Qui ne s’accroit pas décroît

« Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. »

(Marc 16,15).

 

D’emblée, vous me ramenez à une réalité qui préoccupe quelques chrétiens : pourquoi « sortir » évangéliser quand certaines églises sont aujourd’hui fragilisées ?

Vous avez raison d’attirer l’attention sur la vulnérabilité des églises actuelles. Loin de pourvoir cerner les mille et un facteurs qui mènent une assemblée à son déclin, voire sa disparition, nous pouvons toujours y trouver des remèdes puissants que nous connaissons bien.

Il m’apparait deux remèdes efficaces qui peuvent servir à faire cesser le peu de solidité de certaines assemblées, savoir : reconnaître Jésus comme le Fils unique de Dieu, puis les deux plus grands commandements des Saintes Ecritures. Vous en trouverez sûrement d’autres.

En premier lieu, la bonne santé d’une assemblée, il me semble, tient de son adhésion au principe de Jésus-Christ, Fils de Dieu. Plus l’assemblée admet cette réalité, plus elle s’unifie. Et sa croissance spirituelle est visible. Plus elle méconnait le sens de cette vérité, plus elle s’expose aux divisions, aux maladies, à la mort. Et sa chute est manifeste.

Nous avons dans Matthieu 16 une des déclarations fortes sur le fondement de l’Eglise. Lorsque Jésus parle de bâtir son Eglise sur une pierre il ne parle pas de Simon Pierre mais de lui-même. C’est sur Jésus-Christ que s’édifie l’Eglise. Jésus en est aussi « la pierre qui est devenue la principale de l’angle » (Psaume 118,22).

   13 Jésus, étant arrivé dans le territoire de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples : Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l’homme ? 14 Ils répondirent : Les uns disent que tu es Jean Baptiste ; les autres, Élie ; les autres, Jérémie, ou l’un des prophètes. 15 Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ? 16 Simon Pierre répondit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. 17 Jésus, reprenant la parole, lui dit : Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux. 18 Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. 19 Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. 20 Alors il recommanda aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ.

Matthieu 16.13-20

 

Quoi qu’il en soit tout gravite autour de Jésus : l’assise de l’Eglise est Jésus et ses murs sont encore Jésus et sa partie la plus élevée, le faîte est toujours Jésus. Cette Eglise que pourrait-elle craindre ? Et qui ? Remarquez aussi la béatitude qu’obtient Simon Pierre. A sa réponse « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », Jésus lui dit : « Tu es heureux […] car c’est mon Père qui est dans les cieux qui t’a révélé cela ». Imaginez brièvement l’Eglise à laquelle le Père révèle la véritable identité de son Fils bien-aimé. Même la mort ne prévaudra pas contre elle, c’est-à-dire que cette Eglise ne périra pas, elle durera à jamais.

En deuxième lieu, dans une assemblée, il est essentiel de pratiquer du mieux que l’on puisse les deux plus hauts commandements de la Bible, à savoir : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force (Marc 12.30), puis le second Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là (Marc 12,31).

L’évangéliste Jean résume ainsi : Et nous avons de lui [Jésus] ce commandement : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère (1 Jean 4.21). S’il est plus difficile de réaliser pleinement le premier commandement, il est plus à notre portée de pratiquer le second. Peut-être parce qu’au stade de maturation spirituelle où nous sommes notre prochain nous reste encore le plus visible, le plus palpable. Et pourtant, ce n’est-là pour l’instant qu’une impression illusoire sur l’omniprésence de Dieu toujours à nos côtés… Paul dira : Car je n’ai point honte de l’Évangile : c’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec (Romains 1.16). Grâce « à la puissance de Dieu », chaque croyant peut aimer son prochain, être charitable, doux et humble, prier pour son meilleur ami et pour son pire ennemi, répondre au mal par le bien… Martin Bucer (Théologien, Pasteur protestant, Réformateur alsacien) déclarait : « Quel bienfait pourrait être une Eglise si tous ses serviteurs prêchaient et pratiquaient l’esprit d’entraide spirituelle et matérielle. », et « C’est l’Evangile qui crée cet amour, qui opère la transformation de l’homme pécheur et égoïste en un être prêt à servir, à se dévouer, à faire des sacrifices pour son prochain… » (Le protestantisme en Alsace de Henri Strohl). Ainsi, cet amour évangélique ne doit jamais s’éteindre tel le feu du Tabernacle dans le livre de l’Exode.

Nous venons de voir comment nous pourrions entretenir le feu évangélique dans une assemblée. Saint Augustin écrit : « Quand Dieu dit à Satan : “Tu mangeras ‘de la terre’”, il a dit au pécheur : “Tu es terre, et tu retourneras en terre”. Ainsi le pécheur a été livré à Satan pour que Satan fît de lui sa nourriture. Donc, ne restons pas terre, si nous ne voulons pas servir de pâture à Satan. » (« Chapitre II. Vaincre Satan, c’est vaincre ses passions » – Du combat chrétien). Elevons donc nos cœurs vers Dieu chaque jour pour se libérer de l’étreinte de Satan, lequel aspire à faire tomber l’Eglise. Il nous faut écouter Jésus-Christ et croire en Celui qui l’a envoyé. Or, « écouter » c’est mettre en pratique les divins conseils du Maître ; « croire » c’est obéir au Père.

Nous constatons également qu’une assemblée semble disparaitre non pas par manque d’argent, non plus par manque de nourriture mais par manque d’Absolu. C’est-à-dire que l’existence véritable d’un christianisme communautaire tient au grand amour pour Dieu, à l’amour du prochain et à ce que dit Paul : Personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé : Jésus-Christ (1 Corinthiens 3,11). Tel me paraît le triptyque à déployer dans notre cœur et dans nos communautés quand nous venons nous ressourcer auprès du Seigneur lors du culte.

Revenons à notre sujet, l’évangélisation.

Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Jésus tient ce schéma de son Père : comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie (Jean 20,21). D’après le temps de conjugaison utilisé ici, il y a une notion de continuité. Les envoyés parcourent la terre sur une durée indéterminée. L’évangélisation est donc encore ancrée de nos jours dans le plan de Dieu.

En regardant de plus près, vous remarquerez que Jésus ne centralise pas les 12 apôtres ni les 70 disciples (Luc 10,1). Il les envoie par tout le monde. Cette façon de proclamer l’Evangile n’est pas sans raison. Plus une association de personnes est nombreuse, plus elle a du mal à conserver l’intégrité de son esprit. Ne concluons pas pour autant que les assemblées nombreuses sont à éviter. Néanmoins, ce phénomène d’émiettement qui plane sur celles-là est un risque à prendre en considération. Les êtres se développent en effet non pas par une augmentation de volume sur place, mais par reproduction et rayonnement au loin. Cela n’est pas sans rappeler le premier commandement de Dieu donné à l’homme : soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez… (Genèse 1,28). Une autre image de ce modèle divin est encore la généalogie ascendante de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham (Matthieu 1,1) dont la fleur est Marie et le fruit Jésus.

Le christianisme primitif incarne le développement décrit ci-dessus. Il n’est contraire à aucune religion car il n’est pas une religion. Il n’y a ni temple, ni sacrifice, ni prêtre,…ou plutôt si, mais tout cela est dans son état de perfection en une seule personne : Jésus-Christ.

Trois liens forment en somme un lien unique avec Jésus : d’abord le lien fidèle entre les disciples et le Maître des maîtres, puis le lien des disciples entre eux qui s’aiment les uns les autres comme Jésus les a aimés, ensuite les disciples envers les non-croyants.

Nous venons de voir que la Lumière ne peut être mise sous le boisseau. L’appel à croître est communautaire (Eglise) et personnel. C’est aussi l’évangélisation qui se répand par paires de disciples. Nous avons vu également sur quoi devraient reposer les assemblées chrétiennes. Ajoutons à ce rapide tableau la recherche de la qualité à la quantité. La qualité de la vie communautaire me semble due à la qualité de la vie de ses membres. C’est pourquoi …là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux (Matthieu 18.20). Permettez-moi de prendre à la lettre un des aspects de cette Parole de Dieu et de l’écrire comme je le comprends : quand deux ou trois personnes se réunissent au nom de Jésus sa présence y est réelle. Je le crois fermement au sujet des petits groupes de chrétiens !

Pour terminer, rappelons-nous ce que le Maître dit à l’Eglise de Thyatire dans le livre de l’Apocalypse : […] tenez fermement ce que vous avez jusqu’à ce que je vienne (Ap. 2,25), et, vous qui continuez à agir jusqu’à la fin selon mon enseignement… (verset 26). Les chrétiens de Thyatire grandissaient dans l’amour, la fidélité, le service et la persévérance (v. 19). Que ces quatre flammes demeurent toujours allumées au sein de nos assemblées ! S’encourager mutuellement dans ce sens n’est pas un vain mot.

Quoi qu’il en soit le plan de l’Eglise du Christ est de s’accroître. Jésus dit encore à l’Eglise de Thyatire : je sais que tes dernières œuvres sont plus nombreuses que les premières (v. 19). Le développement continu de l’Evangile à l’extérieur de l’Eglise n’empêche pas le développement illimité de ce dernier à l’intérieur de celle-là. Voilà de quoi nous requinquer au milieu de nos assemblées respectives grâce à l’action du Saint-Esprit.

Au travail !

 

Dilige et quod vis fac (« Aime et fais ce que tu veux ! » – Saint-Augustin).

Richard JOSELET – Église de « La Ruche » – Saint-Louis.