Caractère : un bouquet de fleurs et un pilote automatique

Notre caractère est comme un bouquet de fleurs. Les qualités et les défauts qui constituent notre nature profonde for­ment ensemble notre caractère. Il y a là, espérons-le, de la bienveillance, mais peut-être aussi un peu d’agressivité. Nous y trouvons de l’humilité, mais éventuellement aussi de l’orgueil. Il y a là, nous l’espérons, la qualité douceur, mais peut-être aussi le défaut colère. Ainsi, chacun a son bouquet de qualités et de défauts qui constituent ensemble son caractère.

DU PLUS PROFOND DE MOI-MÊME

Ce caractère fonctionne comme un pilote automatique. Il dirige mes actions quand je ne tiens pas moi-même le volant solidement. Cela se produit le plus souvent quand je suis stressé(e), quand je perds le contrôle de moi-même et quand personne ne me voit. C’est pour cette raison qu’un proverbe dit : « Le caractère, c’est faire ce qui est juste et bon, même quand personne ne vous voit », et on peut ajouter, même quand il n’y a pas de prescriptions à suivre, même quand je ne risque pas de perdre la face et même quand personne ne me promet une récompense ou ne me menace d’une sanction. Le caractère, ce que je suis et ce que je fais, est déterminé par ce qui sort du plus profond de moi-même.

MAIS COMMENT PEUT-ON  F O R M E R  U N  B O N  C A R A C T È R E ?

Photo : Sasha Stories

L’an dernier, j’ai participé à un trekking dans le massif de l’Annapurna. Ce fut un grand défi : randonner pendant huit jours, de six à huit heures chaque jour en haute montagne, la plupart du temps au-dessus de 3 000 mètres. Pendant toute une année, j’avais ce but devant les yeux. Et j’ai réfléchi à ce qu’il fallait faire pour arriver à réaliser ce projet. Après cela, je me suis entraîné : jogging régulier, quelques grandes randonnées dans les montagnes suisses et un bilan de santé chez le médecin. Le trekking fut une expérience grandiose et j’étais plutôt fier d’y être parvenu, à 66 ans.

TENDRE VERS UN BUT

C’est à peu près comme cela que le philosophe Aristote se représentait la formation du caractère. Il faut avoir un but. Pour lui, le but ultime était la « félicité » (eudaimonia). Et pour atteindre ce but, il faut savoir quelles vertus sont nécessaires. Pour Aristote, le courage, l’honnêteté, l’intelligence et la modération sont les principales vertus qu’une personne doit avoir, si elle veut atteindre le but, connaître une vie épanouie. Ensuite, il faut s’entraîner.

Il est intéressant de constater que la Bible contient des idées analogues.

Il y a un but. Ce but ne consiste pas simplement à arriver « au ciel », mais bien plutôt à devenir des citoyens du royaume de Dieu, et ceci, non pas à un moment donné dans le futur, après notre mort, mais déjà ici et maintenant, pendant notre vie. Dans le Sermon sur la montagne, la communauté des citoyens du royaume des cieux est décrite comme la « ville sur la montagne » (Mt 5.14), avec un ordre social visible qui est perçu comme une lumière dans ce monde. On reconnaît les habitants du royaume de Dieu à leurs actes (Mt 5.16). Ces actes ne sont pas régis par des commandements et des prescriptions divins auxquels les personnes se soumettraient docilement. Non, dans les actes de ces personnes, quelque chose de la nature et du caractère de Dieu se manifeste. Cette nature de Dieu trouve son expression la plus profonde dans la miséricorde (Lc 6.36) et dans l’amour pour les ennemis (Mt 5.43-48). Le but est donc une communauté dont les membres reflètent quelque chose de la nature et du caractère de Dieu.

DES QUALITÉS  À  DÉVELOPPER

Mais, là aussi, certaines qualités sont nécessaires pour atteindre le but. Ces qualités sont énumérées dès le début du Sermon sur la montagne, dans les Béatitudes : l’humilité, la compassion face à la misère du monde, l’absence de violence, la soif de justice, la miséricorde, la pureté du coeur, l’esprit de réconciliation, la recherche de la paix, l’acceptation de l’opposition par amour de la justice. Plus nous arrivons à cultiver le bouquet de ces qualités, plus grande sera la lumière produite par la ville sur la montagne. Donc, si nous voulons être cette ville sur la montagne, nous devons développer les qualités des Béatitudes. Il ne s’agit pas d’observer, avec plus ou moins d’opiniâtreté et plus ou moins de succès, des commandements et des prescriptions divins, il s’agit d’une transformation intérieure profonde de notre caractère. Il ne s’agit pas de maîtriser notre action par la force de notre volonté, il s’agit du changement de notre nature. Il s’agit en quelque sorte d’une reconfiguration de notre pilote automatique de façon à ce que nous devenions, à partir de notre être intérieur, des personnes qui ont le royaume de Dieu devant les yeux et qui, animées par leur nature profonde, vivent les qualités du royaume de Dieu.

Belle perspective ! Mais la question demeure : comment cela peut-il se faire ? Aristote nous dit : il faut s’entraîner, s’entraîner et encore s’entraîner ! L’entraînement n’est certainement pas une mauvaise chose, mais la Bible nous dit encore autre chose. Jésus en parle au milieu du Sermon sur la montagne (Mt 6). Nous verrons cela dans le prochain article. Rendez-vous dans deux mois !

Traduction : Frieda Manga

 

 

 

 

La revue Anabaptism Today renaît !

Après une pause de 15 ans, la revue Anabaptism Today paraît à nouveau.

En lien avec le Réseau anabaptiste (Anabaptist Network) en Grande-Bretagne et issue de lui, la version nouvelle de cette revue paraîtra deux fois par an pour commencer, en ligne uniquement.

Le premier numéro contient des articles de réflexion en lien avec Alan Kreider (1941-2017), une figure importante du Réseau anabaptiste britannique. Signalons par exemple deux articles de ce numéro : « ‘’If I Weren’t a Mennonite, I Woud Be Catholic’’ – Alan Kreider’s Relations with Roman Catholics » et « Footwashing – Symbol, Sacrament or Subversive Ritual ».

Chaque numéro comportera trois sections : des articles sur des sujets historiques et actuels en lien avec l’anabaptisme ; des réflexions sur la pratique dans une perspective anabaptiste ; des recensions de livres pouvant intéresser des anabaptistes.

37 numéros de la revue Anabaptism Today étaient parus de 1992 à 2004, en version papier. L’Anabaptist Network existe depuis 26 ans et rassemble des chrétiens de différentes dénominations intéressés par les convictions anabaptistes.

Dans le premier éditorial en 1992, Stuart Murray écrivait : « L’anabaptisme du 16e siècle était avant tout un mouvement composé de pauvres, de personnes sans pouvoir et sans instruction ; ce n’était pas une élite académique. Les anabaptistes avaient à cœur la suivance du Christ et la mission, plutôt que la discussion doctrinale ou la recherche historique. Même si nous reconnaissons aujourd’hui le besoin de la recherche pour redécouvrir cet héritage, nous souhaitons que le réseau [anabaptiste] soit ancré dans la vie de l’Eglise locale, la mission et des préoccupations sociales pratiques. Nous espérons que ce magazine sera un stimulant pour la réflexion comme pour l’action. »

Dans l’éditorial de la revue « ressuscitée », le rédacteur actuel, Lloyd Petersen, écrit qu’il espère la même chose pour l’avenir du magazine.

Pour aller plus loin…

Stuart Murray, Quand l’Église n’est plus au centre du village, Dossier de Christ Seul 3/2017, 88 pages, 9 €

La vieillesse en (20) questions

Le premier Dossier de Christ Seul de l’année 2019 est annoncé, avec pour titre : « La vieillesse en (20) questions », sous la direction de Philippe Manga.

Le phénomène du vieillissement de la population est en pleine expansion en Occident.  Dans ce livre, 20 questions regroupées en cinq parties en esquissent les contours :

1. Qu’est-ce qu’une personne âgée ?

2. Le temps de la vieillesse

3. La personne âgée dépendante

4. Vivre la mort

5. La personne âgée et l’Église.

Ces pages combinent lucidité et espérance, préparation et lâcher-prise, meilleure compréhension et émotion… Les personnes atteintes par l’âge sont invitées à prendre du recul. Les personnes dans « l’adolescence de la vieillesse » sont encouragées à avancer en confiance. Les personnes plus jeunes peuvent mettre leur présent en perspective.

Grâce aux regards croisés des 11 auteurs, de nombreuses facettes de la vieillesse sont placées à la lumière (douce) de la foi chrétienne et d’une sagesse de la vie.

Pour vieux et jeunes, ce livre ne devrait pas prendre de rides de si tôt !

11 auteurs

Fabienne Bringia, aumônier hospitalier. Claire Frauchiger, infirmière à la retraite. Fritz Hege, senior. Jean Paul Herzog, aumônier hospitalier retraité. Catherine Kauffmann, psychologue. Denys Laruelle, directeur d’EHPAD retraité. Philippe Manga, directeur d’EHPAD retraité. Linda Oyer, formatrice en accompagnement spirituel. Denis Schultz, directeur d’EHPAD. Thierry Seewald, pasteur. Philippe Widmer, pasteur et aumônier retraité.

A paraître dans les prochaines semaines !

 

Autres Dossiers prévus pour 2019

2-2019 : Jean-Claude Muller, Chroniques (im)pertinentes sur la marche des Églises et du monde

3-2019 : Bioéthique et début de vie (titre provisoire), avec témoignages de plusieurs couples sur diagnostic prénatal et handicap, aide médicale à la procréation, etc. et commentaires de Luc Olekhnovitch (pasteur et éthicien) et John Wyatt (médecin en néonatalogie et éthicien).

« Tendances, Espérance » : Frédéric de Coninck lance un blog

Frédéric de Coninck, sociologue et prédicateur de l’Eglise mennonite de Villeneuve-le-Comte, se lance dans la tenue et l’animation d’un blog, intitulé Tendances, Espérance.

Son initiateur prévoit commenter les tendances du moment et l’évolution de la société, dans un vocabulaire accessible à des personnes qui ne sont pas des spécialistes. Le blog se veut un outil de dialogue et de réflexion dans un contexte mouvant, parfois déstabilisant, pour repérer les voies d’espérance.

Frédéric de Coninck espère poster un article par semaine. Le dernier article, daté du 4 mars, porte sur « Le mouvement des gilets jaunes, symptôme d’une crise profonde ». Cinq articles sont en ligne à ce jour, mais le nombre va augmenter !

On peut s’abonner à ce blog qui est aussi d’ores et déjà relayé par le portail Regards protestants.

Frédéric de Coninck a publié aux Editions Mennonites :

Ralentis… Fais du temps ton ami, 2015

Construire l’Eglise – Le travail de tous, 2008 (épuisé, réimpression prévue)

Compromis autorisé ?

Paul nous invite à ne pas suivre les coutumes du monde où nous vivons, mais à laisser Dieu nous transformer en nous donnant une intelligence nouvelle (Rm 12.1). Ou encore l’apôtre Jean : « N’aimez pas le monde ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, il n’aime pas Dieu le Père. » (1Jn 2.15). Les amish possèdent une devise très intéressante également : « Tu ne te conformeras pas au monde qui t’entoure. » Ces paroles peuvent nous paraître très dures à entendre.

Le compromis est difficile à appréhender pour notre vie de disciple. Nous ne voudrions pas forcément vivre comme les amish (même si nous avons beaucoup de choses à apprendre d’eux) !

Cependant, il nous faut essayer de comprendre plusieurs choses avant de répondre à notre question et de trouver des pistes pratiques pour notre vie de disciple. Tout d’abord, c’est quoi « le monde » dont il est question dans la Bible ? Et puis c’est quoi un compromis ? Comment savoir si je vis dans le compromis ?

LE MONDE

Première question : c’est quoi, le monde ? Pour faire simple, c’est tout ce qui s’oppose à Dieu, à ce qu’il veut pour nous, aux principes que nous pouvons trouver dans les évangiles. L’apôtre Jean en donne une définition : « Voici ce qu’on trouve dans le monde : les mauvais désirs que chacun porte en soi, l’envie de posséder ce qu’on voit, et l’orgueil qui vient de la richesse. Eh bien, tout cela ne vient pas du Père, mais du monde. » (1Jn 2.16)

LE COMPROMIS

Il y a des compromis tentants… Photo : www.pexels.com

Qu’est-ce qu’un compromis ? Un compromis est un arrangement, une négociation entre deux ou plusieurs parties. Le compromis en soi n’est pas mauvais. La vie en groupe, en communauté, en couple, en famille, en Église nécessite des compromis. Le compromis permet de mieux vivre ensemble. Imaginons un groupe où chacun resterait sur ses positions. Il deviendrait insupportable à vivre et ne pourrait pas avancer dans des projets. Le compromis est l’inverse de la dictature. La dictature, c’est imposer ses idées sans prendre en compte les autres.

Dans la vie de disciple, dans notre relation avec Dieu, le compromis est plus difficile à admettre. Nous ne pouvons pas chercher un arrangement quelconque ou marchander avec Dieu. Notre vie de disciple entre dans le cadre d’une alliance. Et c’est Dieu qui a posé les conditions : les 10 commandements, le Sermon sur la montagne. Dieu a donné des bénédictions ou des malédictions selon nos choix.

Ce que Dieu attend de nous, c’est soit un oui soit un non, mais pas de « oui, mais ». Voir par exemple Matthieu 5.37 : « Que votre parole soit ‘‘oui’’ pour oui, ‘‘non’’ pour non ; ce qu’on y ajoute vient du mal. » Jésus attend de ses disciples un engagement total, une vie radicale. Jésus a donné beaucoup d’enseignements là-dessus, mais il y en a un que j’apprécie particulièrement. Nous trouvons cet enseignement dans l’évangile de Luc 9.57-62. C’est le verset 62 qui a retenu mon attention. « Jésus lui répondit : ‘‘Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu.’’ » Quel est le problème ici ? Le candidat disciple envisage déjà le compromis. Son cœur et sa volonté ne sont pas pleinement dirigés vers le Christ. Essayez de conduire une voiture en regardant constamment derrière : il y a de fortes chances que vous n’avanciez pas beaucoup et que vous heurtiez un obstacle.

UNE QUESTION À POSER

L’apôtre Pierre écrit ceci : « Chacun est esclave de ce qui l’a dominé. » (2P 2.19b). Or Jésus nous a appelés à une liberté pleine et entière. Je n’ai donné jusqu’à maintenant aucun exemple pratique : bon nombre nous sont enseignés dans la Bible, il suffit donc de la lire.

Mais le compromis est parfois plus sournois. D’où cette question, à laquelle je vous invite à réfléchir : de quoi suis-je esclave ? Qu’est-ce qui me domine aujourd’hui ? C’est peut-être une émotion (colère, peur, égoïsme…) ? Une habitude, une technologie, des relations… ? Si cette émotion, cette habitude, cette technologie, ces relations me dominent (c’est-à-dire que je ne peux pas m’en passer), j’en suis devenu esclave, je suis peut-être en train de vivre le compromis avec Dieu, parce que cet aspect prend trop de place par rapport à la relation avec Dieu. N’oublions pas le premier commandement : « Tu n’auras pas d’autre Dieu. » Un compromis est ce qui prend la place de Dieu, celui qui nous a libérés de l’esclavage (cf. Ex 20.2).

 

 

Qu’est-ce que le handicap ?

Le handicap est défini par la loi comme « une altération durable ou définitive de la santé mentale, physique, psychologique, cognitive ou sensorielle ». Cette altération se traduit la plupart du temps par des difficultés de déplacement, d’expression ou de compréhension.

Le mot « handicap » vient de l’expression anglaise « hand in cap » (la main dans le chapeau), en référence à un jeu pratiqué au 16e siècle en Grande-Bretagne, et était un désavantage imposé aux concurrents (sens « sportif » du mot handicap). Le substantif « handicapé » apparaît en 1957, puis deviendra « personne handicapée » un peu plus tard.

QUELLE NORMALITÉ ?

Photo : www.unsplash.com- nathan-anderson

Aujourd’hui, nous parlons de « personne en situation de handicap », car ce qui crée la situation de handicap, c’est la différence avec la normalité que représente la majorité des gens dans un domaine précis. L’environnement inadapté pose davantage de problème que la déficience elle-même. Les déficients auditifs, les sourds gestuels, entre eux, ne sont pas en situation de handicap… Ils ont, entre eux, des relations normales, ils ne sont handicapés qu’avec des entendants à vrai dire¹.

Jésus a été interpellé sur cette question (Jn 9) lors de la guérison d’un aveugle de naissance. « Les disciples posèrent cette question à Jésus : Rabbi, qui a péché, pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? Jésus répondit : Ni lui ni ses parents. Mais c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! »

DIEU EN CHACUN

Ce passage nous dit tout du regard de Jésus sur la personne en situation de handicap ! Plutôt que de fouiller le passé à la recherche d’une ou plusieurs causes improbables, Jésus nous invite à prendre conscience de la réalité de Dieu en chacun. Si la parole de la personne en situation de handicap que je rencontre est limitée, la réalité de Dieu en chacun nous dit qu’il y a bien d’autres paroles que les mots… Si les gestes de la personne en situation de handicap n’ont pas cette cohérence à laquelle nous sommes habitués, la réalité de Dieu en chacun nous dit que le corps est beaucoup plus grand que les limites qu’il révèle.

INTERDÉPENDANCE

À la suite de Jésus, nous cherchons à exercer notre regard dans l’amour et le respect des gens qui vivent un mode d’existence différent, avec l’impossibilité pour les invalides d’accéder aux choses, à la dépendance, à l’indépendance, à l’interdépendance, comme le dit Kathy Black², pasteure et elle-même atteinte d’un handicap, qui a ressenti à quel point une communauté interdépendante peut être bienfaisante et réconfortante. Que les œuvres de Dieu se manifestent dans nos Églises, à travers notre vivre-ensemble, avec les personnes en situation de handicap qui les fréquentent !

Notes

1. Frédéric de Coninck, « Tout est relation – L’apport de la sociologie relativiste à la compréhension du handicap », in : Actes du colloque AEDE, Relativité et Handicap, 2005.

2. Kathy Black, Évangile et handicap – Une prédication pour restaurer la vie, Genève, Labor et Fides, collection Pratiques, 1999, p. 11.

L’affaire du siècle

Une vidéo dépassant 13 millions de vues sur Facebook, une pétition record signée par deux millions de Français en 15 jours, un courrier « ultimatum » transmis au gouvernement sous peine d’une action en justice sous deux mois… Tels sont les ingrédients de la campagne de justice climatique lancée en France par quatre ONG écologistes le 18 décembre 2018.

JUDICIAIRE CONTRE EXÉCUTIF

Concrètement, Greenpeace France, OXFAM, la Fondation pour la Nature et l’Homme et Notre affaire à tous, associations soutenues par divers collectifs et personnalités (voir laffairedusiecle.net), comptent attaquer l’état français en justice pour « inaction climatique » d’ici mars prochain, via un recours en « carence fautive » qui pourrait mener à un procès¹. Traités (ex : Accord de Paris), textes de lois et données climatiques à l’appui, elles espèrent que la justice établira que l’état est en faute, dans les retards déjà pris sur ses engagements, et la mise en danger de ses populations et territoires ; et qu’une injonction du tribunal contraindra l’exécutif à « rectifier le tir ».

UNE RESPONSABILITÉ EN DÉBAT

Photo : www.flickr.com- Takver

Récemment, les écologistes ont gagné des actions similaires à l’étranger (Pays-Bas, Colombie, Pakistan). Mais le manque de mécanismes de sanctions – autres que l’obligation morale pour les gouvernants de « faire mieux » – limite la portée concrète de ces victoires. Reste alors la pression citoyenne et électorale pour provoquer des changements de cap.

En France, la crise des gilets jaunes – et de la représentation politique – aidant, la transition écologique figure déjà au menu du Grand Débat National lancé début 2019. Au-delà du « buzz » et d’un effet fédérateur, l’action en justice contre l’état, dont l’issue est incertaine, reste-t-elle pertinente ou risque-t-elle de court-circuiter le dialogue avec les autorités et des concitoyens ayant d’autres priorités ?

COHÉRENCE

S’il me paraît légitime de demander des comptes à l’État dans cette affaire, suis-je aussi prêt à questionner l’impact de mon mode de vie sur l’environnement et sur mon prochain ? Comment agir, en conséquence, comme « gardien de la Création » (voir Ge 2.15), appelé à la justice du Royaume qui vient (2Pi 3.13) ?

« L’État ne peut pas tout », disait Lionel Jospin en 1999. A-t-il vraiment les leviers pour « inverser la vapeur » ou est-il accusé parce qu’il est une cible plus facile qu’une firme multinationale ? Qui sont aujourd’hui « ceux qui détruisent la Terre » (Ap 11.18) ?

Une citation un brin provocatrice à méditer : « Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? Quand on l’approuve et qu’on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance. »(Jacques Bénigne Bossuet, religieux et écrivain français, 1627-1704).

Note

1. Voir aussi : https://reporterre.net/L-Etat-attaque-en-justice-pour-inaction-climatique, 18-12-2018

Pour aller plus loin…

Michel Sommer (sous dir.),Gardiens de la création, Dossier de Christ Seul 3/2010, Éditions Mennonites, Montbéliard, 80 pages.

 

 

Actualiser l’Évangile : dangereux, légitime, possible ?

Cette thématique soulève plusieurs questions sujettes à controverses. L’Évangile est immuable. Avons-nous le droit de l’« actualiser » ? N’est-ce pas le travail du Saint-Esprit de le rendre actuel dans le cœur de ceux que Dieu appelle ? Comment actualiser ce qui est une annonce de la vérité divine pour ce monde ? Et puis, en cherchant à actualiser l’Évangile, ne courons-nous pas le danger de trop l’adapter à notre époque et d’en trahir la signification éternelle ?

EST-CE DANGEREUX D’ACTUALISER L’ÉVANGILE ?

Au fil de l’Histoire, les préoccupations des individus évoluent. À moins d’être vigilants, nous risquons d’accorder plus d’importance aux valeurs changeantes des êtres humains qu’aux valeurs immuables de Dieu.

Notre époque est tiraillée entre diverses valeurs qui sont parfois contradictoires (égoïsme et solidarité, indifférence et engagement, etc.). Mais en Occident, du moins, une des principales valeurs est l’individualisme. Notre façon d’exprimer la foi chrétienne reflète cette préoccupation. Nous articulons l’annonce de l’Évangile autour de la relation personnelle avec Dieu et des avantages qu’il apporte à l’individu. Or, même si Dieu nous aime personnellement et individuellement, l’Évangile est une histoire communautaire. Jésus est venu instaurer le royaume de Dieu. Il n’est pas venu principalement pour notre bien-être individuel. Aucune actualisation de l’Évangile ne doit tomber dans le piège d’une adaptation du message du salut pour le rendre plus acceptable. Notre évangélisation ne doit jamais perdre de vue la primauté de ce que Paul appelle « la folie » de la croix (1Co 1).

AVONS-NOUS LE DROIT D’ACTUALISER l’ÉVANGILE ?

Photo : 123RF3 – sergwsq : « L’art est un miroir des interrogations de l’âme humaine. »

La réalité centrale de l’Évangile est immuable. Ce sont nos manières de le communiquer que nous devons actualiser. Nous savons que le terme « Évangile » signifie « bonne nouvelle ». Mais quelle que soit notre façon de dire l’Évangile, si nos auditeurs ne l’entendent pas comme une bonne nouvelle, nous faisons fausse route. Non seulement nous avons donc le droit d’actualiser notre annonce de l’Évangile, mais nous en avons le devoir.

Dès qu’il s’agit de changer notre façon de dire l’Évangile, certains hésitent, car nous rechignons souvent à assumer l’inconfort de la nouveauté. Mais deux vérités peuvent être affirmées. Premièrement, la durée dans le temps n’a jamais fondé la légitimité d’une façon d’annoncer l’Évangile. Le changement dans ce domaine est toujours permis, parfois nécessaire. Deuxièmement, l’évolution des modes de communication puise sa légitimité dans le précédent biblique : Dieu n’a pas toujours communiqué de la même façon, mais a adapté son propos en fonction de l’époque et de la culture (Mt 5.21-22,26-28, etc., Mt 19.8). Dieu agit et communique dans l’Histoire et avec l’Histoire, et non pas en dépit de l’Histoire.

COMMENT POURRIONS-NOUS MIEUX ACTUALISER  L’ÉVANGILE ?

Il nous faut apprendre à écouter les vrais questionnements de ceux qui nous entourent. Nos prédications mettent-elles en lien le texte biblique avec l’actualité ? L’art est un miroir des interrogations de l’âme humaine ; savons-nous lire des livres, écouter des chansons ou visionner des séries télévisées en tant que chrétiens, avides d’y repérer les préoccupations communes avec le récit biblique ? Nos Églises accueillent-elles les gens sans se laisser désarçonner par les questions difficiles ?

Plusieurs pièges nous guettent lorsque nous cherchons à communiquer l’Évangile. Ce que nous appelons « évangélisation » se réduit souvent à l’annonce de certaines informations. Même si ces informations sont vraies, notre effort sera inefficace si nos interlocuteurs ne voient pas en quoi ils sont concernés. Seule une relation authentique leur donnera l’occasion de vérifier la véracité de nos propos. Nos interlocuteurs veulent des valeurs plus que des « vérités », des conversations plus que des annonces, du temps plus que des paroles.

POURQUOI DEVRIONS-NOUS ACTUALISER  L’ÉVANGILE ?

On rencontre parfois des chrétiens qui semblent croire qu’il suffit de proclamer la vérité, sans se préoccuper de la manière dont nos auditeurs la perçoivent. Or, même si nous n’avons aucune obligation de résultat, Dieu nous demande une communication qui soit aussi efficace que possible.

Nous devons actualiser notre manière de dire l’Évangile, car les interrogations profondes de nos contemporains ont changé. Il y a une centaine d’années, les questions profondes ne se posaient pas de la même manière. Dans une société majoritairement agricole ou industrielle, les questions s’articulaient plutôt autour du bonheur et du malheur, et moins autour du sens de la vie. Quand on doit lutter simplement pour vivre, les questions abstraites s’estompent. Dans la seconde moitié du 20e siècle, la culture des loisirs, des médias et de la consommation a provoqué une remise en question du sens de l’humain. Aujourd’hui, de nombreuses personnes doutent de leur valeur, si elles ne sont pas considérées comme suffisamment productives, séduisantes ou intéressantes.

L’Évangile propose des éléments de réponse à ce genre d’interrogation. Le message biblique est clair : nous avons été voulus par Dieu, nous sommes aimés par lui, et il a tout mis en œuvre pour rétablir de bonnes relations avec nous après l’intervention tragique du mal. Ce message est beau, vrai et valorisant. À nous de l’actualiser.

 

A l’écoute de Jésus

Nul n’est prophète en son pays, a dit en substance Jésus (Lc 4.24), le Prophète par excellence. Pourquoi un authentique porte-parole de Dieu serait-il moins bien accueilli chez les siens qu’ailleurs ? À cause de la loi sociologique selon laquelle tout groupe social tend au conformisme : les individus suivent les mêmes normes et adoptent les mêmes comportements, par besoin d’appartenance et/ou par sentiment de pression (douce) venue du groupe.

LA LOI DU CONFORMISME SOCIAL

Celui-ci tend à considérer un prophète comme incapable, farfelu ou présomptueux. Quand le Prophète déclare que les temps messia- niques ont commencé, liés à sa personne, lui avec qui on a joué et couru dans les ruelles poussiéreuses de Nazareth, les auditeurs se demandent comment ce Jésus peut raconter des choses pareilles ! Et quand le Prophète continue en suggérant malicieusement que les païens/étrangers accueillent mieux les prophètes que leurs concitoyens, il dérange au point d’apparaître comme un traître, à éliminer (cf. Lc 4.16-30). CQFD : la loi du conformisme social s’est vérifiée !

DOMESTICATION DE JÉSUS

Chrétiens, proches de Jésus pourrait-on dire par (longue) fréquen- tation née de la foi en lui, nous risquons de domestiquer Jésus et ses paroles : en lisant peu les textes qui les rapportent, en les connais- sant mal, en estimant les connaître déjà, en arrondissant leurs angles, en limitant leur autorité ou leur pouvoir de vérité. Lorsque Jésus est devenu trop comme l’un des nôtres, nous risquons de ne plus laisser ses paroles communiquer comme celles d’un prophète dérangeant.

« MENSONGE » BIENVENU !

Faisons mentir la loi sociologique ! Les Réformes au 16e siècle re- présentent un moment historique où les paroles de Jésus ont été reçues de manière plus directe. On pourrait dire la même chose d’autres mouvements de renouveau. Dans nos cultes, dans notre relation personnelle avec Dieu, recevons les paroles du Prophète comme proclamation et repères du monde nouveau, aujourd’hui ! Les Béatitudes et le Sermon sur la montagne (Mt 5-7) restent à cet égard incontournables… À bon entendeur !

Entretien avec Jürgen Moltmann, le théologie protestant de l’espérance

L’hebdomadaire protestant Réforme a publié, au tournant de l’an, une interview de Jürgen Motlmann, un des théologiens marquant du 20e siècle, âgé aujourd’hui de 92 ans.

Luthérien, il revient sur son parcours théologique en lien avec l’histoire du 20e siècle.

Un témoignage à situer aussi en lien avec la réconciliation officielle entre luthériens et mennonites à Stuttgart en 2010.

A lire ici.