistan). Mais le manque de mécanismes de sanctions – autres que l’obligation morale pour les gouvernants de « faire mieux » – limite la portée concrète de ces victoires. Reste alors la pression citoyenne et électorale pour provoquer des changements de cap.

En France, la crise des gilets jaunes – et de la représentation politique – aidant, la transition écologique figure déjà au menu du Grand Débat National lancé début 2019. Au-delà du « buzz » et d’un effet fédérateur, l’action en justice contre l’état, dont l’issue est incertaine, reste-t-elle pertinente ou risque-t-elle de court-circuiter le dialogue avec les autorités et des concitoyens ayant d’autres priorités ?

COHÉRENCE

S’il me paraît légitime de demander des comptes à l’État dans cette affaire, suis-je aussi prêt à questionner l’impact de mon mode de vie sur l’environnement et sur mon prochain ? Comment agir, en conséquence, comme « gardien de la Création » (voir Ge 2.15), appelé à la justice du Royaume qui vient (2Pi 3.13) ?

« L’État ne peut pas tout », disait Lionel Jospin en 1999. A-t-il vraiment les leviers pour « inverser la vapeur » ou est-il accusé parce qu’il est une cible plus facile qu’une firme multinationale ? Qui sont aujourd’hui « ceux qui détruisent la Terre » (Ap 11.18) ?

Une citation un brin provocatrice à méditer : « Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? Quand on l’approuve et qu’on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance. »(Jacques Bénigne Bossuet, religieux et écrivain français, 1627-1704).

Note

1. Voir aussi : https://reporterre.net/L-Etat-attaque-en-justice-pour-inaction-climatique, 18-12-2018

Pour aller plus loin…

Michel Sommer (sous dir.),Gardiens de la création, Dossier de Christ Seul 3/2010, Éditions Mennonites, Montbéliard, 80 pages.

 

 

Actualiser l’Évangile : dangereux, légitime, possible ?

Cette thématique soulève plusieurs questions sujettes à controverses. L’Évangile est immuable. Avons-nous le droit de l’« actualiser » ? N’est-ce pas le travail du Saint-Esprit de le rendre actuel dans le cœur de ceux que Dieu appelle ? Comment actualiser ce qui est une annonce de la vérité divine pour ce monde ? Et puis, en cherchant à actualiser l’Évangile, ne courons-nous pas le danger de trop l’adapter à notre époque et d’en trahir la signification éternelle ?

EST-CE DANGEREUX D’ACTUALISER L’ÉVANGILE ?

Au fil de l’Histoire, les préoccupations des individus évoluent. À moins d’être vigilants, nous risquons d’accorder plus d’importance aux valeurs changeantes des êtres humains qu’aux valeurs immuables de Dieu.

Notre époque est tiraillée entre diverses valeurs qui sont parfois contradictoires (égoïsme et solidarité, indifférence et engagement, etc.). Mais en Occident, du moins, une des principales valeurs est l’individualisme. Notre façon d’exprimer la foi chrétienne reflète cette préoccupation. Nous articulons l’annonce de l’Évangile autour de la relation personnelle avec Dieu et des avantages qu’il apporte à l’individu. Or, même si Dieu nous aime personnellement et individuellement, l’Évangile est une histoire communautaire. Jésus est venu instaurer le royaume de Dieu. Il n’est pas venu principalement pour notre bien-être individuel. Aucune actualisation de l’Évangile ne doit tomber dans le piège d’une adaptation du message du salut pour le rendre plus acceptable. Notre évangélisation ne doit jamais perdre de vue la primauté de ce que Paul appelle « la folie » de la croix (1Co 1).

AVONS-NOUS LE DROIT D’ACTUALISER l’ÉVANGILE ?

Photo : 123RF3 – sergwsq : « L’art est un miroir des interrogations de l’âme humaine. »

La réalité centrale de l’Évangile est immuable. Ce sont nos manières de le communiquer que nous devons actualiser. Nous savons que le terme « Évangile » signifie « bonne nouvelle ». Mais quelle que soit notre façon de dire l’Évangile, si nos auditeurs ne l’entendent pas comme une bonne nouvelle, nous faisons fausse route. Non seulement nous avons donc le droit d’actualiser notre annonce de l’Évangile, mais nous en avons le devoir.

Dès qu’il s’agit de changer notre façon de dire l’Évangile, certains hésitent, car nous rechignons souvent à assumer l’inconfort de la nouveauté. Mais deux vérités peuvent être affirmées. Premièrement, la durée dans le temps n’a jamais fondé la légitimité d’une façon d’annoncer l’Évangile. Le changement dans ce domaine est toujours permis, parfois nécessaire. Deuxièmement, l’évolution des modes de communication puise sa légitimité dans le précédent biblique : Dieu n’a pas toujours communiqué de la même façon, mais a adapté son propos en fonction de l’époque et de la culture (Mt 5.21-22,26-28, etc., Mt 19.8). Dieu agit et communique dans l’Histoire et avec l’Histoire, et non pas en dépit de l’Histoire.

COMMENT POURRIONS-NOUS MIEUX ACTUALISER  L’ÉVANGILE ?

Il nous faut apprendre à écouter les vrais questionnements de ceux qui nous entourent. Nos prédications mettent-elles en lien le texte biblique avec l’actualité ? L’art est un miroir des interrogations de l’âme humaine ; savons-nous lire des livres, écouter des chansons ou visionner des séries télévisées en tant que chrétiens, avides d’y repérer les préoccupations communes avec le récit biblique ? Nos Églises accueillent-elles les gens sans se laisser désarçonner par les questions difficiles ?

Plusieurs pièges nous guettent lorsque nous cherchons à communiquer l’Évangile. Ce que nous appelons « évangélisation » se réduit souvent à l’annonce de certaines informations. Même si ces informations sont vraies, notre effort sera inefficace si nos interlocuteurs ne voient pas en quoi ils sont concernés. Seule une relation authentique leur donnera l’occasion de vérifier la véracité de nos propos. Nos interlocuteurs veulent des valeurs plus que des « vérités », des conversations plus que des annonces, du temps plus que des paroles.

POURQUOI DEVRIONS-NOUS ACTUALISER  L’ÉVANGILE ?

On rencontre parfois des chrétiens qui semblent croire qu’il suffit de proclamer la vérité, sans se préoccuper de la manière dont nos auditeurs la perçoivent. Or, même si nous n’avons aucune obligation de résultat, Dieu nous demande une communication qui soit aussi efficace que possible.

Nous devons actualiser notre manière de dire l’Évangile, car les interrogations profondes de nos contemporains ont changé. Il y a une centaine d’années, les questions profondes ne se posaient pas de la même manière. Dans une société majoritairement agricole ou industrielle, les questions s’articulaient plutôt autour du bonheur et du malheur, et moins autour du sens de la vie. Quand on doit lutter simplement pour vivre, les questions abstraites s’estompent. Dans la seconde moitié du 20e siècle, la culture des loisirs, des médias et de la consommation a provoqué une remise en question du sens de l’humain. Aujourd’hui, de nombreuses personnes doutent de leur valeur, si elles ne sont pas considérées comme suffisamment productives, séduisantes ou intéressantes.

L’Évangile propose des éléments de réponse à ce genre d’interrogation. Le message biblique est clair : nous avons été voulus par Dieu, nous sommes aimés par lui, et il a tout mis en œuvre pour rétablir de bonnes relations avec nous après l’intervention tragique du mal. Ce message est beau, vrai et valorisant. À nous de l’actualiser.

 

A l’écoute de Jésus

Nul n’est prophète en son pays, a dit en substance Jésus (Lc 4.24), le Prophète par excellence. Pourquoi un authentique porte-parole de Dieu serait-il moins bien accueilli chez les siens qu’ailleurs ? À cause de la loi sociologique selon laquelle tout groupe social tend au conformisme : les individus suivent les mêmes normes et adoptent les mêmes comportements, par besoin d’appartenance et/ou par sentiment de pression (douce) venue du groupe.

LA LOI DU CONFORMISME SOCIAL

Celui-ci tend à considérer un prophète comme incapable, farfelu ou présomptueux. Quand le Prophète déclare que les temps messia- niques ont commencé, liés à sa personne, lui avec qui on a joué et couru dans les ruelles poussiéreuses de Nazareth, les auditeurs se demandent comment ce Jésus peut raconter des choses pareilles ! Et quand le Prophète continue en suggérant malicieusement que les païens/étrangers accueillent mieux les prophètes que leurs concitoyens, il dérange au point d’apparaître comme un traître, à éliminer (cf. Lc 4.16-30). CQFD : la loi du conformisme social s’est vérifiée !

DOMESTICATION DE JÉSUS

Chrétiens, proches de Jésus pourrait-on dire par (longue) fréquen- tation née de la foi en lui, nous risquons de domestiquer Jésus et ses paroles : en lisant peu les textes qui les rapportent, en les connais- sant mal, en estimant les connaître déjà, en arrondissant leurs angles, en limitant leur autorité ou leur pouvoir de vérité. Lorsque Jésus est devenu trop comme l’un des nôtres, nous risquons de ne plus laisser ses paroles communiquer comme celles d’un prophète dérangeant.

« MENSONGE » BIENVENU !

Faisons mentir la loi sociologique ! Les Réformes au 16e siècle re- présentent un moment historique où les paroles de Jésus ont été reçues de manière plus directe. On pourrait dire la même chose d’autres mouvements de renouveau. Dans nos cultes, dans notre relation personnelle avec Dieu, recevons les paroles du Prophète comme proclamation et repères du monde nouveau, aujourd’hui ! Les Béatitudes et le Sermon sur la montagne (Mt 5-7) restent à cet égard incontournables… À bon entendeur !

Entretien avec Jürgen Moltmann, le théologie protestant de l’espérance

L’hebdomadaire protestant Réforme a publié, au tournant de l’an, une interview de Jürgen Motlmann, un des théologiens marquant du 20e siècle, âgé aujourd’hui de 92 ans.

Luthérien, il revient sur son parcours théologique en lien avec l’histoire du 20e siècle.

Un témoignage à situer aussi en lien avec la réconciliation officielle entre luthériens et mennonites à Stuttgart en 2010.

A lire ici.

Orientation et études de théologie

QUE FAIRE APRÈS LE BAC ?

C’est au lycée que, petit à petit, l’envie de faire des études de théologie m’est venue. J’aimais lire la Bible, je lisais aussi des livres chrétiens, mais je voulais encore plus.

Le choix des études pour beaucoup d’entre nous est ou a été délicat. Si certains connaissent déjà leur métier rêvé et/ou savent vers quelles études se lancer, pour beaucoup, ce n’est pas si évident. Qu’est-ce qui m’intéresse ? Quel métier aimerais-je faire plus tard ? Comment puis-je m’engager dans une voie, alors que je ne suis pas sûr(e) que ça me plaise au point d’y consacrer ma vie ? Quand on se lance dans des études, je pense qu’il faut faire un pas en avant, quitte à ne pas vraiment répondre aux questions de l’entourage, du type : « Et ces études, vers quoi vont-elles te mener ? » ou encore : « Quel est ton plan d’avenir ? ». Il faut y penser bien sûr, mais quand on commence des études, on n’a pas encore toutes les réponses.

Après mon bac, je suis partie un an au Cambodge avec le programme YAMEN! du Mennonite Central Committee (si tu veux prendre une année à part, c’est un super plan : tu peux faire tes recherches sur Internet). Et puis, je me suis lancée dans les études de théologie protestante à l’Université de Strasbourg. Je savais que je voulais approfondir la Bible et ma foi.

LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE : QU’EST-CE QU’ON Y APPREND ?

La Faculté de théologie protestante de Strasbourg est un des lieux de formation en théologie en France. Il y en a d’autres, mais je parle ici de la formation proposée à Strasbourg, car c’est celle que j’ai choisie.

La Faculté de Strasbourg aborde la foi scientifiquement. En d’autres termes, ce n’est pas une école de disciples où les profs sont là pour te faire grandir dans la foi. Ce n’est pas non plus l’endroit où on lit la Parole de Dieu pour être édifié.

Ces études sont pluridisciplinaires : on ne fait pas que de l’histoire ou que de l’étude de la Bible. On a beaucoup de matières différentes : du grec et de l’hébreu (pour lire la Bible dans ses langues originales), du Nouveau et de l’Ancien Testament, de l’histoire du christianisme, de la théologie pratique, de la sociologie, de la philosophie, de la dogmatique (étude des grands éléments de la foi chrétienne, ex. : le Christ), de l’éthique, de la musicologie.

Cette diversité est un aspect qui me plaît beaucoup dans ces études, et qui permet de réfléchir globalement. En effet, souvent une thématique peut être étudiée dans différentes matières. Par exemple : si je m’intéresse au thème de la grâce, je peux chercher dans la Bible les textes parlant de cette notion, je peux voir en histoire qu’au moment de la Réformation, Martin Luther a parlé particulièrement de cela, et je peux étudier en dogmatique ce qu’est la grâce et comment les chrétiens l’ont comprise à travers le temps et selon leur confession. Et je peux aussi bien sûr réfléchir à ce que la grâce de Dieu change dans ma vie. C’est passionnant ! Ce qui me plaît beaucoup aussi, c’est la diversité des étudiants, aussi bien au niveau de l’âge qu’au niveau des confessions : il y a des évangéliques, luthériens, réformés, mennonites, etc. On est assez peu nombreux, mais très différents, ce qui offre de beaux moments d’échange.

POURQUOI CE CHOIX ?

Je suis consciente que ma faculté n’est pas parfaite et que d’autres endroits peuvent aussi m’apporter beaucoup. Ainsi, je suis rattachée à la Faculté de Strasbourg, mais j’ai déjà eu la chance de partir à deux reprises étudier à l’étranger. Je suis allée pour le deuxième semestre de ma deuxième année à Rabat au Maroc, à l’Institut Al Mowafaqa où l’enseignement proposé est original : de la théologie protestante et catholique, et des cours sur l’islam et les relations interreligieuses.

Et actuellement, je suis en première année de Master en Erasmus à Greifswald en Allemagne. Il est bon et rafraîchissant de rencontrer d’autres étudiants et de bénéficier de cours d’autres professeurs.

Pourquoi faire des études de théologie ? Si certains reçoivent un appel clair de Dieu pour entreprendre de telles études, il n’y a pas besoin de cela pour se lancer. Ces études permettent de grandir dans la foi, de confronter ses opinions, mais aussi d’acquérir des outils pour être au service de l’église. Pas besoin de vouloir être pasteur ou missionnaire¹. Il est utile pour chaque chrétien de prendre du temps à part pour réfléchir à sa foi, et il est utile dans chaque église d’avoir des membres qui ont pris ce temps de réflexion.

 

1. Les études de théologie peuvent te permettre de bifurquer vers d’autres études ensuite. À la Faculté de Strasbourg, les diplômes sont reconnus par l’état. Donc par exemple avec une licence en théologie protestante, ton niveau bac + 3 est reconnu, ce qui peut te permettre d’entrer dans un Master d’une autre matière.

ANGLES MORTS

Vous êtes au volant de votre voiture. Vous voulez tourner à droite à une intersection. Vous actionnez le clignotant. Vous vérifiez dans les rétroviseurs : personne. Vous tournez la tête pour vous assurer qu’il n’y a pas un cycliste dans l’angle mort : personne. Vous enclenchez la manoeuvre pour tourner et là, vous entendez un hurlement : il y avait un cycliste !

Automobilistes, nous connaissons le phénomène des angles morts : ces zones invisibles aux champs de vision naturels et aux rétroviseurs. Le code de la route nous apprend à tourner la tête avant de bifurquer à droite ou à gauche… À faire brièvement, pour ne pas perdre de vue ce qui se passe devant le véhicule…

Même lorsque l’automobiliste a contrôlé qu’il n’y avait personne dans l’angle mort, cette vérification se révèle parfois trompeuse, car le cycliste peut être caché par le montant arrière droit de l’habitacle… Aujourd’hui, les détecteurs d’angles morts confirment leur complexité et leur dangerosité.

La psychologie enseigne que l’être humain a des angles morts, in- conscients souvent : une pensée qui manque d’objectivité, à cause de jugements rapides. Les conflits, par exemple au sein du couple (p. 8-12), naissent parfois des angles morts : ce qui échappe au champ de vision de chaque partie. Les Églises ont besoin les unes

des autres pour limiter les angles morts de chaque confession. Des gilets jaunes (p. 5), dont les demandes de justice sociale sont légitimes, n’aperçoivent pas les extrémismes politiques et autoritaires dans leurs angles morts. Un président a oublié dans son angle mort sa promesse de faire de la politique autrement.

La Bible nous déclare tous aveugles. Pour Dieu, les angles morts ne sont pas des angles morts. Ouvrons nos angles morts à sa Parole et à son Esprit. Cela passe aussi par l’interpellation mutuelle.

Ou alors, pour éviter les angles morts, prenons… le train !

Gilets jaunes : un cocktail explosif ?

Arrêté à un rond-point en ce samedi, je suis interpellé : « Il est où ton gilet ? Tu aimes Macron ? » Je suis surpris par la question, comme tant d’autres, et par ce mouvement inédit des gilets jaunes qui secoue notre pays depuis deux mois. Au-delà du caractère éruptif de l’esprit gaulois, une fois le feu des palettes retombé, quel sens donner à cette mouvance ?

CRISES

C’est une crise qui se nourrit des fractures sociétales françaises et des inégalités croissantes dans les pays riches. Pourtant, avec un taux d’inégalité de 0,30, la France est dans la moyenne de l’Europe, proche de l’Allemagne et de la Suisse¹. Alors pourquoi cette haine ?

C’est une crise de la représentation politique française. De fait, depuis la victoire écrasante de la majorité actuelle, les partis et les corps intermédiaires (syndicats, élus locaux…) ont été mis hors jeu ; cela ne date pas d’hier, mais le « dégagisme » macronien a été coloré d’un certain mépris de la part de la majorité en place.

Enfin, c’est une crise de la communication où la dictature de l’instantané et des « communautés » virtuelles (« fakebook ») prend le pas sur les médias classiques et l’information « validée ». Dans un sens, Emmanuel Macron est d’une autre époque, … de la mienne, puisque ce n’est pas une question d’âge : il lit des livres de philosophie, et parle sans notes au lieu de distiller des propos haineux et de tweeter en direct avec son électorat. Ni lui ni ses ministres n’ont été assidus sur les réseaux sociaux, sans quoi ils auraient étalé les réformes, ou au moins « musclé la jambe gauche » de leur politique autant que la droite.

RÉCUPÉRATION PAR LES EXTRÊMES ?

Le régime semble prendre au sérieux l’ampleur de la crise et veut désamorcer la grogne devenue colère. Face à ses propositions, il est de mauvaise foi de parler de « mesurettes » ou d’enfumage. Les derniers gilets jaunes s’apparentent plus à des anarchistes qu’à des citoyens sincères. En outre, l’immaturité des >25 % qui ont voté Macron par défaut au second tour a de quoi inquiéter : leur déception et leur volonté de référendum-table-rase fait le lit des extrêmes populistes et violents. Les aînés partagent ce verdict : cela ressemble à s’y méprendre à un cocktail qui, quoique de composition différente, a conduit les années 1930 à une terrible nouvelle déflagration.

POINT DE VUE CHRÉTIEN

Que peut signifier être chrétien dans ce contexte ? Je risque quelques propositions.

• Ne pas céder aux sirènes populistes qui vouent aux gémonies les autorités élues démocratiquement et font miroiter un « grand soir » de droite ou de gauche.

• Se garder d’identifier le Royaume de Dieu à une tendance politique, à un parti, encore moins à un homme providentiel : le vote du chrétien sera toujours pour un moindre mal, un vote « par défaut ». L’ordre moral porté par des conservateurs qui défendent la famille ne vaut pas mieux que la « justice sociale » des gens de gauche sans éthique personnelle.

• Participer à la concertation citoyenne même si elle peine à se mettre en place.

• Permettre dans nos communautés un dialogue respectueux et apaisé.

Sur tous ces points, le pari n’est pas gagné. Que Dieu nous vienne en aide !

 

Note

1. https://data.oecd.org/fr/inequality/inegalite-de-revenu.htm)

D comme divinisation

La divinisation est une manière d’envisager le salut qui remonte aux premiers temps de l’Église chrétienne. Au 2e siècle, Irénée de Lyon († v. 202) écrivait que « Jésus-Christ notre Seigneur, à cause de son surabondant amour, s’est fait cela même que nous sommes, afin de faire de nous cela même qu’il est ». Pour les théologiens orientaux, la divinisation est le pendant de l’incarnation : « Dieu est devenu homme pour que l’homme devienne Dieu ».

POURQUOI CETTE NOTION ?

Parler de divinisation permet de dépasser une conception juridique du salut. Jésus ne fait pas que mourir à notre place ; il vit en nous pour que nous retrouvions l’image de Dieu.

La théologie protestante s’est montrée réticente à utiliser cette notion. Elle a sans doute eu raison d’inviter à la prudence. Pourtant, la divinisation peut se prévaloir de fondements bibliques. Les discours de Jésus, dans l’Évangile de Jean, évoquent l’unité des disciples avec le Seigneur : « Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux comme toi en moi. » (Jn 17.22-23). La grâce rejoint notre être le plus profond : « Notre communion est communion avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. » (1Jn 1.3). Dieu donne l’Esprit, avec tous ses dons, « pour que par ceux-ci vous entriez en communion avec la nature divine ». (2P 1.4)

Par leur conception du salut, les premiers anabaptistes, sans employer le terme, rejoignaient l’idée d’une « divinisation » du croyant. La vie dans la foi n’était pas seulement une existence à la suite du Christ, mais une vie en Christ. Pour Pilgram Marpeck (v. 1495-1556), Dieu par sa grâce renouvelle en l’être humain l’image divine, le rendant ainsi participant de sa nature. Menno Simons (v. 1496-1561), avec audace, écrivait que les disciples du Seigneur sont « la chair de sa chair, les os de ses os ». « Enfants de Dieu, semblables au Père […], ils possèdent la nature divine de leur Père qui les a engendrés. » Par la nouvelle naissance qui l’unit à son Seigneur, un disciple de Jésus entre dès ici-bas dans la vie de Dieu, la vie éternelle. L’Esprit lui fait retrouver la nature divine qui était celle de Jésus.

CONSÉQUENCES CONCRÈTES

Pour nos pères dans la foi, le salut impliquait l’union du croyant avec Dieu. Cependant, ils s’intéressaient surtout aux conséquences concrètes de cette « divinisation ». La grâce transforme l’existence pour faire de nous les témoins, dans la société, de la vie du Fils de Dieu. L’union au Seigneur peut même conduire à la souffrance et à la persécution. Elle ne soustrait pas au monde. Elle le rejoint en y semant le pardon, la paix, la justice, l’humilité, la communauté…

« Si quelqu’un m’aime, il observera ma parole et mon père l’aimera ; nous viendrons à lui et nous établirons chez lui notre demeure. » Évangile de Jean 14.23

Après 32 ans : le mariage dans tous ses états !

Que devient le couple quand il conjugue sa vie de manière conjugale pendant 10, 20, 30, 40, 50, 60, 70 ans ?

Témoignage.

Apprivoise-moi ! C’est avec ces mots que Thierry m’a fait sa déclaration.

En fait, il avait déjà commencé à m’apprivoiser avant cela. Nous faisions partie d’un même groupe de jeunes, et nous sommes devenus amis, lentement, en apprenant à nous connaître, en marchant côte à côte, de manière de plus en plus rapprochée.

S’apprivoiser, un apprend tiss’âge quotidien : tisser les fils de nos deux vies, si différents, un défi ! Y ajouter le fil divin rend la corde plus solide, mais de nos jours, même cette corde à trois brins se rompt trop facilement. S’y ajoutent d’autres fils prévisibles, mais dont les effets n’ont pas toujours été anticipés.

Photos : Élodie Winter – Photomontage : Anne Seewald

Tiss’âge avec nos parents, nos familles, nos modèles… si éloignés des miens, des siens. Ça donne du cachet, ça crée des nœuds, des tensions aussi.

Tiss’âge, avec le nouveau-né venu agrandir la famille. On découvre qu’on n’a pas appris à être parents, on cajole, on console… et finalement ce sont nos enfants qui nous apprennent ce beau et rude métier. C’est doux, c’est chaud, c’est passionnant.

Tiss’âge avec l’adolescent qui nous ramène parfois à nos propres souvenirs et blessures plus ou moins cicatrisées… tandis que nous accompagnons le chemin sinueux de ces temps fragiles de nos enfants qui grandissent. Ça donne du peps, ça fait des trous parfois.

Tiss’âge avec le jeune adulte qui trouve sa voie en hésitant, qui devient parent à son tour. L’accompagner quels que soient ses choix. Ça fait réfléchir, ça fait douter, ça tire en avant, ça nous transforme.

Tiss’âge avec les amis, collègues, personnes tous azimuts croisées sur notre chemin, de Strasbourg à Barr en passant par Daloa, Les Mureaux, Montpellier, Beautheil…

Quel privilège tous ces fils qui ont donné de la couleur, et enrichi notre vie !

Surprise, l’ouvr’âge sort du métier, avec des mailles plus ou moins serrées, des accrocs, du rapiéçage, des textures variées, des teintes complémentaires… C’est beau, malgré nos erreurs, grâce au pardon renouvelé.

Apprendre, à force, on en arriverait presque à se connaître par cœur ! Prudence ! Gare au risque d’enfermer l’autre dans ce qu’on connaît trop bien de lui, ses forces, ses faiblesses, ses qualités, ses défauts… Apprivoise-moi encore !

Appris Vois’Émois : réapprendre, se regarder à nouveau, chercher à s’émouvoir… Recommencer… toujours !

[Légende photo :Un mariage peut en cacher un autre. Septembre 2018, lors du mariage de la fille aînée (au centre avec son mari) de Thierry et Anne Seewald, 32 ans après leur propre mariage. ]