ON A TOUS QUELQUE CHOSE EN NOUS DE MIRACULEUX

Vous vous désolez de ce que votre vie soit  insignifiante. Et même, que la vie tout court ne vaille pas la peine d’être vécue ! Puis, vous vous alarmez de ne plus voir Dieu. Vous paniquez de ne plus l’entendre. Permettez-moi de m’insurger amicalement contre de telles pensées qui vous tyrannisent.

 

Nous allons évoquer quelques points généraux qui dissiperont, si l’Esprit de Dieu le veut, ces épaisses ténèbres. Car c’est dans l’état où vous vous tenez, sur fond de nuit de la foi, que la lumière se précise le mieux.

 

Tout d’abord, je vous renvoie au texte de Denis Kennel. Dans notre dernier article « Eve : mère de tous les vivants » il décrit très bien cette présence divine qui ne saurait nous faire défaut : « Le péché originel rend-il l’homme totalement inconscient de Dieu ? Les anabaptistes au XVIe siècle ont insisté sur le fait qu’il est demeuré en l’homme, malgré la chute, l’image de Dieu. Celle-ci, abîmée, enténébrée, n’a pas été complètement éteinte. Elle est restée, certes sans force, mais non anéantie. Elle a alors permis le maintien d’une conscience (limitée) de Dieu, d’une aspiration vers le bien. Tout dans l’homme n’était pas devenu mauvais ! Eve a ainsi pu, même après la chute, rester consciente de Dieu. La pleine libération, bien sûr, serait à venir encore ; nous savons aujourd’hui que le Christ, par son œuvre, l’a rendue possible. »

 

Dans un deuxième temps, rappelons-nous que Jésus nous mène avec une sagesse pleine de sollicitude. Or, cette sagesse n’a rien de commun avec celle des hommes. Convenez aussi avec moi que nous ne sommes plus sous le régime de l’ancienne alliance qui contenait la promesse du salut. Mais nous sommes aujourd’hui, par la croix, sous le régime de la nouvelle alliance qui est l’accomplissement de ce salut. Vous verrez alors que les épreuves auxquelles vous êtes soumis sont des écoles salutaires. Puisque sans la pression de celles-là il n’y a pas de véritable ferveur, pas de pure espérance, pas d’appel assez pathétique pour empoigner le Seigneur. C’est du moins mon avis.

 

D’une part, le Père vous travaille en vue de l’adorer en Esprit et en vérité comme son Fils nous l’a annoncé. La Cène est l’aurore et le présage de ce culte. Elle tient la place du sacrifice (non sanglant) dans nos églises. D’autre part, vous verrez comment Dieu mène le genre humain de  l’extérieur à l’intérieur. Tout se passe maintenant en nous, dans notre cœur. C’est là où vous en êtes, me semble-t-il.

 

Troisièmement, prenez par exemple le livre de l’Exode. Il est rempli d’épisodes extraordinaires. Il vaut la peine de remarquer que l’extraordinaire est l’ordinaire des fils d’Israël. L’Exode enchaîne des tableaux fabuleux : le buisson ardent, les dix plaies de l’Egypte, la colonne de feu, le passage de la mer Rouge, l’eau jaillissante d’un rocher, la manne tombée du ciel, les cailles, Dieu descendant sur la montagne tonnante et tremblante du Sinaï, les tablettes de pierre gravées par sa main, sa présence débordante du tabernacle, la nuée conduisant le peuple hébreu, etc. Quelle histoire ébouriffante ! Ce livre est digne du film spectaculaire les Dix commandements du réalisateur Cecil Blount DeMille avec l’acteur charismatique Charlton Heston dans le rôle de Moïse. Aujourd’hui, à l’inverse, c’est notre ordinaire qui contient l’extraordinaire. Toutefois, rien n’empêcherait Dieu d’agir comme il le fit dans ces temps-là. A Dieu, rien n’est impossible !

 

L’Eternel montrait en effet à la maison de Jacob qu’il n’était pas comme les autres dieux. Par des démonstrations grandioses, il prouvait qu’il était le Dieu des dieux. Plus tard, le prophète Elie prêcha aussi la puissance d’un Dieu au-dessus de tous les autres. En témoignent ses actions musclées contre les idolâtres de Baal (1 Rois 16,29 – 2 Rois 1,18). C’est ainsi que l’Eternel eut l’intention d’amener les Hébreux à l’adorer lui seul car il est incomparable !

 

Néanmoins, Dieu va changer sa manière d’agir avec le temps. Si bien que notre siècle peut paraître vide par rapport à ce passé prodigieux. Mais le Père ne nous a pas pour autant dépourvu de ses merveilles. Si avant il suffisait de lever la tête pour observer des miracles stupéfiants, aujourd’hui il faut nous incliner attentivement pour les remarquer. Je pense alors à l’humilité. Sans nul doute que le Père veut d’abord se distinguer du bruit des faux prophètes et de la publicité de leurs mauvaises doctrines.

 

Puis, nous laisserons à Pascal (mathématicien, physicien, inventeur, philosophe, moraliste et théologien français) le soin de nous expliquer l’idée nouvelle du Père : « l’extérieur ne sert à rien sans l’intérieur » (Pensées 498). Déjà, petits et grands prophètes annonçaient ce renversement de valeur. Joël prophétisa : « Déchirez [geste d’affliction] vos cœurs et non vos vêtements, et revenez à l’Eternel, votre Dieu… » (Joël 2,13 ; Esaïe 58). Et encore ce splendide petit résumé du parcours chrétien : « Heureux ceux qui placent en toi leur appui ! Ils trouvent dans leur cœur des chemins tout tracés. Lorsqu’ils traversent la vallée de Baca, ils la transforment en un lieu plein de sources, et la pluie la couvre aussi de bénédictions. Leur force augmente pendant la marche, et ils se présentent devant Dieu à Sion » (Psaume 84,6-8).

 

Et pourtant, le maître ne nous a-t-il pas dit : « Je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d’ici là, et elle se transporterait ; rien ne vous serait impossible. » (Matthieu 17,20). Je ne vois pas dans ces paroles de la rhétorique ou du fantaisiste mais bien quelque chose de réel, de réalisable, de sérieux. La consultation de la vie des saints nous montre des faits exceptionnels. A cet égard, il faut souligner cependant un point capital à propos de ces derniers : le don des miracles qu’ils acquièrent se fait à la suite de pénitences extraordinaires, d’oraisons et d’extases. Leur corps devient alors le théâtre de phénomènes inexplicables. Or, dans le verset ci-dessus, le maître laisse visiblement entendre que le chrétien qui a la foi voit sa parole se réaliser à l’instant même. Et cela sans entraînement ascétique, sans exercice spirituel et sans autre pratique ritualiste.

 

En quelque sorte, la vie spirituelle jaillit du centre de notre cœur vers le dehors. Aussi, faut-il qu’elle soit discrète, à l’écart de la vanité du monde, jusqu’au terme de son éclosion publique ou pas. Jésus de Nazareth a donné le ton dans les Evangiles : ses journées eurent l’apparence des nôtres si les hommes l’avaient cru et reconnu. Ses miracles paraissent un plus pour encourager les non-croyants et ceux qui doutent. Il n’y a donc pas de tâches banales pour le serviteur de Dieu, il n’y a pas de routine quotidienne. Tout prend sa source et sa force dans l’infini renouveau du Royaume de Dieu au milieu de nous. Les disciples du Christ ne marchent pas aux miracles, ils marchent par la foi et non par la vue (2 Corinthiens 5,7). Dit autrement, C. H. Spurgeon (prédicateur baptiste réformé britannique) l’exprime ainsi : « Une foi mûrie ne demande pas des signes et des miracles, mais elle se confie résolument. » (« A quoi comparer la foi ? » du livre Tout par Grâce).

 

Jésus-Christ, lui le Fils unique de Dieu, voile l’éclat de sa majesté pour ne pas nous éblouir. Il taira souvent son statut divin afin de mener à bien sa mission. Esaïe prophétisera à son propos : « Il s’est élevé devant lui comme une faible plante, comme un rejeton qui sort d’une terre desséchée ; il n’avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, et son aspect n’avait rien pour nous plaire » (Es. 53,2). Ce verset met en relief l’attitude du serviteur. Inconnu dans la foule, le monde ne le connait pas. Sur ce fond d’impopularité, la Parole de Dieu nous conseille toutefois la prudence : ne pas juger d’après les apparences. Qui nous dit que sous des haillons ne se tient pas un messager du Père ? Qui nous dit que derrière un souffreteux un disciple du Christ n’endure pas l’épreuve par amour pour nous à l’exemple du maître sur la croix ?

 

Dieu travaille dans la continuité. Ainsi, en changeant de méthode divine contre une autre, une visible extraordinaire contre une ordinaire invisible, nous nous rendons bien compte que l’une et l’autre ont le même message essentiel : aimer Dieu ! Au spirituel, c’est un grand bien quand on fait sien le verset : « Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! » (Jean 20,29). Telle est l’expression souveraine de notre Seigneur, laquelle doit nous réconforter et nous réjouir.

 

Pour finir, il faut avoir de la patience avec soi-même. S’énerver contre soi-même par scrupule nous fait perdre nos forces et gaspiller le trésor intérieur. Nous avons donc à nous éduquer. Possédons nos âmes par notre patience ! a dit le maître (Luc 21, 19 – Darby).

Dilige et quod vis fac (« Aime et fais ce que tu veux ! » Saint-Augustin)