Qui ne s’accroit pas décroît

« Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. »

(Marc 16,15).

 

D’emblée, vous me ramenez à une réalité qui préoccupe quelques chrétiens : pourquoi « sortir » évangéliser quand certaines églises sont aujourd’hui fragilisées ?

Vous avez raison d’attirer l’attention sur la vulnérabilité des églises actuelles. Loin de pourvoir cerner les mille et un facteurs qui mènent une assemblée à son déclin, voire sa disparition, nous pouvons toujours y trouver des remèdes puissants que nous connaissons bien.

Il m’apparait deux remèdes efficaces qui peuvent servir à faire cesser le peu de solidité de certaines assemblées, savoir : reconnaître Jésus comme le Fils unique de Dieu, puis les deux plus grands commandements des Saintes Ecritures. Vous en trouverez sûrement d’autres.

En premier lieu, la bonne santé d’une assemblée, il me semble, tient de son adhésion au principe de Jésus-Christ, Fils de Dieu. Plus l’assemblée admet cette réalité, plus elle s’unifie. Et sa croissance spirituelle est visible. Plus elle méconnait le sens de cette vérité, plus elle s’expose aux divisions, aux maladies, à la mort. Et sa chute est manifeste.

Nous avons dans Matthieu 16 une des déclarations fortes sur le fondement de l’Eglise. Lorsque Jésus parle de bâtir son Eglise sur une pierre il ne parle pas de Simon Pierre mais de lui-même. C’est sur Jésus-Christ que s’édifie l’Eglise. Jésus en est aussi « la pierre qui est devenue la principale de l’angle » (Psaume 118,22).

   13 Jésus, étant arrivé dans le territoire de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples : Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l’homme ? 14 Ils répondirent : Les uns disent que tu es Jean Baptiste ; les autres, Élie ; les autres, Jérémie, ou l’un des prophètes. 15 Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ? 16 Simon Pierre répondit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. 17 Jésus, reprenant la parole, lui dit : Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux. 18 Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. 19 Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. 20 Alors il recommanda aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ.

Matthieu 16.13-20

 

Quoi qu’il en soit tout gravite autour de Jésus : l’assise de l’Eglise est Jésus et ses murs sont encore Jésus et sa partie la plus élevée, le faîte est toujours Jésus. Cette Eglise que pourrait-elle craindre ? Et qui ? Remarquez aussi la béatitude qu’obtient Simon Pierre. A sa réponse « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », Jésus lui dit : « Tu es heureux […] car c’est mon Père qui est dans les cieux qui t’a révélé cela ». Imaginez brièvement l’Eglise à laquelle le Père révèle la véritable identité de son Fils bien-aimé. Même la mort ne prévaudra pas contre elle, c’est-à-dire que cette Eglise ne périra pas, elle durera à jamais.

En deuxième lieu, dans une assemblée, il est essentiel de pratiquer du mieux que l’on puisse les deux plus hauts commandements de la Bible, à savoir : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force (Marc 12.30), puis le second Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là (Marc 12,31).

L’évangéliste Jean résume ainsi : Et nous avons de lui [Jésus] ce commandement : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère (1 Jean 4.21). S’il est plus difficile de réaliser pleinement le premier commandement, il est plus à notre portée de pratiquer le second. Peut-être parce qu’au stade de maturation spirituelle où nous sommes notre prochain nous reste encore le plus visible, le plus palpable. Et pourtant, ce n’est-là pour l’instant qu’une impression illusoire sur l’omniprésence de Dieu toujours à nos côtés… Paul dira : Car je n’ai point honte de l’Évangile : c’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec (Romains 1.16). Grâce « à la puissance de Dieu », chaque croyant peut aimer son prochain, être charitable, doux et humble, prier pour son meilleur ami et pour son pire ennemi, répondre au mal par le bien… Martin Bucer (Théologien, Pasteur protestant, Réformateur alsacien) déclarait : « Quel bienfait pourrait être une Eglise si tous ses serviteurs prêchaient et pratiquaient l’esprit d’entraide spirituelle et matérielle. », et « C’est l’Evangile qui crée cet amour, qui opère la transformation de l’homme pécheur et égoïste en un être prêt à servir, à se dévouer, à faire des sacrifices pour son prochain… » (Le protestantisme en Alsace de Henri Strohl). Ainsi, cet amour évangélique ne doit jamais s’éteindre tel le feu du Tabernacle dans le livre de l’Exode.

Nous venons de voir comment nous pourrions entretenir le feu évangélique dans une assemblée. Saint Augustin écrit : « Quand Dieu dit à Satan : “Tu mangeras ‘de la terre’”, il a dit au pécheur : “Tu es terre, et tu retourneras en terre”. Ainsi le pécheur a été livré à Satan pour que Satan fît de lui sa nourriture. Donc, ne restons pas terre, si nous ne voulons pas servir de pâture à Satan. » (« Chapitre II. Vaincre Satan, c’est vaincre ses passions » – Du combat chrétien). Elevons donc nos cœurs vers Dieu chaque jour pour se libérer de l’étreinte de Satan, lequel aspire à faire tomber l’Eglise. Il nous faut écouter Jésus-Christ et croire en Celui qui l’a envoyé. Or, « écouter » c’est mettre en pratique les divins conseils du Maître ; « croire » c’est obéir au Père.

Nous constatons également qu’une assemblée semble disparaitre non pas par manque d’argent, non plus par manque de nourriture mais par manque d’Absolu. C’est-à-dire que l’existence véritable d’un christianisme communautaire tient au grand amour pour Dieu, à l’amour du prochain et à ce que dit Paul : Personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé : Jésus-Christ (1 Corinthiens 3,11). Tel me paraît le triptyque à déployer dans notre cœur et dans nos communautés quand nous venons nous ressourcer auprès du Seigneur lors du culte.

Revenons à notre sujet, l’évangélisation.

Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Jésus tient ce schéma de son Père : comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie (Jean 20,21). D’après le temps de conjugaison utilisé ici, il y a une notion de continuité. Les envoyés parcourent la terre sur une durée indéterminée. L’évangélisation est donc encore ancrée de nos jours dans le plan de Dieu.

En regardant de plus près, vous remarquerez que Jésus ne centralise pas les 12 apôtres ni les 70 disciples (Luc 10,1). Il les envoie par tout le monde. Cette façon de proclamer l’Evangile n’est pas sans raison. Plus une association de personnes est nombreuse, plus elle a du mal à conserver l’intégrité de son esprit. Ne concluons pas pour autant que les assemblées nombreuses sont à éviter. Néanmoins, ce phénomène d’émiettement qui plane sur celles-là est un risque à prendre en considération. Les êtres se développent en effet non pas par une augmentation de volume sur place, mais par reproduction et rayonnement au loin. Cela n’est pas sans rappeler le premier commandement de Dieu donné à l’homme : soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez… (Genèse 1,28). Une autre image de ce modèle divin est encore la généalogie ascendante de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham (Matthieu 1,1) dont la fleur est Marie et le fruit Jésus.

Le christianisme primitif incarne le développement décrit ci-dessus. Il n’est contraire à aucune religion car il n’est pas une religion. Il n’y a ni temple, ni sacrifice, ni prêtre,…ou plutôt si, mais tout cela est dans son état de perfection en une seule personne : Jésus-Christ.

Trois liens forment en somme un lien unique avec Jésus : d’abord le lien fidèle entre les disciples et le Maître des maîtres, puis le lien des disciples entre eux qui s’aiment les uns les autres comme Jésus les a aimés, ensuite les disciples envers les non-croyants.

Nous venons de voir que la Lumière ne peut être mise sous le boisseau. L’appel à croître est communautaire (Eglise) et personnel. C’est aussi l’évangélisation qui se répand par paires de disciples. Nous avons vu également sur quoi devraient reposer les assemblées chrétiennes. Ajoutons à ce rapide tableau la recherche de la qualité à la quantité. La qualité de la vie communautaire me semble due à la qualité de la vie de ses membres. C’est pourquoi …là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux (Matthieu 18.20). Permettez-moi de prendre à la lettre un des aspects de cette Parole de Dieu et de l’écrire comme je le comprends : quand deux ou trois personnes se réunissent au nom de Jésus sa présence y est réelle. Je le crois fermement au sujet des petits groupes de chrétiens !

Pour terminer, rappelons-nous ce que le Maître dit à l’Eglise de Thyatire dans le livre de l’Apocalypse : […] tenez fermement ce que vous avez jusqu’à ce que je vienne (Ap. 2,25), et, vous qui continuez à agir jusqu’à la fin selon mon enseignement… (verset 26). Les chrétiens de Thyatire grandissaient dans l’amour, la fidélité, le service et la persévérance (v. 19). Que ces quatre flammes demeurent toujours allumées au sein de nos assemblées ! S’encourager mutuellement dans ce sens n’est pas un vain mot.

Quoi qu’il en soit le plan de l’Eglise du Christ est de s’accroître. Jésus dit encore à l’Eglise de Thyatire : je sais que tes dernières œuvres sont plus nombreuses que les premières (v. 19). Le développement continu de l’Evangile à l’extérieur de l’Eglise n’empêche pas le développement illimité de ce dernier à l’intérieur de celle-là. Voilà de quoi nous requinquer au milieu de nos assemblées respectives grâce à l’action du Saint-Esprit.

Au travail !

 

Dilige et quod vis fac (« Aime et fais ce que tu veux ! » – Saint-Augustin).

Richard JOSELET – Église de « La Ruche » – Saint-Louis.

 

 

 

Eve, mère de tous les vivants

Lorsqu’on lit la première phrase d’Eve prononcée après la chute, on se dit que tout n’est pas perdu. Elle dit en Genèse 4,1 : « J’ai formé un homme avec l’aide de l’Eternel. ». Nous voyons bien que Dieu assiste ses enfants dès le commencement. Ce qui peut nous intéresser ici c’est que Eve soit consciente qu’il y a Dieu alors qu’elle est dans le péché originel ([1]). Que j’aimerais maintenant que ce sentiment fût plus fort et plus grand en nous !

 

La saine raison et la foi nous montrent que tout nous vient de Dieu puisqu’Il nous aide en tout. Quel Dieu bon ! Quand on y pense, il nous laisse collaborer à la vie en ajoutant sa bonté à nos efforts. Eve procrée et le Père la porte dans ses bras. En fait, sur terre, rien ne nous appartient. Nous croyons tout faire par nous-mêmes alors que Dieu nous aide à accomplir ce qui est bon et juste pour nous. Il n’est pas certain que nous réalisions pleinement cette évidence.

 

C’est tout de même un formidable espoir que de savoir que nous sommes nés grâce au soutien du Seigneur. Je me demande, en considérant ma vie, si j’ai été à la hauteur de la reconnaissance qui lui est due. Il est certain qu’elle restera toujours en-dessous de son infinie bienveillance. Mais le Père, heureusement pour nous, se satisfait de peu de bonne volonté de notre part. J’éprouve en outre un grand soulagement quand en méditant je découvre dans la Bible que Dieu seul peut venir soutenir le faible comme le fort (2 Chroniques 14,10). Comme quoi, tout différent que nous sommes, le Père ne lèse personne dans ses dons. Puis, dans le psaume 79,8 on lit : Lui seul peut oublier nos iniquités passées, que ses compassions viennent en hâte au-devant de nous, malheureux. Oh, sûrement qu’Eve était bien malheureuse aussi sur terre. Malgré sa faute, Dieu l’a néanmoins rejointe, animé par sa compassion. Ailleurs, Marc nous assure que Dieu vient au secours de notre incrédulité (Mc. 9,24). Décidément, nous voyons avec quels ménagements le Père nous supporte dans tous les cas de figures.

 

Il est extrêmement significatif et important de remarquer que la première créature aidée de Dieu après la chute est la femme. Première épaulée, première à sentir la présence divine, première à être reconnaissante envers Yahvé. Tous ces faits et d’autres font de la femme un catalyseur de l’amour divin. Autrement dit, surtout quand elle aime Dieu, elle diffuse les lumières surnaturelles dans son foyer.

 

J’aimerais terminer avec un regard particulier sur la comparaison entre Yahvé, Eve, Adam et Dieu, Marie, Joseph. Adam comme Joseph reste silencieux quasi effacé. Eve, dans l’enfantement, reflète le secours de Dieu telle la lune réverbère les ondes lumineuses du soleil. Par contre, Marie a accouché du Verbe-Jésus-Christ. Marie a mis au monde le soleil de notre Salut avec l’aide du Père !

 

 

Merci à Denis pour sa participation.

 

Dilige et quod vis fac (« Aime et fais ce que tu veux ! » Saint-Augustin)

Richard JOSELET – Eglise de « la Ruche » – Saint-Louis



[1] —- Denis KENNEL —————————————————

Le péché originel rend-il l’homme totalement inconscient de Dieu ?

Les anabaptistes au XVIe siècle ont insisté sur le fait qu’il est demeuré en l’homme, malgré la chute, l’image de Dieu. Celle-ci, abimée, enténébrée, n’a pas été complètement éteinte. Elle est restée, certes sans force, mais non anéantie. Elle a alors permis le maintien d’une conscience (limitée) de Dieu, d’une aspiration vers le bien. Tout dans l’homme n’était pas devenu mauvais ! Eve a ainsi pu, même après la chute, rester consciente de Dieu. La pleine libération, bien sûr, serait à venir encore ; nous savons aujourd’hui que le Christ, par son œuvre, l’a rendue possible.

ON A TOUS QUELQUE CHOSE EN NOUS DE MIRACULEUX

Vous vous désolez de ce que votre vie soit  insignifiante. Et même, que la vie tout court ne vaille pas la peine d’être vécue ! Puis, vous vous alarmez de ne plus voir Dieu. Vous paniquez de ne plus l’entendre. Permettez-moi de m’insurger amicalement contre de telles pensées qui vous tyrannisent.

 

Nous allons évoquer quelques points généraux qui dissiperont, si l’Esprit de Dieu le veut, ces épaisses ténèbres. Car c’est dans l’état où vous vous tenez, sur fond de nuit de la foi, que la lumière se précise le mieux.

 

Tout d’abord, je vous renvoie au texte de Denis Kennel. Dans notre dernier article « Eve : mère de tous les vivants » il décrit très bien cette présence divine qui ne saurait nous faire défaut : « Le péché originel rend-il l’homme totalement inconscient de Dieu ? Les anabaptistes au XVIe siècle ont insisté sur le fait qu’il est demeuré en l’homme, malgré la chute, l’image de Dieu. Celle-ci, abîmée, enténébrée, n’a pas été complètement éteinte. Elle est restée, certes sans force, mais non anéantie. Elle a alors permis le maintien d’une conscience (limitée) de Dieu, d’une aspiration vers le bien. Tout dans l’homme n’était pas devenu mauvais ! Eve a ainsi pu, même après la chute, rester consciente de Dieu. La pleine libération, bien sûr, serait à venir encore ; nous savons aujourd’hui que le Christ, par son œuvre, l’a rendue possible. »

 

Dans un deuxième temps, rappelons-nous que Jésus nous mène avec une sagesse pleine de sollicitude. Or, cette sagesse n’a rien de commun avec celle des hommes. Convenez aussi avec moi que nous ne sommes plus sous le régime de l’ancienne alliance qui contenait la promesse du salut. Mais nous sommes aujourd’hui, par la croix, sous le régime de la nouvelle alliance qui est l’accomplissement de ce salut. Vous verrez alors que les épreuves auxquelles vous êtes soumis sont des écoles salutaires. Puisque sans la pression de celles-là il n’y a pas de véritable ferveur, pas de pure espérance, pas d’appel assez pathétique pour empoigner le Seigneur. C’est du moins mon avis.

 

D’une part, le Père vous travaille en vue de l’adorer en Esprit et en vérité comme son Fils nous l’a annoncé. La Cène est l’aurore et le présage de ce culte. Elle tient la place du sacrifice (non sanglant) dans nos églises. D’autre part, vous verrez comment Dieu mène le genre humain de  l’extérieur à l’intérieur. Tout se passe maintenant en nous, dans notre cœur. C’est là où vous en êtes, me semble-t-il.

 

Troisièmement, prenez par exemple le livre de l’Exode. Il est rempli d’épisodes extraordinaires. Il vaut la peine de remarquer que l’extraordinaire est l’ordinaire des fils d’Israël. L’Exode enchaîne des tableaux fabuleux : le buisson ardent, les dix plaies de l’Egypte, la colonne de feu, le passage de la mer Rouge, l’eau jaillissante d’un rocher, la manne tombée du ciel, les cailles, Dieu descendant sur la montagne tonnante et tremblante du Sinaï, les tablettes de pierre gravées par sa main, sa présence débordante du tabernacle, la nuée conduisant le peuple hébreu, etc. Quelle histoire ébouriffante ! Ce livre est digne du film spectaculaire les Dix commandements du réalisateur Cecil Blount DeMille avec l’acteur charismatique Charlton Heston dans le rôle de Moïse. Aujourd’hui, à l’inverse, c’est notre ordinaire qui contient l’extraordinaire. Toutefois, rien n’empêcherait Dieu d’agir comme il le fit dans ces temps-là. A Dieu, rien n’est impossible !

 

L’Eternel montrait en effet à la maison de Jacob qu’il n’était pas comme les autres dieux. Par des démonstrations grandioses, il prouvait qu’il était le Dieu des dieux. Plus tard, le prophète Elie prêcha aussi la puissance d’un Dieu au-dessus de tous les autres. En témoignent ses actions musclées contre les idolâtres de Baal (1 Rois 16,29 – 2 Rois 1,18). C’est ainsi que l’Eternel eut l’intention d’amener les Hébreux à l’adorer lui seul car il est incomparable !

 

Néanmoins, Dieu va changer sa manière d’agir avec le temps. Si bien que notre siècle peut paraître vide par rapport à ce passé prodigieux. Mais le Père ne nous a pas pour autant dépourvu de ses merveilles. Si avant il suffisait de lever la tête pour observer des miracles stupéfiants, aujourd’hui il faut nous incliner attentivement pour les remarquer. Je pense alors à l’humilité. Sans nul doute que le Père veut d’abord se distinguer du bruit des faux prophètes et de la publicité de leurs mauvaises doctrines.

 

Puis, nous laisserons à Pascal (mathématicien, physicien, inventeur, philosophe, moraliste et théologien français) le soin de nous expliquer l’idée nouvelle du Père : « l’extérieur ne sert à rien sans l’intérieur » (Pensées 498). Déjà, petits et grands prophètes annonçaient ce renversement de valeur. Joël prophétisa : « Déchirez [geste d’affliction] vos cœurs et non vos vêtements, et revenez à l’Eternel, votre Dieu… » (Joël 2,13 ; Esaïe 58). Et encore ce splendide petit résumé du parcours chrétien : « Heureux ceux qui placent en toi leur appui ! Ils trouvent dans leur cœur des chemins tout tracés. Lorsqu’ils traversent la vallée de Baca, ils la transforment en un lieu plein de sources, et la pluie la couvre aussi de bénédictions. Leur force augmente pendant la marche, et ils se présentent devant Dieu à Sion » (Psaume 84,6-8).

 

Et pourtant, le maître ne nous a-t-il pas dit : « Je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d’ici là, et elle se transporterait ; rien ne vous serait impossible. » (Matthieu 17,20). Je ne vois pas dans ces paroles de la rhétorique ou du fantaisiste mais bien quelque chose de réel, de réalisable, de sérieux. La consultation de la vie des saints nous montre des faits exceptionnels. A cet égard, il faut souligner cependant un point capital à propos de ces derniers : le don des miracles qu’ils acquièrent se fait à la suite de pénitences extraordinaires, d’oraisons et d’extases. Leur corps devient alors le théâtre de phénomènes inexplicables. Or, dans le verset ci-dessus, le maître laisse visiblement entendre que le chrétien qui a la foi voit sa parole se réaliser à l’instant même. Et cela sans entraînement ascétique, sans exercice spirituel et sans autre pratique ritualiste.

 

En quelque sorte, la vie spirituelle jaillit du centre de notre cœur vers le dehors. Aussi, faut-il qu’elle soit discrète, à l’écart de la vanité du monde, jusqu’au terme de son éclosion publique ou pas. Jésus de Nazareth a donné le ton dans les Evangiles : ses journées eurent l’apparence des nôtres si les hommes l’avaient cru et reconnu. Ses miracles paraissent un plus pour encourager les non-croyants et ceux qui doutent. Il n’y a donc pas de tâches banales pour le serviteur de Dieu, il n’y a pas de routine quotidienne. Tout prend sa source et sa force dans l’infini renouveau du Royaume de Dieu au milieu de nous. Les disciples du Christ ne marchent pas aux miracles, ils marchent par la foi et non par la vue (2 Corinthiens 5,7). Dit autrement, C. H. Spurgeon (prédicateur baptiste réformé britannique) l’exprime ainsi : « Une foi mûrie ne demande pas des signes et des miracles, mais elle se confie résolument. » (« A quoi comparer la foi ? » du livre Tout par Grâce).

 

Jésus-Christ, lui le Fils unique de Dieu, voile l’éclat de sa majesté pour ne pas nous éblouir. Il taira souvent son statut divin afin de mener à bien sa mission. Esaïe prophétisera à son propos : « Il s’est élevé devant lui comme une faible plante, comme un rejeton qui sort d’une terre desséchée ; il n’avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, et son aspect n’avait rien pour nous plaire » (Es. 53,2). Ce verset met en relief l’attitude du serviteur. Inconnu dans la foule, le monde ne le connait pas. Sur ce fond d’impopularité, la Parole de Dieu nous conseille toutefois la prudence : ne pas juger d’après les apparences. Qui nous dit que sous des haillons ne se tient pas un messager du Père ? Qui nous dit que derrière un souffreteux un disciple du Christ n’endure pas l’épreuve par amour pour nous à l’exemple du maître sur la croix ?

 

Dieu travaille dans la continuité. Ainsi, en changeant de méthode divine contre une autre, une visible extraordinaire contre une ordinaire invisible, nous nous rendons bien compte que l’une et l’autre ont le même message essentiel : aimer Dieu ! Au spirituel, c’est un grand bien quand on fait sien le verset : « Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! » (Jean 20,29). Telle est l’expression souveraine de notre Seigneur, laquelle doit nous réconforter et nous réjouir.

 

Pour finir, il faut avoir de la patience avec soi-même. S’énerver contre soi-même par scrupule nous fait perdre nos forces et gaspiller le trésor intérieur. Nous avons donc à nous éduquer. Possédons nos âmes par notre patience ! a dit le maître (Luc 21, 19 – Darby).

Dilige et quod vis fac (« Aime et fais ce que tu veux ! » Saint-Augustin)

De l’obéissance

Jusqu’à quand refuserez-vous d’observer mes commandements et mes lois ? (Exode 16, 28). Plus on avance dans le livre de l’Exode, plus il va de soi que l’obéissance à Dieu est capitale. Tout le livre en parle, depuis Pharaon jusqu’au tabernacle qui est situé au milieu des douze tribus d’Israël. Dieu désire que son peuple l’écoute dans l’esprit d’une humble confiance. Il aimerait en faire une nation sainte (Exode 19, 6 ; 1 Pierre 2, 9). Aujourd’hui, le Père brûle de nous voir soumis à son Fils Jésus. Alors demandons-nous où en est notre obéissance au Sauveur ?

 

Comme par la désobéissance d’un seul homme [Adam] beaucoup ont été rendus pécheurs, de même par l’obéissance d’un seul [Jésus] beaucoup seront rendus justes (Romains 5, 19). Par son obéissance libre et totale jusqu’à la Croix, le Christ a pallié la difficulté à honorer les alliances contractées avec le Père. Impeccable Maître ! Cherchons son image ! L’irrépréhensible sinon l’irréprochable obéissance dans notre Seigneur est le cachet du disciple fidèle.

 

Dieu sait tout. Il sait surtout notre faiblesse. La laborieuse obéissance du peuple hébreu ressemble beaucoup à la nôtre. C’est un peuple esclave fraîchement libéré de la tyrannie égyptienne par Moïse. Par notre Seigneur Jésus-Christ, nous sommes aussi libérés du despotisme des ténèbres. Dans la traversée du désert, les commandements et les lois de l’Eternel dirigent toujours son peuple vers lui. Pour nous, chrétiens, Jésus a proclamé la Bonne Nouvelle pour que nous ne nous égarions pas dans ce monde. Suivre les préceptes évangéliques nous tient rassemblés autour du Père. Commençons par de petites choses. Et le mur qui nous sépare de la Lumière s’amincira. Qui obéit aux petites choses pourra obéir aux plus grandes !

 

Depuis qu’il a été chassé du jardin d’Eden, l’obéissance à Dieu est nécessaire à l’être humain pour grandir dans sa communion avec le Père. Mais celui-ci ne veut pas des idolâtres  rampants. Il n’est pas un « césar » ! Christ, réalisant l’adhésion parfaite à la volonté de son Père en tout et pour tout, est notre meilleur exemple. Nous avons aussi celui des anges : ils exécutent les ordres de l’Eternel en obéissant à la voix de sa parole ! (Psaume 103, 20). Or, sa Parole est Jésus (Jean 1, 1). Les anges exécutent les ordres de l’Eternel en obéissant à la voix de Jésus-Christ.

 

Si vous avez l’occasion d’observer la vie des petits enfants de deux à trois ans, l’obéissance est pour eux un apprentissage. Elle contribue à former en eux le futur adulte, l’enseigne, l’initie. C’est pourquoi les gens  responsables leur répètent sans cesse les mêmes interdits, les mêmes règles, les mêmes procédés à accomplir jusqu’à ce que ceux-là soient acquis et compris par l’enfant. Telle est aussi l’attitude de Dieu envers nous. Il est LE pédagogue qui fait croître en nous l’homme nouveau (Ephésiens 4, 13 et 24).

 

Dans le texte biblique,  le verbe obéir  signifie entre autres « apprendre », « écouter », « être exaucé (de Dieu) ». Je puis confirmer, pour l’avoir vécu et vu chez divers contemporains, que si nous obéissons à ses lois, Dieu répond à nos prières. Cependant, à lui seul appartient la façon de nous combler de ses bienfaits. Sa réponse est toujours juste même si nous ne le sentons pas constamment. Elle ouvre des horizons inespérés, procure du repos, une tranquillité inattendue, un bonheur solide. Que Dieu est bon et fidèle dans ses promesses ! Il nous faut lui rendre grâce pour son immense clémence car il est écrit : la patience de notre Seigneur est votre salut (2 Pierre 3, 15) et il est lent à la colère (Nombres 14, 18). Cependant, n’abusons pas de cette patience, car il y a des saisons où « les ouvriers du Seigneur » récoltent le raisin du Père. Que nous soyons trouvés « vierges sages » ! (Matthieu 25, 1-13).

 

L’apôtre Paul souligne qu’obéissance et foi vont de pair (Romains 1, 5). Ainsi la foi nous conduit à l’obéissance et l’obéissance renforce notre foi. Répétons-le : qu’en est-il pour chacun de nous aujourd’hui ? Qu’allons-nous faire dans la minute qui vient ? Obéir à notre Seigneur et Maître Jésus-Christ ou servir les dieux de ce siècle ? Aucun moment n’est plus précieux pour un être humain que de marcher dans les pas du Christ !

 

Dilige et quod vis fac (« Aime et fais ce que tu veux ! » Saint-Augustin)